Les entreprises du secteur de la construction en France : Analyse

By 13 February 2014

2.2.3 Synthèse et analyse des résultats concernant le secteur de la construction

• Évolutions du modèle d’analyse

Dans le secteur de la construction, le modèle d’analyse employé a montré une évolution positive de ces indicateurs. Les deux méthodes d’analyses convergent sauf sur un élément singulier qui est apparu au cours de l’analyse descendante. Il concerne l’adéquation du modèle statistique avec les données d’analyse et révèle que le bloc d’analyse numéro un concernant les variables liées à l’entrepreneur montre une trop faible adéquation. Les résultats relatifs à l’entrepreneur seront ainsi considérés comme moins significatifs .

Un autre résultat singulier concerne l’apparition du bloc numéro quatre relatif à la région d’implantation dans les facteurs de survie au cours de l’analyse ascendante, mais pas dans l’analyse descendante. L’effet de la région d’implantation se trouve donc être moins significatif étant donné que les deux méthodes n’ont pas convergé sur ce point.

Toutefois, le modèle d’analyse converge pour deux blocs d’analyses. Les résultats relatifs aux variables liées à aux processus entrepreneuriaux ainsi qu’à la structure organisationnelle, seront donc considérés comme fortement significatifs.

Nous pouvons également remarquer, dans les deux méthodes d’analyses, une très forte évolution du pouvoir explicatif du modèle après l’introduction du bloc de variables liées aux processus entrepreneuriaux. Cependant, il est également possible d’observer que lors de l’introduction des blocs d’analyses trois et quatre les indicateurs stagnent quelque peu. Ces examens de l’évolution du modèle révèlent ainsi que les variables liées aux processus entrepreneuriaux disposent d’un pouvoir explicatif bien plus important que les variables liées à l’entrepreneur, à la structure organisationnelle ou encore à la région d’implantation.

• Les facteurs de survie dans le secteur de la construction

Dans ce secteur de la construction, les résultats font apparaître que la réalisation de travaux de sous-traitance augmente très fortement les chances de survie des entreprises nouvellement créées.

Cependant, une nuance est à apporter à ce résultat. En effet, il est apparu une certaine évolution de l’importance des travaux de sous-traitance, puisque lors de la création en 2002, ceux-ci amélioraient les probabilités de survie des jeunes entreprises lorsqu’elles constituaient l’activité principale. Trois ans plus tard, les travaux de sous-traitance apparaissent comme une activité annexe au chiffre d’affaires dans le cadre des facteurs de survie et se montrent très significatifs au cours des deux analyses.

De la même manière, relativement à l’hypothèse numéro deux, les stratégies d’embauches en 2002, ainsi que le recours à des services extérieurs de gestion, augmentent fortement les chances de survie des jeunes entreprises dans la construction. Les prévisions d’embauche post création peuvent ainsi indiquer une activité suffisante de la jeune entreprise pouvant la conduire à gagner sa survie à 3 ans.

Quant au recours aux services extérieurs de gestion, il indique un possible cadrage sur l’activité principale de la jeune entreprise, la rendant donc plus spécialisée dans son cœur de métier. L’hypothèse 2c est donc validée dans ce secteur.

Les résultats font également apparaître que lors de la création et du démarrage de la jeune entreprise, des relations avec un ou plusieurs fournisseurs permettraient d’augmenter les chances de survie à 3 ans de la jeune entreprise. Ce résultat peut s’expliquer par les investissements lourds dans le milieu de la construction concernant les matériaux utilisés, ces relations, avec des fournisseurs, permettraient ainsi de pouvoir disposer de facilités de paiement plus importantes rendant plus saine la trésorerie de la jeune entreprise dans sa phase de démarrage, validant par la même l’hypothèse 2b.

Au niveau de la préparation à la création, la mise en place du projet de création avec un membre de l’entreprise précédente est un facteur de survie à trois ans fortement significatifs. Ce résultat pourrait indiquer une certaine complicité entre les créateurs, mais aussi, atteste des compétences de l’équipe entrepreneuriale et montre ainsi, la nécessité d’une certaine expérience professionnelle commune des créateurs. Toutefois, un grand nombre de facteurs d’échecs sont apparus concernant cette thématique nous amenant ainsi à rejeter l’hypothèse 2a.

Les deux analyses ont également fait apparaître des facteurs de survie à 3 ans relatifs à la structure organisationnelle mise en place au cours des trois premières années d’existence de la jeune entreprise. L’usage d’Internet apparaît ainsi au cours des deux analyses comme un facteur qui augmente fortement les probabilités de survie à 3 ans. Ce résultat s’explique très certainement par l’explosion de l’utilisation d’Internet dans les milieux professionnels ces dernières années. Son usage se révèle donc important et à considérer avec parcimonie ; la recherche d’informations ou encore l’envoi ou la consultation de courriels dans le cadre, par exemple, de la recherche de marchés ou de veilles concurrentielles améliorant les chances de survie, alors qu’un usage pour le passage de commande apparaît réduire les chances de la jeune entreprise de survivre à son troisième anniversaire.

Ensuite, il est apparu que le choix de la personne morale comme structure juridique se révélait être un facteur de survie à 3 ans, très certainement du fait des possibilités juridiques offertes par ce statut juridique et, notamment, au niveau des responsabilités qui y sont rattachées. Un autre facteur de survie, relatif cette fois à la structure financière concerne le financement du projet de création par emprunt bancaire , qui pourrait montrer une plus grande puissance financière à la création et durant la phase de démarrage.

Cette structure couplée à l’obtention de facilités de paiement par les relations existantes avant la création, montre bien l’importance des préoccupations financières dans ce secteur lors de la création.

Ainsi, dans le cadre d’une création dans le secteur de la construction, une grande attention apparaît devoir être portée sur les éléments financiers du projet, mais implique également une bonne assise financière pour permettre à la jeune entreprise de survivre après son troisième anniversaire. L’hypothèse 3b se montre ainsi partiellement validée alors que l’hypothèse 3c se trouve rejetée.

Les résultats ont également montré, relativement à la structure de l’organisation, qu’une jeune entreprise disposant lors de sa création de contrats signés avec trois à dix clients permettait d’augmenter les probabilités de survie à 3 ans de la jeune entreprise . Ce résultat se montre cohérent avec l’observation du facteur relatif aux relations tissées avec les fournisseurs avant la création.

Ainsi, il apparaît dans ce secteur qu’une entreprise qui souhaite survivre plus de trois ans doit prendre en compte dans la préparation à la création un certain développement commercial, mais aussi un développement du réseau de l’entreprise avec ses futurs fournisseurs et clients, indiquant de ce fait qu’une préparation à la création poussée facilitera la survie de l’entreprise nouvellement créée dans le secteur de la construction. Toutefois, des facteurs d’échec sont apparus et nous empêchent de valider entièrement l’hypothèse 3d.

Dans un troisième temps, la variable de la région d’implantation s’est révélée avoir un effet significativement positif sur la survie de la jeune entreprise. Néanmoins, le résultat n’indique aucun élément permettant de distinguer de quelle région il est question ici. Cette remarque nous amène à penser que l’absence de finesse de ce résultat pourrait être provoquée par les fortes fluctuations des marchés immobiliers français depuis l’an 2000. Ce résultat pourrait également provenir d’un certain équilibre dans le volume des marchés disponibles sur la période dans les différentes régions. L’hypothèse 4 s’avère donc validée.

Bien que les deux analyses n’aient pas convergé lors de l’introduction du bloc de variables liées à l’entrepreneur, il est tout de même des résultats intéressants, bien que moins significatifs, qu’il est intéressant d’examiner dans ce secteur.

Ainsi, les premiers facteurs singuliers sont relatifs au capital humain de l’entrepreneur . La nationalité française ou européenne de l’entrepreneur se révèle améliorer les chances de survie de la jeune entreprise. Ce résultat s’explique clairement par le rayonnement local et régional très fort des entreprises de ce secteur.

Un second résultat concerne le genre de l’entrepreneur, montrant qu’une entreprise créée par un homme dans ce secteur améliore fortement ses chances de survie. Ce résultat n’est cependant pas inattendu compte tenu de la nature physique des tâches à accomplir dans ce secteur. Ensuite, il est apparu qu’un créateur âgé de plus de 50 ans relevait des facteurs de survie à 3 ans, résultat qui peut très certainement s’expliquer par la durée d’expérience professionnelle plus importante que pour les générations plus jeunes (résultat confirmé par les facteurs d’échecs analysés dans la partie suivante). Ces éléments nous amènent ainsi à valider partiellement l’hypothèse 1a.

D’autres résultats ont également fait leur apparition, et sont relatifs à l’expérience préalable à la création de l’entrepreneur. En conséquence, l’expérience professionnelle acquise dans des entreprises moyennes (entre 50 et 250 salariés) s’est révélée être un facteur de survie à 3 ans peu significatifs qui pourrait être expliqué par la possibilité pour l’entrepreneur d’évoluer à différents postes spécialisés et, ainsi, acquérir des expériences multiples dans les différents métiers qui constituent l’entreprise, lui conférant ainsi des compétences et savoirs faire primordiaux, mais aussi une certaine légitimité vis-à-vis de ces employés. Ce résultat apparaît également cohérent avec le facteur relatif à l’âge de l’entrepreneur du fait du temps nécessaire à l’acquisition de ces compétences.

Enfin, un dernier résultat correspondant à l’expérience entrepreneuriale de l’entrepreneur est apparu. Il est toutefois peu significatif, mais indique que même une expérience de création préalable limite les chances de survie de la jeune entreprise. Ce résultat singulier va à l’encontre des idées reçues et pourrait s’expliquer par une confiance trop importante de l’entrepreneur dans ses acquis passés. Par ailleurs, ce constat se révèle très fortement cohérent avec les remarques précédentes concernant l’importance d’une expérience professionnelle multiple dans les métiers de la construction, mais aussi du temps nécessaire pour la réalisation de celles-ci.

En conséquence, l’hypothèse 1b est validée.

Dans ce secteur, l’hypothèse 1c n’a trouvé aucune réponse et se trouve donc rejetée lors de l’analyse des résultats.

• Les facteurs d’échec dans le secteur de la construction

Tout d’abord, les fermetures d’entreprises dans ce secteur d’activité sont assez largement affectées par des facteurs empreints des processus entrepreneuriaux. Ainsi, apparaissent comme des facteurs d’échec un défaut de connaissance de la concurrence lors de la préparation à la création, provoquant peut-être un mauvais positionnement de la jeune entreprise lors de son démarrage.

De plus, il est apparu au cours des analyses qui ont été menées que les conseils à la création en provenance de l’entourage professionnel de l’entrepreneur grevaient les chances de survie à 3 ans de la jeune entreprise. Par ailleurs, le fait de ne disposer d’aucuns conseils à la création limite également grandement les chances de survie des jeunes entreprises de ce secteur, indiquant, de ce fait, une certaine importance d’un regard plus extérieur porté sur le projet.

Il apparaît également très important dans ce secteur de bien choisir les personnes où organismes avec qui monter le projet de création. Ainsi, la création « en famille » (avec un membre de la famille ou le conjoint) dans le secteur de la construction se révèle risquée pour la jeune entreprise. Ce résultat pourrait indiquer que les liens familiaux sont source d’éventuels conflits, mais aussi, que ce ne sont pas nécessairement les proches du porteur de projet qui s’avèrent être les alliés les plus sûrs pour assurer la survie de la jeune entreprise, que ce soit en termes de compétences ou de savoirs.

Les analyses ont également montré que le développement d’un projet de création dans ce secteur avec l’aide d’un organisme spécialisé d’aide et de soutien produisait de mauvais résultats en termes de survie, indiquant peut-être une mauvaise adaptation des conseils prodigués par ces organismes aux publics concernés.

Au sein des variables liées aux Processus entrepreneurial, nous avons également pu observer que le non recours à l’externalisation de certains services de la technostructure de l’entreprise puisse également limiter la survie à trois ans, résultat pouvant indiquer une nécessiter pour l’entreprise de se concentrer sur son cœur de métier principal.

En second lieu, d’autres facteurs d’échec ont été révélés par les analyses, cette fois-ci concernant les caractéristiques organisationnelles des jeunes entreprises de ce secteur. La disposition d’une connexion Internet pour l’entrepreneur se révèle un facteur d’échec corroboré par les deux analyses, au même titre que les facteurs de survie relevés à ce propos dans la partie précédente. L’explication de ce résultat pour le moins surprenant pourrait revenir dans la distraction que peut procurer l’usage d’Internet au détriment des tâches plus professionnelles , mais reste cependant difficilement explicable.

Dans le même ordre d’idées, il apparaît que l’emploi du réseau Internet pour le passage de commandes relève également des facteurs d’échec . Ces remarques nous poussent à penser qu’un emploi parcimonieux d’Internet améliore les chances de survie à trois ans de la jeune entreprise.

Les résultats concernant la création « familiale » de l’entreprise présentés auparavant se voient également corroborés. En effet, il est apparu qu’une direction de l’entreprise menée par l’entrepreneur et un membre de sa famille s’avérait un facteur d’échec significatif .

La structure organisationnelle mise en place lors de la création vient corroborer le facteur de survie concernant le statut juridique choisi. Ainsi, si le statut de personne morale favorise les chances de succès de la jeune entreprise, le choix d’une personnalité physique pour l’entreprise dessert significativement l’entreprise dans sa tentative de survivre à son troisième anniversaire.

L’examen des résultats nous amène à commenter les éléments relatifs à la structure financière développée au cours des trois premières années d’activités. Il apparaît que les moyens nécessaires à la création et/ou au démarrage pourraient nécessiter un apport plus important que 16 000 €, ce qui corroborerait le facteur de survie relatif au recours au crédit bancaire et les remarques le concernant.

Les sources de financements des investissements à la création se trouvent également être, pour certains d’entre eux, des facteurs d’échec. Ainsi, l’obtention de financements bancaires au nom de l’entreprise pour la réalisation d’investissements à la création s’avère hasardeuse. De la même manière, l’obtention de financements par apport en capital d’organismes de fonds propres se révèle être un facteur d’échec. Ce résultat pourrait, de ce fait, suggérer que ces organismes n’octroieraient pas suffisamment de fonds pour les investissements nécessaires lors de la création et du démarrage de l’entreprise dans ce secteur pour lui permettre d’assurer correctement sa survie à 3 ans.

L’obtention de dispositifs de financements gouvernementaux tels le PCE, ou encore l’EDEN se révèle également limiter les chances de survie de la jeune entreprise, très probablement du fait des faibles montants en jeux. Une finesse sectorielle plus poussée permettrait très certainement d’expliciter plus encore ces résultats.

Néanmoins, ces remarques nous poussent à envisager que le brassage d’une multitude de financements par l’entrepreneur à la création et au démarrage, ainsi que les démarches y afférant pourrait expliquer en partie ces résultats. L’usage de l’emprunt bancaire unique comme moyen de financement simplifierait ainsi les démarches administratives lors du démarrage. Enfin, relativement à la clientèle de l’entreprise, il est apparu qu’une proportion trop importante d’entreprises limitait les chances de survie à trois ans des jeunes entreprises observées dans ce secteur.

Finalement, les développements précédents nous conduisent à étudier les facteurs d’échecs relevant des variables liées à l’entrepreneur. Bien que les deux analyses n’aient pas convergé à ce sujet, il apparaît que le facteur d’échec lié à l’âge de l’entrepreneur vienne corroborer le résultat relevé plus haut. Ainsi, lors de la création, il semble que les entrepreneurs âgés entre 30 et 40 ans soient encore trop jeunes pour assurer la survie de leur nouvelle entreprise, indiquant probablement un manque d’apprentissage ou encore de compétences et de savoir-faire, peut-être un manque de connaissance approfondie du secteur d’activité de la construction.

Le fait pour l’entrepreneur de disposer d’un entourage entrepreneurial relève également des facteurs d’échecs observés dans les deux analyses et vient renforcer l’idée qu’un entrepreneuriat familial dans le secteur de la construction reste difficilement conciliable avec un objectif de survie à moyen terme.

Il est également apparu au cours des deux analyses que les motivations à la création liées à la contrainte de création au cours d’une situation de chômage ne produisaient pas de bons résultats, au même titre que les motivations relatives à l’acquisition de l’indépendance de l’entrepreneur ou encore son goût prononcé pour entreprendre une activité économique. Ainsi, il apparaît que les principales motivations qui ont poussé à la création une majorité d’entrepreneurs de ce secteur dans les entreprises observées étaient des motivations risquées.

En effet, il est plus que probable, au regard des résultats présentés précédemment, que les motivations des entrepreneurs dans ce secteur devraient avant tout être plus liées au projet entrepreneurial et moins à la recherche singulière, voir égoïste, de son indépendance ou de son goût pour entreprendre.

Facteurs de survie des jeunes entreprises en France : une approche intersectorielle
Thèse présentée pour obtenir le grade de Docteur de l’Université Montpellier I
Ecole doctorale économe et gestion – Institut supérieure de l’entreprise de Montpellier
ISEM Equipe de recherche sur la firme et l’industrie

Chapitre 1 – Fondements théoriques
Section 1. Du succès à la survie, du concept élargi vers l’objet de recherche
Section 2 Les analyses du succès et de la survie, rencontrées dans la littérature
Section 3. Des facteurs clé de succès aux facteurs de survie
Section 4. Synthèse de la revue de littérature
Chapitre 2 – Méthode
Section 1. Positionnement théorique
Section 2. SINE 2002 comme données d’analyse
Section 3. Modélisation statistique
Section 4. Modélisation statistique
Section 5. Conclusion et synthèse
Chapitre 3 – Résultats
Section 1. Caractéristiques sectorielles
Section 2. Facteurs de survie et facteurs d’échec, les évolutions du modèle et les résultats sectoriels
Chapitre 4 – Discussion
Section 1. Évolutions du modèle d’analyse théorique et place des processus entrepreneuriaux dans la modélisation
Section 2. Les secteurs d’activité analysés sont-ils singuliers vis-à-vis de leur survie ?
Section 3. Discussion intersectorielle des résultats : une certaine singularité sectorielle
Conclusion