Les approches fondées sur l’évolution des organisations

By 12 February 2014

2.1.3 Des approches plus orientées sur l’organisation

• Des approches plus économiques

Des approches fondamentales ont été conduites dans le domaine de l’économie notamment sur le lien qui pourrait unir la taille de l’entreprise et sa croissance, ou encore son âge (Gibrat, 193118). Cette vision reste très exogène et est plus relative à la discipline économique. Ce courant de recherche axe son travail sur une vision de l’entreprise très économique, puisque n’investiguant pas la « boite noire ». Le principe de la « loi de Gibrat » est qu’il existe un lien entre la taille de l’entreprise et sa croissance. Cette conception amène l’auteur ainsi que ses disciples tels que bien plus tard Sutton (1997), à considérer ce lien et à montrer qu’une entreprise plus grande a un taux de croissance moins important, toutefois elle se trouve plus encline à survivre (Sutton, 1997). Ce courant de recherche pourrait également être à l’origine des travaux sur le concept du « liability of newness », montrant ainsi l’importance qu’a eue cette approche dans les préoccupations relatives aux analyses du succès et, par extension, à celles relatives à la survie.

17 Se référer à la section 2.2 pour plus d’informations sur la thématique nommée « process ».
18 Gibrat R. (1931) « Inégalités Économiques » – publié à Paris

Dans la lignée des travaux de Gibrat, Rodriguez, Molina, Pérez et Hernàndez (2003) ont travaillé à l’examen des liens pouvant exister entre la taille, l’âge et le secteur de la jeune entreprise d’une part, et la croissance, d’autre part. Leur investigation les a ainsi menés à prendre en considération la loi de Gibrat, comme un grand nombre d’autres chercheurs tel, que Lotti, Santarelli et Vivarelli (2001). Les travaux jusqu’alors mentionnés s’attachent à l’analyse du succès au travers du concept de croissance, par l’examen de liens avec la taille ou encore l’âge de l’entreprise. La nature de ce courant reste donc extrêmement exogène.

• Des approches fondées sur des caractéristiques singulières des organisations

Bates (1995a, b) ainsi que d’autres auteurs tels que Lafontaine et Shaw (1998), ont privilégié une approche fondée sur la comparaison de la survie (pour Bates) ou du succès (pour Lafontaine et Shaw) chez les entreprises franchisées ou indépendantes. L’objectif de leurs recherches était de tenter de montrer si le lien de franchise qui unit une jeune entreprise à une autre favoriserait ou pas la survie (Bates, 1995a, b) ou la croissance (Lafontaine et al. 1998) de la jeune entreprise lors de sa phase de démarrage.

La poursuite de l’investigation dans ce domaine a imposé aux chercheurs de se concentrer sur des variables en grande majorité organisationnelles. Lafontaine et Shaw (1998) ont développé une vision orientée sur l’examen de la croissance à l’entrée et à la sortie de la franchise par les franchiseurs. Ils ont ainsi examiné les possibilités de croissance pour les franchiseurs, pour les franchisés, ainsi que les conditions de croissance lors de la création de la relation de franchise ou lors de la rupture de cette relation.

Bates (1995a, b) a, quant à lui, plus orienté son analyse sur le lien de dépendance entre le franchisé et le franchiseur. Cette différence de positionnement a impliqué, pour l’auteur, d’intégrer également un nombre important de variables liées à l’entrepreneur franchisé dans son analyse. Des variables telles que le niveau d’éducation ou, plus généralement, liées au capital humain ont ainsi été intégrées au modèle d’analyse.

Plus généralement, l’examen de la littérature révèle que les approches axées fortement sur les liens entre l’organisation et les résultats de celle-ci s’orientent sur des objets de recherches tel que la performance ou le succès au travers d’indicateurs comme la croissance. Ces approches restent également extrêmement exogènes, notamment au regard des travaux de Gibrat (1931) et des auteurs qui ont contribué au développement de ce courant de recherche.

• Des approches fondées sur l’évolution des organisations

Trois grands courants de pensée parcourent la théorie de l’évolution des organisations. Le premier courant porte sur le développement des organisations et, parmi elles, les entreprises. Ce processus se compose des trois grandes étapes : Variation-Sélection-Rétention (Singh, 1994). Dans la littérature anglo- saxonne, l’auteur associé à ce modèle est Campbell avec son article intitulé « Variation and selective retention in sociocultural evolution » en 1969. Cette première approche est celle de l’évolution dite socioculturelle ; en d’autres mots, au cours de l’évolution, des variations par rapport aux caractéristiques existantes apparaissent. Il s’avère que certaines modifications sont sélectionnées dans le temps et retenues de manière sélective.

Lors de l’évolution de l’entreprise, des variations par rapport aux caractéristiques existantes, voire initiales dans notre cas, apparaissent. Certaines sont sélectionnées dans le temps et sont retenues de façon sélective. L’évolution socioculturelle peut être ainsi définie comme un processus de « variation-sélection- rétention ». Toutefois, selon Singh (1994), cette approche proposée par Campbell ne serait pas complètement nouvelle puisque Karl Weick avait déjà fait référence à ce processus, qu’il avait alors nommé « création » (« enactement »).

La deuxième démarche est axée sur les travaux de Darwin qui a développé l’idée centrale d’une déviation avec modification (« dissent with modification »). Cette approche, lorsqu’elle est appliquée à l’évolution organisationnelle, soulève des questions difficiles :
– quelles entités organisationnelles évoluent dans le temps ?
– qu’est-ce qui évolue à l’intérieur des organisations ?
– quelles sont les différentes « générations » d’organisations engendrées ?

D’autres questions encore plus fondamentales, relevant plus de l’ontologie, n’ont encore pas trouvé de réponses consensuelles dans la recherche, et reviennent à se demander si :
– l’on peut comparer l’évolution économique, culturelle et sociale et l’évolution biologique ?
– Cela a un sens de faire une analogie avec l’évolution biologique pour comprendre les phénomènes économiques.

L’approche apparaît néanmoins intéressante et pertinente, même si aucun consensus n’existe encore sur ces sujets dans la recherche, la notion de déviation avec modification s’apparentant bien à celles de l’apprentissage organisationnel et de l’économie de l’évolution (Singh, 1994).

La troisième approche, plus générique, s’avère moins restrictive que les deux premières. On y considère l’évolution organisationnelle comme étant un changement dynamique dans le temps (Singh, 1994).

Dans la lignée de ces travaux liés à la théorie de l’évolution des organisations, nombre d’auteurs comme Schutjens et Wever (2000), Persson (2004) ou encore Brüderl et al. (1992), ont mobilisé ces théories relatives à l’évolution organisationnelle pour examiner la survie des jeunes entreprises.

Toutefois, il est remarquable, dans ces travaux, que la théorie de l’évolution organisationnelle telle que la littérature l’a définie auparavant, ne sont pas employée seule, mais dans des modèles intégrants d’autres théories comme la théorie du capital humain, pour Brüderl et al. (1992).

Persson (2004), quant à elle, a privilégié une approche plus environnementale en mobilisant également la théorie de l’organisation industrielle.

Facteurs de survie des jeunes entreprises en France : une approche intersectorielle
Thèse présentée pour obtenir le grade de Docteur de l’Université Montpellier I
Ecole doctorale économe et gestion – Institut supérieure de l’entreprise de Montpellier
ISEM Equipe de recherche sur la firme et l’industrie

Chapitre 1 – Fondements théoriques
Section 1. Du succès à la survie, du concept élargi vers l’objet de recherche
Section 2 Les analyses du succès et de la survie, rencontrées dans la littérature
Section 3. Des facteurs clé de succès aux facteurs de survie
Section 4. Synthèse de la revue de littérature
Chapitre 2 – Méthode
Section 1. Positionnement théorique
Section 2. SINE 2002 comme données d’analyse
Section 3. Modélisation statistique
Section 4. Modélisation statistique
Section 5. Conclusion et synthèse
Chapitre 3 – Résultats
Section 1. Caractéristiques sectorielles
Section 2. Facteurs de survie et facteurs d’échec, les évolutions du modèle et les résultats sectoriels
Chapitre 4 – Discussion
Section 1. Évolutions du modèle d’analyse théorique et place des processus entrepreneuriaux dans la modélisation
Section 2. Les secteurs d’activité analysés sont-ils singuliers vis-à-vis de leur survie ?
Section 3. Discussion intersectorielle des résultats : une certaine singularité sectorielle
Conclusion