L’efficience informationnelle du marché financier et ses modèles

By 2 February 2014

1.3 L’efficience informationnelle du marché et ses modèles

Etudier l’impact de la détention de l’information et de son traitement par les opérateurs sur les marchés financiers dans une logique de prise de décision, tel est l’objectif principal de ce chapitre. Rappelons que l’une des conditions de l’efficience des marchés financiers demeure l’accès à l’information à tous et dans les mêmes conditions, ce qui permettrait à des agents rationnels d’avoir des comportements identiques. Ce rôle primordial de l’information a été mis en évidence dans l’analyse des marchés financiers per E. Fama EN 1970. Il a fait une revue de littérature de ces travaux et défini le terme « Efficient capital market ». « L’efficience informationnelle des marchés financiers » devient ainsi un concept très important dans la finance moderne. Elle est liée à son l’organisation, à la gestion de portefeuille, aux coûts de transactions et à la qualité d’exécution des ordres. Toutes les théories et tous les modèles financiers, comme celui de l’Evaluation des Actifs Financiers (MEDAF) reposent sur l’hypothèse d’efficience informationnelle [V. Mignon (1998), p. 21]. Pour voir comment l’information influe sur les décisions des différents opérateurs, ce chapitre sera divisé en trois points ; le premier portera sur le contenu de la notion de l’efficience informationnelle du marché, le deuxième sur ses différentes formes et le troisième sur les modèles de l’efficience.

1.3.1 L’efficience informationnelle des marchés boursiers

Pour la plupart des investisseurs, l’acquisition et le traitement de l’information d’informations jouent un rôle primordial dans l’élaboration des décisions de placement. Dès lors, on comprend aisément l’attention particulière accordée ces dernières années, aux thèses relatives à l’efficience informationnelle des marchés financiers avec notamment le développement de cette sphère dans les économies et son importance pour la promotion de la croissance et le développement des pays. En effet, les investisseurs dans l’évaluation des informations doivent non seulement analyser leurs vraisemblance et pertinence, mais aussi, déterminer dans quelle mesure ces données ont été incorporées dans les prix observés sur les marchés.

a. Définition et intérêt de la notion de l’efficience informationnelle

Revenant à la définition d’E. Fama, « un marché informationnellement efficient est défini comme étant un marché sur lequel le prix observé reflète pleinement et instantanément toute l’information disponible », un tel marché incorpore donc instantanément les conséquences des événements passés et reflètent précisément les anticipations exprimées sur les événements futurs. Ainsi, le cours d’une action est à tout moment une estimation non biaisée de sa valeur intrinsèque. Il est totalement impossible de prévoir ses variations futures puisque tous les événements connus ou anticipés sont déjà intégrés dans le cours actuel ; seul un événement imprévisible pourra le modifier, et ce instantanément. Puisqu’il est par construction impossible de prévoir l’imprévisible, la prévision « parfaite » des cours est impossible. La concurrence est telle entre les investisseurs que, rapidement, toute action sera cotée à son « juste prix » qui dépend de ses caractéristiques, ses « attributs » et son risque. Ainsi, tout investisseur peut faire confiance au marché, et simplement choisir les attributs et le niveau de risque de ses actions et de son portefeuille.

La valeur d’une information dépend notamment de sa dispersion parmi les intervenants au marché. Les décisions d’investissement concernant le choix des informations à acquérir sont donc directement fonctions du degré d’efficience qu’ils accordent au marché. Dans l’hypothèse ou ce dernier est jugé totalement efficient d’un point de vue informationnel, la recherche d’informations devient alors sans intérêt. Car toute l’information disponible étant, par définition, déjà contenue dans les cours. Cette définition prend en compte le contexte informationnel dans son ensemble mais est jugée trop générale pour permettre une quelconque vérification empirique et cela constitue une de ses limites.

b. Limites de la définition

Comme on a eu à le souligner dans le chapitre précédent, il existe souvent un décalage entre les théories sur l’efficacité des marchés financiers et les réalités de ces derniers. Il faut toute fois rappeler que ce développement de la théorie permet de mieux comprendre les comportements des agents sur le marché. C’est dire que leur intérêt et utilité ne peut être fondamentalement remis en cause. Cette dichotomie se retrouve aussi dans cette définition de l’efficience des marchés financiers qui nous est proposée par E. Fama. En effet, le caractère très peu opérationnel de l’efficience ainsi suggérée a rapidement été souligné au niveau de la construction de tests empiriques. C’est dire que la possibilité de réaliser ces tests est subordonnée à la définition préalable de l’ensemble des informations disponibles. Par conséquent, l’analyse de l’efficience du marché boursier va essentiellement consister à mesurer les degrés de rapidité et de cohérence avec lesquels il intègre chaque catégorie d’informations dans le prix des titres. Des économistes ont travaillé sur l’approfondissement de cette question d’efficience des marchés financiers à l’image de H. Roberts (1967) et E. Fama (1970, 1976). Ces travaux ont conduit à la mise en place d’une graduation dans l’ensemble d’informations et à la définition d’une typologie de l’efficience informationnelle qui font l’objet de la section suivante.

1.3.2 Les formes de l’efficience informationnelle

E. Fama (1970) a défini trois formes de l’efficience des marchés financiers à partir du type d’information considéré, que le prix est censé intégrer. Ainsi, nous allons nous intéresser d’abord aux différentes catégories d’information disponibles avant de mettre l’accent sur les 3 formes de l’efficience des marchés financiers.

a. Les catégories d’information disponibles

Toujours considérant E. Fama, on peut subdiviser les informations concernant les actifs financiers en trois catégories :

Dans la première sont regroupées les informations déjà connues et publiées. Il s’agit des comptes publiés les années précédentes, des séries de dividendes distribués, des séries de taux d’intérêt, de taux de change etc. Ces informations ont été intégrées par les opérateurs dans les cours.

Dans la deuxième peuvent être regroupées toutes les informations présentes et publiquement disponibles telles que celles fournies par la presse, les rapports annuels, les prospectus d’émission, les annonces de sessions où d’attribution gratuite d’actions.ect…

En fin, la dernière regroupe les informations non publiées mais détenues par des personnes privilégiées du fait de leur fonction au sein de l’entreprise, de cabinets d’audit, ou d’organismes réglementaires (contrôle…). On peut citer celles qui sont liées aux bénéfices ou aux chiffres d’affaires d’entreprises lorsqu’elles n’ont pas encore été rendues publiques mais déjà connues de la part des commissaires aux comptes ou des dirigeants. Il peut s’agir aussi, des offres publiques d’achat où d’échange qui n’ont pas encore été publiques, mais connues des dirigeants. Il s’agit donc, de toute information privilégiée accessible aux seuls initiés.

b. Les différentes formes de l’efficience informationnelle

Cette division en trois types des informations susceptibles faire varier les prix a conduit la division des principaux tests concernant l’efficience en trois formes :

– La forme faible de l’efficience (weak hypothesis)

Cette théorie prétend qu’il n’est pas possible de tirer parti des informations passées concernant un actif financier pour prévoir l’évolution future de son prix. Car le prix actuel incorpore toute l’information du passé et ne fait pas de spéculation sur le futur. On ne peut donc, d’après cette l’hypothèse, utiliser l’ensemble des informations passées (résultats, dividendes distribués, chiffre d’affaires…) pour déterminer de façon certaine le prix actuel ou l’évolution du prix d’un actif financier.

Deux remarques importantes paraissent à faire

Primo , les investisseurs, sous réserve qu’ils soient à la fois informés et rationnels ont déjà analysé l’ensemble des informations diffusées dans le passé et les ont répercutées dans les cours. Les séquences des cours passés contiennent donc l’ensemble des informations concernant un actif financier.

Secundo , rien n’empêche les analystes financiers d’utiliser les informations passées concernant un actif financier ou une entreprise pour tenter de prévoir l’évolution du prix d’un actif. Cependant, les prévisions ainsi réalisées n’auront aucun caractère de certitude. Aucun investisseur ne pourra les utiliser pour effectuer une opération lui permettant de profiter d’une plus value sans subir le risque correspondant. En effet, l’opération d’arbitrage lui permettant de déterminer de façon certaine à partir d’informations passées le prix futur d’un actif financier, puis d’acheter ce titre au prix du marché si celui-ci est inférieur au prix déterminé, pour le revendre ensuite à un prix automatiquement supérieur sans subir le moindre risque est impossible sur un marché efficient au sens faible.

Conclusion , si le marché est efficient au sens faible alors le prix à l’instant t de chaque actif financier est totalement indépendant de son prix à la période t -1. Cela est aussi valable si l’on choisit de raisonner en termes de périodes des cours. Ainsi la meilleure prévision d’évolution du prix d’un actif financier à la période t+1 reste son prix connu de la période t. Pour rappel, les tests les plus utilisés pour appréhender cette forme d’efficience sont ceux de la marche aléatoire et d’auto-corrélation.

– La forme semi-forte de l’efficience (semi strong hypothesis)10

Dans un marché efficient de forme semi-forte, les cours boursiers réagissent instantanément à l’annonce d’informations dès que celles-ci deviennent publiques. Il n’existe aucun décalage temporel entre le moment où l’information est dévoilée et le moment où celle- ci est intégrée dans les cours. Cette forme d’efficience prétend qu’il n’est pas possible de tirer parti des informations concernant un actif financier, au moment où ces informations sont rendues publiques, pour prévoir l’évolution future du prix de cet actif. Ceci s’explique par le fait que tous les investisseurs ayant simultanément connaissance de celle-ci, aucun n’accepterait de réaliser une transaction à un prix différent de la valeur exacte de l’actif. Cette hypothèse implique une réaction absolument immédiate des investisseurs. L’information doit être traitée et analysée en temps réel. L’objet des tests dans ce cadre est de déterminer si les prix s’ajustent rapidement à la nouvelle information, ou simplement si le marché a correctement anticipé l’annonce ou la publication des résultats des entreprises.

– La forme forte de l’efficience (strong hypothesis)

Son postulat de base est qu’il n’est pas possible de tirer parti des informations non publiques sur un actif financier pour prévoir l’évolution future du prix de cet actif. Elle prétend que la connaissance d’informations confidentielles susceptibles d’affecter la valeur d’un actif financier lorsqu’elles seront dévoilées, ne permet pas à son détenteur de réaliser un gain réel sur les marchés. La forme forte de l’efficience est la plus restrictive puisque basée sur l’information rendue publique mais aussi privée. Elle est dans ce sens la plus délicate à prouver et la plus difficile à accepter. Dans ce type d’efficience, les tests associés visent à déterminer si les individus ayant un accès monopolistique à l’information sont capables de réaliser des profits supérieurs aux autres.

10 Nous reviendrons sur cette forme qui fait d’ailleurs l’objet de notre mémoire. Un chapitre entier lui est consacré.

Il est important de noter que face à l’abondante littérature visant à tester la notion de l’efficience au niveau des marchés financiers, E. Fama (1991) a suggéré d’opérer une nouvelle classification. Concernant les formes semi-forte et forte, l’auteur propose uniquement un changement de dénomination : les tests d’étude événementielles remplaceront les tests de forme semi-forte et aux tests de forme forte se substitueront les tests sur l’information privée.

Etude de l’efficience semi-forte des marchés financiers : cas de la bourse de Casablanca
Mémoire pour l’obtention du Master en Finance Appliquée
Université Cadi Ayyad de Marrakech – Faculté des sciences juridiques Économiques et sociales

Sommaire :
Introduction
Chapitre 1 : Notions d’efficience, de rationalité et d’anticipations rationnelles
1 .1.2 : Hypothèses et implications de cette notion de l’efficience
1.2- Notions de rationalité et des anticipations rationnelles
1.3 – L’efficience informationnelle du marché et ses modèles
Chapitre 2 : la forme semi-forte de l’efficience et les tests d’événements
2.1 : Revue de littérature sur les études d’événements
2.2 : La méthodologie de l’étude d’événement
Chapitre 3 : vérification empirique
3.1 Présentation de la bourse des valeurs de Casablanca
3.2 : l’étude de l’événement
3.3 : Les principaux résultats
Conclusion