L’éducation des enfants dans la famille en Corée

By 19 February 2014

1.3. Education des enfants

Au sein d’une société confucéenne, les rôles sont donc parfaitement répartis entre les sexes, sachant qu’un des éléments de la hiérarchisation de la société, en dehors de l’âge et le genre. La différence des rôles qui incombent respectivement aux hommes et aux femmes leur est enseignée dès leur plus jeune âge au sein de leur famille où ils reçoivent une éducation différenciée. S’agissant d’une société patriarcale, les femmes, comme les enfants, ont seulement un minimum de droits légaux alors que l’homme, le chef de famille a officiellement tout le pouvoir légal, que ce soit dans la vie sociale, ou au sein de sa propre famille. Notons cependant que la maîtresse de maison joue un rôle très important dans le foyer, et que son époux doit se ranger à son opinion en ce qui concerne les affaires domestiques.

Bien souvent dans une société confucéenne, on constate une préférence marquée pour les garçons. Rappelons à ce sujet que le nom est transmis par le père (patrilignage) donc avoir un garçon c’est avoir l’assurance d’avoir un héritier qui pourra prendre en charge l’autel des ancêtres à la mort de son père, s’occuper de la propriété le moment venu et assurer la pérennité de la famille. Une fille n’est pas vraiment considérée comme un membre à part entière de la famille car lorsqu’elle se mariera, elle changera de famille bien qu’elle conserve son patronyme toute sa vie. D’ailleurs, dans la société préindustrielle, si une fille meurt avant d’être mariée, elle n’aura pas sa place sur l’autel des ancêtres. Parfois, pour pallier ce problème, on les marie après leur mort, avec un autre “esprit”. Malgré cette préférence évidente pour un héritier mâle, les filles sont aimées et chéries par leur famille, surtout si elles ont un “bon caractère”.

Il existe une constante humaine immuable, il naît 105 garçons pour 100 filles, or on constate qu’en Corée du Sud, la proportion de garçons par rapport aux filles est supérieure. On peut alors penser que certaines petites filles ont été victimes d’infanticide (peu après leur naissance). Avec l’apparition des échographies et de la possibilité de connaître le sexe du bébé avant la naissance, les autorités ont dû faire face à un mouvement non négligeable d’avortement lorsque le bébé était une fille. Ces faits illustrent bien la préférence qu’ont les Coréens pour les garçons, ou plutôt la nécessité qu’ils ressentent d’avoir au moins un fils.

Dans la société confucéenne de la dynastie des Yi jusqu’aux premières années de l’industrialisation, au sein des familles aisées, les enfants sont confiés aux bons soins de leur mère et jouent ensemble jusqu’à ce qu’ils aient 7 ou 8 ans et soient séparés. Alors que les petites filles aident leur mère dans les tâches domestiques et apprennent leur futur rôle de maîtresses de maison, le père prend en charge les garçons afin de les préparer à l’examen national qui permet d’intégrer le gouvernement ou l’administration du royaume ; lorsque la dynastie des Yi a périclité, ils vont à l’école.

Durant la dynastie des Yi, les jeunes filles de bonne famille restent à l’intérieur de la maison, ne peuvent pas sortir, et apprennent à être une future bonne épouse auprès de leur mère. Elles apprennent la broderie, laver le linge, préparer les repas, s’occuper des enfants plus jeunes, etc. Les femmes ne sont autorisées à sortir de chez elle qu’après le couvre feu, pour être sûre de ne croiser aucun homme étranger à leur famille, et vêtues d’amples vêtements qui cachent leur corps et voilées afin de masquer leur visage, juste au cas où un homme n’aurait pas respecté le couvre feu. Aujourd’hui encore, les filles aident leur mère dans la gestion du foyer et prennent soin de leurs cadets, d’autant plus si leur mère est obligée de travailler pour compléter les revenus du ménage.

A cette époque-là, on ne s’occupe pas d’éduquer les jeunes filles car on considère qu’une femme trop éduquée aura des difficultés à avoir un enfant comme l’énonce le dicton chinois rapporté par Lee Kwang-kyu : « If a woman has lots of letters in her stomach, she has no space to bear a child (N. Niida, 1966: 32) » Une fois l’éducation de masse mise en place, en partie par les Japonais (ce qui leur permet de tenter d’endoctriner la population), les filles sont envoyées à l’école, mais elles peuvent se voir alors confier une autre tâche. En effet, surtout si elles sont les aînées d’une nombreuse fratrie, elles arrêtent, ou leurs parents les encouragent à arrêter leurs études, afin de travailler et d’aider financièrement la famille pour que ses cadets, surtout s’il s’agit d’un frère, puisse faire des études plus longues, car s’est un moyen d’ascension sociale ; intégrer une université renommée est la voie royale car il s’y crée un réseau de connaissances dont chaque personne, par loyauté, aidera celui qui est dans le besoin. De ce fait, depuis le développement de l’éducation de masse, les parents peuvent aller jusqu’à vendre une partie de leurs terres ou leurs biens pour financer les études de leurs enfants, et surtout de leurs fils. S’ils en ont la possibilité, les parents encouragent leur fille à poursuivre leurs études car elle pourra faire un bon mariage.

Aujourd’hui, il reste des écoles, collèges, lycées et même des universités non mixtes, et quoi qu’il en soit, l’amitié entre garçon et fille (et surtout entre jeune homme et jeune fille) est suspecte d’une certaine façon. Même dans les écoles mixtes, vers 7 ans, on les encourage à se séparer dans leurs jeux, à ne pas s’asseoir côté à côté sur un banc. Ils se côtoient, peuvent bien s’entendre, mais ne peuvent pas être amis proches sans qu’on ne suspecte un autre type de relation.

J’ai moi-même fait les frais de cette vision des choses lorsque j’étais en Corée. En effet, j’ai passé quelques soirées avec un jeune homme coréen qui avait passé quelques années en France. Il a fini par me proposer de me mettre en couple avec lui, ce qui était hors de question pour moi, je le considérais comme un ami, sans plus, et pensais avoir été suffisamment claire à ce sujet. Vexé par ma réponse, qu’il n’a pas vraiment comprise, il a par la suite refusé de me revoir. Je peux encore citer comme exemple le cas d’un ami français et d’une amie coréenne à Paris qui passaient beaucoup de temps ensemble et agissaient comme deux amis (j’entends par là qu’ils pouvaient n’être que tous les deux, et se faisaient la bise). Au bout d’un certain temps, le bruit s’est répandu dans la communauté coréenne qu’ils formaient un couple, ce qui a mis mon amie coréenne dans l’embarras. De ce fait, du jour au lendemain, elle est devenue froide avec lui, et a refusé de lui faire la bise afin de faire cesser cette rumeur qui n’avait pas lieu d’être. Ces deux exemples montrent bien qu’un homme et une femme ne peuvent passer du temps ensemble, seuls, sans que l’on ne les considère comme un couple. Ceci peut en partie s’expliquer par ce que nous développerons ensuite, les couples ne doivent pas être démonstratifs en société.

Pour en revenir à l’éducation des enfants dans la famille, on constate que la mère se charge de les élever, elle représente traditionnellement l’aspect “affectif” dans la relation parent/enfant et le père de son côté représente plutôt l’autorité, il est le parent “sévère”. L’enfant reçoit de sa mère l’affection, bien que parfois elle doive le punir, elle tisse avec lui des liens affectifs très fort et représente la sécurité émotionnelle selon Lee Kwang-kyu. Son père représente plus l’autorité, d’ailleurs, traditionnellement, on n’attend pas de lui qu’il montre son affection de façon visible comme peut le faire sa mère. Il est considéré comme le parent strict, sévère (omch’in). Comme nous l’avons vu, auparavant, on traitait garçon et fille de manière très différenciée une fois qu’ils avaient sept ans. De nos jours, la donne est changée, le père n’est quasiment pas présent à la maison, et la mère doit se charger de jouer en plus de son rôle affectif un rôle d’autorité. On constate que le père étant moins souvent au domicile est un peu plus affectueux, et surtout a tendance à céder aux caprices de ses enfants.

Les principes éducatifs traditionnels étaient définis et indiscutables, mais les enfants grandissent dans une société qui a été bouleversée et est très différente de la société traditionnelle. De ce fait, les mères ne souhaitent pas suivre le modèle traditionnel et suivent deux approches éducatives qui s’opposent. Dans le premier cas, elles se montrent surprotectrices, surveillent tous les faits et gestes de leur enfant, ses fréquentations, ses devoirs, l’envoient dans des écoles privées pour qu’il y prenne des cours de musique, de dessin ou de sport, mais aussi dans des écoles du soir afin de préparer l’examen final du lycée qui permet, selon le classement, d’intégrer telle ou telle université. L’enfant est alors au centre des préoccupations de sa mère, et doit tenter de répondre au mieux à ses attentes.

Dans l’autre cas, les mères font preuve d’une permissivité excessive. Selon Lee Kwang-kyu, il s’agirait surtout des mères les moins éduquées et qui doivent travailler de longues heures ce qui ne leur permet pas de disposer de temps pour s’occuper de leurs enfants. Par conséquent, ils doivent apprendre seuls et soit ils savent développer de bonnes habitudes de travail et se montrer productifs et indépendants, soit ils ont des comportements à problèmes. La deuxième option semble être la plus fréquente.

On constate que la famille qui était traditionnellement orienté vers les parents, et le passé, est aujourd’hui tournée centrée sur les enfants (leur éducation) et l’avenir de la famille, qui passe par leurs études qui sont un moyen d’ascension sociale, mais aussi leur futur mariage. Un lien fort et indéfectible se tisse entre parents et enfants, d’autant plus que ceux-ci font de gros efforts et sacrifices pour le bien-être de leur progéniture. C’est donc logiquement que les enfants, une fois qu’ils en ont la possibilité, prennent soin de leurs parents. Nous allons maintenant nous intéresser au mariage et surtout tenter de mieux appréhender l’importance que tient le mariage dans la vie sociale d’un individu.

Le mariage en Corée : un rite de passage comme miroir d’une société
Mémoire de fin d’études
Université de Paris 8

Sommaire :
Introduction
Première partie : Théorie des rites de passage
1. Arnold VAN GENNEP et Robert HERTZ
2. Rapport entre rites de passage et temps
3. Efficacité des rites hier et aujourd’hui
Deuxième partie : La société coréenne, une société profondement marquée par le confucianisme
1. confucianisme en Chine, confucianisme originel
2. Néo-confucianisme ou les enseignements de Chu Hsi en Corée
Troisième partie : Famille et mariage en Corée
1. La place des femmes dans la société et la famille coréenne
2. Importance sociale du mariage
3. Les rites du mariage
Conclusion