Le succès des jeunes entreprises, un concept multidimensionnel

By 11 February 2014

1.2 Le succès, un concept large et multidimensionnel

Par le passé, un grand nombre d’études ont été menées sur le thème du succès pour tenter d’élaborer des modèles prédictifs de la survie ou de l’échec (Lussier, 1995). Néanmoins, Sammut (1998), Verstraete (1999) ou encore Moreau (2004), observent qu’il existe encore une grande hétérogénéité dans la définition du concept de succès. Ce constat appuie la remarque émise par Lasch, Le Roy et Yami, (2005), qui indiquent que les résultats des recherches passées restent relatifs, voire contradictoires, lors de la prise en compte des facteurs explicatifs du succès.

Ces contradictions pourraient donc provenir, en partie, de l’hétérogénéité des définitions du concept de succès que les nombreux auteurs ont employées. Sammut (1998) renforce cette idée en indiquant que « l’appréciation du succès ne peut être universelle, dans la mesure où chacun le perçoit et l’analyse différemment selon ses aspirations personnelles et ses conditions d’exercice », alors qu’Apostolidis (1977) le définit comme le « but ultime de l’entreprise typique, grande ou petite, c’est de concurrencer avec succès, croître et réaliser des profits ».

De ce fait, certains ont choisi de juger le concept de succès par l’étude approfondie d’un indicateur, comme l’atteinte (ou non) du seuil de rentabilité (Miskin et Rose, 1990, cité par Sammut, 1998).

D’autres auteurs comme Gatewood, Shaver et Gartner (1995), Rogoff, Lee et Suh (2004), ou encore Tamàssy (2006), considèrent le succès par la dimension unique de la survie, ou par le concept de viabilité Gerben, Cees et Kleinknecht (2003). Littunen, Storhammar, et Nenonen. (1998), ont également considéré que le succès pouvait être restreint à l’atteinte de la survie de l’entreprise après les premières années critiques suivant la création de l’entreprise. Ces auteurs ont pour point commun de considérer qu’une entreprise ne peut atteindre le succès que si elle survit ou fait preuve de sa viabilité (technologique et commerciale pour Gerben et al. 2003) (voir débat dans partie sur l’échec).

Honjo, (2004), Lasch, Le Roy et Yami (2005), ou encore Teurlai (2004) ont préféré étudier le succès en envisageant l’analyse conjointe de plusieurs indicateurs apparaissant liés au succès, notamment la survie et la croissance.

Solymossy (1998, et Hisrich 2000), Witt (2004) ou Hinz et al. (1999) afin de disposer d’une vision plus globale, du concept de succès, ont favorisé une vision multidimensionnelle du succès dans leurs recherches.

Ainsi, au regard de la multitude d’études menées sur la notion de succès auparavant et de la position encore obscure de notre objet de recherche, il semble nécessaire de poursuivre plus en avant l’investigation des différents indicateurs du concept de succès, afin de disposer d’une définition pertinente de la notion de survie et de son lien théorique avec les autres dimensions.

Dans les paragraphes suivants, nous détaillerons donc les différentes dimensions constituant le concept de succès, afin d’éclairer la position de notre objet de recherche (la survie) au travers de la définition du concept de succès.

1.2.1 Le succès, un concept aux contours encore flous

Hinz et Jungbauer-Gans (1999) développent une conception multidimensionnelle du succès adaptée à l’observation de celui-ci selon que l’entrepreneur est un chômeur créateur ou non. Ce focus explique grandement le parti pris dans les indicateurs de mesures qui sont utilisés : survie, croissance de l’emploi, croissance du chiffre d’affaires, profits, évaluation subjective de l’entreprise par le marché ainsi que la satisfaction personnelle de l’entrepreneur d’être son propre dirigeant.

Bosma, Van Praag et Witt, (2000) ont quant à eux travaillé sur une autre combinaison d’indicateurs de mesures pour observer le concept de succès entrepreneurial. Ainsi, selon eux, le succès est composé de trois indicateurs distincts : l’emploi généré, la durée de survie ainsi que les profits. Les profits sont ici considérés comme très importants relativement aux théories de l’entrepreneur mobilisées et reportées dans le tableau 2 inspiré de Bosma et al. (2000).

Solymossy (1998 ; 2000) offre, selon nous, la vision actuelle la plus pertinente des différentes dimensions constituant le concept de succès. Il distingue deux dimensions fondamentales dans l’étude du concept de succès ; de celles-ci découlent les différents indicateurs : les mesures économiques objectives et les perceptions subjectives de l’entrepreneur (cf. Figure n°4 suivante).

Cette conception de la notion de succès se rapproche de celle développée par Murphy et al. (1996) dans la tentative de regroupement des divers indicateurs utilisés pour mesurer le concept de performance.

En cela, les deux définitions proposées pour la performance et le succès sont proches, bien que distantes au niveau étymologique, ce qui alimente probablement le manque de consensus concernant la différenciation et la définition de ces deux concepts que nous considérons ici comme différents.

De plus, cette définition du succès par l’observation des dimensions qui le composent n’est pas sans rappeler les dimensions (mesures financières et non financières), ainsi que le niveau des données : (primaires ou secondaires) relevées dans la littérature par Murphy et al. (1996) qui, eux, les ont rattachés au concept de performance.

Figure 4 : Le concept de succès, un processus large, bidimensionnel aux multiples indicateurs
Le concept de succès, un processus large, bidimensionnel aux multiples indicateurs
Source : Solymossy, 1998

Cette vision du succès, développée par Solymossy (2000) basée sur les différents indicateurs relatifs au concept de succès, bien que très complète, manque, selon nous, de dynamisme. En effet, il est fort peu probable que tous les indicateurs cités dans la figure numéro 4 disposent en même temps du caractère « satisfaisant ».

Nous concevons le concept de succès, au même titre que Witt (2004), de manière plus intégrative. Cette conception du succès est dans la même lignée que Lussier (1995) et Lussier et Pfeifer (2000), qui ont développé une vision du concept de succès initié par la survie, puis par l’atteinte de profits.

Néanmoins, la conceptualisation de Witt, bien que très différente, reprend une majeure partie des indicateurs de mesures du succès relevés par Solymossy (2000) dans sa thèse, ce qui rend les deux auteurs assez proches dans leurs définitions du concept de succès.

Ainsi, pour Witt (2004), le succès se mesure à chaque stade de développement de l’entreprise. De ce fait, quand l’entrepreneur évolue de l’idée au projet et du projet à la création de l’entreprise, la transformation de l’opportunité en entreprise peut déjà être considérée comme un élément du succès.

Cette conception plus dynamique du concept de succès ne s’arrête néanmoins pas à cette étape. L’auteur considère, en effet, qu’à d’autres phases de développement de la jeune entreprise, correspondent d’autres éléments du succès. Ainsi, l’élément correspondant à la survie n’interviendra que dans la phase post création, suivie par les estimations subjectives du succès faites par l’entrepreneur pour aboutir à la croissance et aux profits (Figure 5).

Figure 5 : Les mesures du succès de l’entreprise au démarrage
Les mesures du succès de l’entreprise au démarrage
Source : Witt, 2004

Cette interprétation du succès développée par Witt (2004), bien que moins complète dans la prise en compte des différents indicateurs constituants le concept de succès, apparaît à notre sens plus cohérente avec notre vision du concept de succès et surtout de la position de notre objet de recherche au sein de la notion même de succès. Toutefois, user d’une telle vision concernant la notion de survie, et sa place initiale dans le processus de succès soulève un certain nombre de questions.

En effet, considérer que la survie est l’élément initial du succès implique de manière réductrice que l’entreprise qui ne survit pas est en échec. De plus, cette vision multidimensionnelle et dynamique du succès renvoie également à des questions relatives à la position de la notion de survie par rapport aux autres indicateurs relevés dans la littérature, mais aussi à leurs impacts respectifs les uns sur les autres.

Il semble donc opportun de développer quelque peu les différents indicateurs relevés dans l’étude de Witt, et de les contraster avec la littérature existante (utilisation du Schéma de Solymossy) pour faire apparaître la position de la notion de survie.

Facteurs de survie des jeunes entreprises en France : une approche intersectorielle
Thèse présentée pour obtenir le grade de Docteur de l’Université Montpellier I
Ecole doctorale économe et gestion – Institut supérieure de l’entreprise de Montpellier
ISEM Equipe de recherche sur la firme et l’industrie

Chapitre 1 – Fondements théoriques
Section 1. Du succès à la survie, du concept élargi vers l’objet de recherche
Section 2 Les analyses du succès et de la survie, rencontrées dans la littérature
Section 3. Des facteurs clé de succès aux facteurs de survie
Section 4. Synthèse de la revue de littérature
Chapitre 2 – Méthode
Section 1. Positionnement théorique
Section 2. SINE 2002 comme données d’analyse
Section 3. Modélisation statistique
Section 4. Modélisation statistique
Section 5. Conclusion et synthèse
Chapitre 3 – Résultats
Section 1. Caractéristiques sectorielles
Section 2. Facteurs de survie et facteurs d’échec, les évolutions du modèle et les résultats sectoriels
Chapitre 4 – Discussion
Section 1. Évolutions du modèle d’analyse théorique et place des processus entrepreneuriaux dans la modélisation
Section 2. Les secteurs d’activité analysés sont-ils singuliers vis-à-vis de leur survie ?
Section 3. Discussion intersectorielle des résultats : une certaine singularité sectorielle
Conclusion