Le secteur des industries, un entrepreneur diplômé et expérimenté

By 14 February 2014

Les secteurs d’activité analysés sont-ils singuliers vis-à-vis de leur survie ? – Section 2 :

2.1 Le secteur des industries (EC) (hors industries agroalimentaires)

2.1.1 Un entrepreneur diplômé et expérimenté

La thématique de l’entrepreneur dans le secteur de l’industrie est relativement peu présente dans les résultats qui sont apparus lors de la phase de tests statistiques. Il semble néanmoins qu’un entrepreneur disposant d’un niveau d’étude supérieure ou égal au baccalauréat aura plus de chances de voir sa jeune entreprise survivre. Ce résultat va dans le sens des travaux de Honjo (2004), Van Praag (1996), Storey (1994) pour qui le niveau d’étude se révèle également avoir un impact positif, mais cette fois sur le profit de la jeune entreprise. Dans le secteur industriel, il semble donc important pour la jeune entreprise que son entrepreneur dispose d’un niveau d’éducation suffisant pour assumer les charges qui lui incombent dans de bonnes conditions d’exercice, notamment dans le cas de ce secteur, où comme nous le verrons plus loin, l’innovation a un impact majeur sur la survie de ces jeunes entreprises. Il apparaît donc pertinent, dans ce cas, de considérer que le niveau d’étude de l’entrepreneur puisse l’aider significativement dans sa recherche d’innovation.

L’expérience de l’entrepreneur s’est également révélée significative lors de l’examen des résultats. Il semble, en effet, qu’un entrepreneur qui dispose d’une expérience entrepreneuriale préalable a plus de chances de voir son entreprise survivre à son troisième anniversaire qu’un entrepreneur plus novice, montrant l’importance des compétences acquises lors des précédentes expériences entrepreneuriales35.

Ce résultat se trouve ainsi dans la continuité des travaux d’auteurs tels que Lafontaine et Shaw (1998), Cooper (1982), Stuart et Abetti (1990) ou encore de Carter, Williams et Reynolds (1997), qui ont montré que l’expérience entrepreneuriale antérieure se trouvait plus profitable pour les entrepreneurs de sexe féminin. Toutefois, cette recherche ne vient pas appuyer les résultats non significatifs relevés dans les travaux de Brüderl, Preisendörfer et Ziegler (1992), ou encore ceux de Lasch, Le Roy et Yami (2005).

35 Résultat confirmé par l’apparition d’un facteur d’échec en cas d’absence d’expérience entrepreneuriale préalable à la création.

Par ailleurs, bien qu’il soit apparu qu’une expérience entrepreneuriale préalable se trouvait importante pour la survie future de la jeune entreprise, montrant l’importance des compétences nécessaires à l’entrepreneur pour remplir sa mission, les résultats ont également montré de manière significative qu’une expérience entrepreneuriale préalable trop importante (supérieure à 2) grevait les chances de survie de la jeune entreprise. Cette remarque nous amène ainsi à penser que ce pourrait être dû à un surcroît de confiance que l’entrepreneur aurait développé durant ses diverses expériences antérieures.

Concernant l’expérience, un dernier élément significatif relève cette fois-ci de l’entreprise dans laquelle a été acquise l’expérience. Il semble en effet que l’entrepreneur aura plus de chance d’avoir les compétences requises s’il a acquis son expérience dans une entreprise de moins de 250 salariés , taille charnière amenant à passer de la dénomination de PME à celle de grande entreprise. Ce résultat se révèle ainsi appuyer les travaux de Lasch, Le Roy et Yami (2005) qui avaient montré dans le cas d’entreprises de hautes technologies du secteur des nouvelles technologies de l’information et de la communication, que l’entrepreneur qui disposait d’une expérience acquise en majorité dans des petites et moyennes entreprises avait plus de chance d’avoir développé les compétences nécessaires à l’exercice de la fonction d’entrepreneur, puisqu’ayant eu la possibilité de pratiquer nombre de métiers différents au sein de petites entreprises, ce qui n’est bien souvent pas le cas dans les grandes entreprises du fait de leur structuration plus formelle.

D’autres éléments se sont également révélés dans les résultats comme ayant un impact négatif sur la survie des nouvelles entreprises de ce secteur.

Un premier facteur limitant la survie, relève de la nationalité du créateur. Il apparaît, en effet, singulier que les chances de survie de la jeune entreprise soient limitées par la nationalité française de son créateur.

À ce constat, nous pouvons avancer plusieurs explications, relevant, dans un premier temps, des difficultés relativement acceptées que les Français ont lors de l’apprentissage de la langue anglaise36, ce qui pourrait donc nous amener à penser, que cette déficience pourrait représenter au final une faiblesse lors de la recherche de financement, notamment sur les marchés étrangers.

36 Pour plus d’informations voir article du Monde « Les étudiants Français toujours aussi nuls en anglais », daté du 25 août 2009.

Toutefois, la portée de ce résultat peut également être limitée du fait que la proportion d’entrepreneurs français dans l’échantillon est très importante (> 90 %), ce qui pourrait ainsi nous amener à envisager une certaine surreprésentativité des entrepreneurs de nationalité française dans ce secteur .

La dimension ethnique pourrait également avoir un impact, si l’on prend en considération les travaux de Kristiansen (2004) qui montrait l’importance de cette dimension dans la prise en compte des réseaux sociaux de l’entrepreneur. Considérant ainsi l’ethnie comme un réseau social lié à l’entrepreneur, il a ainsi mis en évidence les interrelations fréquentes au sein de ces communautés, l’amenant à considérer ces types de réseaux sociaux comme des réseaux de soutien à l’entrepreneur .

Enfin, pour clore la discussion des éléments liés à l’entrepreneur dans le secteur industriel, il nous semble nécessaire de mentionner que les résultats ont fait apparaître, qu’une motivation à la création qui n’est pas clairement définie à l’origine amène la jeune entreprise à voir ses chances de survie diminuer de manière significative.

Ainsi, dans le même ordre d’idées que Lasch, Le Roy et Yami (2005), Praag (;2003), McClelland (1961) ou encore Solymossy et Hisrich (2000), il nous semble que seuls les entrepreneurs qui auront la motivation la plus objective et la plus forte pourront permettre à leur entreprise de survivre. Néanmoins, ce constat ne vient pas appuyer les travaux de Janssen (2002), qui n’avait pas relevé d’effet significatif de la motivation sur la survie ou sur la mortalité des jeunes entreprises.

2.1.2 Innovation et sous-traitance comme maîtres mots

La dépense en Recherche et développement dans le secteur des industries (toutes activités confondues) représentait près de 24 millions d’euros en 2006 en France. Cet élément chiffré vient appuyer le résultat que nous avons obtenu concernant l’innovation du secteur et nous renforce dans l’idée que ce secteur reste singulier dans sa relation avec l’innovation, puisque celle-ci se trouve fortement nécessaire pour assurer la survie des jeunes entreprises qui ont été créées dans ce secteur.

Que ce soit pour l’amélioration d’un produit, d’un concept, de la méthode de vente ou encore pour un nouveau procédé de fabrication, il apparaît ainsi très clairement, que la jeune entreprise industrielle se doit d’innover si elle souhaite assurer sa survie à 3 ans. Ce résultat vient confirmer les travaux d’auteurs tels que Kleinschmidt et Cooper (1991) qui préconisaient, pour faciliter la survie des entreprises de ce secteur, une certaine efficience et une certaine intensité dans la recherche et le développement d’innovations.

Par ailleurs, Singh (1995, 1997) a également démontré que la dimension d’innovation dans le secteur de l’industrie pouvait se révéler être un facteur de risque lorsque le degré d’innovation du secteur était fort. Nos résultats vont également dans le sens de ceux de Strotmann (2007) qui a lui aussi montré, l’importance primordiale que revêtent les conditions technologiques du secteur industriel sur la survie des entreprises de ce secteur. Nos résultats viennent, enfin, appuyer les travaux d’Audretsch et Thurik (2001) qui confirmait ainsi quelque peu la notion de Schumpeter (1935), de « création destructrice » dans la petite entreprise. Toutefois, ce résultat ne vient pas confirmer les recherches d’auteurs tels que Roy et Riedel (1997) ou encore Cooper (1991) qui n’avaient pas vu de résultats significatifs apparaître dans leurs recherches concernant l’innovation.

Nous remarquons également que le recours à des services extérieurs comme la comptabilité, la logistique ou encore le service de nettoyage, améliore fortement les chances de survie des jeunes entreprises . Ces résultats peuvent amener à penser, concernant notamment les services comptables ou de logistique et de transport, que l’entreprise qui souhaite améliorer son efficacité préférera faire appel à des spécialistes pour se concentrer sur son cœur de métier(s), ce qui pourrait aller dans le sens des travaux de Brosnan, Horwitz and Walsh (1997) qui ont identifié l’externalisation et les services de consultants comme la forme la plus commune de flexibilité en milieu professionnel.

Ils font ainsi valoir que cette forme de flexibilité donne accès aux organisations à des compétences spécialisées ; toutefois, l’externalisation de ce type implique à la fois les fonctions de bases et de soutien. La gestion de l’externalisation peut donc être vue de deux manières différentes, soit un risque élevé pour l’entreprise, soit une opportunité d’optimisation pour celle-ci et, notamment, dans le cas de PME, ce qui reste cohérent avec les travaux de Bennet et Robson (2001) qui avaient mis en évidence l’importance pour les entreprises du secteur des industries, du recours à des conseils extérieurs plus qu’à des services. .

Ces considérations nous amènent également à envisager que l’externalisation pourrait être une conséquence de la croissance de ces jeunes entreprises industrielles, les amenant à optimiser leur fonctionnement lors de leur introduction sur des marchés plus larges tels que les marchés internationaux afin de gagner en compétitivité tout en réduisant certains coûts de fonctionnements (Bettis, Bradley et Hamel, 1992).

Concernant les services de nettoyage, il est toutefois assez surprenant que l’appel à un tel prestataire extérieur puisse augmenter si fortement les chances de survie des jeunes entreprises, à moins, que cela n’indique que l’entreprise ait atteint une certaine surface et un certain rythme de croisière permettant sa survie à plus long terme.

Dans le même ordre d’idées, les travaux de sous-traitance en tant qu’activité annexe à l’activité principale semblent fortement améliorer les chances de survie de ces jeunes entreprises , montrant ainsi, qu’un complément d’activité en tant que sous-traitant d’une autre entreprise amène l’entreprise à disposer de suffisamment de ressources pour assurer sa survie.

Toutefois, la coopération interentreprises ne semble pas se révéler améliorer les chances de survie de ces jeunes entreprises, nous amenant à penser qu’il ne s’agit pas d’une solution viable lors du démarrage de la nouvelle entreprise industrielle. Néanmoins, il apparaît, au regard des résultats, que des relations avec des clients ou encore avec l’entreprise précédente de l’entrepreneur améliorent les possibilités de survie à 3 ans.

Ces constats, nous amène ainsi à considérer que les éléments de compétitivités liés à l’innovation pourraient grever grandement les possibilités relationnelles de la jeune entreprise durant sa phase de démarrage, démontrant, dans un premier temps, que la dimension relationnelle rattachée à l’activité de sous-traitance se doit de rester strictement sur les produits commandés dans le cadre du contrat conclu.

La jeune entreprise industrielle se devra donc, pour assurer son avenir, de conserver son avantage concurrentiel procuré par l’innovation qu’elle a mis en œuvre, et va donc dans le sens des travaux de Porter (1985). Toutefois, ces résultats ne vont finalement pas dans le sens des travaux de Budelmeyer, Jensen et Webster (2006) qui avaient démontré, dans le cadre d’une étude longitudinale (1997-2003) sur un échantillon très large (sans pour autant faire vraiment de distinction sectorielle), que les investissements dans l’innovation se trouvaient être des facteurs d’échecs.

Facteurs de survie des jeunes entreprises en France : une approche intersectorielle
Thèse présentée pour obtenir le grade de Docteur de l’Université Montpellier I
Ecole doctorale économe et gestion – Institut supérieure de l’entreprise de Montpellier
ISEM Equipe de recherche sur la firme et l’industrie

Chapitre 1 – Fondements théoriques
Section 1. Du succès à la survie, du concept élargi vers l’objet de recherche
Section 2 Les analyses du succès et de la survie, rencontrées dans la littérature
Section 3. Des facteurs clé de succès aux facteurs de survie
Section 4. Synthèse de la revue de littérature
Chapitre 2 – Méthode
Section 1. Positionnement théorique
Section 2. SINE 2002 comme données d’analyse
Section 3. Modélisation statistique
Section 4. Modélisation statistique
Section 5. Conclusion et synthèse
Chapitre 3 – Résultats
Section 1. Caractéristiques sectorielles
Section 2. Facteurs de survie et facteurs d’échec, les évolutions du modèle et les résultats sectoriels
Chapitre 4 – Discussion
Section 1. Évolutions du modèle d’analyse théorique et place des processus entrepreneuriaux dans la modélisation
Section 2. Les secteurs d’activité analysés sont-ils singuliers vis-à-vis de leur survie ?
Section 3. Discussion intersectorielle des résultats : une certaine singularité sectorielle
Conclusion