La théorie du capital humain, Succès et Survie des entreprises

By 11 February 2014

• La théorie du capital humain

Les recherches plus psychologiques présentées dans les paragraphes précédents font toutes échos à une théorie dite du capital humain. Becker en 1964, publie « Human Capital, A Theoretical and Empirical Analysis » et donne une impulsion très importante à la théorie du capital humain en construisant un cadre général d’analyse.

Cette théorie avait déjà été examinée par beaucoup d’économistes tels que Adam Smith ou encore Alfred Marshall en leurs temps. Les avancées de Becker (1964) lui vaudront le prix Nobel d’économie en 1992, renforçant ainsi l’importance des travaux de cet auteur sur cette théorie.

La théorie du capital humain s’est largement développée durant les années soixante et soixante-dix grâce à Schultz (1961), Mincer (1958) et Becker (1964, 1975). Ces auteurs ont, d’une part, contribué à expliquer la croissance économique et, d’autre part, la formation et la distribution des rémunérations individuelles. Schultz, en 1961 explicite cette théorie en ces termes « Although it is obvious that people acquire useful skills and knowledge, it is not obvious these skills and knowledge are a form of capital, that this capital is in substantial part a product of deliberate investment » (1961, p1).

Véronique Simonnet, plus récemment (2003), définit de manière plus précise le concept de capital humain relatif à cette théorie et indique que : « Le capital humain est l’ensemble des compétences, qualifications et autres capacités possédées par un individu à des fins productives. Il peut être inné ou s’acquérir durant le cursus scolaire, universitaire ou au cours d’expériences professionnelles, par la transmission de savoirs et qualifications. Le capital humain initial revêt des formes comme l’intelligence, la force physique ou les connaissances transmises par la famille. Il répond plus à des facteurs génétiques ou familiaux qu’économiques et est supposé peu modulable au cours du temps ».

Ces définitions du capital humain montrent bien l’influence que le concept de capital humain a eue sur la recherche en entrepreneuriat, en économie mais aussi concernant l’objet de notre recherche : la survie. Lucas (1988) va jusqu’à indiquer que le capital humain est la variable principale qui influence le développement économique.

Les travaux dans les domaines de la psychologie présentés auparavant font implicitement ou clairement référence à cette théorie. Toutefois, d’autres auteurs ont centré leurs analyses plus spécifiquement sur les liens pouvant exister entre le capital humain et la survie ou le succès de la nouvelle entreprise.

• Des études liant le capital humain au succès ou à la survie

Van Praag (1996, 2003) s’est ainsi concentrée sur l’exploration des relations pouvant exister entre des éléments du capital humain tels que l’âge de l’entrepreneur, son niveau d’éducation ou encore son expérience et le succès ainsi que la survie de la nouvelle entreprise. Au cours de cette recherche, l’auteur a également enrichi la construction de son modèle par l’adjonction de variables liées aux motivations de l’entrepreneur, à des éléments plus psychologiques comme la religion ou encore l’environnement familial de l’entrepreneur.

Cette modélisation présente ainsi l’intérêt d’examiner en profondeur l’impact des différentes dimensions constituant l’entrepreneur, sur la survie et le succès de sa jeune entreprise. Acs, Armington et Zhang (2006) ont également exploré le lien entre ces deux notions, mais d’une manière plus exogène. Ils ont construit une modélisation plus axée sur le potentiel en capital humain au niveau régional afin d’en examiner l’impact sur la survie à trois ans des entreprises de service de cette même région.

• Des études plus spécifiques sur le capital humain et le succès

Des analyses sur le lien pouvant exister entre le capital humain et la survie sont apparues dans d’autres travaux plus spécifiquement dédiés aux éléments constituant ledit capital humain. Ainsi, certains auteurs se sont focalisés sur le genre ou encore l’activité préalable de l’entrepreneur.

– Le genre de l’entrepreneur

Des auteurs comme Carter, Williams et Reynolds (1997) se sont eux concentrés sur le genre de l’entrepreneur, pour tenter de répondre à la question : « Est-ce que les hommes réussissent mieux que les femmes ? ». Ils ont ainsi examiné les échecs des entreprises de leur échantillon au travers d’un modèle axé sur les caractéristiques de l’entrepreneur telles que l’expérience et les différentes formes de stratégies comme la stratégie de niche. Afin de répondre à la question initiale, ils ont également croisé les différentes variables présentées auparavant avec le genre de l’entrepreneur afin de saisir au mieux si les femmes ou les hommes disposent de caractéristiques leur permettant de réussir mieux que l’autre groupe à assurer la survie de la jeune entreprise.

Perry (2002) a également travaillé sur cette problématique. Cette fois-ci l’auteur a fait le choix d’approfondir la recherche menée précédemment par Carter et al. (1997) en liant toujours le genre à l’échec. Toutefois, l’analyse de Perry l’a amené à examiner des éléments plus psychologiques pour caractériser l’entrepreneur tels que la capacité à planifier ou encore les stratégies de prises de décisions. Perry (2002) a ainsi tenté de singulariser les entrepreneurs femmes et les entrepreneurs hommes au travers de leurs capacités respectives (si tel est le cas ?) à prévoir, planifier mais aussi à mener des réflexions stratégiques pour prendre des décisions optimales.

L’étude du genre et de son impact sur le succès se révèle un thème relativement étudié dans la littérature16 Kalleberg et Leicht (1991), par exemple, usent également de cette problématique dans une recherche datée de 1991. Néanmoins, ces auteurs ont construit un modèle plus large que les études qui ont été examinées auparavant sur ce sujet. En effet, leur objectif était ainsi d’examiner comment la survie et le succès d’entreprises gérées par des femmes ou des hommes pouvaient être impactés par les différences sectorielles, la structure organisationnelle ou encore les caractéristiques des entrepreneurs eux-mêmes. Ainsi, bien que la problématique reste proche, l’approche change du tout au tout, la modélisation de Kalleberg et Leicht (1991) étant plus large et introduisant trois thématiques supplémentaires dans l’analyse. Cependant, il ne serait pas vain de considérer que l’approche de Kalleberg et Leicht (1991) a inspiré les travaux de Perry (2002) ou encore ceux de Carter et al. (1997).

16 Voir Verheul et Thurik (2001) « Start-up capital : Does gender matter ? » pour plus de détails concernant le débat existant sur l’importance du genre de l’entrepreneur.

– Le chômeur créateur

La littérature révèle également des recherches relatives à l’examen d’une catégorie spécifique d’entrepreneurs : les « chômeurs – créateurs » et des chances de succès ou de survie des entreprises qu’ils ont créées. Hinz et Jungbauer-Gans (1999) ont ainsi mené leur investigation autour de cette problématique. Ici encore, il ne s’agit pas de préoccupations unidimensionnelles mais multidimensionnelles puisque les auteurs intègrent dans leur modèle des éléments liés à l’organisation (la taille en nombre d’employés, à l’environnement (le secteur par exemple) et, bien sûr, à l’entrepreneur (capital humain : âge, niveau d’éducation, genre, expérience).

Guérin et Vallat (2000) ont eux appréhendé cette problématique du chômeur créateur sous l’angle de la cohérence projet / porteur de projet. Cette démarche place le capital humain de l’entrepreneur au centre de leur démarche d’analyse. Toutefois, tout comme Hinz et al. (1999), afin de parvenir à une analyse pertinente, ils ont également construit un modèle multi variables reprenant des thématiques liées à l’organisation mise en place, à l’environnement ou aux stratégies, mais aussi et surtout aux caractéristiques de l’entrepreneur. Ils ont ainsi mené leur investigation en singularisant les chances de survie selon que les entrepreneurs étaient ou non chômeurs avant la création de leur entreprise.

• Conclusion

Les théories présentées ici n’ont pas pour vocation d’être exhaustives. En effet, d’autres théories relatives à l’entrepreneur existent, par exemple l’orientation entrepreneuriale. Toutefois, il s’agissait ici de présenter les diversités d’approches existantes dans la littérature lorsque les chercheurs sont amenés à examiner de manière plus singulière les liens pouvant exister entre les caractéristiques de l’entrepreneur (qu’elles soient psychologiques, sociologiques ou encore plus pragmatiques comme le capital humain) et le succès ou la survie des entreprises qu’ils ont créées.

La littérature mobilisée fait apparaître une grande diversité des approches. Toutefois, il est possible de remarquer que l’entrepreneur est au centre de ces études et se révèle une thématique primordiale dans l’étude de la survie ou du succès des jeunes entreprises comme des plus anciennes. Lucas (1988) indiquait d’ailleurs que le capital humain est la variable principale qui influence le développement économique.

Ces développements nous conduisent ainsi à formuler notre première hypothèse de recherche concernant l’entrepreneur :

H1. Nous supposons un lien positif entre les caractéristiques de l’entrepreneur et la survie à trois ans de la jeune entreprise.

Toutefois, cette thématique apparaît également devoir être employée conjointement avec d’autres dans une modélisation multidimensionnelle, si l’on souhaite disposer d’une vision suffisamment fine du succès ou de la survie des jeunes entreprises.

Cette première hypothèse, ainsi que les trois autres qui seront émises dans cette section 2 seront affinées par un jeu de sous hypothèses formulées lors de l’examen des résultats des recherches antérieures au cours de la section 3.

Facteurs de survie des jeunes entreprises en France : une approche intersectorielle
Thèse présentée pour obtenir le grade de Docteur de l’Université Montpellier I
Ecole doctorale économe et gestion – Institut supérieure de l’entreprise de Montpellier
ISEM Equipe de recherche sur la firme et l’industrie

Chapitre 1 – Fondements théoriques
Section 1. Du succès à la survie, du concept élargi vers l’objet de recherche
Section 2 Les analyses du succès et de la survie, rencontrées dans la littérature
Section 3. Des facteurs clé de succès aux facteurs de survie
Section 4. Synthèse de la revue de littérature
Chapitre 2 – Méthode
Section 1. Positionnement théorique
Section 2. SINE 2002 comme données d’analyse
Section 3. Modélisation statistique
Section 4. Modélisation statistique
Section 5. Conclusion et synthèse
Chapitre 3 – Résultats
Section 1. Caractéristiques sectorielles
Section 2. Facteurs de survie et facteurs d’échec, les évolutions du modèle et les résultats sectoriels
Chapitre 4 – Discussion
Section 1. Évolutions du modèle d’analyse théorique et place des processus entrepreneuriaux dans la modélisation
Section 2. Les secteurs d’activité analysés sont-ils singuliers vis-à-vis de leur survie ?
Section 3. Discussion intersectorielle des résultats : une certaine singularité sectorielle
Conclusion