La survie, élément intrinsèque au succès de l’entreprise ?

By 11 February 2014

1.3 La survie, élément intrinsèque au succès ?

La survie apparaît comme un indicateur nécessaire durant les premières phases d’existence de la jeune entreprise (phase de démarrage au sens de Sammut, 1998), pour appréhender dans les phases de développement suivantes, le succès de la nouvelle entreprise. Tamàssy (2006), va dans le même sens, et indique dans son étude que le critère minimum de succès qu’une entreprise peut escompter est la survie de celle-ci.

Littunen, Storhammar et Nenonen (1998) sont plus tranchés sur la question en indiquant, dans un premier temps, que la survie est la première étape fondamentale dans l’accès au succès. Ils poursuivent en remarquant que du fait de la période de stabilisation de l’activité entrepreneuriale durant la phase d’émergence de la jeune entreprise, il est difficile de récolter suffisamment de données réellement fiables concernant la croissance et la profitabilité. Pour ces auteurs, la notion de survie apparaît donc comme l’élément nécessaire à l’obtention du succès.

De ce fait, les éléments permettant la survie durant la phase de lancement de la jeune entreprise pourraient également avoir une autre portée, aussi bien au niveau des liens avec les autres indicateurs de succès comme le profit, la croissance ou encore la satisfaction de l’entrepreneur, qu’au niveau des indicateurs de performance utilisés dans les recherches entreprises en management stratégique ou dans le courant de la théorie des organisations.

Il nous semble donc judicieux de considérer la survie comme l’élément initiant le processus conduisant la nouvelle entreprise à son succès futur, au même titre que Witt (2004), Littunen et al. (1998) ou encore Tamássy (2006).

Cette manière d’envisager le succès, comme un processus composé de l’atteinte de divers indicateurs, est également partagé par Lussier (1998 ; Lussier et Pfeifer, 2000). Ces auteurs considèrent, en effet, le concept de succès comme intégratif et initié à l’origine par la survie de l’entreprise. Ils examinent ainsi le succès de l’entreprise selon deux étapes distinctes : la survie, puis l’atteinte de profits, ces étapes déterminant l’atteinte ou non du succès pour la nouvelle entreprise.

La position de la notion de survie que nous défendons dans cette recherche apparaît donc cohérente, et dans la lignée d’auteurs comme Lussier (1995) Lussier et Pfeifer, (2000) Littunen et al. (1998) ou encore Tamássy (2006), où une entreprise qui ne survit pas ne peut obtenir le succès.

Ainsi, considérer la notion de survie implique de prendre en compte un élément intrinsèque à cette notion, à savoir le temps. En effet, survivre implique une durée. Cette notion se distingue selon deux courants d’observations ; certains auteurs préféreront analyser le court ou moyen terme, alors que d’autres envisageront la notion de survie à long terme : la pérennité.

1.3.1 La notion de temps

Brüderl, Preisendörfer et Ziegler (1992) analysent la survie durant les cinq premières années après la création de la jeune entreprise. Gartner, Starr et Bhat (1998), considèrent quant à eux que la survie à quatre ans est un indicateur clé dans le repérage du succès. Ciavarella, Buchholtz, Riordan, Gatewood, et Stokes (2004) analysent la notion de survie au cours d’une étude longitudinale sur huit ans. D’autres comme Singh (1997) axeront leur analyse sur l’observation de données relatives à 30 ans d’historique des entreprises étudiées. Cette observation de la notion de survie réalisée par Singh (1997) se rapproche ainsi de la conception de pérennité définie par Mignon (2009).

Cet auteur définit la pérennité comme la « capacité d’une entreprise de résister à l’épreuve des bouleversements profonds de son environnement en préservant l’essentiel de son identité ». Mignon (2009) place également la pérennité des entreprises comme la finalité même de la gestion. Néanmoins, le point d’observation du concept de pérennité se situe aux alentours de la centaine d’années, ce qui rend le phénomène rare, et concerne tout de même un petit nombre d’entreprises, comme l’entreprise d’automobiles françaises Renault (Godelier, 2009) qui ont réussi à survivre plus de 100 ans.

De ce fait, le concept de pérennité apparaît comme le prolongement de la notion de survie, les deux analyses disposant de points d’observation différents, quant au stade de développement de l’entreprise étudiée. Les recherches sur ce sujet restent, cependant, peu nombreuses au regard du nombre de travaux existant sur la notion de survie.

Cependant, bien qu’un lien évident existe entre la notion de survie telle que nous la concevons et la notion de pérennité définie par Mignon (2009), il apparaît tout de même que l’analyse de la notion de pérennité s’oriente vers d’autres indicateurs pour la mesurer.

En effet, le concept de pérennité apparaît comme reposant à la croisée d’une contradiction, puisqu’il s’agit, selon Mignon (2009) et Bloch et Nabat (2009), d’arbitrer entre l’évolution de l’entreprise et la conservation des valeurs fondamentales de celle – ci. Sous cet angle, l’analyse du concept de pérennité apparaît comme plus pertinente dans les champs de la théorie des organisations (Bloch et Nabat, 2009) ou encore du contrôle de gestion (Dupuy, 2009) ; puisqu’il s’agit d’analyser une relation dialectique entre les deux éléments qui composent la notion de pérennité à savoir une pérennité de pouvoir et une pérennité de projet.

Néanmoins, il pourrait exister une possibilité que les éléments relatifs à la survie de la jeune entreprise durant sa phase de démarrage (au sens de Sammut, 1998) puissent amener à de nouvelles possibilités quant à l’observation du concept de pérennité.

Ainsi, cette conception, bien qu’éloignée, se trouve complémentaire à la notion de survie et renforce l’idée qu’une entreprise qui survi aura plus de chances d’atteindre le succès que si elle se retrouve fermée.

Les études s’orientent vraisemblablement sur la notion de survie, puisque plus de cas existent dans l’observation d’entreprises au démarrage que dans le cas d’entreprises qui survivent plus d’un siècle comme Renault ou encore Hewlet Packard (Godelier, 2009).

En conséquence, la recherche en entrepreneuriat s’oriente plus généralement sur les études de la survie qui s’axent sur l’analyse à un et/ou trois ans comme Lasch et al. (2005) ou encore Teurlai, 2004 ; temps qui correspond finalement à la durée présumée de la phase de démarrage (Sammut, 1998).

Cependant, considérer la notion de survie sur plusieurs dimensions, en la définissant comme l’élément qui initie le processus conduisant l’entrepreneur et son entreprise au succès, n’est pas sans poser quelques problèmes d’ordres conceptuels, comme l’analyse l’a montré auparavant.

En effet, considérer que la survie est l’élément initial du processus conduisant la nouvelle entreprise au succès ne permet pas de prendre en compte les cas où l’entreprise ne survit pas du fait de la revente avec profit de celle-ci, puisque le profit est considéré comme un élément du succès. Ainsi, il apparaît pertinent d’éclairer les contours de la notion d’échec, puisqu’étant l’opposé de la notion de survie et semblant disposer de dimensions propres.

De ce fait, l’analyse de la survie suppose de prendre en compte la notion d’échec, en affinant ses contours par la distinction entre fermeture pour cause de faillite (échec) et fermeture pour cause de revente. Différents scénarios sont alors possibles, en considérant que l’entreprise qui ne survit pas n’est pas nécessairement en échec.

Facteurs de survie des jeunes entreprises en France : une approche intersectorielle
Thèse présentée pour obtenir le grade de Docteur de l’Université Montpellier I
Ecole doctorale économe et gestion – Institut supérieure de l’entreprise de Montpellier
ISEM Equipe de recherche sur la firme et l’industrie

Chapitre 1 – Fondements théoriques
Section 1. Du succès à la survie, du concept élargi vers l’objet de recherche
Section 2 Les analyses du succès et de la survie, rencontrées dans la littérature
Section 3. Des facteurs clé de succès aux facteurs de survie
Section 4. Synthèse de la revue de littérature
Chapitre 2 – Méthode
Section 1. Positionnement théorique
Section 2. SINE 2002 comme données d’analyse
Section 3. Modélisation statistique
Section 4. Modélisation statistique
Section 5. Conclusion et synthèse
Chapitre 3 – Résultats
Section 1. Caractéristiques sectorielles
Section 2. Facteurs de survie et facteurs d’échec, les évolutions du modèle et les résultats sectoriels
Chapitre 4 – Discussion
Section 1. Évolutions du modèle d’analyse théorique et place des processus entrepreneuriaux dans la modélisation
Section 2. Les secteurs d’activité analysés sont-ils singuliers vis-à-vis de leur survie ?
Section 3. Discussion intersectorielle des résultats : une certaine singularité sectorielle
Conclusion