La survie à 3 ans dans le secteur des services aux entreprises

By 13 February 2014

2.4 Les facteurs de survie à 3 ans dans le secteur des services aux entreprises

2.4.1 Évolutions du modèle d’analyse

• Confrontation ascendante / descendante

Tableau 41 Méthode ascendante du modèle d’analyse dans le secteur EN

EVOLUTION DES INDICATEURS (Pseudos R² – HLMSW – %)

Récapitulatif du

modèle

FIT DU MODELE

TEST DE HOSMER ET LEMESHAW

% global du table au de clas s e m e nt à l’é tape chois ie

BLOC

Etape

-2log- vraisemblance

R-deux de Cox

& Snell

R-deux de

Nagelkerke

Khi-deux

ddl

Signif.

1

13

14653,13

0,027

0,039

11,792

8

0,1607

71,9%

2

15

2530,95

0,628

0,903

7,046

8

0,5317

96,6%

3

13

2374,98

0,633

0,909

1,213

8

0,9965

96,7%

4

Pas de bloc 4 dans ce secteur

Un premier élément très marquant est l’absence du bloc de variable relatif à la région d’implantation. En effet, ce bloc d’analyse a créé une erreur dans le modèle d’analyse après son introduction, les données n’ont donc pas pu être utilisées pour l’analyse. Ce premier résultat indique un manque d’adéquation total entre les données des variables du bloc 4 et le modèle d’analyse. Nous prendrons ainsi en considération les résultats obtenus après introduction du bloc de variables numéro trois.

L’analyse ascendante montre ici une adéquation pertinente entre le modèle et les données jusqu’après introduction du bloc de variables trois relatives à la structure organisationnelle. L’examen du tableau 41 révèle ensuite une très forte augmentation des pseudos R² après introduction des variables liées aux processus entrepreneuriaux (bloc 2) ; montrant ainsi l’importance de cette thématique dans l’explication de la survie dans cette analyse. Toutefois, les résultats montrent aussi une stagnation des indicateurs du fait du modèle lors de l’introduction du bloc suivant. Ce résultat renforce l’idée de la puissance des processus entrepreneuriaux et vient infléchir la force des liens entre la structure organisationnelle et la survie à trois ans de la jeune entreprise.

Enfin, le pouvoir explicatif (représenté par le pourcentage global du tableau de classement) du modèle d’analyse évolue positivement au cours de cette analyse. Nous pouvons au même titre que pour les pseudos R², relever une forte évolution de cet indicateur lors de l’introduction des variables du bloc deux, puis une stagnation après l’introduction du bloc de variables numéro trois.

Néanmoins au terme de l’analyse ascendante, le pouvoir explicatif du modèle se révèle très significatif, les résultats relatifs à l’analyse ascendante seront donc considérés comme pertinents et significatifs.

Tableau 42 Méthode descendante du modèle d’analyse dans le secteur EN

EVOLUTION DES INDICATEURS (Pseudos R² – HLMSW – %)

Récapitulatif du

modèle

FIT DU MODELE

TEST DE HOSMER ET LEMESHAW

% global du table au de clas s e m e nt à l’é tape chois ie

BLOC

Etape

-2log-

vraisemblance

R-deux de Cox

& Snell

R-deux de

Nagelkerke

Khi-deux

ddl

Signif.

1

4

14612,97

0,030

0,044

12,928

8

0,1143

72,0%

2

72

2488,76

0,629

0,905

0,630

8

0,9997

96,6%

3

1

2319,76

0,634

0,912

1,794

8

0,9867

96,7%

4

1

2279,61

0,635

0,913

1,281

8

0,9958

96,7%

Le tableau 42 représente l’évolution du modèle au travers de l’analyse descendante. Un premier examen montre des évolutions similaires à la méthode ascendante analysée auparavant.

Une différence majeure toutefois, le bloc de variables liées à la région d’implantation est apparu comme significatif au cours de cette analyse. En effet, les données des quatre blocs de variables se sont avérées en adéquation avec le modèle statistique employé au cours des quatre étapes de l’analyse. Les résultats obtenus dans cette analyse après introduction du bloc quatre pourront donc être considérés comme valides et significatifs.

L’évolution du modèle au travers de l’analyse descendante révèle également une forte évolution dans les pseudos R² après l’introduction des variables liées aux processus entrepreneuriaux (de 0.03 et 0.04 à 0.629 et 0.905). Cette évolution majeure du modèle montre l’importance de la thématique des processus entrepreneuriaux dans l’explication du phénomène de survie à trois ans des jeunes entreprises de ce secteur. Toutefois, l’évolution de ces indicateurs dans les étapes suivantes est bien plus modeste, indiquant une importance moindre des variables relatives aux blocs de variables trois et quatre.

Enfin, une évolution similaire est remarquable au niveau du pouvoir explicatif du modèle. Celui-ci évolue très fortement après l’introduction du bloc deux, puis stagne au cours des étapes ultérieures de l’analyse, bien que les pseudos R² continuent d’augmenter très légèrement.

• Synthèse de l’évolution du modèle

Le modèle d’analyse évolue positivement au cours des deux analyses. Les développements sont d’ailleurs pratiquement similaires avec des pseudos R² très proches (autour de 0.63 et 0.91 dans les deux analyses).

Cependant, une forte différence est à noter concernant le bloc de variables numéro quatre. En effet, l’analyse ascendante révèle un manque total d’adéquation entre les données et le modèle, alors que l’analyse descendante relève ce bloc de variables comme adéquat. Nous considérerons donc les résultats relatifs à cette thématique comme très peu significatifs.

Ensuite, l’examen conjoint des deux analyses montre également que le pouvoir explicatif du modèle au terme des étapes d’introductions s’avère identique (96,7 %). Ces remarques nous amènent à considérer que les deux méthodes d’analyses sont convergentes (malgré le bloc de variables numéro quatre), et que les résultats des deux analyses se complèteront.

2.4.2 Facteurs de survie et de mortalité des entreprises du secteur EN

• Analyse ascendante

– Facteurs de survie

Tableau 43 Facteurs de survie dans le secteur EN (Ascendante)

signification

Variables

β

%

p

bloc 1

l’entrepreneur dispose d’un bac généraliste

HKTDIPLO5AW

0,6102

84%

***

l’entrepreneur était étudiant avant la création

EXPstatutaETUD

0,8504

134%

***

bloc 2

mep du projet avec le conjoint

PRCcrqui2A

0,5883

80%

***

pas de conseils pour le projet

PRCcons5A

0,2455

28%

*

réalisation de travaux de sous traitance en 2005 en activité annexe au

CA

STRztsexebOA

1,7968

503%

**

pas de travaux de sous traitance en 2002

STRstexeaN

0,3363

40%

*

exécution de travaux de sous traitance en activité annexe au CA en

2002

STRstexeaOA

0,7105

103%

***

pas de licenciement prévues en 2002

STRzlicfbN

1,1799

225%

*

bloc 3

consultation d’internet pour le passage de commandes

SCTcnet3A

0,3505

42%

*

pas d’accès internet

SCTnet3A

0,3115

37%

*

structure juridique : personne morale

SCTcjaPM

0,7572

113%

***

sources de financement des investissements en 2002 par d’autres types d’emprunts

SFIfinv4A

0,8312

130%

***

sources de financement des investissements en 2002 par apport en capital d’organismes de fonds propres

SFIfinv6A

1,3561

288%

***

sources de financement des investissements en 2002 par apport en capital d’autres sociétés

SFIfinv7A

1,9270

587%

***

* p< 0.05 ** p< 0.01 ***p<0.001

Les résultats de l’analyse ascendante révèlent, tout d’abord, deux facteurs de survie relatifs à l’entrepreneur. En effet, un entrepreneur disposant d’un bac généraliste verra les chances de survie de sa jeune entreprise augmenter de 84 %. Le statut d’étudiant dont l’entrepreneur disposait juste avant la création se révèle également augmenté significativement les chances de survie des jeunes entreprises de ce secteur (+ 134 %). Ce deuxième résultat se montre cohérent avec le facteur relevant du niveau d’éducation de l’entrepreneur relevé précédemment.

L’analyse ascendante identifie aussi des facteurs de survie à trois ans relatifs aux processus entrepreneuriaux. Ainsi, la mise en place du projet de création avec le conjoint de l’entrepreneur s’avère améliorer fortement les chances de survie de la jeune entreprise de ce secteur (+ 80 %).

La réalisation de travaux de sous-traitance aussi bien à la création que durant les trois premières années apparaît comme primordial, résultat tout à fait rationnel compte tenu du secteur d’activité analysé.

D’autres facteurs moins significatifs sont également à considérer. Ainsi, une stratégie d’emploi consistant à ne pas licencier les salariés au cours des 12 premiers mois d’activité se révèle une stratégie payante, puisqu’elle améliore de plus de 220 % les chances de survie de la jeune entreprise du secteur des services aux entreprises. Le non-recours aux conseils lors de la création et de la mise en place du projet apparaît également augmenter les chances de survie des jeunes entreprises de ce secteur.

Une dernière thématique est à relever dans les facteurs de survie des jeunes entreprises de ce secteur ; elle concerne la structure organisationnelle mise en place au cours des trois premières années d’existence. Le choix d’une personnalité morale comme structure juridique s’avère pertinent et très significatif, étant donné l’amélioration de 113 % des chances de survie à trois ans des jeunes entreprises qui disposent de ce statut.

Trois sources de financement des investissements (lors de la création) apparaissent améliorer tout particulièrement les probabilités de survie des jeunes entreprises de ce secteur. Les apports en capitaux par d’autres entreprises ou encore par des organismes de fonds propres augmentent très fortement les chances de survie des jeunes entreprises (respectivement + 587 % et + 288 %). D’autres formes d’emprunts (autre que les emprunts bancaires) se révèlent également être une forme de financement pertinente et significativement positive pour la survie des jeunes entreprises de ce secteur.

L’usage d’Internet ne semble toutefois pas trouver de consensus au sein des facteurs de survie à trois ans de ce secteur. En effet, il apparaît au regard du tableau 43 que le passage de commandes par Internet augmente sensiblement les chances de survie de ces jeunes entreprises, alors que les résultats montrent que si l’entreprise ne dispose d’aucune connexion au réseau Internet elle augmente aussi ses chances de survie. Les résultats que nous développerons par la suite apporteront très certainement une réponse plus claire concernant l’usage d’Internet dans ce secteur.

– Facteurs d’échec

Tableau 44 Facteurs d’échec dans le secteur EN (Ascendante)

signification

Varia bles

β

%

p

bloc 1

l’entrepreneur n’a pas de diplomes

HKTDIPLO1AW

-0,9905

-63%

***

l’entrepreneur est agé de moins de 30 ans

HKTTAGEA30A

-0,3927

-32%

*

l’entrepreneur a plus de 10 ans d’expérience dans le principal métier de l’entreprise

EXPdurexpaPLUS10

-0,5518

-42%

***

bloc 3

consultation d’internet pour la recherche de marchés

SCTcnet4A

-0,3309

-28%

*

aides : EDEN

SFItypaid2A

-0,9623

-62%

*

aides ou exonérations locales ou régionales

SFItypaid4A

-1,1951

-70%

*

moyens nécessaires à la création et/ou au démarrage compris entre

40 000 et 80 000 €

SFIzmoyensa6

-1,5359

-78%

*

moyens nécessaires à la création et/ou au démarrage supérieur à 80

000 €

SFIzmoyensa7

-0,9775

-62%

*

l’entreprise a entre 1 et 2 clients

CLTnbclia12

-0,5027

-40%

***

clientèle composée d’administrations, d’organismes publics ou parapublics

CLTztypclia1

-1,0672

-66%

**

* p< 0.05 ** p< 0.01 ***p<0.001

L’analyse ascendante révèle également des facteurs d’échec. L’examen des résultats permet d’identifier comme facteur d’échec très significatif le faible niveau d’éducation de l’entrepreneur (pas de diplômes). Ce résultat vient confirmer le facteur de survie relevé auparavant et concernant le fait pour l’entrepreneur de disposer d’un bac généraliste.

Deux autres résultats concernant l’entrepreneur sont également apparus au cours de l’observation des facteurs d’échec. Ainsi, un entrepreneur trop jeune (moins de 30 ans) ne favorise pas les chances de survie des jeunes entreprises de ce secteur ; de même qu’un entrepreneur qui dispose de plus de 10 ans d’expérience dans le métier principal de l’entreprise engendre une réduction des chances de survie des jeunes entreprises de ce secteur.

Par ailleurs, le tableau 44 fait apparaître une seconde thématique forte dans les facteurs d’échecs de ce secteur et concerne les éléments de structure organisationnelle. L’usage d’Internet apparaît également ici, et montre que sa consultation pour la recherche de marchés entraîne une baisse de la probabilité de survie à trois ans de 28 %. La structure financière apparaît également très influente dans le cadre des facteurs d’échec. L’obtention du dispositif EDEN par exemple limite les probabilités de survie de ces jeunes entreprises. De la même manière, l’obtention d’aides ou exonérations locales apparaît engendrer une diminution sensible des chances de survie des nouvelles entreprises de ce secteur. Ensuite, il apparaît que des moyens trop élevés (supérieurs à 40 000 €) réduisent manifestement les chances de survie des entreprises nouvellement créées dans ce secteur en 2002.

L’analyse ascendante révèle encore qu’une clientèle composée essentiellement d’administrations, d’organismes publics ou parapublics produit une réduction significative des probabilités de survie à trois ans (- 66 %). Enfin, les jeunes entreprises du secteur des services aux entreprises qui disposent seulement d’un ou deux clients principaux voient leurs chances de survie à trois ans diminuer de manière très significative de 40 %.

• Analyse descendante

– Facteurs de survie

Tableau 45 Facteurs de survie dans le secteur EN (Descendante)

signification

Variables

β

%

p

bloc 1

l’entrepreneur a un bac généraliste

HKTDIPLO5AW

0,6150

85%

***

situation immédiate avant la création : étudiant

EXPstatutaETUD

0,7073

103%

**

2 créations préalables de l’entrepreneur

EXPznbcrea2

0,5146

67%

*

bloc 2

exécution de travaux de sous traitance en activité annexe en 2002

STRstexeaOA

0,5159

68%

***

réalisation de travaux de sous traitance en 2005 en activité annexe au CA

STRztsexebOA

1,6290

410%

**

bloc 3

source de financement des investissements PCE ou

EDEN

SFIfinv2A

1,0184

177%

*

source de financement des investissements par d’autres types d’emprunts

SFIfinv4A

0,6244

87%

*

financement des investissements par apport en capital d’organismes de fonds prorpres

SFIfinv6A

1,2579

252%

**

source de financement des investissements par apport en capital d’autres sociétés

SFIfinv7A

2,0549

681%

***

moyens nécessaires au démarrage de 16 000 à 40 000 €

SFIzmoyensa5

1,1041

202%

*

* p< 0.05 ** p< 0.01 ***p<0.001

L’analyse descendante identifie trois facteurs de survie liés à l’entrepreneur. La disposition pour le créateur d’un bac généraliste, un statut d’étudiant précédant la création, sont tous deux des résultats qui viennent confirmer ceux apparus dans l’analyse ascendante. Par ailleurs, il est apparu au cours de cette analyse qu’une expérience entrepreneuriale assez importante (au moins 2 créations préalables) engendrait une augmentation de la probabilité de survie de la jeune entreprise, néanmoins ce résultat ne se montre que peu significatif.

L’examen du tableau 45 révèle un autre pôle fort de facteurs de survie à trois ans dans ce secteur : les éléments de la structure financière.

Ils sont apparus comme particulièrement significatifs dans l’explication de la survie des jeunes entreprises de ce secteur. Les résultats indiquent que les sources de financement des investissements qui augmentent le plus les chances de survie des jeunes entreprises proviennent de l’obtention de dispositifs du type PCE ou EDEN (+177 %), mais aussi d’apports en capitaux extérieurs provenant d’organismes de fonds propres (+ 252 %) ou encore d’autres entreprises (+ 681 %). Enfin, l’analyse descendante a révélé un dernier résultat, peu significatif, relatif aux moyens modestes (entre 16 000 et 40 000 €) à mettre en œuvre à la création ; ils engendrent une amélioration très sensible des chances de survie à trois ans (+ 202 %).

Enfin, les résultats de cette analyse se montrent cohérents avec les activités de services aux entreprises. En effet, les travaux de sous-traitance se révèlent très significatifs au cours des trois premières années d’existence et améliorent très fortement les chances de survie des nouvelles entreprises créées dans ce secteur en 2002.

– Facteurs d’échec

Tableau 46 Facteurs d’échec dans le secteur EN (Descendante)

significa tion

Varia bles

β

%

p

bloc 1

pas de diplomes pour le créateur

HKTDIPLO1AW

-1,0319

-64%

***

entrepreneur agé de moins de 30 ans

HKTTAGEA30A

-0,3732

-31%

*

entrepreneur ayant plus de 10 ans d’expérience dans le principal métier de l’entreprise

EXPdurexpaPLUS10

-0,5525

-42%

**

bloc 2

conseils les plus utiles pour la création donnés par l’entourage familial ou personnel

PRCcons2A

-0,3776

-31%

*

conseils les plus utiles pour le projet donnés par des conseillers professionnels

PRCcons3A

-0,4938

-39%

**

mise en place du projet seul

PRCcrqui1A

-0,5368

-42%

**

mise en place du projet avec une autre personne de la famille

PRCcrqui3A

-0,5988

-45%

**

mise en place du projet avec un organisme de soutiens à la création

PRCcrqui5A

-0,5879

-44%

*

exécution de travaux de sous traitance en activité principale en 2002

STRstexeaOP

-0,3986

-33%

*

bloc 3

structure juridique personne physique

SCTcjaPP

-0,8261

-56%

***

consultation d’internet pour la recherche de marchés

SCTcnet4A

-0,3518

-30%

*

type d’aide obtenue EDEN

SFItypaid2A

-1,8901

-85%

***

type d’aide obtenu PCE

SFItypaid3A

-1,1902

-70%

*

aides ou exonération locales ou régionales

SFItypaid4A

-1,2154

-70%

*

1 à 2 clients principaux

CLTnbclia12

-0,5415

-42%

*

type de clientèle principale : administrations, organismes publics ou parapublics

CLTztypclia1

-0,9649

-62%

**

bloc 4

LORRAINE (41)

rega(13)

-2,8078

-94%

**

* p< 0.05 ** p< 0.01 ***p<0.001

Les facteurs d’échecs retirés de l’analyse descendante apparaissent beaucoup plus nombreux et variés que les facteurs de survie relevés auparavant.

Au même titre que dans l’analyse ascendante, les résultats montrent que l’entrepreneur doit avoir un niveau minimum d’éducation scolaire et une expérience inférieure à 10 ans s’il veut voir les chances de survie de sa jeune entreprise augmenter. De la même manière, il apparaît qu’un entrepreneur jeune engendre une diminution des probabilités de survie de son entreprise.

Les résultats relatifs aux facteurs d’échec dans cette analyse montrent une forte dominance des éléments liés aux processus entrepreneuriaux mis en place au cours des trois premières années d’existence de l’entreprise.

En premier lieu, les conseils à la création se révèlent risqués lorsqu’ils proviennent de l’entourage familial (-31 %), personnel ou encore de conseillers professionnels (- 39 %). Toutefois, le second constat s’est révélé plus significatif que le premier. Ensuite, l’entrepreneur doit prendre un soin particulier à choisir la personne avec qui il mettra en place le projet de création.

Les résultats montrent que la mise en place d’un projet de création dans ce secteur, seul, avec un membre de la famille de l’entrepreneur ou encore avec un organisme de soutien à la création, limitent significativement les chances de survie de ces jeunes entreprises.

Enfin, la pratique de la sous-traitance à la création comme activité principale de la jeune entreprise montre une baisse sensible, mais peu significative, des probabilités de survie à trois ans (- 33 %). Ce résultat vient confirmer les facteurs de survie relevés plus haut.

Certains facteurs d’échec sont également empreints d’éléments liés à la structure organisationnelle de la jeune entreprise. La personnalité physique comme choix de structure juridique apparaît ainsi comme un facteur d’échec très significatif, réduisant les chances de survie de la jeune entreprise de 56 %. L’usage d’Internet pour la recherche de marchés se révèle également être un facteur d’échec, quoique peu significatif, il vient appuyer les résultats apparus dans l’analyse ascendante concernant l’usage de ce réseau.

Des résultats singuliers viennent, cependant, contredirent les facteurs de survie issus de cette analyse. L’obtention des dispositifs EDEN, PCE ou encore d’aides locales ou régionales se révèlent être des facteurs d’échec, alors qu’il est apparu que le financement des investissements à la création par ces moyens permettait d’augmenter les chances de survie. Ces résultats contradictoires proviennent probablement de la multitude d’activités existantes au sein du secteur des services aux entreprises, l’octroi d’aides publiques pour certaines pourrait ainsi limiter les chances de survie et pour d’autres les améliorer.

Néanmoins, ces résultats nous amènent également à envisager que seul l’usage de ces fonds en vue du financement des investissements nécessaires à la création améliore les chances de survie des jeunes entreprises de ce secteur.

D’autres éléments viennent encore corroborer les résultats relevés dans l’analyse ascendante, ils sont liés à la structure de la clientèle. Ainsi, il apparaît qu’une jeune entreprise dans ce secteur disposant de moins de deux clients principaux voit ses chances de survie se réduire de 42 %. De la même manière, une clientèle composée majoritairement d’administrations, d’organismes publics ou parapublics limite les chances de survie de ces jeunes entreprises.

Enfin, un résultat relatif à la région d’implantation est apparu dans cette analyse. Bien que les deux méthodes n’aient pas convergé sur ce point, et que nous considérions que les résultats qui sont liés au bloc de variables numéro quatre, sont moins significatifs ; il nous semble toutefois pertinent de le mentionner. Ainsi, la création d’entreprises en 2002 dans ce secteur dans la région Lorraine diminue manifestement les probabilités de survie de ces jeunes entreprises de près de 95%.

2.4.3 Synthèse et analyse des résultats concernant le secteur des services aux entreprises

• Évolutions du modèle d’analyse

Ainsi que nous l’avons mentionné en partie 2.4.1, les deux analyses ont évolué de manière pratiquement similaires sauf sur un élément : le bloc de variables liées à la région d’implantation (bloc 4). Toutefois, un facteur d’échec résultant de l’analyse descendante est apparu dans cette thématique. Dans les développements qui vont suivre, nous considérerons donc ce résultat comme moins significatif du fait du défaut de convergence des deux méthodes le concernant.

L’identification des résultats liés aux facteurs de survie et d’échec a montré que les facteurs de survie étaient empreints des trois premiers blocs de variables dans les deux analyses. Les facteurs d’échec se sont montrés plus flous dans leur structure sous-jacente, indiquant à l’issue de l’analyse ascendante une prédominance des blocs un et trois, alors que l’analyse descendante a révélé des facteurs d’échecs empreints des quatre blocs de variables.

Enfin, les développements précédents concernant les résultats ont aussi fait apparaître que les deux analyses obtenaient des résultats convergents, les résultats de l’analyse descendante venant appuyer ceux identifiés dans l’analyse ascendante.

• Les facteurs de survie dans le secteur des services aux entreprises

Les facteurs de survie relatifs à l’entrepreneur et relevés dans les deux analyses se corroborent. Il apparaît ainsi que le niveau d’éducation de l’entrepreneur était un élément important et significatif pour la survie à trois ans des jeunes entreprises. Les deux méthodes révèlent que la disposition d’un bac généraliste pour l’entrepreneur augmente fortement les chances de survie de son entreprise.

Ce diplôme atteste d’un niveau d’éducation élevé et se trouve confirmé par d’autres résultats. Le statut d’étudiant avant la création se révèle également cohérent avec le résultat relevé précédemment, indiquant une formation poussée post création.

Ces résultats se trouvent corroborés dans les facteurs d’échecs, montrant que si l’entrepreneur ne dispose d’aucuns diplômes, il verra les chances de survie de son entreprise diminuer significativement. Un dernier résultat concernant l’expérience entrepreneuriale de l’entrepreneur est également apparu. Il indique que les chances de survie s’améliorent si l’entrepreneur a déjà eu au moins deux expériences de créations d’entreprises avant la création de l’entreprise en 2002. Ce constat nous amène à considérer la nécessité pour les entrepreneurs de ce secteur, de disposer de compétences spécifiques à l’entrepreneuriat dans les différents domaines de la gestion par exemple.

Cette hypothèse est également renforcée par un facteur d’échec relevé dans les deux analyses ; il montre qu’une expérience professionnelle trop longue (> 10 ans) de l’entrepreneur dans le métier principal de l’entreprise est néfaste pour la survie à trois ans de la jeune entreprise.

Les développements précédents nous conduisent à valider en partie les hypothèses 1a et 1b. Toutefois, l’hypothèse 1c relative aux motivations de l’entrepreneur à la création n’a pas été confirmée ni infirmée.

La survie à trois ans des jeunes entreprises de ce secteur se trouve aussi très fortement influencée par des facteurs liés aux caractéristiques de la structure organisationnelle. Dans un premier temps, les résultats montrent que le choix de la personnalité morale comme structure juridique reste un choix moins risqué concernant la survie que la personnalité physique qui s’est révélée être un facteur d’échec.

Les deux analyses apparaissent ainsi se corroborer l’une l’autre. Les résultats montrent également qu’un usage parcimonieux du réseau Internet favorise la survie à trois ans de la jeune entreprise. Le passage de commande sur Internet s’avère avoir un effet positif alors que la recherche de marchés sur ce réseau limite les chances de survie de ces entreprises.

Par ailleurs le fait de ne disposer d’aucun accès Internet s’est révélé être un facteur de survie et est vient contredire sensiblement les résultats précédents. Ainsi, il apparaît dans ce secteur que l’usage d’Internet est à prendre au sérieux, notamment concernant sa nature. Le passage des commandes comme facteur de survie s’expliquant ainsi par l’évolution des mœurs commerciales (plus de 99 % des entreprises disposent d’un système informatique selon l’INSEE), la recherche de marchés par des voies non numériques impliquant très certainement la nécessité de contacts plus tangibles entre l’entreprise et ses clients.

La thématique du financement se révèle problématique dans son analyse lors de l’examen du tableau de synthèse. En effet, il est apparu que des sources de financements publics pour les investissements comme l’EDEN, le PCE ou encore certaines aides ou exonérations locales facilitaient significativement la survie des jeunes entreprises. Cependant, les résultats ont également révélé que l’obtention de dispositifs d’aides comme l’EDEN ou le PCE limitait significativement les chances de survie à trois ans de ces entreprises.

Ce constat contradictoire dans les résultats nous amène à envisager que l’origine des fonds ne soit pas en cause, mais plus tôt leur destination. En effet, les résultats précisent dans le cadre des facteurs de survie que ces fonds sont destinés aux investissements nécessaires lors de la création, indiquant par la même qu’une utilisation autre desservirait l’entreprise à moyen terme.

La synthèse des résultats fait également apparaître que certaines sources de financement sont à privilégier afin de voir la jeune entreprise augmenter ses chances de survivre à son troisième anniversaire. Les apports en capitaux pour financer les investissements initiaux nécessaires, et provenant d’entreprises ou d’organismes de fonds propres s’avèrent augmenter significativement les chances de survie et se trouvent corroborés dans les deux analyses. Cette remarque pourrait indiquer des comportements de financements interentreprises.

Les analyses indiquent que les entreprises de ce secteur n’ont pas besoin de réaliser des investissements très élevés pour voir leurs chances de survie augmenter. Des moyens compris entre 16 000 et 40 000 € apparaissent augmenter les chances de survie, constat confirmé par les facteurs d’échecs relevés dans l’analyse ascendante indiquant que des moyens supérieurs à 40 000 euros limitent les probabilités de survie à trois ans (voir tableau de synthèse). L’analyse des résultats précédents nous conduit donc à valider totalement les hypothèses 3b et 3c, mais à rejeter les hypothèses 3a et 3d.

D’autres facteurs de survie à trois ans se sont également révélés au cours des deux analyses et concernent les processus entrepreneuriaux. Sans surprise, l’exécution de travaux de sous- traitance au cours des trois premières années d’existence (entre 2002 et 2005) est apparue comme un élément majeur et fortement significatif de la survie des jeunes entreprises de ce secteur. En effet, compte tenu de l’activité de services, qui est réalisée pour une clientèle d’entreprise, il n’est aucunement choquant de voir des jeunes entreprises de ce secteur aller un peu plus loin et exécuter des travaux de sous-traitance.

Néanmoins, il est nécessaire de préciser qu’une sous-traitance trop intensive et majoritaire dans le chiffre d’affaires de la jeune entreprise lors de sa création se révèle risquée. Ce résultat pourrait s’expliquer par une trop grande dépendance entre le donneur d’ordre et la jeune entreprise qui ne dispose pas encore d’un rayonnement commercial trop important pour pouvoir diversifier sa clientèle. Cette hypothèse apparaît cohérente avec des facteurs d’échecs relatifs à la structure de la clientèle et montrant qu’un petit nombre de clients (1 à 2) de types administratifs, publics ou parapublics limitait significativement les chances de survie de ces entreprises.

Cette idée est renforcée par les deux analyses qui viennent réaffirmer les facteurs d’échec relevés précédemment. Ainsi, les résultats montrent la nécessité pour les jeunes entreprises de ce secteur de s’affranchir d’une trop grande dépendance à la clientèle dans le cadre des travaux de sous-traitance, et notamment concernant une clientèle de type publique.

Ensuite, l’examen des résultats a révélé qu’une stratégie d’emplois sans licenciements dans les 12 premiers mois favorisait la survie à trois ans des jeunes entreprises de ce secteur. Cet élément pourrait révéler une politique d’emplois visant à fidéliser les premiers employés de l’entreprise pour assurer l’avenir de celle – ci.

L’analyse du tableau de synthèse (tableau n°47) nous conduit ensuite à considérer les facteurs de survie relatifs à la préparation à la création. La mise en place du projet de création s’est révélée plus bénéfique pour la survie de l’entreprise lorsqu’elle a été menée avec le conjoint de l’entrepreneur .

Ce facteur montre l’importance pour l’entrepreneur d’être accompagné d’une personne de confiance lors de la préparation de la création. Des facteurs d’échecs viennent appuyer cette remarque et permettent de préciser, dans un premier temps, que la mise en place du projet par l’entrepreneur seul limite significativement les chances de succès de la jeune entreprise, montrant par la même l’importance de l’accompagnement de l’entrepreneur dans ses démarches de création.

De plus, il est apparu qu’un entrepreneur accompagné par d’autres membres de sa famille, ou encore par un organisme de soutien à la création grevait également les chances de survie, démontrant ainsi l’importance significative du conjoint de l’entrepreneur dans la préparation à la création.

Enfin, le recours aux conseils à la création est apparu comme inutile, résultat attesté par des facteurs d’échec établissant que le recours à l’entourage familial ou personnel de l’entrepreneur ainsi qu’à des professionnels dans le cadre de conseils à la création réduisait les chances de survie des jeunes entreprises de ce secteur. Ce constat illustre probablement un manque d’adéquation entre les conseils prodigués par les conseillés professionnels qui exercent pour ainsi dire dans le même secteur et les besoins des porteurs de projets dans ce secteur. Cette analyse nous conduit naturellement à considérer l’hypothèse 2c comme validée, l’hypothèse 2a comme partiellement validée alors que l’hypothèse 2b se trouve rejetée intégralement.

• Les facteurs d’échec dans le secteur des services aux entreprises

Beaucoup de facteurs d’échec sont venus corroborer les éléments explicatifs de la survie relevée auparavant. Néanmoins, les analyses révèlent tout de même deux résultats singuliers. La jeunesse de l’entrepreneur (moins de 30 ans) apparaît ainsi comme un facteur d’échec qui vient sensiblement contredire les facteurs de survie liés au capital humain de l’entrepreneur analysé auparavant.

En effet, les résultats ont montré que le fait pour l’entrepreneur d’être étudiant avant la création, de disposer d’un bac généraliste et de disposer d’une expérience professionnelle inférieure à 10 ans augmentait les chances de survie de la jeune entreprise. Ce constat pourrait ainsi révéler que les entrepreneurs qui parviennent à mener leur jeune entreprise à son troisième anniversaire sont ceux qui se forment spécifiquement au projet de création. Par ailleurs, ces résultats pourraient également pointer une certaine impétuosité des jeunes entrepreneurs de ce secteur. En conclusion, il nous semble cohérent de retenir la force de la jeunesse comme facteur d’échec, indiquant ainsi la nécessité pour l’entrepreneur d’une certaine maîtrise de soi.

Un autre résultat singulier, quoique très peu significatif comme il l’a été démontré dans l’analyse conjointe de l’évolution des deux analyses, concerne la région d’implantation de la jeune entreprise. Il est ainsi apparu au cours de l’analyse descendante que la création d’une entreprise de services aux entreprises dans la région Lorraine ne produisait pas de bons effets sur la survie à trois ans de celles-ci. Il nous semble a priori spontané de conclure que l’environnement de cette région en 2002 n’était pas propice à la création d’entreprises dans ce secteur d’activité. Néanmoins, compte tenu de la faible significativité de ce résultat et du manque d’informations complémentaires nécessaires pour l’affiner, nous sommes amené à rejeter totalement l’hypothèse4.

Facteurs de survie des jeunes entreprises en France : une approche intersectorielle
Thèse présentée pour obtenir le grade de Docteur de l’Université Montpellier I
Ecole doctorale économe et gestion – Institut supérieure de l’entreprise de Montpellier
ISEM Equipe de recherche sur la firme et l’industrie

Chapitre 1 – Fondements théoriques
Section 1. Du succès à la survie, du concept élargi vers l’objet de recherche
Section 2 Les analyses du succès et de la survie, rencontrées dans la littérature
Section 3. Des facteurs clé de succès aux facteurs de survie
Section 4. Synthèse de la revue de littérature
Chapitre 2 – Méthode
Section 1. Positionnement théorique
Section 2. SINE 2002 comme données d’analyse
Section 3. Modélisation statistique
Section 4. Modélisation statistique
Section 5. Conclusion et synthèse
Chapitre 3 – Résultats
Section 1. Caractéristiques sectorielles
Section 2. Facteurs de survie et facteurs d’échec, les évolutions du modèle et les résultats sectoriels
Chapitre 4 – Discussion
Section 1. Évolutions du modèle d’analyse théorique et place des processus entrepreneuriaux dans la modélisation
Section 2. Les secteurs d’activité analysés sont-ils singuliers vis-à-vis de leur survie ?
Section 3. Discussion intersectorielle des résultats : une certaine singularité sectorielle
Conclusion