La région d’implantation comme facteur de survie de l’entreprise

By 14 February 2014

2.2.3 La dimension organisationnelle

La dimension organisationnelle dans le secteur de la construction et du BTP a également révélé des résultats significatifs concernant la survie à trois ans et, notamment, au niveau de la structure organisationnelle.

Un premier élément significatif relève de la structure juridique de la nouvelle entreprise. La personne morale s’avère ainsi, selon nos résultats, comme facilitant la survie de ces jeunes entreprises à trois ans, alors que le statut de personne physique limite significativement les chances de survie à trois ans des jeunes entreprises de ce secteur. Ce résultat pourrait être dû à une certaine sur représentativité du statut de personne physique dans ce secteur (66 % contre 34 % de personnalités morales).

Un autre résultat singulier à ce secteur et fortement significatif sur la survie, concerne l’usage qui est fait d’internet dans les jeunes entreprises de ce secteur. En effet, il apparaît clairement, qu’un usage du réseau Internet pour l’échange et la recherche d’informations ou encore pour l’envoie et la consultation de courriels se révèle améliorer fortement les chances de survie à trois ans des jeunes entreprises de ce secteur. En revanche, les analyses montrent également qu’un usage de ce réseau pour le passage de commande grève de manière très significative les chances de survie à trois ans de ces entreprises.

Un enseignement global de ces résultats reste difficile à synthétiser. Toutefois, nous pourrions avancer dans un premier temps, l’importance croissante de ce type de technologies dans ce secteur depuis plus d’une décennie dans le cadre de la recherche de nouveaux marchés. Ce résultat pourrait donc provenir d’une plus grande ouverture des entrepreneurs sur leurs environnements respectifs, grâce à l’usage du réseau internet.

Néanmoins, cette remarque est à contrebalancer avec un autre élément fortement significatif qui concerne la mise à disposition de « l’accès au réseau ». La disposition d’un accès internet, aussi bien au sein de l’entreprise que chez l’entrepreneur, s’avère particulièrement négative concernant la survie de la jeune entreprise de construction. Ce résultat nous amène à penser que le réseau internet pourrait permettre une plus grande distraction à l’entrepreneur ainsi qu’à ses salariés , réduisant ainsi potentiellement la productivité de ceux-ci.

La structure financière de la jeune entreprise lors de son démarrage apparaît également avoir un impact certain sur la survie des jeunes entreprises de ce secteur. Nos résultats montrent ainsi que le projet a plus de chance de survivre à son troisième anniversaire si celui-ci est financé par emprunt bancaire plutôt que par l’apport en capital d’organismes spécialisés .

L’analyse des résultats fait également ressortir que les diverses sources de financements des investissements ont un impact significatif sur la survie de ces jeunes entreprises. Ainsi, les financements par PCE, EDEN (voir secteur de l’industrie pour une explication du programme EDEN) ou par un emprunt bancaire au nom de l’entreprise ne donnent pas de bons résultats quant à la survie de la jeune entreprise de construction.

De la même manière, Cardoso (1996, p. 152) fait apparaître dans sa thèse un certain effet cyclique du marché de la construction, notamment à cause des incertitudes de la programmation des financements, ce qui exige de ces jeunes entreprises une assise financière suffisante qui puisse absorber ces fluctuations.

Nos résultats montrent ainsi, dans la lignée de ce travail de recherche que la disposition de fonds propres inférieurs à 16 000 € au démarrage constitue un facteur limitant la survie de la jeune entreprise de manière très significative. Cette remarque nous amène à envisager la nécessité, pour les jeunes entreprises de ce secteur, de prévoir la disposition de fonds propres en quantité relativement importante durant la phase de démarrage (> 16 000 €), afin de palier à la fluctuation cyclique, voire saisonnière du marché de la construction.

Il apparaît clairement que l’octroi d’un financement du projet par emprunt bancaire relève des facteurs de survie à trois ans, alors qu’un financement des investissements avec cette même source limite les chances de survie de ces entreprises. Ce constat nous amène à penser que le recours au crédit bancaire est plus pertinent dans le cadre de la fluctuation cyclique qu’évoque Cardoso (1996) dans sa thèse, et revient à considérer ce financement comme un apport en trésorerie permettant à l’entreprise d’assurer ses charges courantes durant ses premiers mois d’existence.

L’analyse des résultats a mis en lumière un dernier élément relativement significatif concernant la structure et la nature de la clientèle. Les jeunes entreprises de ce secteur voient leurs chances de survie augmenter lorsqu’elles disposent lors de la création d’un nombre de clients assez restreint (3 à 10 clients). Néanmoins, disposer d’une clientèle composée en grande partie d’entreprises lors de la création se révèle être un facteur d’échec. Ces résultats vont dans le sens des travaux de Lasch, Le Roy, Yami (2005) bien qu’ils portent sur un secteur différent (High Tech). Ils avaient fait apparaître l’importance d’un nombre de clients restreint. Toutefois, leurs résultats avaient également montré, pour ce secteur, que la prédominance d’une clientèle privée lors de la création était un facteur d’échec, contrairement à notre résultat. Ce constat illustre encore une fois la différence qui peut exister entre les différents secteurs au niveau de la structure et de la nature de la clientèle.

Pourtant, compte tenu du nombre relativement restreint de travaux relevés dans la littérature sur le secteur spécifique de la construction et du bâtiment, il nous semble que des explications structurelles plus pertinentes pourraient être avancées à la lumière de recherches conduites spécifiquement sur le sujet. Nous n’avancerons donc aucune autre explication qui pourrait se trouver être plus intuitive qu’analytique.

2.2.4 La région d’implantation comme facteur de survie

L’analyse des résultats relatifs au secteur de la construction révèle un dernier élément significatif concernant la région d’implantation qui s’avère être un facteur de survie assez significatif (

Ce résultat vient renforcer les travaux de Vincent (1985) qui avait montré dans un travail de recensement des recherches sur le secteur de la construction, que ces PME se trouvaient fortement enracinées dans leur environnement régional et local. Il explique cela par le fait que les collectivités territoriales sont : « sans aucun doute le premier client de cette industrie, notamment par leur investissement en infrastructures et en équipements divers ».

Notre résultat pourrait donc s’expliquer par une différence sensible des investissements en matière de construction dans les différentes régions concernées. Nous pourrions également expliquer ce résultat par les différences démographiques existantes entre les régions, une partie de l’effet régional sur la survie de ces jeunes entreprises serait donc dû aux évolutions des marchés régionaux de l’habitat individuel.

Ce constat nous conduit à envisager un effet certain de la région d’implantation de la jeune entreprise, sans pour autant pouvoir le mesurer de manière plus fine, en raison du manque de données relatives à cette thématique dans la base que nous avons employée. Ce résultat apparaît donc comme pertinent et proche des résultats rapportés dans les recherches multisectorielles de Brüderl, Preisendörfer et Ziegler (1992), Hampe et Steininger (2001) ou encore Delmar et Shane (2004), Ortega-Arilés et Moreno (2005), Jensen, Webster et Buddelmeyer (2006), qui avaient également mis en lumière un effet certain de la région d’implantation sur la survie ou encore sur la croissance de la jeune entreprise en phase de lancement.

De plus, le fait de voir apparaître ce résultat nous amène à penser que l’effet de « liability of smallness » pourrait être assez limité au niveau régional et local. Ce constat nous conduit à ne considérer qu’un effet mineur de la notion de « liability of Newness » développée par Stinchcombe (1965) et reprise par Strotmann (2007). Ce résultat place toutefois cette recherche dans la lignée des théories de la contingence initiées par Lawrence et Lorsch (1969) et reprises par Littunen et al. (1998).

Figure 25 Modélisation de la survie dans le secteur de la construction
Modélisation de la survie dans le secteur de la construction

Modélisation de la survie dans le secteur de la construction

Facteurs de survie des jeunes entreprises en France : une approche intersectorielle
Thèse présentée pour obtenir le grade de Docteur de l’Université Montpellier I
Ecole doctorale économe et gestion – Institut supérieure de l’entreprise de Montpellier
ISEM Equipe de recherche sur la firme et l’industrie

Chapitre 1 – Fondements théoriques
Section 1. Du succès à la survie, du concept élargi vers l’objet de recherche
Section 2 Les analyses du succès et de la survie, rencontrées dans la littérature
Section 3. Des facteurs clé de succès aux facteurs de survie
Section 4. Synthèse de la revue de littérature
Chapitre 2 – Méthode
Section 1. Positionnement théorique
Section 2. SINE 2002 comme données d’analyse
Section 3. Modélisation statistique
Section 4. Modélisation statistique
Section 5. Conclusion et synthèse
Chapitre 3 – Résultats
Section 1. Caractéristiques sectorielles
Section 2. Facteurs de survie et facteurs d’échec, les évolutions du modèle et les résultats sectoriels
Chapitre 4 – Discussion
Section 1. Évolutions du modèle d’analyse théorique et place des processus entrepreneuriaux dans la modélisation
Section 2. Les secteurs d’activité analysés sont-ils singuliers vis-à-vis de leur survie ?
Section 3. Discussion intersectorielle des résultats : une certaine singularité sectorielle
Conclusion