La place des processus entrepreneuriaux dans la modélisation

By 14 February 2014

Discussion des similitudes ? – Chapitre 4 :

« La création d’entreprise est probablement
L’une des formes les plus élaborées Des dernières grandes aventures modernes
»
Bernard Maître et Grégoire Aladjidi (1999)
(Les business models de la nouvelle économie)

Introduction

Les résultats présentés au cours chapitre précédent de ce travail vont maintenant être discutés et confrontés aux recherches antérieures qui ont pu être mobilisées lors de l’établissement du cadre théorique.

Toutefois, il nous semble nécessaire, dans un premier temps, de revenir quelque peu aux données relatives à l’évolution de la mortalité des jeunes entreprises, données illustrées par le graphique de la page 147.

Ces données nous montrent clairement un format cyclique de la mortalité des jeunes entreprises qui sont incluses dans la base de données. La figure 21 montre ainsi 3 forts pics de mortalité qui pourraient correspondre au cycle comptable, les entreprises attendant la fin d’un exercice comptable pour déclarer officiellement la fermeture de l’entreprise.

De plus, il est possible de noter 5 petits pics de mortalité supplémentaires. Ces variations significatives pourraient ainsi provenir d’un cycle trimestriel sous-jacent au cycle annuel.

Ce constat nous amène à penser que cette dimension cyclique pourrait avoir eu un impact non mesuré sur nos résultats, notamment, dans des cas de fermetures programmées par le chef d’entreprise, fermeture vue ici comme stratégie d’acquisition de richesses à court terme. En effet, cette dimension de la fermeture n’est pas incluse dans notre cadre théorique, il nous semblait donc cohérent d’en faire mention, afin de limiter la portée de la discussion de nos résultats.

Un autre élément qu’il nous semble important d’envisager, relativement à son impact non mesuré sur nos résultats, est la répartition géographique des entreprises étudiées. En effet, comme le montre la figure 22 page 148, les entreprises ne se trouvent pas réparties de manière homogène sur tout le territoire français, ce qui pourrait avoir un impact non déterminé sur nos résultats, notamment concernant l’implantation géographique des jeunes entreprises. Il pourrait donc y a voir de ce fait, un certain effet de surreprésentativité de certaines régions par rapport à d’autres. Nous pensons notamment à la distinction qui est faite entre le territoire métropolitain et les territoires d’outre-mer, dont la proportion d’entreprises présente dans la base de données n’est que de 5 %.

Ces différentes remarques ne s’entendent que pour limiter quelque peu la portée des résultats qui ont été présentés dans la partie précédente. Toutefois, il convient maintenant d’envisager la discussion à proprement parler de ces résultats.

Dans un premier temps, nous aborderons l’évolution générale du modèle d’analyse au regard des cinq analyses sectorielles qui ont été menées.

Ensuite, nous nous concentrerons sur la discussion des résultats obtenus pour chaque secteur, en essayant autant que possible de confronter nos résultats à des recherches sur les secteurs en question.

Enfin, nous discuterons les résultats sous un angle intersectoriel, afin de disposer d’une vision d’ensemble de cette recherche, nous permettant par la suite d’établir les limites et perspectives de ce travail doctoral au cours de la conclusion générale.

Section 1 Évolutions du modèle d’analyse théorique et place des processus entrepreneuriaux dans la modélisation

Au cours de la mise en œuvre de la modélisation statistique, un élément est apparu comme commun à l’ensemble des secteurs d’activités analysés. Le bloc de variables numéro deux, relevant de la thématique des processus entrepreneuriaux mis en œuvre lors des trois premières années d’existence de la jeune entreprise, est ainsi apparu comme essentiel à la compréhension du phénomène de survie.

Lors de la réalisation des tests statistiques, les variables liées aux processus entrepreneuriaux ont ainsi montré pour tous les secteurs, un pouvoir explicatif très important. Il s’avère aussi que sans ces variables, la puissance du modèle d’analyse qui a été construit s’en serait trouvée grandement amoindrie, montrant par la même la dimension primordiale de cette thématique dans la compréhension de la survie à trois ans des jeunes entreprises nouvellement créées.

Ce constat vient finalement appuyer les travaux de Lasch et Yami (2006) ou encore de Ucbasaran, Westhead et Wright (2001), qui montraient clairement que les préoccupations des chercheurs dans le champ de l’entrepreneuriat, durant ces dernières décennies, étaient largement vouées à l’étude et à la compréhension de la thématique des « process », comme le confirme le tableau suivant, indiquant en termes chiffrés la proportion des 7 thématiques relevées par Lasch et Yami (2006) dans la recherche en entrepreneuriat francophone entre 1988 (RIPME), 1996 (autres revues) et 2005 (soit, en l’occurrence, plus de 50 % des travaux relevés l’auraient été sur cette thématique).

Tableaux 58 Proportion des thématiques des articles relevés dans les revues francophones entre 1988 et 2005

Antécédents Type d’entrepreneurs Type d’organisation Résultats Environnement externe Autres processus entrepreneuriaux n o m b re d e p a p ie rs
ripme 6 12 45 16 31 11 179
cifepme 7 22 63 22 25 1 164
académie de

l’entrepreneuriat

37 20 15 3 21 1 37
revue de l’entrepreneuriat 2 2 2 0 2 2 7
total 52 56 125 41 79 15 387
taux 7% 7% 17% 5% 10% 2% 51%

Toutefois, bien que ce résultat soit considéré comme pertinent au regard des tests statistiques, il nous semble, tout de même, qu’il est nécessaire de le considérer avec parcimonie, compte tenu du fait que l’échelle de cette recherche, ainsi que les variables disponibles pour l’analyse de cette thématique, reste très large.

En effet, les recherches futures qui pourraient être conduites sur cette thématique ne pourraient donc faire l’économie d’un travail plus approfondi dans l’établissement des variables représentant la thématique des processus entrepreneuriaux mis en œuvre au cours des trois premières années de vie de la jeune entreprise.

La conclusion la plus appropriée que l’on pourrait tirer de ce résultat revient en la primordialité des éléments de processus mis en œuvre par l’entrepreneur au travers de sa structure organisationnelle, avec les ressources dont il dispose et dans un environnement donné.

Ce résultat, quelque peu singulier et commun aux cinq secteurs, nous amène à envisager qu’un approfondissement de cette recherche pourrait également passer par la mise en œuvre d’une modélisation théorique quelque peu différente.

Cette remarque nous amène finalement à considérer que les éléments de processus entrepreneuriaux pourraient disposer d’un effet de médiation entre les ressources de la jeune entreprise et sa survie. Cet effet pourrait même être considéré comme un effet de levier dans certains cas, montrant la bonne adéquation entre les processus entrepreneuriaux mis en œuvre et les ressources mobilisées lors de la création et de la phase de démarrage.

Figure 23 Les processus entrepreneuriaux comme éléments médiateurs
Les processus entrepreneuriaux comme éléments médiateurs

Cette recherche a donc fini par faire évoluer notre modélisation théorique initiale, nous amenant à envisager pour des recherches futures, une modélisation plus pertinente compte tenu des résultats qui ont été obtenus.

À l’origine, nous étions partis du constat, que la thématique des processus, très étudiée au demeurant dans le champ de l’entrepreneuriat, n’apparût jamais comme telle dans les modélisations en vue d’analyser la survie ou même plus généralement le succès des jeunes entreprises. Nous avions donc pris le parti de l’intégrer en tant que thématique à part entière dans notre modélisation afin d’envisager une modélisation explicative de la survie plus originale et, surtout, plus complète. C’est en cela que notre travail de modélisation s’est détaché quelque peu des recherches antérieures, puisque nous avons fait le choix d’intégrer cette nouvelle dimension d’analyse à notre modélisation.

Il s’est ainsi avéré que ces éléments pouvaient être considérés comme essentiels à la compréhension de la survie des jeunes entreprises, mais pas comme nous l’avions envisagé. En effet, il nous semblait que cette dimension d’analyse se trouvait plus circonscrite au cœur même du projet, alors qu’elle apparaît finalement comme un élément médian entre la survie de la jeune entreprise et les ressources mobilisées pour la création de celle-ci, ainsi que pour sa phase de démarrage.

De plus, cet élément médian apparaît avoir, dans certaines circonstances, un effet de levier singulier, permettant d’obtenir un pouvoir explicatif du modèle, bien plus important que si ces variables n’étaient pas intégrées en tant que thématique à part entière dans cette analyse, montrant encore une fois l’importance que revêt ce groupe de variables pour l’analyse du concept de survie.

Cet effet, que nous venons d’éclairer, n’est pas sans rappeler les travaux de Solymossy (1998, 2000) qui avait pris pour parti d’intégrer comme élément médian entre l’entrepreneur, l’organisation et le succès, la dimension relative à l’environnement. Toutefois, notre travail, bien que se rapprochant des travaux de Solymossy (1998, 2000), se trouvent être assez clairement dans la lignée des travaux de Preisendörfer et Voss (1990) dont la modélisation était assez similaire à la nôtre. Ces auteurs ont ainsi suggéré que les processus entrepreneuriaux pourraient ainsi être le lien entre les caractéristiques individuelles des entrepreneurs et leurs organisations, résultat que nous venons de mettre en lumière dans cette analyse.

Facteurs de survie des jeunes entreprises en France : une approche intersectorielle
Thèse présentée pour obtenir le grade de Docteur de l’Université Montpellier I
Ecole doctorale économe et gestion – Institut supérieure de l’entreprise de Montpellier
ISEM Equipe de recherche sur la firme et l’industrie

Chapitre 1 – Fondements théoriques
Section 1. Du succès à la survie, du concept élargi vers l’objet de recherche
Section 2 Les analyses du succès et de la survie, rencontrées dans la littérature
Section 3. Des facteurs clé de succès aux facteurs de survie
Section 4. Synthèse de la revue de littérature
Chapitre 2 – Méthode
Section 1. Positionnement théorique
Section 2. SINE 2002 comme données d’analyse
Section 3. Modélisation statistique
Section 4. Modélisation statistique
Section 5. Conclusion et synthèse
Chapitre 3 – Résultats
Section 1. Caractéristiques sectorielles
Section 2. Facteurs de survie et facteurs d’échec, les évolutions du modèle et les résultats sectoriels
Chapitre 4 – Discussion
Section 1. Évolutions du modèle d’analyse théorique et place des processus entrepreneuriaux dans la modélisation
Section 2. Les secteurs d’activité analysés sont-ils singuliers vis-à-vis de leur survie ?
Section 3. Discussion intersectorielle des résultats : une certaine singularité sectorielle
Conclusion