La mise en place du projet d’écriture d’un conte

By 1 February 2014

2. LA REALISATION DU PROJET.

Il est important pour que les enfants puissent réellement s’investir par la suite dans la production d’un conte de leur fournir tous les matériaux nécessaires quant à la structure de ce type de récit. C’est pourquoi j’ai décidé de consacrer les trois premières semaines de mon stage à une phase préparatoire de l’écriture proprement dite.

2.1. Travail préparatoire pour la mise en place du projet

Dès le premier jour, j’ai expliqué mon projet aux enfants en leur disant que nous allions produire un recueil de contes que nous ferions partager plus tard aux parents et aux autres classes. Beaucoup ont été enthousiastes, mais d’autres ont eu une réaction assez négative :

« Les contes, c’est pour les bébés ! », « Il n’y a que les filles qui en lisent ! ». Il s’en est suivi un petit débat où chacun a pu justifier sa position. J’ai ensuite récolté par écrit l’avis de chacun des élèves en leur distribuant un petit questionnaire :

‘’As-tu déjà lu des contes ? ‘’
‘’Lesquels ? ‘’
‘’Est-ce que tu aimes en lire ? ‘’
‘’Pourquoi aimes-tu, ou n’aimes-tu pas, lire des contes ? ‘’

Après un dépouillement collectif, nous en avons conclu que la majorité des élèves avaient déjà lu plusieurs contes (surtout Cendrillon et Blanche-Neige ), et le projet a été voté à l’unanimité.

2.1.1. La lecture de contes.

Je me suis fixé comme objectif, tout au long de ces quatre semaines, de lire au moins un conte par jour avec mes élèves. Trois perspectives ont guidé mon choix :

– s’approprier la structure des contes et leurs spécificités lexicales et syntaxiques
– enrichir l’imagination pour élargir ses possibilités de création
– lire pour le plaisir.

J’ai demandé aux élèves qui le voulaient d’amener des livres de contes et d’en présenter certains devant le restant de la classe. Chaque jour ainsi, un élève parlait du conte qu’il aimait et je me suis très vite aperçue que les élèves les plus récalcitrants au départ étaient devenus les plus enthousiastes et actifs.

Une recherche en BCD a également été effectuée afin de récolter des livres de contes. Nous avons installé au fond de la classe une table pour recueillir tous les livres. Tout au long du projet, les élèves pouvaient prendre un livre pendant leurs moments libres.

Deux sortes de lectures ont été mises en place :

Lecture à haute voix par moi-même à l’ensemble de la classe de ‘’grands classiques ‘’ issus des contes de fées tels que « La Belle et la Bête », « Peau d’Ane », « Le Petit Chaperon Rouge ». Tous les enfants connaissaient bien ces contes, mais les écoutaient ou réécoutaient avec un vif plaisir et une attention soutenue. Peu à peu, nous avons essayé à l’oral, de faire ressortir les points communs de tous ces contes.

Lecture individuelle par les élèves des contes mis à leur disposition.

2.1.2. L’évaluation diagnostique.

Très vite, pour faire le point sur les connaissances de mes élèves, je leur ai également proposé un petit test d’évaluation diagnostique (cf. annexe 1) concernant :

– les contes les plus connus
– les personnages (parfois extraordinaires) des contes
– la spécificité lexicale du conte (type de texte).

Après une analyse des réponses obtenues, j’ai pu conclure que les élèves, dans l’ensemble, connaissaient bien l’univers des contes.

2.1.3. Approche de la structure du conte et de ses composantes.

J’ai ensuite élaboré cinq séances destinées à faire prendre conscience, petit à petit, aux élèves de l’organisation interne d’un conte :

1) Travail sur l’état initial et final puis reconstitution chronologique
2) Résumé d’un conte
3) Analyse des personnages et construction d’une fin différente
4) Faire écrire l’action centrale d’un conte
5) Travail sur la structure proprement dite du conte (éléments récurrents, élaboration d’un tableau).

SEANCE N° 1 : ETAT INITIAL, ETAT FINAL ET RECONSTITUTION CHRONOLOGIQUE

Ce sont deux états mis en évidence par le schéma quinaire. En effet, les contes commencent par l’exposition d’une situation initiale et s’achèvent par une situation finale. Ce premier travail permit donc aux enfants de prendre conscience de deux moments importants dans la structure du conte.

Dans l’exercice proposé, les enfants devaient repérer ces deux états en prélevant des indices significatifs, ce qui permettait ensuite d’amener les enfants à un questionnement sur la nature des textes et leur forme.

Les erreurs les plus fréquentes ont été notées au sujet des extraits F, H et B. L’extrait F a été classé ‘’début de conte ‘’ alors qu’il s’agissait d’une fin. Les enfants en ne lisant que cet extrait pouvaient penser qu’ils étaient en présence du début d’une histoire, car l’événement soudain laissait supposer une explication ultérieure.

Autre erreur commise en classant l’extrait H en tant que fin, au lieu de début : les enfants ont pu interpréter la recommandation comme une sanction finale.

Le cas de l’extrait B placé en tant que début peut s’expliquer par la présence des explications. Après correction, les étiquettes étaient découpées et collées par paires sur le cahier.

Quels dispositifs pourrait-on mettre en place pour réduire ces erreurs ?

– Choisir des extraits de contes plus connus,
– Faire souligner les indices pertinents qui permettent de classer un extrait comme début ou fin,
– Faire découper les étiquettes avant, pour que les élèves puissent manipuler.

Autre prolongement possible :

– Reprendre le même type de travail mais en y incluant des extraits ‘’parasites’’ (poésie, recettes,…) les élèves auraient à retrouver les extraits appartenant vraiment au conte.

La deuxième partie de la séance (d’une durée totale de 1 h 10 minutes) était consacrée à la reconstitution chronologique du conte de Merghen. Ce conte était bien connu des élèves puisque nous l’avions lu deux fois en classe, et les élèves l’avaient également relu chez eux.

Ce travail se présentait sous la forme d’étiquettes relatant les différents moments clés du conte, à remettre dans le bon ordre chronologique. Après la correction collective au tableau, en utilisant de grandes étiquettes semblables à celles des élèves, les enfants découpaient leurs bandes de papier et les collaient dans le bon ordre sur leur cahier.

Ce conte ayant bien été assimilé, presque tous les élèves ont su, sans erreur, reconstituer le récit. Le travail effectué était préparatoire à la deuxième séance : le résumé.

SEANCE N°2 : LE RESUME D’UN CONTE.

Le but de ce travail consistait à repérer les grandes phases du conte, préparant ainsi les enfants à l’écriture de leur propre conte.

Le texte distribué avait déjà été lu en classe, puis relu par les enfants à la maison.

Je me suis cependant heurtée à une difficulté : les enfants n’avaient jamais fait de résumé et ne savaient pas en quoi cela consistait. Je leur ai fait alors le rapprochement avec le travail de reconstitution chronologique effectué sur le conte de Merghen, en leur expliquant que toutes ces étiquettes mises bout à bout, constituaient un résumé du conte.

Nous avons résumé ensemble la situation initiale. Les enfants ont, malgré tout, eu du mal à continuer seul ou par 2 (comme cela avait été autorisé ) cet exercice, puisqu’ils avaient tendance à recopier des passages du conte au lieu de résumer par une phrase tel ou tel événement. Pour remédier à ce problème, il aurait peut-être fallu trouver collectivement, à l’oral, l’idée directive de chaque phase, puis demander aux enfants de l’exprimer à leur manière, par 1 ou 2 phrases. Il aurait été également souhaitable de consacrer une séance supplémentaire à ce travail. Néanmoins les élèves ont commencé, ici, à prendre conscience de la structure du conte par la mise en évidence de ces différentes phases (sur le modèle de Larivaille ).

LE CONTE DES FEES

SEQUENCE : Le conte SEANCE : n°2 NIVEAU : CE2

DUREE : 1 heure et 10 minutes

COMPETENCES : production d’écrits, « L’élève doit être capable de rédiger un résumé ».

OBJECTIFS : – amener l’élève à savoir distinguer dans un texte, les différentes parties constituant la structure du conte.

– faire le résumé global d’un conte en respectant les différentes étapes mises en évidence.

MATERIEL :

– texte du conte des FEES .
– document sur le travail à effectuer (plan du conte).

DEROULEMENT :

– relecture collective du texte (qui est déjà connu des élèves)
– distribution du petit document retraçant le plan du conte, lecture collective.

consigne : ‘’Repère par un grand trait dans la marge, chaque partie ‘’.

PLAN DU CONTE

1) LA SITUATION INITIALE (le début) : on présente les personnages
2) L’EVENEMENT : ce qui provoque la rencontre de la cadette avec la fée, et la don qu’elle reçoit.
3) LES CONSEQUENCES DU CHANGEMENT : la réaction de la mère, la rencontre de l’aînée avec la fée, le don que la fée lui donne.
4) LA RENCONTRE : avec le Prince, et ce qui se passe ensuite.
5) LE DENOUEMENT (la fin) : ce qui se passe après la rencontre avec le Prince.

– Correction collective

– Résumer ensuite chaque étape par 1 ou 2 phrases maximums.

Type de résumé attendu : « Une jeune fille très gentille vit avec sa sœur et sa mère qui sont, elles, désagréables et orgueilleuses. En allant puiser de l’eau, la jeune fille rencontre une fée qui lui donne un don (des diamants, perles et roses sortent de sa bouche) à cause de sa gentillesse. Sa sœur l’imite pour avoir le même don, mais la fée la punit à cause de sa méchanceté : des crapauds et vipères sortent de sa bouche. La gentille jeune fille est chassée par sa mère, mais dans la forêt, elle rencontre un Prince qui tombe amoureux d’elle et l’épouse ».

– Quelques résumés sont lus par leurs auteurs devant le reste de la classe.

– Collectivement, remplir la ‘’carte d’identité ‘’du conte.

SEANCE N°3 : ANALYSE DES PERSONNAGES ET CONSTRUCTION D’UNE FIN DIFFERENTE.

Le conte du ‘’Petit Chaperon Rouge ‘’ était très connu des enfants. Il ne se posait donc pas de problème de mémorisation ou de compréhension de l’histoire. Par ce travail d’analyse sur les différents personnages, les élèves ont mis en évidence ce que Propp appelle les sphères d’action. La sphère d’action de l’ennemi, du méchant, par exemple, regroupe tous les méfaits commis par le loup. J’ai choisi, avec les enfants, de qualifier les différents personnages d’‘’amis ‘’ ou ‘’ennemis ‘’ pour remplacer les termes quelque peu compliqués d’ ‘’adjuvants ‘’ ou ‘’opposants ‘’ (tirés du modèle de Greimas).

L’écriture d’une fin différente obligeait les élèves à faire appel à leur imagination, tout en étant cadrés par certains paramètres : le respect des personnages initiaux, la nécessité de prendre en compte le début de l’histoire, une cohérence de sens, l’obligation de présenter un éventuel nouveau personnage… Cet exercice leur permet donc de structurer leur pensée en réalisant que le récit est régit par certaines règles et par une nécessaire cohérence sémantique. Les enfants ont ici travaillé sur une des cinq phases définies par Larivaille : l’état final.

Cependant, beaucoup d’élèves ont eu du mal à se détacher de la version de Grimm qu’ils connaissaient déjà. Il serait peut-être bon, une prochaine fois, de partir d’un conte moins connu, ou qui tout du moins, n’a pas de seconde version également célèbre.

SEANCE N°4 : ECRIRE L’ACTION CENTRALE D’UN CONTE.

Dans cette quatrième séance, j’ai choisi de travailler ce que Larivaille qualifie de ‘’PENDANT : transformation et processus dynamique ‘’, c’est-à-dire les phases 2 (force perturbatrice), 3 (action), et 4 (force équilibrante). Mes intentions pédagogiques consistaient à faire inventer et écrire l’action centrale d’un conte (en l’occurrence les phases de déséquilibre et de résultat ), puis analyser succinctement les productions.

Pour ce faire, je suis partie d’un conte moderne ‘’La paire de chaussures ‘’ de Gripari où la partie centrale avait été supprimée. Ce conte moderne tranche avec les contes traditionnels que les enfants ont déjà rencontrés, pourtant la structure est exactement la même : ( entre autres ) – il y a deux héros (les chaussures )

– il y a du surnaturel puisque les chaussures parlent

– le conte commence par ‘’ Il était une fois……’’

Nous avons relevé à l’oral toutes ces similitudes. Après une lecture individuelle silencieuse, puis une lecture collective, les termes difficiles ont été expliqués et nous avons également relevé les différences entre le début et la fin du conte, les personnages qui avaient disparu ou qui, au contraire, étaient apparus. L’état initial et l’état final ont également été matérialisés par un trait dans la marge. Les enfants sont ensuite passés à la phase d’écriture en étant guidés par le résumé et le tableau synthétique que je leur avais fourni.

LE PETIT CHAPERON ROUGE (Perrault)

SEQUENCE : Le conte

NIVEAU : CE2

DUREE : 1 heure et 10 minutes

COMPETENCES : production d’écrits : « transformer un récit par changement de temps, … »

OBJECTIFS : – analyser les personnages du conte (comment sont-ils ? Que font-ils ?…).

– inventer une fin différente à un conte connu.

MATERIEL : – texte

– grille et indications sur le travail à effectuer

– autre version (Grimm) du Petit Chaperon Rouge

DEROULEMENT : – distribuer le conte du Petit Chaperon Rouge

– lecture individuelle, silencieuse

PHASE COLLECTIVE : – identifier les différents personnages, étudier leur rôle, leur caractère.

– compléter le tableau (cf. Annexes)

PHASE INDIVIDUELLE : Supprimer la dernière phrase et faire produire une fin différente aux enfants. Les élèves s’aident des indications données à la suite du conte.

PHASE COLLECTIVE : – faire lire à plusieurs enfants leur production

– lecture par la maîtresse de la version de Grimm du ‘’Petit

Chaperon Rouge ‘’.

Cette séance a été assez délicate à mener puisque quelques enfants ne comprenaient pas qu’il fallait rédiger l’action centrale, et ils voulaient absolument écrire la fin qui était pourtant existante. Je pense que ce travail est formatif, et intéressant mais la séance mériterait d’être scindée en 3 parties distinctes :

– lecture du conte, travail sémantique, puis résumé (collectif ou individuel )
– écriture de la partie centrale en s’aidant de la grille de référence puis analyse collective.
– réécriture en contrôlant si tous les points de la grille de référence ont été respectés.

SEANCE N° 5 : LA STRUCTURE DU CONTE.

La phase de travail par groupes a été très fructueuse puisque tous les thèmes composant le tableau ont été trouvés par les enfants qui m’ont fait remarquer, à juste titre, qu’il manquait une ligne puisque dans tous les contes il y avait du surnaturel.

Le tableau a permis de regrouper de manière synthétique tous les éléments caractéristiques du conte. Les enfants ont ainsi pris conscience que tous les contes étaient bâtis sur le même schéma. La colonne vide restante servirait de trame au conte des élèves.

Ce travail clos toute la phase préparatoire à mon objectif final : l’écriture d’un conte. Les enfants savent désormais que le conte est composé, schématiquement, de 3 grandes parties ( l’état initial, l’action, l’état final ) qui ont toutes été travaillées et vues dans le détail, et qu’il est structuré par plusieurs éléments récurrents (cf. séance 5 ) .

Ainsi armés, les élèves peuvent passer à l’écriture de leur propre conte.

Le conte : motivation pour l’écriture ?
Mémoire de fin d’étuds
I .U.F.M. de MONTPELLIER

Sommaire :
Introduction
Première partie : le projet
1. Contraintes et justifications d’un projet d’écriture
2. Un conte mis en chantier
Deuxième partie : la mise en oeuvre
1. De l’analyse d’une structure aux opérations de planification
2. La rèalisation du projet
Troisième partie : bilan et analyse
1. Quelles conclusions tirer de ce projet
2. Analyse succinte et globale des productions
3. Prolongements possibles et autres jeux d’écrits sur le conte
Conclusion