La méthode de la communication facilitée

By 1 February 2014

4. La méthode de la communication facilitée

La méthode de la « communication facilitée » a été développée en Australie en 1987 par Rosemary Crosseley, éducatrice et directrice du Dignity Education Langage Communication Center à Melbourne. Ce processus de communication est présenté comme un outil alternatif du langage pour les personnes mutiques, c’est-à-dire un outil leur permettant de s’exprimer par le langage écrit en frappant sur les touches d’un clavier. Cette méthode concerne plus particulièrement les enfants, adolescents et adultes autistes (verbaux et non verbaux), les personnes atteintes d’une I.M.C., d’une trisomie, du syndrome de Rett, d’une déficience mentale, d’un polyhandicap, les traumatisées crâniens, dysphasiques, d’une façon générale, toute personne ayant un problème de communication.

Rosemary Crosseley « a fait l’hypothèse que chez beaucoup de ces sujets atteints de troubles graves de la communication, les troubles de l’expression pouvaient être supérieurs à ceux de la communication, que le manque de motivation pourrait être attribué à une incapacité à se réaliser et que l’absence de langage verbalisé n’exclut pas le langage intérieur. » (Amy, 1995, p.39). C’est ainsi qu’elle propose à ces personnes ce qu’elle appelle un « facilitateur », à savoir « quelqu’un qui aide de sa propre main, de son propre mouvement, à coordonner une demande et le geste pour l’accomplir » (Amy, 1995, p.39). Il soutient la main de l’enfant, l’aide à isoler l’index et accompagne le mouvement. Ainsi, au départ, il s’agit de réguler le mouvement, de faire comprendre l’association entre ce que l’on désire et la façon de l’obtenir, puis progressivement d’amener la personne à de plus en plus d’autonomie.

Dans cet exercice, le toucher a visiblement un rôle important. A l’image d’un « flux électrique » entre le facilitateur et l’utilisateur, le contact physique stimulerait les capacités au niveau des mouvements volontaires et pourrait débloquer ceux qui ne le seraient pas. Il permettrait ainsi à la personne déficiente, de pouvoir coordonner d’une manière plus adéquate la pensée et le mouvement qui va pointer les touches du clavier. Le facilitateur apporte aussi un soutien émotionnel et il veille à réduire les mouvements parasites pendant la communication.

Au-delà d’une utilisation qui sert à exprimer des choix en montrant des images ou des mots, la communication facilitée permettrait aux personnes assistées de construire des phrases en désignant des touches alphabétiques et ainsi de s’exprimer dans un langage structuré. Ces résultats surprenants soulèvent un décalage entre la personne qu’on connaît de l’extérieur et les messages produits en communication facilitée (révélant un for intérieur jusque-là méconnu). La méthode permettrait de découvrir explicitement de l’utilisateur, quels sont ses intérêts, ses préoccupations, son ressenti, l’image qu’il a de lui-même et du monde qui l’entoure. (Lachenaud, 1999, p.5).

Les processus permettant à une personne de s’exprimer par écrit par l’intermédiaire d’une autre personne sont complexes. Ils ne sont pas encore vraiment tous élucidés. Il semble que le contact physique permette une transmission d’informations et que le patient, même s’il n’a pas appris à lire, puisse utiliser les «outils» de son partenaire pour exprimer sa pensée.

L’objectif de la communication facilitée est l’autonomie dans la frappe, mais toutes les personnes ne peuvent pas vraiment y accéder. Etant donné le nombre de demandes, il est difficile d’être mis en contact avec des facilitateurs formés. Il faut un long entraînement pour être à l’aise avec cet outil. Une formation et un suivi professionnel sont indispensables pour apprendre à tenir la main et à dialoguer (Bulletin d’adhésion à L’Association « Ta main pour parler », 1998). Il faut connaître la méthode, notamment les phénomènes d’influence et de projection inconsciente, pour l’exercer avec prudence et intégrité, avec le souci d’une éthique rigoureuse (Bulletin d’adhésion à L’Association « Ta main pour parler », 1998).

Lors d’une intervention utilisant la communication facilitée, sont compris : l’utilisateur (la personne atteinte de graves troubles de la communication), un instrument de communication (un choix d’objets, d’images, de mots ou de lettres), et un partenaire de communication (facilitateur) dont les rôles sont les suivants :

– Apporter un support physique à la personne pour lui permettre de désigner du doigt des objets, c’est-à-dire aider à isoler l’index lorsque la personne ne peut pas le faire ou alors limiter l’aide au niveau du poignet ou de l’avant-bras.

– Apporter à l’utilisateur de la communication facilitée un support émotionnel.

Beaucoup de personnes atteintes de troubles sévères de la communication ont probablement vécu des années de frustration et de peur d’échec au niveau communicatif. Un partenaire de communication doit être conscient des besoins psychosociaux de la personne et y répondre.

– Créer pour les utilisateurs de la communication des environnements favorables aux échanges de facilitation, ce qui implique la conception et la production d’un vaste éventail de présentations communicatives pour répondre aux besoins et aux aptitudes de tous les gens prenant part aux échanges et contrôlant les résultats.

D’un point de vue théorique et plus spécifiquement pour la population atteinte de troubles autistiques, les tenants de cette approche postulent que les symptômes observés chez les personnes autistes ne découlent pas d’un trouble du développement, mais d’un problème de coordination entre certaines zones du cortex et les aires motrices. Ces personnes souffriraient d’un problème d’impulsion de la communication. La personne atteinte d’autisme serait un être possédant toute son intégrité, mais prisonnière d’un corps qui ne lui répond pas. Pour palier ce déficit d’impulsion de la communication, il faudrait ainsi faire appel à un facilitateur qui puisse tenir le bras ou la main de la personne pour induire un mouvement d’écriture, comme nous l’avons vu précédemment.

Il semblerait que cette écriture ait permis dans de nombreux cas de découvrir ce langage intérieur qui paraissait inexistant. Toutefois Anne-Marguerite Vexiau (1996), qui a beaucoup contribué à faire connaître la méthode en Europe francophone, précise que ce langage intérieur peut à la fois exprimer des émotions ou des désirs très authentiques, mais il faut aussi savoir l’interpréter. Elle précise également que cette méthode ne guérit pas, mais qu’elle peut améliorer considérablement la communication, à condition que le facilitateur n’utilise pas sa main ou la machine à écrire pour faire faire ou dire ce que lui-même cherche à communiquer à travers son inconscient.

Pour les tenants de l’approche, l’efficacité de la communication facilitée ne fait aucun doute. Plusieurs écrits ont été publiés à ce sujet et il existe une masse importante de faits anecdotiques (Vexiau, 1996 ; Lachenaud, 1999). Cependant ces améliorations ont été accueillies de manières fort diverses : elles ont suscité un enthousiasme incroyable chez de nombreux parents ou éducateurs, tandis que le corps médical, globalement, les a contestées (Bruderlein, 2003).

La communication facilitée suscite, en effet, de nombreuses controverses, particulièrement au sujet de l’influence du facilitateur sur la communication facilitée. Ces critiques s’appuient généralement sur les résultats d’études invalidant la méthode. De nombreux auteurs s’insurgent également contre la tendance des facilitateurs à faire fi des déficits cognitifs des personnes atteintes d’autisme.

Quelques recherches publiées, par exemple l’étude longitudinale de Gepner (1997), attestent que certaines personnes semblent effectivement capables de communiquer par ce biais. En effet la gamme des effets rapportés est très large : des déblocages communicationnels mineurs jusqu’à des productions d’autobiographies complètes de personnes antérieurement atteintes de mutisme (Gepner, 1997). Cependant, des équipes de chercheurs, qui se sont penchés plus spécifiquement sur l’approche, précisent que ces recherches sont souvent faites par des personnes impliquées de près dans la diffusion de l’approche et qu’elles comportent fréquemment des lacunes au niveau méthodologiques (Wheeler, Jacobson, Paglieri & Schwartz , 1993 ; Bruderlein, 2003).

Une autre critique repose sur les différentes conceptions de l’acquisition du langage. Les tenants de l’approche de la communication facilitée soutiennent en effet que si les personnes atteintes d’autisme peuvent communiquer, c’est qu’elles auraient acquis le langage par le simple fait d’être en permanence avec des gens qui l’utilisent. Cependant, les conceptions actuelles de l’acquisition du langage reposent sur l’expérience que fait l’enfant du langage : c’est une construction plus qu’une simple acquisition (Bruderlein, 2003).

De nombreux groupes de professionnels ont dénoncé les dangers liés à l’utilisation de cette méthode. L’American Psychological Association [APA], l’American Association of Mental Retardation [AAMR] et L’American Speech and Hearing Association [ASHA] ont signé des résolutions de mise en garde contre l’utilisation de la communication facilitée, en soulignant qu’il n’existait aucune preuve scientifique validant la communication par facilitateur (Tréhin, 2000). La majorité des associations professionnelles interdisent aujourd’hui ou déconseillent fortement la pratique de la communication facilitée.

Malgré cette tendance, certaines institutions utilisent la pratique de la communication facilitée. Le centre « Les Esserts » accueille 26 personnes adultes ayant une infirmité motrice cérébrale ou un polyhandicap. En mai 1998, il a été décidé de « proposer à quelques résidents d’expérimenter ce moyen [la CF] dans le cadre d’activités spécifiques de communication » (Légeret, 2002, p.16). L’équipe a mis en place une démarche institutionnelle d’introduction à la communication facilitée. Un document, approuvé par la direction, définit clairement les règles d’application de la communication facilitée. Selon un rapport de 2002, « les Esserts comptent huit facilitants ou facilitantes qui proposent aux résidents des registres d’intervention différents : communication courante, apprentissage ou développement personnel. » (Légeret, 2002, p.16).

La technique de la communication facilitée est donc une méthode assez controversée, elle ne fait pas l’unanimité dans les différents milieux professionnels s’occupant de personnes atteintes d’un handicap.

Une technique de soutien de la main sur écran tactile avec des personnes présentant un polyhandicap. Fidélité et effets d’apprentissage
Mémoire de licence – Section des Sciences de l’Education Cursus Recherche et Intervention Education Spéciale
Université De GENEVE – Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education

Sommaire :
Introduction
Partie théorique
1. Le polyhandicap
2. L’informatique et les personnes handicapées
3. Quelques approches éducatives destinées aux personnes polyhandicapées
4. La méthode de la communication facilitée
5. La technique de soutien de la main dans des activités d’apprentissage sur écran tactile, auprès de personnes polyhandicapées
Conclusion