Dimensions fondamentales des facteurs clés de succès (FCS)

By 12 February 2014

Des facteurs clé de succès aux facteurs de survie – Section 3.

3.1 Dimensions fondamentales des FCS

Le terme de succès revêt encore aujourd’hui une grande ambiguïté dans les mondes académiques, quant à sa conceptualisation précise (cf. section 1). Souvent le concept de succès est envisagé par l’observation d’une ou plusieurs variables parfois d’ordres financières, parfois plus objectives (la survie ou l’échec). Comme il a été développé au cours de la section 1, le concept de succès reste intimement lié à la notion de survie et/ou d’échec.

La notion de « Facteurs Clés de Succès » (FCS) largement développée dans le champ disciplinaire de la stratégie fait ainsi implicitement référence à l’objet de cette recherche (la survie). Il convient donc de développer plus en avant les tenants et aboutissants liés à la notion de FCS, afin d’éclairer les différentes avancées théoriques liées aux problématiques de la survie des nouvelles entreprises. Ce nouvel éclairage pourra probablement permettre une compréhension encore plus fine du phénomène qui nous intéresse en déplaçant notre point de vue au niveau des facteurs clés de succès – survie.

Toutefois, il est déjà un pré requis concernant les FCS relatifs au fait qu’ils constituent naturellement les résultats des modèles d’analyses présentés dans la partie précédente. Cela nous renforce donc dans notre idée d’éclaircir les contours de cette notion fortement développée dans le management stratégique, pour révéler de nouveaux éléments pouvant permettre la survie des jeunes entreprises et ainsi affiner notre revue de littérature en vue de la formulation de nos sous hypothèses de travail.

Nombreuses ont été les préoccupations concernant les facteurs clés de succès des nouvelles entreprises, puisque considérées comme moteur économique par nombre de chercheurs. Vesper indiquait dans les années 80 qu’il fallait que l’entrepreneur et son organisation disposent de cinq éléments clés afin de survivre à la phase cruciale de démarrage :

– une idée du produit ou du service plus ou moins précise ;
– disposer de contacts personnels ;
– disposer d’un savoir-faire technique ;
– disposer de ressources physiques ;
– disposer de commandes fermes.

Les développements de Vesper (1980) se trouvent cohérents et dans la lignée des grands auteurs classiques qui en leurs temps ont été les avocats de l’entrepreneur (Bruyat, 1993). Le tableau suivant, établi sur la base de Van Praag (1996), permettra de clarifier ainsi les sources des études concernant les facteurs clés de succès / survie dans le champ de la recherche en entrepreneuriat.

Tableau 7 : Les facteurs clés de succès des « Classiques » :

Variable

Jean Baptiste Say

(1845)

Alfred Marshall

(1961)

Joseph A.

Schumpeter

(1934)

Knight (1921)

Age

Connaissance du

monde

leadership

Leadership

Experience

entrepreneuriale

Connaissance du

business

Expérience dans

l’industrie

Connaissance du

secteur

Connaissance du

marché

Expérience dans le

métier

Knowledge of

occupation

Education

Education

Capital

Own capital

Secteurs

Easy industries

Echec / taux de chômage

Conditions

générales du marché

Environnement familial

background

Chômeur – créateur

Motivation

Rotterscore

Will / motivation

Disposition à agir

Estime de soi

confiance en soit

Source : Praag (1996)

Les facteurs relevés dans ce tableau se rapportent en grande partie à l’entrepreneur, son entourage ou encore à ses comportements. Ainsi, assez peu d’éléments apparaissent concorder entre les différents auteurs ni même se rapprocher des développements de la section 2.

Pour les classiques, les éléments relevés dans le tableau représentaient donc des éléments favorisant le succès ou permettant à l’entrepreneur d’être « successful » selon Vesper (1980).

De nombreuses études ont ainsi été menées sur ces sujets depuis. Cependant, que revêtent réellement les termes de facteurs clés de succès ?

Le terme en lui-même : « Facteurs clés de succès » (FCS) reste récent et ne serait apparu qu’en 1961 dans la Harvard Business Review, lors d’un article de Daniel, selon Saporta (1994).

Saporta (1994) recense un certain nombre de définitions afin d’éclairer le sens de ces termes. Ainsi, citant le Stratégor dans sa version de 1993, il indique que « Les FCS sont des éléments sur lesquels se fondent en priorité la concurrence et correspondant aux compétences qu’il est nécessaire de maîtriser pour être performant ». Cette définition, bien que relevant largement de la stratégie, apparaît concordante avec les visions de Say (1845), de Marshall (1961) ou encore dans une moindre limite avec celle de Knight (1921).

Saporta (1994) cite par ailleurs un bon nombre de définitions provenant d’autres auteurs. Afin d’éclairer notre propos concernant les FCS, il ne semble pas nécessaire de mobiliser l’intégralité des définitions proposées par cet auteur. Néanmoins, celle de Hofer et Schendel (1978) a retenu notre attention, dans le sens où elle paraissait plus complète que celle tirée du Strategor.

Hofer et Schendel (1978) considèrent ainsi que « les FCS sont des variables grâce auxquelles le management peut influencer, par ses décisions, de façon significative la position de chaque firme d’une industrie. Ces facteurs varient généralement d’une industrie à l’autre. Mais à l’intérieur d’une industrie particulière, ils dérivent de l’interaction de deux ensembles de variables, d’une part, les caractéristiques économiques et technologiques du secteur et, d’autre part, les armes compétitives sur lesquelles les différentes firmes du secteur ont construit leurs stratégies »

Cette définition emprunte de la stratégie, fait référence cette fois aux caractéristiques organisationnelles, mais aussi à des différences sectorielles. En effet, cette définition montre l’importance de la prise en compte de l’élément sectoriel dans la recherche des facteurs clés de succès restant cohérente avec une analyse de la survie. Ce nouvel élément sectoriel sous-tend donc que, selon l’activité de la nouvelle entreprise étudiée, différents facteurs soit à prendre en compte, selon le degré de technologie du secteur par exemple, ou encore la nature des produits ou services vendus.

Une autre définition mobilisée par Saporta (1994), celle de Koenig (1990), semblerait également convenir à la situation, incluant les notions fondamentales relevées auparavant : « Éléments constitutifs de la réussite dans un secteur, pendant une période de son histoire ». Cette définition, comme la précédente apporte également sa pierre à la définition des termes de FCS, conduisant ici la théorie à s’intéresser à l’élément temporel. Le temps apparaissant ainsi comme une notion constitutive à prendre en compte dans l’observation des conditions de réussite de la nouvelle entreprise.

Au regard des définitions mobilisées auparavant, la notion de FCS apparaît comme constituée par deux notions essentielles à prendre en compte dans leur repérage : le secteur et le temps. Le concept de FCS apparaît donc clairement cohérent avec une analyse de la survie.

Verstraete (1997), au cours d’une communication spécifiquement dédiée aux Facteurs Clés de Succès, enrichit le débat sémantique et théorique les concernant. Il montre la nécessité de conceptualiser précisément la notion de FCS du fait de sa banalisation dans les mondes universitaires ou encore professionnels.

Cette perte d’identité n’est pas, selon lui, indépendante de l’ambiguïté existante autour du terme succès (voir débat en section 1). Néanmoins, les termes étant bien enracinés dans les pratiques, aussi bien des chercheurs que des praticiens, et étant également largement utilisés dans la discipline stratégique, l’auteur a choisi de conserver le terme de FCS.

Cependant, il opère une distinction importante, entre les FCS et les FSR (Facteurs Stratégiques de Risques). Les premiers considérants les éléments importants à prendre en compte et à maîtriser pour l’atteinte du succès, alors que les seconds (FSR) étant des facteurs à maîtriser pour éviter l’échec ou limiter les risques d’échec.

La conceptualisation des FCS qu’il a opérée, relève de trois formes de relativité :
– une relativité au temps ; (« respect du caractère évolutif du statut des éléments composant le système ») ;
– une relativité au projet ; (« elle permet d’appliquer le concept aux préoccupations de l’entité ou de l’acteur menant l’étude ») ;
– une relativité à l’entité ou à l’acteur ; (« permet de lier la notion de FCS ou FSR avec celle des schèmes d’interprétation »). Ici, la perception de la notion de FCS ou de FSR par l’acteur est primordiale, puisque rien ne garantit que les éléments relevés comme essentiels à l’obtention / construction de la réussite future soient perçus comme tels.

La notion de FCS reste donc relative à trois éléments fondamentaux, selon Verstraete (1997), à savoir le temps, le projet de recherche et l’entité ou l’acteur observé. Il fait entrer en ligne de compte, des éléments tels que la perception de ces FCS ou FSR par les acteurs concernés et montre, dans la lignée de Sammut (1998), qu’il existe une grande diversité de perceptions relatives aux facteurs / variables permettant l’atteinte, dans un futur plus ou moins proche, du succès.

De plus, ainsi qu’il a été vu auparavant, la notion de FCS dispose de fortes similitudes avec la notion de survie quant à leurs fondements théoriques et, notamment, concernant la prise en compte nécessaire des dimensions de temps ou encore de secteurs d’activités.

Cette ressemblance peut trouver son origine dans l’imprécision qui existe autour de la définition précise du concept de succès. Toutefois, le flou existant autour du concept de succès pourrait également provenir de cette ressemblance.

Facteurs de survie des jeunes entreprises en France : une approche intersectorielle
Thèse présentée pour obtenir le grade de Docteur de l’Université Montpellier I
Ecole doctorale économe et gestion – Institut supérieure de l’entreprise de Montpellier
ISEM Equipe de recherche sur la firme et l’industrie

Chapitre 1 – Fondements théoriques
Section 1. Du succès à la survie, du concept élargi vers l’objet de recherche
Section 2 Les analyses du succès et de la survie, rencontrées dans la littérature
Section 3. Des facteurs clé de succès aux facteurs de survie
Section 4. Synthèse de la revue de littérature
Chapitre 2 – Méthode
Section 1. Positionnement théorique
Section 2. SINE 2002 comme données d’analyse
Section 3. Modélisation statistique
Section 4. Modélisation statistique
Section 5. Conclusion et synthèse
Chapitre 3 – Résultats
Section 1. Caractéristiques sectorielles
Section 2. Facteurs de survie et facteurs d’échec, les évolutions du modèle et les résultats sectoriels
Chapitre 4 – Discussion
Section 1. Évolutions du modèle d’analyse théorique et place des processus entrepreneuriaux dans la modélisation
Section 2. Les secteurs d’activité analysés sont-ils singuliers vis-à-vis de leur survie ?
Section 3. Discussion intersectorielle des résultats : une certaine singularité sectorielle
Conclusion