Définition de la notion de l’efficience des marchés financiers

By 2 February 2014

1.1.1 Définition et dimension de la notion de l’efficience des marchés financiers

Depuis les travaux de L. Bachelier (1900), l’efficience des marchés financiers est au centre des débats concernant le comportement des prix ou du rendement des actifs boursiers. En outre cette notion représente assurément, un des principaux piliers de la finance moderne rien qu’en parcourant les travaux scientifiques qui lui ont été consacré. De ce fait, bon nombre de modèles d’évaluation des actions et des instruments financiers conditionnels reposent, à tout le moins implicitement, sur la validité de cette hypothèse.

a. Définition

La notion de l’efficience des marchés financiers est l’un des principaux fondements de la théorie financière car elle constitue l’hypothèse de base des modèles d’aide à la décision et de négociation sur les marchés. L’efficience des marchés est une théorie qui peut apparaitre simple au premier abord mais dont les multiples développements l’ont rendu complexes. Elle a évolué au cours du temps, suite aux travaux empiriques réalisés depuis le premier énoncé de la théorie. C’est toute fois Eugène Fama qui pose la première définition de l’efficience :

« Dans un marché efficient, la concurrence entre de nombreux investisseurs intelligents conduit à une situation où, à tout instant, les prix effectifs reflètent déjà les effets de l’information sur les événements passés et sur les événements susceptibles d’avoir lieu dans le futur. En d’autres mots, dans un marché efficient à tout instant le prix effectif du titre sera une bonne estimation de sa valeur intrinsèque ». [V. Mignon (1998), p.10]. Cinq ans plus tard E. Fama propose une formalisation mathématique de la théorie l’efficience des marchés financiers [idem, page 11].

Soit Φ l’information disponible à la période t afin d’estimer la valeur Pj,t+1 du titre j à la période t+1. Soit E(x) l’espérance de la variable aléatoire X et Rj la rentabilité. Donc, le taux de rentabilité espéré de j en t+1 alors on a :

prix du titre

Si le prix du titre reflète toute l’information disponible. Si l’équation précédente est vérifiée pour tous les titres j cotés sur le marché, le marché est réputé efficient. Sur un marché efficient, dès qu’une information concernant un actif existe, le prix de cet actif est instantanément modifié.

La définition de l’efficience a évolué depuis les travaux originels d’E. Fama. Et treize ans après cette définition, Michael Jensen a proposé en 1978 une autre plus pragmatique, mettant l’accent sur l’impossibilité d’arbitrage plutôt que sur l’information elle-même. « Un marché est efficient si le prix des actifs côtés intègre l’ensemble des informations disponibles, de telle manière qu’un investisseur ne peut, en achetant ou en vendant cet actif, en tirer un profit supérieur aux coûts de transaction engendrés par cette action». [P. Gillet (1991), p.391]. D’après cette définition, M. Jensen (1978) veut dire que les frais associés à l’activité de prévision sont nombreux ; tels que : collecte et achat d’information, construction des modèles, maintien d’une présence sur le marché et lorsque ces coûts sont pris en compte sur un marché efficient, le profit sera nul.

Selon P. Samuelson, « un marché est dit efficient lorsque toutes les informations sont rapidement aperçues par les spéculateurs et immédiatement intégrées dans les prix (cours des actions) du marché ».

Quant à James Tobin « un marché efficient dans le cas où le juste prix où la valeur intrinsèque d’un titre se rapproche du prix réel ou du cours boursier. Toujours dans une logique de proposition de définitions de l’efficience des marchés financiers».

Pour G. Charreaux « si un marché financier est efficient, le cours d’un titre est égal à sa valeur actuelle compte tenu de la valeur utilisée. Cette identité entre cours et valeur résulte de la concurrence entre investisseurs et des opérations d’arbitrages qui se produiraient en cas de divergences». Bien que nombreuses, ces définitions ont permis de préciser le contenu de la notion de l’efficience, néanmoins, nous nous appuierons sur celle d’E. Fama [1970], «Un marché sera efficient si l’ensemble d’informations pertinentes à l’évaluation des actifs financiers qui y sont négociés se trouve instantanément et entièrement reflété dans les cours» [J. Hamon (1997), p.408].

b. Dimensions de l’efficience des marchés financiers

La notion d’efficience des marchés financiers à trois acceptations d’importance inégale : L’efficience fonctionnelle, le comportement rationnel des acteurs sur le marché et l’efficience informationnelle. Dans la littérature financière, il est communément admis que ces trois notions d’efficience sont interdépendantes dans la mesure où l’efficience allocationnelle d’un marché dépend directement de l’efficience opérationnelle et informationnelle de celui-ci. Nous essayerons dans le paragraphe suivant, de donner une idée plus précise de ces trois notions.

– L’efficience fonctionnelle

La première dimension de l’efficacité des marchés financiers concerne les fonctions proprement économiques de l’industrie financière. L’efficience fonctionnelle, encore appelée opérationnelle, indique que le marché est capable d’orienter les fonds vers les emplois les plus productifs et contribue ainsi, à un développement satisfaisant de l’économie et la mutualisation des risques et leur transfert vers ceux qui sont capables à les supporter. « L’efficience opérationnelle est relative à ce qu’on appelle microstructure du marché, c’est à dire l’organisation du système de transaction » [R. Cobbaut (1997), p.29].

– Le comportement rationnel des acteurs sur le marché

La deuxième dimension du concept d’efficience du marché financier repose sur la rationalité du comportement des investisseurs. Dans le jargon économique contemporain, on dirait que les marchés financiers sont efficients dans la mesure où les prix des actifs qui y sont côtés sont uniquement fonction des « anticipations rationnelles » qu’ont les investisseurs de leurs revenus futurs. Les prix sont entièrement déterminés à partir des données exogènes appelées « les fondamentaux » : ressources disponibles, technologies utilisables, préférences des consommateurs. A partir de certaines informations pertinentes (les fondamentaux), les opérateurs peuvent former leurs offres et leurs demandes sur la base d’un calcul rationnel fondé sur une théorie adéquate. C’est dire qu’ils connaissent, non seulement, les fondamentaux mais aussi les relations exactes entre ces fondamentaux et la valeur des biens qui font l’objet des transactions, de sorte qu’il y ait identité entre la « vraie » valeur économique d’un bien où valeur fondamentale et son prix d’équilibre sur un marché de concurrence parfaite.

– L’efficience informationnelle

L’efficience informationnelle nous enseigne que le prix d’une action intègre la totalité des informations économiques, comptables et financières d’une entreprise. Le prix observé sur le marché englobe ainsi instantanément les conséquences des événements passés et reflètent les anticipations concernant les événements futurs. La théorie des marchés efficients se base essentiellement sur l’idée qu’un investisseur ne peut prévoir mieux que le marché et avoir une espérance de rendement propre supérieure à celle du marché : il est donc impossible de battre le marché. Il s’en suit donc que toute information de nature à affecter la valeur future de l’entreprise se trouve systématiquement contenue dans le cours de ses titres. Dans la communauté financière, ces trois notions, distinctes bien qu’interdépendantes, sont parfois confondues sous l’appellation générale d’ « efficience ».

Etude de l’efficience semi-forte des marchés financiers : cas de la bourse de Casablanca
Mémoire pour l’obtention du Master en Finance Appliquée
Université Cadi Ayyad de Marrakech – Faculté des sciences juridiques Économiques et sociales

Sommaire :
Introduction
Chapitre 1 : Notions d’efficience, de rationalité et d’anticipations rationnelles
1 .1.2 : Hypothèses et implications de cette notion de l’efficience
1.2- Notions de rationalité et des anticipations rationnelles
1.3 – L’efficience informationnelle du marché et ses modèles
Chapitre 2 : la forme semi-forte de l’efficience et les tests d’événements
2.1 : Revue de littérature sur les études d’événements
2.2 : La méthodologie de l’étude d’événement
Chapitre 3 : vérification empirique
3.1 Présentation de la bourse des valeurs de Casablanca
3.2 : l’étude de l’événement
3.3 : Les principaux résultats
Conclusion