Comparaison entre méthodes éducatives destinées aux personnes polyhandicapées

By 2 February 2014

5.4 Comparaison avec d’autres méthodes éducatives destinées aux personnes polyhandicapées.

La technique de soutien de la main a certains points communs avec les différentes méthodes ou approches décrites dans le chapitre 3. En effet, le médiateur doit se centrer très fortement sur la manière de fonctionner de l’individu, sur ses potentialités physiques et intellectuelles, favorisant la proximité de la relation adulte-personne handicapée. L’individualisation est, en effet, une condition nécessaire aux approches concernant la personne polyhandicapée, à cause de la grande hétérogénéité de ce type de population.

La technique de soutien de la main a la particularité de combiner deux aspects complémentaires de la personne polyhandicapée. Elle prend en compte l’aspect moteur, mais aussi l’apprentissage cognitif, ce qui n’est pas le cas de toutes les méthodes éducatives destinées aux personnes polyhandicapées.

Comme la stimulation basale et le concept Bobath, la technique de soutien de la main cherche à compenser un manque de mouvement autonome, elle vise une meilleure coordination motrice, ainsi qu’une normalisation du tonus. L’Education Conductive, l’approche Sherborne et Affolter ont également des buts se situant au niveau de la motricité autonome fonctionnelle de la personne, ceci dans des situations problèmes rencontrées dans la vie quotidienne. Précisons cependant que, comme la technique de soutien de la main a pour but de permettre l’accès à l’écran tactile, les objectifs concernant l’autonomie fonctionnelle se centrent sur les différents gestes nécessaires à l’action de pointage sur l’écran. La technique de soutien de la main a donc à ce niveau-là des buts plus limités que les autres approches.

Les buts de la méthode de soutien de la main ne se limitent cependant pas au fonctionnement moteur de la personne, puisque l’aspect cognitif est largement pris en compte, comme c’est le cas également dans l’Education Conductive. Ces deux approches ont aussi en commun l’utilisation de la verbalisation comme outil au service de l’autorégulation de la personne, ainsi que l’utilisation prioritaire du mouvement volontaire, plutôt que du mouvement réflexe. On demande une participation active de la personne.

On peut également trouver des ressemblances entre la technique de soutien de la main et la communication facilitée. Néanmoins, la technique de soutien de la main se distingue au niveau théorique. Ce qui est reproché à la technique de la communication facilitée avec des personnes autistes, c’est de nier véritablement leur trouble du développement. M. Baechler et les autres médiateurs qui utilisent la technique de soutien de la main travaillent avec une population différente, les personnes polyhandicapées et ne nient pas du tout les difficultés qui leur sont propres. Certes, il est difficile d’évaluer précisément la compréhension des personnes polyhandicapées, mais on peut penser que l’écran tactile avec soutien de la main peut être un moyen pour contrôler la précision du mouvement et favoriser l’apprentissage.

Dans le cadre de notre mémoire, nous n’utilisons jamais la notion de communication, mais celle d’apprentissage. En effet, même lors des activités d’écriture, le texte produit par le participant est écrit à l’avance avec l’aide d’un éducateur. Le but de la séance n’est pas de faire parler la personne, de lui faire ressentir des choses cachées ou d’interpréter des signes, mais bien d’intégrer des savoirs. Il s’agit donc réellement d’apprentissage. Les éléments cités précédemment permettent de différencier l’approche de la communication facilitée de celle pratiquée par M. Baechler et d’autres médiateurs au sein de l’établissement médico-éducatif de La Castalie.

La technique de soutien de la main sur écran tactile est donc une méthode destinée à aider des personnes polyhandicapées à avoir accès à différents logiciels sur support informatique. Le soutien physique fourni par le médiateur permet à la personne d’accéder à des activités éducatives et ainsi d’avoir la possibilité de faire différents apprentissages cognitifs. Cette technique permet également à la personne d’apprendre à mieux contrôler sa motricité volontaire, afin d’effectuer les mouvements de pointage vers l’écran.

Questions de recherche

Le premier et principal but de notre recherche est de voir dans quelle mesure la technique de soutien de la main développée par M. Baechler peut être observable de manière fidèle et objective. Il s’agit en effet d’une condition préalable si l’on veut par la suite essayer de mettre en évidence les effets de la méthode sur le contrôle du mouvement et sur l’apprentissage cognitif du participant.

Nous avons donc organisé nos questions de recherche autour de trois axes : le rôle du médiateur, le contrôle du mouvement et l’apprentissage cognitif.

Au niveau du rôle du médiateur, la première question est de savoir s’il est possible de trouver des critères précis et discriminatifs permettant à un observateur averti de juger si l’aide du médiateur est constituée de soutien ou de guidance. Deuxièmement, pour que les résultats concernant le contrôle du mouvement et l’apprentissage cognitif soient imputables au participant, l’aide apportée par le médiateur devrait être principalement caractérisée par du soutien et non de la guidance.

Concernant le contrôle du mouvement, nous voulons voir si l’on peut constater une amélioration au niveau de la vitesse et de la précision des pointages. D’après les premières observations effectuées par M. Baechler, on devrait constater cette amélioration après plusieurs séances ainsi qu’à l’intérieur d’une même séance. Pour valider cette amélioration éventuelle, on ne devrait pas trouver de corrélation entre le contrôle du mouvement (précision et rapidité des pointages) et l’aide fournie par le médiateur lorsqu’elle est qualifiée comme de la guidance.

Au niveau de l’apprentissage cognitif, nous voulons voir si, comme semblent le montrer les premières observations de M. Baechler, nous pouvons constater une amélioration des performances cognitives chez les participants. A nouveau, pour valider ces performances éventuelles, on ne devrait pas trouver de corrélation entre l’apprentissage cognitif et l’aide fournie par le médiateur lorsqu’elle est qualifiée comme de la guidance.

** Constatations concernant la méthode de soutien de la main

Nous avons remarqué que la méthode de soutien de la main ne convenait pas forcément à tous les participants. En effet, les résultats de nos analyses ont montré que trois participants sur quatre, les participants G., M. et B., ont pu réellement profiter de la technique de soutien de la main sur écran tactile, même si les séances pouvaient être très différentes d’une personne à l’autre. Lors des séances avec le participant G. il y avait beaucoup d’interaction. Comme il est capable de répondre clairement par oui ou non aux questions posées, le médiateur utilisait cette compétence afin de lui poser des questions précises par rapport à sa connaissance des différentes lettres. Par exemple, il lui demandait s’il savait où se trouvait la lettre qu’il devait écrire et, en cas de réponse négative, s’il avait besoin d’aide. Ceci a permis aux médiateurs de bien ajuster leur aide au niveau des connaissances du participant G. Les interactions avec les participants B. et M. étaient plus limitées. En effet, il est plus difficile d’interpréter leurs réponses. Les médiateurs ont donc dû adapter leur manière de travailler à chacun des participants, en tenant compte de leurs différentes capacités cognitives et communicationnelles.

Nous avons par contre vu que la motricité du participant S. était si réduite qu’il était extrêmement difficile pour lui d’effectuer un mouvement volontaire dirigé, même avec le soutien d’un médiateur. Pratiquement toutes les hypothèses ont été réfutées. Seule l’hypothèse A 1 a pu être confirmée. Au fur et à mesure des séances, M. Baechler, constatant les difficultés du participant S., a progressivement essayé de trouver d’autres méthodes plus adaptées à ses capacités motrices. A la fin de notre recherche, les séances à l’écran tactile avec soutien de la main ont d’ailleurs été abandonnées. Une nouvelle technique utilisant son regard a été testée : son regard servait de guide pour aider à déplacer sa main et il donnait un signe (fermeture des yeux) lorsqu’il était au bon endroit. Suite au manque de résultats obtenus avec la méthode de soutien de la main avec le participant S., il est important d’explorer d’autres pistes lui permettant d’avoir accès à des activités à l’ordinateur, étant donné qu’il les apprécie beaucoup.

Une autre remarque peut être faite concernant la méthode de soutien de la main et l’influence des médiateurs. En effet, même si, de manière générale, on constate que les participants étaient plus soutenus que guidés durant les séances, on ne peut négliger l’influence des médiateurs, qui a souvent été mise en évidence dans nos analyses. Il s’agit d’un phénomène global ne se limitant pas à un seul participant. Nous avons essayé de répertorier les situations dans lesquelles on retrouvait le plus souvent de la guidance. Nous avons constaté que plusieurs raisons pouvaient inciter le médiateur à guider le participant :

– pour gagner du temps, par exemple lorsque la séance touche à sa fin et qu’il ne reste que deux lettres à taper pour terminer un mot, il arrive au médiateur de guider le participant afin de l’aider à finir malgré tout.

– pour éviter des frustrations, par exemple lorsque le participant pointe à plusieurs reprises à une très faible distance de la cible, sans toutefois réussir à préciser son mouvement.

– pour éviter des moments creux et remotiver le participant en l’aidant à pointer des réponses correctes, par exemple lorsque ce dernier est inactif depuis un certain temps ou a beaucoup de difficulté à trouver son rythme.

– pour aider le participant à diriger son mouvement dans la bonne direction tout au début du pointage, s’il a de trop grandes difficultés motrices.

Nous avons constaté que le médiateur avait toujours une raison de guider le participant. La guidance ne doit pas être considérée comme négative en soi. Il est vrai que, dans notre recherche, l’influence des médiateurs exercée sous forme de guidance nous empêche de tirer certaines conclusions concernant la progression des participants au niveau du contrôle du mouvement et de l’apprentissage cognitif. Cependant, nous nous rendons compte que la guidance fait partie intégrante de la méthode de soutien de la main ; on ne pourrait pas et il ne faudrait pas l’éliminer entièrement. Les médiateurs ne servent pas uniquement de « support technique » au participant, leur rôle va bien au-delà. En effet, les séances sont de véritables situations d’apprentissage, comportant de nombreuses interactions entre l’enseigné (le participant), l’enseignant (le médiateur) et la matière (le contenu du logiciel). Or, comme dans toute situation d’apprentissage, on constate une influence de l’enseignant sur son élève. Cet effet fait partie intégrante du processus d’apprentissage. Il a sa raison d’être et ne devrait pas être totalement supprimé, même si de toute façon cette influence ne pourra jamais être entièrement écartée.

Nous avons donc vu que la guidance était présente lors des séances, qu’elle pouvait influencer les performances du participant, mais qu’elle n’était pas forcément négative. Nous pensons qu’il appartient au médiateur de savoir analyser la situation, afin de décider s’il convient de soutenir ou de guider la personne dans son mouvement. Le médiateur doit essayer de trouver le juste équilibre. D’un côté, s’il ne guide pas suffisamment le participant, ce dernier peut développer de la frustration en cas d’échecs répétés ou d’incapacité. D’un autre côté, l’excès de guidance peut empêcher le participant de développer son autonomie et de faire des apprentissages.

Conclusion :

Lors de cette recherche, nous avons tenté d’analyser certains effets de la technique de soutien de la main dans des activités d’apprentissage sur écran tactile, auprès de personnes polyhandicapées.

Cette méthode a pour but de permettre l’accès à l’ordinateur, en facilitant l’utilisation de l’écran tactile, grâce à une aide physique apportée à la personne handicapée par un médiateur. Cette technique permettrait ainsi de diminuer l’espace pouvant exister entre intention et réalisation chez les personnes polyhandicapées. Le médiateur soutient la main de la personne handicapée. Il l’aide à positionner correctement sa main en isolant un doigt pour pointer, l’aide à freiner ses spasmes et lui demande de se détendre. Le rôle du médiateur n’est pas toujours neutre. En effet, l’aide physique apportée peut être qualifiée de guidance ou de soutien. La guidance consiste à diriger la main de la personne vers une cible définie par le médiateur. Dans le cas du soutien, au contraire, c’est la personne qui doit bouger son doigt jusqu’à la cible. C’est au médiateur de juger à chaque moment de la nécessité de soutenir ou de guider la personne. Lors d’une même séance, d’une même activité ou à l’intérieur même d’un seul pointage peuvent s’alterner des périodes de guidance et de soutien.

Les activités réalisées sur l’écran tactile sont diverses. Certains logiciels ont un contenu plutôt scolaire, d’autres sont plus ludiques. Selon ses utilisateurs, cette technique de soutien de la main permettrait dans un premier temps au participant d’améliorer le contrôle de son mouvement au cours de la séance et, dans un deuxième temps, d’améliorer de manière visible la qualité de son mouvement après plusieurs séances. Une amélioration des performances cognitives aurait également été constatée chez les participants après plusieurs séances de travail.

Pendant environ quatre mois nous avons suivi quatre personnes présentant un polyhandicap et résidant au centre médico-éducatif La Castalie. Pour chacun d’eux, nous avons assisté à une dizaine de séances individuelles à l’écran tactile avec soutien de la main.

Le premier et principal but de notre recherche a été de voir dans quelle mesure cette technique de soutien de la main pouvait être observable de manière fidèle et objective. Il s’agissait en effet d’une condition préalable afin d’essayer de mettre en évidence les effets de la méthode sur le contrôle du mouvement et sur l’apprentissage cognitif des participants. Nous avons donc organisé nos hypothèses autour de trois axes : le rôle du médiateur, le contrôle du mouvement et l’apprentissage cognitif.

Au niveau du rôle du médiateur, la première hypothèse était de savoir s’il était possible de trouver des critères précis et discriminatifs permettant à un observateur averti de juger si l’aide du médiateur était constituée de soutien ou de guidance. Deuxièmement, pour que les résultats concernant le contrôle du mouvement et l’apprentissage cognitif soient imputables au participant, l’aide apportée par le médiateur devait être principalement caractérisée par du soutien et non de la guidance.

Concernant le contrôle du mouvement, nous voulions voir si l’on pouvait constater une amélioration au niveau de la vitesse et de la précision des pointages après plusieurs séances, ainsi qu’à l’intérieur d’une même séance. Pour valider cette amélioration éventuelle, on ne devait pas trouver de corrélation entre le contrôle du mouvement (précision et rapidité des pointages) et l’aide fournie par le médiateur, lorsqu’elle était qualifiée comme de la guidance.

Au niveau de l’apprentissage cognitif, nous voulions voir si, comme semblaient le montrer les premières observations des utilisateurs, nous pouvions constater une amélioration des performances cognitives chez les participants. A nouveau, afin de valider ces performances éventuelles, on ne devait pas trouver de corrélation entre l’apprentissage cognitif et l’aide fournie par le médiateur, lorsqu’elle était qualifiée comme de la guidance.

Nous avons mis en place différentes modalités d’observation, afin de récolter les données dont nous avions besoin. Une observatrice était présente à chaque séance, elle notait le contenu de chaque pointage, ainsi que les écarts entre la zone cible et la zone pointée. Elle tenait en outre un journal de bord. Chaque séance était également filmée à l’aide d’une caméra. Le but était de se focaliser sur les mouvements du participant et du médiateur, indépendamment de l’activité que la personne était en train d’effectuer ou de ses performances, afin de juger, a posteriori, si le mouvement du participant était guidé ou soutenu par le médiateur. Tous les mouvements de pointage étaient décomposés en trois temps5 et codés comme du soutien ou de la guidance par l’observatrice. Cette dernière sélectionnait ensuite certains passages afin de les faire coder par la seconde observatrice et parfois par le médiateur présent lors de la séance.

Au niveau des résultats, nous avons tout d’abord constaté que la technique de soutien de la main sur écran tactile était observable de manière objective. En effet, notre méthode d’analyse du mouvement définissant l’aide apportée par le médiateur comme du soutien ou de la guidance et décomposant le mouvement en trois temps a pu être méthodologiquement validée. Les résultats obtenus nous indiquent une bonne fidélité entre les différents juges. Ces derniers ont généralement interprété l’aide physique fournie par le médiateur de la même manière. Nous pouvons donc en conclure que les critères choisis (distinction entre guidance et soutien et décomposition du mouvement en trois temps) étaient observables par des juges avertis, car suffisamment pertinents et discriminatifs. De plus, nous avons constaté que les participants étaient majoritairement plus soutenus que guidés par les médiateurs. On peut en conclure que les participants ont eu un rôle actif durant les séances.

Les résultats concernant le contrôle du mouvement et l’apprentissage cognitif sont plus mitigés. D’une manière générale, à l’aide des critères choisis, nous n’avons pas pu mettre en évidence une progression dans ces domaines. De plus, nous n’avons pas toujours pu écarter l’influence physique du médiateur. En effet, la guidance exercée par les médiateurs permettait souvent aux participants d’augmenter la précision et la rapidité de leurs pointages. Malgré ces faibles résultats, nous avons pu mettre en évidence certaines capacités cognitives présentes chez les participants lors de l’utilisation des différents logiciels. Il est important de relever que nous avons trouvé de grandes différences inter- et intra- individuelles dues à l’hétérogénéité des participants et à la particularité de leur handicap.

5 Chaque mouvement ayant lieu lors du pointage peut être décomposé en trois temps : l’impulsion de départ, le mouvement vers l’écran et le pointage final.

Lors de cette recherche nous avons choisi d’observer les séances telles qu’elles étaient pratiquées réellement, c’est-à-dire avec le minimum d’intervention de notre part. Nous avons tout de même restreint le choix des logiciels pour chaque participant, dans le but d’augmenter la probabilité d’observer plusieurs fois l’utilisation des mêmes logiciels et de pouvoir faire certaines comparaisons entre les séances. Nous n’avons toutefois en aucun cas modifié le contenu des activités proposées. Ce choix a eu le mérite de permettre l’analyse d’une pratique réelle. L’inconvénient est que nous n’avons malheureusement pas toujours disposé des données nécessaires pour répondre à l’hypothèse concernant l’amélioration des performances cognitives. De plus, comme il n’y avait pas d’objectifs pédagogiques précis planifiés lors des séances, nous avons eu des difficultés à trouver des critères de progression.

La première autocritique concernant notre recherche est que les logiciels auraient mérité une analyse plus approfondie de notre part, afin de répertorier les différentes capacités cognitives nécessaires à leur utilisation. On peut nous reprocher de ne pas avoir suffisamment différencié les logiciels entre eux lors des analyses statistiques. En effet, nous avons chaque fois pris l’ensemble des séances de chaque participant, sans faire de distinction entre les différents logiciels utilisés. Pourtant, ils n’exigeaient pas tous des compétences identiques. Si l’on compare par exemple le logiciel de traitement de texte Tapetexte et une activité de découverte dans le logiciel Casatout, on se rend compte que les compétences demandées sont assez différentes. Pour le premier, il faut par exemple posséder au moins quelques notions de lecture et d’écriture, tandis que le second ne demande aucune compétence à ce niveau-là. Ces points divergents ont peut-être été à l’origine de certaines différences entre les logiciels au niveau de la rapidité de pointage. Certaines activités demandaient peut-être un temps de réflexion plus long, à cause de la nécessité d’un investissement cognitif plus conséquent, ce qui aurait pu expliquer un nombre de pointages moins élevé. Une meilleure différenciation au niveau statistique entre les différents logiciels aurait certainement permis d’obtenir des résultats plus fins.

Une critique semblable peut être faite en ce qui concerne la non distinction des logiciels entre eux au niveau des écarts. En effet, pour pouvoir comparer les écarts séparant la zone cible de la zone pointée à chaque pointage entre les différents logiciels, nous avons tout d’abord pris note du nombre de cases d’écart, puis nous avons transformé ce nombre en centimètres. Pour cela nous avions préalablement mesuré la grandeur de chaque case. Dans les logiciels qui ne comportaient pas de cases (Les Martiens, AMP) nous avons directement pris note des écarts en centimètres suivant une estimation. Pour chaque participant, nous avons comparé les écarts pour chaque séance, sans faire de distinction entre les différents logiciels utilisés. Pourtant, les écarts mesurés dans chaque logiciel n’ont pas forcément tous la même valeur. En effet, un écart de 6.8 cm dans le logiciel Tapetexte signifie que l’on se trouve à quatre cases de la lettre désirée, alors qu’il s’agit d’un écart d’environ une case dans le logiciel Casatout. Dans ce dernier cas, on peut donc dire que finalement la personne était assez proche de la cible, tandis que, dans le premier cas, elle aurait pu se tromper encore trois fois avant d’atteindre la lettre correcte. On ne peut donc pas vraiment faire de comparaison entre ce genre de cas et il aurait été préférable de les traiter séparément.

Une critique peut être faite au niveau de la formulation de nos questions de recherche et de nos hypothèses concernant le contrôle du mouvement. Nous avons en effet postulé, la plupart du temps, des modèles de progression linéaire, tant à l’intérieur qu’au fur et à mesure des séances. Pourtant, la population des personnes atteintes d’un polyhandicap présente des caractéristiques particulières, dont nous aurions dû tenir compte. Nous pensons principalement à l’effet de fatigue, qui pouvait entrer en ligne de compte en fin de séance, suite à un effort de concentration soutenu. Nous avons postulé une seule fois un modèle de progression non linéaire qui intégrait entre autre cet effet. Il s’agissait de l’hypothèse concernant l’augmentation de la rapidité à l’intérieur des séances. Grâce à ce modèle, nous avons pu mettre en évidence chez certains participants des progressions qui n’étaient pas ressorties lors des analyses statistiques utilisant un modèle linéaire. L’intégration de ce genre de modèle au niveau de toutes les hypothèses concernant le contrôle du mouvement aurait peut-être permis de mettre à jour de légères progressions, masquées par les fluctuations internes aux séances.

Nous devons émettre quelques limites concernant la généralisation de notre recherche. En effet, nous nous sommes focalisées sur les parcours individuels de quatre personnes présentant des caractéristiques très hétérogènes, ce qui ne nous permet pas de généraliser les résultats trouvés à l’ensemble de la population des personnes atteintes d’un polyhandicap. De plus, il est important de mentionner que les quatre participants avaient une expérience préalable dans la technique de soutien de la main à l’écran tactile. Nous avions ainsi l’assurance qu’ils étaient familiarisés avec cette technique et possédaient certaines capacités cognitives nécessaires à l’utilisation des logiciels. Nous ne garantissons pas d’obtenir des résultats similaires avec des personnes polyhandicapées tout-venant, notamment à cause de la grande hétérogénéité de cette population. Nous avons constaté que de nombreuses variables pouvaient permettre ou non l’accès à cette technique, comme par exemple l’état général de santé, la motricité, la motivation à travailler à l’ordinateur, le niveau d’attention et les capacités cognitives de la personne. Une trop grande faiblesse dans un de ces domaines peut aller jusqu’à empêcher toute activité avec soutien de la main à l’écran tactile. Notre recherche a permis de montrer que cette technique pouvait être utilisée sous plusieurs conditions avec certaines personnes atteintes d’un polyhandicap. Nous ne pouvons pas définir une catégorie précise de personnes qui profiteraient pleinement de cette méthode. Chaque cas étant très particulier, la seule façon de savoir si une personne peut profiter de cette technique est de faire plusieurs essais, en variant les activités et en testant différentes adaptations.

Ajoutons également que nous n’avons pas étudié l’ensemble des possibilités offertes par cette technique. Nous avons mené notre recherche dans un contexte bien précis, sous des conditions définies. Cette technique dépend en effet beaucoup des différents médiateurs, de leur choix de soutenir ou guider la personne, de leurs éventuelles aides orales, de leur jugement concernant les capacités de la personne et des objectifs conscients ou inconscients qu’ils fixent pour chacun des participants. La technique de soutien de la main est également tributaire des différents logiciels utilisés. Dans le cas de notre recherche, nous nous sommes limitées à l’observation de la technique de soutien de la main sur seulement quatre logiciels créés par Alphalogic. Les possibilités de l’informatique sont pratiquement infinies et peuvent permettre de développer une quantité d’autres activités utilisables à l’aide d’un écran tactile. La pratique de la technique de soutien de la main peut donc varier énormément suivant le participant, le médiateur et les activités choisies.

Nous avons plusieurs propositions à formuler concernant une continuation éventuelle de cette recherche. Nous pensons qu’il serait intéressant de continuer nos investigations avec une situation plus expérimentale. Sans que le cadre ne devienne entièrement artificiel, nous aimerions limiter le champ de la recherche à des hypothèses beaucoup plus fines et restreintes, dans un contexte où les différentes variables seraient mieux contrôlées. Nous pensons cependant qu’il serait important de conserver une approche individuelle de chaque participant.

Nous pourrions imaginer une analyse se fondant sur un seul logiciel par participant. Chaque logiciel devrait être préalablement analysé au niveau des capacités cognitives requises, afin de fixer un ou deux objectifs pédagogiques très précis pour chaque participant. Les aides orales apportées par le médiateur devraient être soit standardisées, soit fidèlement enregistrées, afin de permettre une analyse ultérieure. Nous sommes conscientes que ces différents essais de standardisation peuvent limiter la liberté d’adaptation, souvent non négligeable avec les personnes atteintes d’un polyhandicap. Cependant, nous pensons qu’un certain contrôle des différents facteurs influençant les séances est préférable si l’on veut obtenir des résultats interprétables. Il faudrait néanmoins conserver la possibilité d’ajuster les objectifs et les hypothèses en cours de route.

Un autre pas vers une certaine standardisation serait de limiter les différences entre les médiateurs. Nous pensons qu’il serait intéressant de créer une véritable équipe de recherche intégrant les médiateurs. Le but serait de les faire participer à l’élaboration même des hypothèses et des objectifs pédagogiques pour chaque participant. Ils pourraient instaurer un consensus concernant leur façon d’utiliser la technique de soutien de la main en rapport avec chaque participant. Nous ne désirons pas mettre en place une technique standard, mais objectiver la méthode, en définissant précisément les différentes situations particulières à chaque personne et le type d’intervention fournie dans ce cas-là par le médiateur. Il faudrait également qu’ils puissent s’entraîner préalablement à la technique de soutien de la main avec différentes personnes, en auto-analysant ensuite leur pratique et en en discutant entre eux. Dans le même ordre d’idée, nous pensons qu’il serait également bénéfique que les représentations qu’ont les médiateurs à propos des capacités cognitives des participants soient le plus possible objectivées, cette variable pouvant avoir une influence sur leur pratique. Ils pourraient également en discuter entre eux. L’objectif de ces mesures serait de leur permettre de développer une pratique rigoureuse, tout en ayant conscience des enjeux de la recherche. Néanmoins, nous ne désirons pas mettre en place une situation expérimentale pure, dans laquelle on ne tiendrait pas compte des particularités de chaque participant. Au contraire, le but serait justement de bien définir l’utilisation de la technique de soutien de la main avec chaque participant, afin d’obtenir une standardisation individuelle de la méthode.

En ce qui concerne l’évaluation de l’apprentissage cognitif des participants durant les séances, nous pensons qu’une évaluation initiale serait très utile. Par évaluation initiale, nous entendons une évaluation du niveau cognitif de la personne, sans se limiter cependant au seul contexte de l’écran tactile. L’évaluation pourrait être menée dans différentes situations et par différents acteurs gravitant autour de la personne. Nous sommes conscientes qu’il serait difficile d’utiliser des instruments de mesure standardisés. Nous pensons plutôt qu’il faudrait se servir d’une grille de compétences et mener ensuite des investigations individuelles, afin d’établir un profil cognitif personnalisé pour chaque participant. Seule une observation fine de chaque personne dans son environnement peut permettre d’obtenir un aperçu de son niveau cognitif. Dans le cadre de l’écran tactile, il faudrait évaluer le niveau actuel du participant par rapport aux différentes capacités cognitives pouvant être mises en œuvre pour chaque logiciel.

Nous avons conscience qu’une telle démarche d’évaluation n’est pas du tout évidente avec des personnes présentant un polyhandicap. Pourtant, nous pensons qu’elle s’avère indispensable si l’on veut analyser les éventuels progrès cognitifs des participants. Une telle évaluation constituerait une base fiable, permettant de fixer des objectifs pédagogiques précis, afin de bien cibler l’intervention. Cette évaluation permettrait également de mieux mettre en évidence les progrès du participant, si minimes soient-ils, car elle nous fournirait une base de comparaison très fine. A la fin des séances, il faudrait faire une évaluation finale qui permettrait de mettre en évidence les apprentissages cognitifs effectués par le participant dans le cadre de l’intervention à l’écran tactile. Cette évaluation finale n’est possible que si une évaluation initiale complète a été faite avant le début de l’intervention. Ce type de démarche privilégie les comparaisons intra-individuelles plutôt que les comparaisons inter-individuelles.

Une autre alternative serait de sélectionner des participants n’ayant jamais bénéficié de la méthode de soutien de la main sur écran tactile auparavant. Une évaluation initiale devrait également être menée. Elle serait davantage centrée sur les capacités motrices et cognitives globales de la personne dans son environnement quotidien. L’accès à la méthode de soutien de la main sur écran tactile ne se ferait qu’ultérieurement à cette première phase d’évaluation. La recherche serait donc de type exploratoire, avec des objectifs pédagogiques, des questions de recherche et des hypothèses s’élaborant et se modifiant au fur et à mesure de l’intervention. Un des buts pourrait être par exemple d’essayer de définir les capacités cognitives et motrices préalables facilitant ou non l’utilisation de la méthode. Cela permettrait d’établir certains profils types de personnes pouvant bénéficier de cette méthode et de définir les adaptations qui leur seraient le plus appropriées. Le but d’une telle démarche n’est pas de catégoriser de manière stricte les personnes pouvant utiliser ou non la méthode de soutien de la main. Cependant, cela pourrait constituer une base afin de déterminer les personnes pour lesquelles cette méthode pourrait être profitable. Chaque cas est bien sûr unique et exige une analyse personnelle ciblée.

La technique de soutien de la main à l’écran tactile, que nous avons étudiée lors de cette recherche, est une méthode parmi d’autres destinées aux personnes présentant un polyhandicap. Il ne s’agit pas d’une technique révolutionnaire, qui s’imposerait face à toutes les autres méthodes déjà existantes. Elle peut cependant très bien convenir à certains individus, dans le cadre d’activités bien définies en fonction d’objectifs intégrés au projet éducatif individualisé de la personne. Le plus important dans la prise en charge des personnes présentant un polyhandicap reste néanmoins la complémentarité et la cohérence des différentes approches proposées, ainsi que la foi en leurs capacités.

Une technique de soutien de la main sur écran tactile avec des personnes présentant un polyhandicap. Fidélité et effets d’apprentissage
Mémoire de licence – Section des Sciences de l’Education Cursus Recherche et Intervention Education Spéciale
Université De GENEVE – Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education

Sommaire :
Introduction
Partie théorique
1. Le polyhandicap
2. L’informatique et les personnes handicapées
3. Quelques approches éducatives destinées aux personnes polyhandicapées
4. La méthode de la communication facilitée
5. La technique de soutien de la main dans des activités d’apprentissage sur écran tactile, auprès de personnes polyhandicapées
Conclusion