Approches conduites sur l’environnement, la survie des entreprises

By 12 February 2014

2.1.4 Des approches conduites sur l’environnement

Littunen, Storhammar, Nenonen, (1998) sont en accord avec la théorie de la contingence, qui indique que l’entrepreneuriat ne peut être étudié en isolation de facteurs situationnels comme la situation économique, l’environnement local et la situation personnelle de l’entrepreneur.

Chaque entreprise doit s’adapter à son contexte, son environnement. Il est ainsi considéré que les formes d’organisation dépendent des conditions auxquelles elles sont confrontées (Lawrence et Lorsch, 1969). Les auteurs de cette théorie adoptent ainsi un positionnement qui va à l’encontre de l’idée classique d’une « one best way », à savoir l’existence d’un modèle organisationnel applicable pour toute organisation, indépendamment de la prise en compte sur l’environnement.

Lawrence et Lorsch, (1969) cherchent ainsi à expliquer les différences entre les entreprises en fonction des caractéristiques de leur environnement industriel : les clients, les fournisseurs, les concurrents, la distribution. Ainsi, leur objectif était de déterminer pourquoi une entreprise dans une industrie spécifique est plus efficace que d’autres entreprises concurrentes. Ils ont ainsi mis en évidence deux concepts explicatifs : la différenciation et l’intégration.

Littunen, et al. (1998) développent finalement un modèle relativement classique (environnement, caractéristique de l’entreprise, et caractéristiques de l’entrepreneur) pour analyser le succès qui est ici vu par la notion de survie après les 3 premières années d’existence. Ils indiquent ainsi que la continuité de l’activité entrepreneuriale est déjà pour eux un signe clair de succès en soi.

L’examen de la littérature révèle ensuite un certain nombre de travaux connexes à la théorie de la contingence et, notamment, concernant les considérations de l’économie spatiale.

Fotopoulos et Louri (2000) ont travaillé sur ce sujet et tenté de faire apparaître le rôle de la localisation dans la survie de 209 jeunes entreprises grecques durant leurs dix premières années d’existence. Montrant que les analyses antérieures ont surtout été menées d’un point de vue spatial, l’accent était alors plutôt mis sur les modèles d’entrées et de réinstallation de nouvelles entreprises plutôt que sur la survie des entreprises en elle-même et de leurs perspectives dans un environnement urbain. Fotopoulos et Louri (2000) ont ainsi axé leur analyse sur la survie de ces jeunes entreprises. Ils ont construit une modélisation basée sur les théories de l’« industrial organisation », mais aussi, et surtout, sur la base des théories de « l’inner city incubator » ou « incubateur du centre-ville » (Vernon, 1960) ou encore de la « filteringdown theory19 » de Thompson (1968).

19 The process by which a neighbourhood deteriorates with age as individuals and families move to newer and more elaborate dwellings and the neighbourhood is occupied by individuals and families of lesser wealth and lower social status.

Vernon (1960) suggère ainsi dans son ouvrage que le taux élevé de naissance dans le noyau de zones métropolitaines est facilité par les économies externes, résultant de la proximité aux fournisseurs et aux clients, de l’augmentation de la circulation de l’information, etc. L’emplacement, bien que préférable dans les premiers jours d’une nouvelle entreprise, pourrait ainsi être abandonné par la suite au fur et à mesure que l’entreprise se développe et intériorise plus efficacement les services précédemment affectés à d’autres entreprises.

Thompson (1968) soutient, que l’offre de grandes zones urbaines est un environnement plus propice à l’innovation, disposant de main-d’œuvre diversifiée et qualifiée, de l’information et de possibilités d’interaction avec d’autres entreprises. Il poursuit avec la théorie du cycle de vie d’une industrie, montrant ainsi que de nouvelles entreprises innovantes ont une plus forte propension à s’installer dans des zones urbaines.

Ces théories ont notamment mené aux analyses plus récentes liées au développement de théories comme les grappes industrielles, les grappes technologiques (Zimmerman, 1995) ou encore d’économies d’agglomérations (Oort, Atzema, 2004). Les plupart des dernières théories citées ont d’ailleurs été fortement employées pour analyser les naissances des jeunes entreprises innovantes, mais aussi pour comprendre leurs propensions à s’agglomérer.

Fotopoulos et Louri (2000) ont ainsi montré comme principal résultat une différence significative dans les conditions de survie des entreprises étudiées, selon qu’elles soient localisées dans la zone urbaine d’Athènes ou dans le reste du pays, montrant par la même une certaine confirmation des théories précédemment citées.
Fotopoulos a continué ses travaux sur le sujet, avec une perspective plus spatiale cette fois-ci. Avec Nigel Spence, en 2001, ils ont examiné les variations régionales de naissance et mort de jeunes entreprises anglaises, d’un point de vue plus orienté sur les différences régionales. Leurs résultats suggèrent cette fois-ci que la localisation des jeunes entreprises est un élément influençant plus le décès de la jeune entreprise que sa naissance, montrant ainsi l’importance du choix de localisation de la jeune entreprise lors de sa création.

La localisation de la nouvelle entreprise apparaît donc au regard des travaux de Fotopoulos et Louri (2000), ou de Fotopoulos et Spence (2001) comme très importante pour la survie future de celle-ci. Lasch, Le Roy et Yami (2005) montrent, de surcroit, que la localisation est bien souvent due au choix de l’entrepreneur lui-même.

• Conclusion

La littérature mobilisée concernant les travaux relatifs aux liens pouvant exister entre la survie de la jeune entreprise et l’environnement de celle-ci, fait apparaître l’importance du lieu d’implantation de la jeune entreprise lors de sa création.

En effet, des auteurs tels que Fotopoulos et Louri (2000), ont ainsi montré que localiser une jeune entreprise dans la zone urbaine d’Athènes est préférable que de la localiser dans une autre partie du pays. Ce choix permettrait, selon eux, d’augmenter les chances de survie de ces jeunes entreprises. Les différentes théories qui ont été développées pour l’analyse, notamment de la naissance ou de la mort des jeunes entreprises, restent très exogènes et souvent placées à un niveau régional (Fotopoulos et Spence, 2001).

L’environnement de la jeune entreprise apparaît donc comme primordial dans la survie des jeunes entreprises, nous amenant à supposer un lien entre ces deux concepts. Cette supposition nous conduit ainsi à formuler notre quatrième hypothèse de recherche sous la forme suivante :

H4. Nous supposons un lien positif entre l’environnement de l’entreprise et la survie à trois ans de la jeune entreprise au sein de celui-ci.

2.1.5 Synthèse

Des visions très endogènes ont également été développées dans le domaine de la psychologie par exemple.

Une très grande diversité d’approche peut être remarquée lors de l’examen de la littérature sur ces sujets complexes que sont la survie et le succès des jeunes entreprises. Toutefois, nous n’avons pu rendre compte de cette extrême diversité en apportant une revue exhaustive des travaux existants, tant ceux-ci sont apparus variés et ancrés dans différentes disciplines relatives aux sciences de gestion, à l’économie, la sociologie ou encore de la psychologie.

Ainsi, dans le but de disposer d’une vision d’ensemble des différentes grandes tendances dénotées de la littérature antérieure, nous faisons appel à la synthèse opérée par Guilhot (2000) dans son article relatif aux défaillances d’entreprises et reprise par Coulibaly en 2003.

Tableau 4. Synthèse des approches stratégiques, managériales et organisationnelles

APPROCHES Stratégique

APPROCHES Managériale et organisationnelle

Problématique

Quel est l’ensemble des facteurs (forces et faiblesses) qui détermine le succès ou l’échec de l’entreprise face à son environnement ?

Dans quelle mesure le management est-il responsable de la défaillance de l’entreprise ?

Modèles de référence (cadre théorique)

• Théorie du cycle de vie du produit, ou de l’activité et stades de développement

• Modèles d’analyses stratégiques des années 70 et 80 (portefeuilles d’activités, forces concurrentielles et chaîne de valeur)

• Modèles contingents développés à partir de cas d’espèces.

• Modèle de comportement

• Modèles organisationnels

• Modèles associés à l’entrepreneuriat

Hypothèses

• Les sources de faillite sont multidimensionnelles et d’origine interne ou externe

• L’environnement et la concurrence sont des facteurs essentiels du succès ou de l’échec

• les caractéristiques personnelles du chef d’entreprise (statut, âge, niveau d’instruction, expérience, antécédents, attitudes) jouent un rôle important ainsi que ses pratiques de gestion,

• Caractéristiques personnelles et pratiques de gestion sont fortement conditionnées par l’environnement organisationnel du dirigeant.

Méthodologie

• Analyse de cas et analyses de dossiers,

• Analyses longitudinales et analyse factorielle

• Modélisation

• Analyse de cas,

• Elaboration de modèles empiriques,

• Questionnaires distribués à des dirigeants et entretiens

Principales

Recherches

Meadows (1972), Schumacher (1973),

Boulding (1975), Argenti (1976), Freeman et Hannan (1978), Whetten (1980), Churchill et Lewis (1983), Marchesnay (1985), Porter (1986), Paturel (1987), Peters (1988), Hamel et Prahalad (1988), Mintzberg et al. (1999)

Kaplan (1948), Thompson (1963),

Campbell (1970), Ghiselli (1971), Brilman (1985), Lalonde (1985), Mitroff (1988), Bescos (1989), Chandler (1992), Mac Millan (1992), Miles et Snow (1978), Cooper (1993), Desreumaux (1998)

Résultats

• Identification des facteurs de défaillances spécifiques à la petite et à la grande entreprise

• Spécificités de la petite entreprise par rapport à la grande entreprise.

• Mis en évidence du rôle joué par l’environnement et sa turbulence,

• Approfondissement de la notion de risque.

• Enumération des traits de personnalité des dirigeants dont les entreprises sont performantes ou en situation d’échec,

• La personnalité et l’expérience du dirigeant sont des critères prépondérants.

• Le rôle du dirigeant est fondamental dans les PME- PMI,

• « Dialogue » entreprise /

entrepreneur

(Adaptée de GUILHOT, 2000, Cité par Coulibaly, 2003)

Le tableau 4 présenté ci-dessus a le mérite de synthétiser de manière claire les grands travaux qui ont pu être menés sur ces problématiques durant les 70 dernières années, tout du moins, les approches relativement spécifiques et ancrées dans des disciplines telles que le management stratégique ou encore la théorie des organisations, montrant une fois de plus l’importance de la problématique de survie et de succès concernant les recherches antérieures conduites en sciences de gestion.

Les approches qui ont été présentées jusque-là montrent ainsi pratiquement toutes le point commun d’être unidimensionnelles, ou, tout du moins, reflètent un positionnement singulier dans un courant spécifique.

Des thématiques comme l’entrepreneur, l’organisation, la stratégie ou encore l’environnement se révèlent toutefois être assez communes quelles que soit les disciplines de rattachement des analyses. Néanmoins, ces analyses se montrent toutes trop spécialisées dans leurs angles de recherches respectifs.

Notre positionnement concernant la définition de la survie ne convient pas à une analyse menée sur une seule dimension. Il apparaît donc naturel d’orienter les développements suivant vers l’examen des recherches antérieures ayant construit des modèles d’analyses multidimensionnels.

L’examen des recherches multidimensionnelles antérieures nous amènera naturellement à articuler notre propre modèle d’analyse autour des quatre hypothèses de recherches qui ont été formulées au cours des développements de cette section.

Facteurs de survie des jeunes entreprises en France : une approche intersectorielle
Thèse présentée pour obtenir le grade de Docteur de l’Université Montpellier I
Ecole doctorale économe et gestion – Institut supérieure de l’entreprise de Montpellier
ISEM Equipe de recherche sur la firme et l’industrie

Chapitre 1 – Fondements théoriques
Section 1. Du succès à la survie, du concept élargi vers l’objet de recherche
Section 2 Les analyses du succès et de la survie, rencontrées dans la littérature
Section 3. Des facteurs clé de succès aux facteurs de survie
Section 4. Synthèse de la revue de littérature
Chapitre 2 – Méthode
Section 1. Positionnement théorique
Section 2. SINE 2002 comme données d’analyse
Section 3. Modélisation statistique
Section 4. Modélisation statistique
Section 5. Conclusion et synthèse
Chapitre 3 – Résultats
Section 1. Caractéristiques sectorielles
Section 2. Facteurs de survie et facteurs d’échec, les évolutions du modèle et les résultats sectoriels
Chapitre 4 – Discussion
Section 1. Évolutions du modèle d’analyse théorique et place des processus entrepreneuriaux dans la modélisation
Section 2. Les secteurs d’activité analysés sont-ils singuliers vis-à-vis de leur survie ?
Section 3. Discussion intersectorielle des résultats : une certaine singularité sectorielle
Conclusion