Politique de santé pour soutenir l’allaitement maternel en France

By 30 January 2014

II – POLITIQUE DE SANTE PUBLIQUE POUR SOUTENIR L’ALLAITEMENT MATERNEL

A – Au niveau mondial

En 1989, l’OMS, conjointement avec le Fond des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF), édite pour la première fois une brochure « les 10 conditions pour le succès de l’allaitement maternel » à l’attention des personnels de santé. Elle a pour but de promouvoir, encourager et soutenir l’allaitement maternel [24].

En 1990, l’OMS et l’UNICEF ainsi que 32 gouvernements dont la France signent la déclaration d’Innocenti. La déclaration définit des cibles opérationnelles que devraient viser les gouvernements de chaque pays pour favoriser l’allaitement maternel dont, notamment, de suivre les recommandations de l’OMS [25].

Les dernières recommandations votés par l’OMS en mai 2001 sont : « le nourrisson doit être exclusivement nourri au sein pendant les 6 premiers mois de la vie : c’est là une recommandation générale de santé publique. Par la suite, en fonction de l’évolution de ses besoins nutritionnels, le nourrisson doit recevoir des aliments complémentaires sûrs et adéquats du point de vue nutritionnel, tout en continuant d’être allaité jusqu’à la l’âge de 2 ans ou plus » [25].

B – La France

La Haute Autorité de Santé (HAS) et l’agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé recommandent d’allaiter exclusivement pendant 6 mois pour un développement optimal de l’enfant (grade B). L’introduction d’aliment autre que le lait maternel n’a aucun bénéfice avant 6 mois (grade B) [11 ; 20].

L’HAS a édité un guide d’évaluation pour améliorer les pratiques professionnelles au sujet de la promotion de l’allaitement maternel. Il concerne tous les professionnels impliqués dans la périnatalité.

De plus, la promotion de l’allaitement maternel est une des priorités du programme national nutrition santé 2011-2015. Enfin, le Professeur Turk a rédigé un rapport avec des propositions pour développer l’allaitement maternel, notamment pour améliorer son initiation et la durée [14 ; 20 ; 25].

C – Dispositifs légaux

1 – Les congés maternité et le complément du libre choix d’activité

En France, les congés maternité sont de : 6 semaines en prénatal et 10 semaines en postnatal pour un premier et un deuxième enfant ; 8 semaines en prénatal et 18 semaines en postnatal pour 3 enfants et plus ; 12 semaines en prénatal et 22 semaines en postnatal pour les grossesses gémellaires ; 24 semaines en prénatal et 22 semaines en postnatal pour les grossesses triples et plus [26].

Les parents peuvent bénéficier d’un congé supplémentaire : le complément de libre choix d’activité de la prestation d’accueil du jeune enfant. Ce congé permet à l’un des parents de réduire ou de cesser totalement son activité professionnelle pour s’occuper de son enfant. La durée maximum est de 6 mois pour un premier enfant, à partir du deuxième enfant la prestation est versée jusqu’au 3ème anniversaire du dernier enfant. Ce congé est une possibilité pour les mères qui le souhaitent de poursuivre l’allaitement maternel [27].

D – En Europe

Les pays scandinaves, qui ont des taux d’allaitement plus élevés qu’en France, ont une véritable volonté politique de favoriser l’allaitement maternel avec amélioration des conditions de travail des femmes. Les femmes peuvent bénéficier de congés maternité plus longs qu’en France jusqu’à 1 an environ avec des rémunérations allant de 60 à 100% du salaire antérieur. Cela permet aux femmes d’allaiter plus longtemps et limite les problèmes d’allaitement et de reprise du travail.

III – EDUCATION ANTENATALE SUR L’ALLAITEMENT MATERNEL

A – Définition

L’éducation prénatale cherche à donner aux femmes un rôle plus actif dans l’expérience de la naissance. Elle a pour objectif d’aider les femmes à comprendre la physiologie de l’accouchement et les interventions appropriées qui pourraient être nécessaires au moment de l’accouchement et des suites de couches pour les soins au nouveau-né.

Il favorise la confiance chez les mères et les couples pour relever le défi de l’accouchement, de l’allaitement et de la petite enfance.

B – L’intérêt d’une information

De nos jours, la plupart des femmes, des parents, possède peu de connaissances sur l’allaitement maternel. Les femmes qui souhaitent allaiter ont de nombreuses préoccupations, notamment les nullipares, elles sont en attentes d’informations sur l’allaitement maternel [23 ; 28-29].

Les buts d’une information anténatale sur l’allaitement maternel sont de permettre aux parents de faire un choix sur le mode d’alimentation de leur enfant réfléchi et éclairé ; d’être automne après la naissance avec l’alimentation au sein du nouveau-né ; de prévenir des complications et d’augmenter la durée de l’allaitement [19 ; 30].

Pour illustrer, l’intérêt d’une information pendant la grossesse a été démontrée dans l’étude Epifane. Le fait de participer à des cours de préparation à l’accouchement est associé à des taux d’allaitement plus élevés à la maternité et à 1 mois. Le taux d’allaitement maternel exclusif à la maternité est aussi plus important chez les patientes qui ont suivi des cours de préparation, en revanche cela n’est pas significativement associé à la pratique d’un allaitement maternel exclusif à 1 mois [1].

L’HAS et l’agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé ont étudié l’impact des éducations prénatales pour l’allaitement maternel.

L’HAS a apporté la preuve que « des programmes structurés utilisant une approche de groupe ou individuelle à l’hôpital ou en dehors et s’appuyant sur l’association de plusieurs techniques éducatives augmentent le taux d’allaitement maternel à la naissance et dans certains cas sa poursuite (grade C) » [20].

Cependant, l’agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé émet un avis plus contrasté sur l’intérêt de l’éducation anténatale : « en période prénatale, l’information seule délivrée individuellement ou en groupe a un impact limité sur le taux d’allaitement maternel » et « les interventions postnatales associées à un contact avant la naissance n’apportent pas un bénéfice supérieur au soutien postnatal seul (grade B) » [11].

C – Les recommandations

L’OMS recommande la préparation prénatale pour l’allaitement. Elle constitue une des 10 conditions pour le succès de l’allaitement maternel : « informer toutes les femmes enceintes des avantages de l’allaitement au sein et de sa pratique » [24].

En France, l’HAS recommande de proposer systématiquement une séance de préparation avec une information sur l’allaitement maternel [20].

Un des objectifs politiques dans le rapport du Pr Turk est l’information anténatale sur l’allaitement maternel. Il envisage des évaluations des pratiques professionnelles et notamment en incitant les maternités à proposer des groupes de préparation à l’allaitement [25].

D – L’information pendant la grossesse

1 – Les consultations

Les consultations médicales prénatales sont le moment adéquat pour effectuer un examen clinique des seins afin d’observer l’aspect des mamelons. Aussi une anamnèse doit être réalisée à la recherche d’antécédent de chirurgie mammaire et de contre- indications à l’allaitement maternel [20].

2 – L’entretien prénatal individualisé du 4ème mois

Cet espace de parole est un moment propice pour aborder de façon personnalisée l’alimentation du futur enfant. Il permet aux professionnels de s’informer sur les représentations, connaissances et questionnements des patientes afin d’organiser des interventions de soutien spécifique [25].

3 – Les séances de préparation à la naissance et à la parentalité

Ces cours sont une des opportunités les plus favorables pour aborder l’alimentation du nouveau-né, autant l’allaitement maternel qu’artificiel. La préparation à la naissance est la source d’information la plus utilisée par les femmes qui souhaitent allaiter. Les séances sont plus centrées sur une éducation de la pratique de l’allaitement pour permettre aux femmes d’acquérir un savoir faire de base, ils permettent aussi de donner confiance aux futures mères. Ils peuvent associer plusieurs techniques éducatives [20 ; 28].

4 – Les séances de préparation à l’allaitement

En complément ou non des séances de préparation à la naissance, les patientes et leurs conjoints peuvent, dans certaines maternités, assister à des groupes de préparation spécifiques sur l’allaitement. Ils donnent une information plus complète avec plus de pratique. Ils répondent de façon plus personnelle aux interrogations des femmes.

Les séances ont pour objectif d’informer notamment sur la physiologie de la lactation, la mise en route de l’allaitement, les premières tétées, les différentes positions, les complications qui peuvent survenir, la conduite de l’allaitement maternel lors du retour à domicile et la reprise du travail. L’intérêt est d’augmenter l’initiation de l’allaitement à la naissance et la durée.

E – Le contexte local sur le Centre Hospitalier Universitaire de Clermont-Ferrand

Le Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Clermont-Ferrand propose des préparations à l’allaitement pendant la grossesse, conformément aux recommandations pour la promotion de l’allaitement maternel.

Tout d’abord, les sages-femmes du service de consultation animent des séances de préparation à la naissance et à la parentalité, en groupes de 10 patientes en moyenne, les futurs pères peuvent y assister.

Les patientes bénéficient de 8 séances, organisées de la façon suivante, une partie théorique de 30-40 minutes et la fin de la séance est consacrée à de la relaxation.

Une séance au sujet de l’alimentation est consacrée, une information sur l’allaitement maternel est délivrée, à laquelle s’associe une information sur l’allaitement artificiel.

Les séances se déroulent par l’apport de connaissances théoriques sous forme magistrale. Compte tenu du temps limité de la séance, les méthodes participatives sont peu utilisées.

En parallèle de ces séances de préparation à la naissance et à la parentalité, une séance de préparation spécifique sur l’allaitement maternel est organisée au sein du CHU, environ une fois par mois.

Elle est animée par une sage-femme, en formation de consultante en lactation IBCLC (International Board Certified Lactation Consultant). La séance est ouverte à toutes les femmes enceintes et aux futurs pères, elle dure environ 2h, et comprend entre 10 à 15 patientes. Elle se compose d’explications théoriques, de conseils pratiques sur la conduite de l’allaitement, de mise en pratique pour les positions d’allaitement notamment et d’une partie discussion où la sage-femme répond aux questions des patientes.

Les méthodes participatives sont utilisées préférentiellement dans les séances d’information spécifiques sur l’allaitement maternel.

En conclusion, il existe une politique internationale et locale pour favoriser le choix d’un allaitement maternel à la maternité. Différentes méthodes éducatives existent sans avoir bénéficié d’une preuve de leur efficacité. Qu’en est-il au CHUE, maternité ayant fait le choix de proposer à ces patientes plusieurs techniques éducatives ?

Evaluation post-natale des différentes stratégies d’éducation anténatale sur l’allaitement maternel
Mémoire – Diplôme d’Etat de sages-femmes – Ecole de sages-femmes de Clermont- Ferrand
Université d’Auvergne – Clermont 1

Sommaire  :Introduction
Revue de littérature
I – L’allaitement
II – Politique de Santé Publique pour soutenir l’allaitement maternel
III – Education anténatale sur l’allaitement maternel
Résultats
Discussion
I – Les limites de l’étude
II – Caractéristiques socio-économiques de la population
III – Le projet d’allaitement maternel
IV – La conduite de l’allaitement maternel
V – La durée de l’allaitement maternel
VI – L’influence de l’éducation anténatale sur la pratique de l’allaitement maternel
VII – La satisfaction des patientes
Projet d’action
Conclusion