L’intermédiation financière et la rentabilité bancaire

By 18 January 2014

II.2 – REVUE DES TRAVAUX THEORIQUES DE LA LITTERATURE

II.2.1 – Théorie de l’intermédiation

L’idée de l’intermédiation financière a été développée par les théoriciens de développement dont, Gurley, Shaw, Goldsmith et d’autres. D’après la théorie de Gurley et Shaw, le financement d’une économie peut s’opérer soit :

– Sur ressources propres ou autofinancement.

– Sur appel aux fonds extérieurs.

Dans ce dernier cas les agents économiques disposent de deux techniques pour obtenir des ressources, la première est d’émettre des actions et des obligations sur le marché financier (désintermédiation), la deuxième est d’emprunter auprès des intermédiaires bancaires ou non bancaires (intermédiation).

A travers les pionniers de l’intermédiation, Thiam (1992) montre que l’impact des facteurs financiers dans les activités d’intermédiation financière fait l’objet d’un débat dans les littératures économiques et financières. Les auteurs tels que Gurley et Shaw ont largement contribué à l’avancement des travaux sur l’approche théorique de l’implication des phénomènes monétaires et financiers dans les activités bancaires. Avant les travaux de Gurley et Shaw (1960), dans leur étude intitulée « Money in a theory of finance », la théorie bancaire dans son ensemble faisait toujours la distinction entre les banques, les compagnies d’assurances et certaines institutions financières. S’il existe des dissemblances entre ces entités financières (banque, compagnie d’assurance et institutions financières), la nouvelle théorie bancaire est parvenue à les regrouper autour d’une seule activité : l’intermédiation financière.

Pour Gurley et Shaw qui ont proposé le cadre conceptuel de l’intermédiation financière, (en faisant la distinction entre financement primaire, ou direct, et financement secondaire, ou indirect) il ne faut pas distinguer les intermédiaires financiers bancaires et les intermédiaires financiers non bancaires, du fait que leur rôle est le même. L’intermédiation financière est unique dans l’achat de dette primaire (crédits, titres) et l’émission de dette secondaire (quasi-monnaie, monnaie). Les caractéristiques principales de l’intermédiation se manifestent par la présence d’un tiers dans un environnement où les désirs d’emprunt et de prêt sont incompatibles dans leurs formes. Les intermédiaires financiers s’interposent entre les agents économiques en ajustant l’offre de capitaux à la demande entre les agents à capacité de financement (prêteurs) et les agents à besoin de financement (emprunteurs) dans le cadre épargne-investissement. L’analyse des déséquilibres qui se manifestent dans les comptes individuels des agents économiques dans le système financier, donne une meilleure lecture et une bonne appréhension du concept d’intermédiation financière. Les agents économiques, dans leurs activités habituelles, ont des excédents ou des déficits dans l’équilibre de leur compte. Les agents excédentaires ayant une capacité de financement importante cherchent des emplois pour le solde positif de leurs revenus sur leurs dépenses. Cependant, les agents déficitaires cherchent des moyens de financement pour effectuer des investissements qui dépassent leurs moyens financiers.

Hairault et Portier (1988) montrent les difficultés auxquelles font face les agents non financiers lorsque leurs besoins de financement à long terme ne coïncident pas avec les besoins de placement à court terme des ménages, les ANF utiliseront un circuit indirect et intermédié, c’est dans cette optique qu’ils empruntent la définition de Tobin et Brainard (1963) qui définissent l’intermédiation comme étant la satisfaction simultanée des préférences de portefeuille de deux types d’agents non financiers, les emprunteurs et les préteurs. Par ailleurs on constate bien que le bilan d’un IF possède un actif (représentatif de l’endettement de l’emprunteur) et un passif (représentatif d’une créance du préteur ultime) de nature différente, cette différence permettant de satisfaire à la fois préteurs et emprunteurs (courbis, 1987). Cette activité de transformation de dettes et créances des ANF est un élément central de l’analyse de l’intermédiation financière.

Il est donc clair que l’intermédiation financière contribue non seulement à mettre en contact, mais encore à coïncider ces offres et demandes de financement. Le préteur cherche le placement le plus liquide possible, de rendement anticipé maximum pour un risque de non recouvrement donné et un risque minimum pour une rentabilité donnée. En face, l’emprunteur désire contracter une dette d’une durée variable (généralement longue), au coût le plus bas possible, et ceci sans garantir le risque de défaillance non nul.

C’est le désir d’épargner et le besoin d’investir qui entraîne la naissance des autres IF et d’un marché financier où les prêteurs et les emprunteurs peuvent se rencontrer. Les agents non financiers vont transférer les risques aux intermédiaires financiers moyennant une réduction de leurs gains.

Les intermédiaires financiers bénéficient par ailleurs des coûts de transaction modérés du fait des économies d’échelle réalisées dans la collecte des dépôts et la distribution des crédits. Les intermédiaires financiers sont moins exposés que les prêteurs privés aux asymétries d’information qui font que l’emprunteur soit toujours plus renseigné sur sa situation que le prêteur.

II.2.2 – asymétrie d’information

La gestion du risque incorpore la notion d’information qui tend toujours à être incomplète. Cette incomplétude traduit l’asymétrie d’information qui suppose que dans une transaction économique, une partie au contrat est plus informée que l’autre partie. Ainsi, elle se place dans un contexte favorable pour son calcul économique et pour la négociation financière ; il peut exploiter cet avantage informationnel en adoptant un comportement opportuniste. Cette asymétrie d’information est plus rencontrée dans le secteur des assurances où les assurés sont plus informés que les assureurs. Le secteur bancaire n’est pas écarté de ce problème d’asymétrie d’information, car les emprunteurs sont plus informés que les prêteurs. Mais les banques, de part leur position d’intermédiaires et de leur rôle de gestionnaires de comptes des clients qui sont ces emprunteurs, elles contribuent à réduire les asymétries d’information et à une distribution rationnelle des ressources dans une économie. Que ce soit dans les assurances et dans les banques, on rencontre deux types d’asymétries d’information : la sélection adverse et le hasard moral.

II.2.2.1 – La sélection adverse ou anti-sélection

Les travaux de Akerlof (1970) sur le marché des voitures d’occasion ont introduit la notion d’anti-sélection, appelée aussi sélection adverse, selon laquelle l’incertitude sur la qualité de l’objet induit la possibilité de fraudes qui, du fait qu’elles peuvent être anticipées, débouchent sur des stratégies complexes pour s’en protéger. Concernant le secteur bancaire, le phénomène d’anti-sélection apparaît lorsque l’emprunteur conserve, même après un examen attentif par le créancier des informations disponibles, un avantage informationnel sur son partenaire. Le partage inéquitable du savoir concernant le risque de défaillance attaché aux crédits rend problématique l’identification des bons emprunteurs (Stiglitz et Weiss, 1981). Ainsi, à défaut de pouvoir fixer un taux d’intérêt qui corresponde au risque effectif du projet à financer, la banque applique un taux reflétant la qualité moyenne des emprunteurs. Une telle pratique conduit alors à pénaliser les individus dont le projet est peu risqué en leur faisant payer une prime de risque plus élevé que leur risque effectif, et à avantager inversement les agents détenant des projets risqués ; la prime de risque facturée étant inférieure au risque réel de l’emprunteur. Donc l’anti-sélection se manifeste lorsque le contrat n’est pas encore conclut contrairement à l’aléa moral.

II.2.2.2 – Aléa moral ou hasard moral

Très fréquent dans le secteur des assurances, il se manifeste après la conclusion du contrat. Ici, le vendeur fait entièrement confiance à l’acheteur chargé de l’exécution du contrat. L’aléa moral est une situation où l’incomplétude de l’information provient des actions et comportements non observables susceptibles d’être entrepris par les agents après signature du contrat. C’est donc une forme d’opportunisme post contractuel qui survient lorsque les actions mises en œuvre ne peuvent être discernées. Les problèmes liés à l’aléa moral apparaissent lorsqu’un individu entreprend une action inefficace.

Dans le secteur financier, l’aléa moral se rapporte à toute situation dans laquelle les résultats de la relation de crédit dépendent des actions entreprises par l’emprunteur après signature du contrat et imparfaitement observables par le créancier. Ainsi, une entreprise contractant un crédit pourra s’engager de façon plus ou moins forte dans la réussite du projet. La réussite du projet financé va alors dépendre du contrôle que le créancier va exercer. Dans ce contexte, le marché risque de ne pas pouvoir mettre en place un système de contrôle efficace car le financement par émission d’actions ou d’obligations fragilise le contrôle. Ainsi, la position d’intermédiaire donne aux banques un avantage informationnel par rapport à un nouveau mode d’intermédiation financière ou finance directe qui connait des limites au sujet de l’asymétrie d’information.

La tenue des comptes clients constitue en effet une importante niche de renseignements sur les prêteurs et les emprunteurs. Les intermédiaires complètent leurs informations en recourant aux autres sources fiables que sont la Centrale des risques les échanges de renseignements interprofessionnels ou les correspondants étrangers (Kadandji, 2008), afin de mieux gérer le problème d’asymétrie d’information.

II.2.3 – L’intermédiation financière et rentabilité bancaire

Comme le dit Ben Naceur (2003), les crédits sont prévus être la principale source de revenus pour les banques. Ainsi plus le ratio d’intermédiation bancaire est faible, ou le taux d’intermédiation élevé, plus les marges d’intérêts et de profit des banques sont élevées. Dans ce cas, l’efficience peut augmenter.

La performance des banques est appréhendée par le concept d’efficience, c’est-à-dire l’habileté à transformer des ressources multiples en services financiers divers (Lesueur et Plane, 1997). Le secteur privé est très largement financé par des intermédiaires financiers (banques et investisseurs institutionnels). Néanmoins cette analyse souffre d’une incertitude statistique, en particulier dans la prise en compte des financements par actions qui demeure faible.

Les travaux de Allen et Gale (1995) ont clairement mis en lumière qu’un recul du financement par crédit bancaire ne devait pas nécessairement conduire à conclure à un phénomène de désintermédiation au profit de la finance directe. Il importe donc de déterminer la nature du processus qui est à l’œuvre dans les économies en transition : s’orientent-elles vers une finance de marché au détriment des banques ou connaissent-elles un allongement de la chaîne d’intermédiation tel que celui mis en lumière dans les économies les plus développées ? La réponse à cette question se trouvera dans le calcul du taux d’intermédiation moderne. Une analyse théorique ‘classique’ pourrait conclure à une forte progression du financement direct (par émission d’actions) venant compenser la faiblesse du financement intermédié (les marchés des titres de dette étant considérés comme des marchés d’intermédiaires financiers) (Stintzy, 2003). Le financement est ainsi en hausse plus ou moins forte, dans un contexte d’évolution des émissions d’actions et obligations (finance directe).

L’évolution de l’économie camerounaise vers une économie de marché va certainement impacter le produit net bancaire (qui est l’indicateur par excellence de la rentabilité bancaire) des banques commerciales. Car, les investisseurs ne seront plus obligés de passer par l’intermédiation des banques, ils pourront investir directement sur le marché financier par l’achat d’actions et obligations émis par les ANF en vue de financer leurs projets. C’est alors que Silem et Albertini (2004) postulent que lorsqu’une banque contribue à placer une émission dans le public, son intermédiation relève des techniques distributives ; quand elle collecte les dépôts et accorde du crédit, qui figure dans son bilan, elle fait de l’intermédiation de bilan.

II.2.4 – Prolongement de la théorie de l’intermédiation

Bialès (1999) en étudiant la théorie de l’intermédiation financière dit que La question de l’intermédiation financière est à la fois ancienne et nouvelle. Ancienne, dans la mesure où depuis longtemps les théories monétaires, (telles que celles de Gurley et Shaw) l’étudient en distinguant la finance directe et la finance indirecte. Nouvelle, parce que la globalisation financière actuelle est régie par une règle que l’on peut appeler « règle des 5 D » : le Décloisonnement des marchés (avec la suppression du contrôle des changes sur le plan extérieur et avec l’unification des marchés de capitaux sur le plan intérieur), la Dématérialisation des marchés et des titres (les marchés financiers sont des réseaux informatiques et les titres papiers n’existent plus), la Déréglementation (avec la Déspécialisation des institutions et la Dérégulation des activités), la Désintermédiation des financements (avec la titralisation des financements, la marchéisation des conditions bancaires et la mobiliérisation des bilans bancaires), et le Désengagement de l’État. La révolution financière des années 80 et l’accélération de la mondialisation de l’économie dans les années 90 justifient donc que l’on se pose la question de la place de l’intermédiation financière dans l’ensemble du système de financement et de la réalité du processus de désintermédiation. Depuis les travaux de Gurley et Shaw (1960) et surtout de Hicks (1975), on a coutume d’opposer les économies d’endettement et les économies de marchés de capitaux selon que le centre de gravité du financement de l’économie se trouve plutôt du côté de la finance intermédiée ou au contraire du côté de la finance directe. Hicks (1975) définit les intermédiaires financiers comme étant « des institutions qui réalisent l’adéquation quantitative et qualitative entre l’épargne disponible des prêteurs et les besoins de financement des emprunteurs en apportant une garantie qui repose sur leur notoriété, leur surface financière et la division des risques à laquelle ils procèdent ».

Pour Mishkin et al (2010) les banques, les compagnies d’assurances, les fonds commun de placement, les sociétés financières et les banques d’affaires constituent les institutions du système financier. Pour eux, si un particulier accepte de prêter de l’argent à une entreprise, il ne le fera en général pas directement. Il va le faire indirectement : c’est l’intermédiation financière.

Depuis le modèle d’intermédiation financière de Gurley et Shaw qui a sans doute présenté l’expression théorique la plus synthétique de l’intermédiation et dont le cadre conceptuel demeure actuel et suscite même un regain d’intérêt avec le développement des marchés, la notion d’intermédiation financière a connu une profonde mutation dans le temps suivant les définitions et les interprétations des théoriciens et des praticiens. Mais l’idée générale reste la même. Cette idée voit l’intermédiation financière comme étant un ajustement des besoins et des capacités de financement se traduisant par l’intervention d’un tiers. Ce travail sera traité sur la base de cette dernière définition.

Lire le mémoire complet ==> (Octroi de crédit et rentabilité des banques commerciales au Cameroun)
Thèse présentée en vue de l’obtention du diplôme de Master of science (M. Sc) en Sciences Economiques.
UNIVERSITE DE DSCHANG – ECOLE DOCTORALE
Unité de Formation Doctorale des Sciences – Economiques et de Gestion