L’évolution de la rentabilité des banques au Cameroun

By 21 January 2014

III.5 – EVOLUTION DE LA RENTABILITE DES BANQUES AU CAMEROUN

La rentabilité d’une banque représente son aptitude à dégager de son exploitation des gains suffisants, après déduction des coûts nécessaires à cette exploitation, pour poursuivre durablement son activité. Elle est issue du processus de transformation au sens large (telles que sur les contreparties, les taux d’intérêt, les devises ou les échéances) mis en œuvre par les banques commerciales dans le cadre de leur fonction d’intermédiation. Elle est mesurée par le résultat net par rapport au fond propre (ROE) ou le résultat par rapport au total actif (ROA) Selon les rapports BEAC, les banques du système financier camerounais connaissent une évolution positive de leurs résultats après une longue période de stagnation. Il ressort le graphique suivant qui récapitule l’évolution de la rentabilité des banques au Cameroun.

Figure 4: Evolution de la rentabilité au Cameroun (en millions FCFA)
Evolution de la rentabilité au Cameroun (en millions FCFA)
Source : Rapport BEAC de 2000 à 2008

On peut se rendre compte à travers ce graphique que la rentabilité des banques commerciales au Cameroun est en moyenne en accroissement. On peut assimiler cette situation à la conclusion du Fond Monétaire International dans son rapport de 2012 sur la préservation de la stabilité du secteur financier camerounais : L’intermédiation financière et l’accès au crédit bancaire demeurent entravés par le mauvais fonctionnement du système judiciaire et des informations limitées sur la solvabilité des emprunteurs. Il convient de restructurer rapidement les banques financièrement faibles en coopération avec l’organe régional de supervision, le cas échéant, et d’améliorer l’accès au crédit moyennant des mesures en vue d’approfondir l’intermédiation financière. Il faut rappeler que même les banques camerounaises sont restées rentables (faiblement), mais la transformation des dépôts en crédits est restée faible du fait de la gestion par les banquiers du problème d’asymétrie d’information (aléa moral et sélection adverse) d’une part et d’autre part du fait de la non absorption des financements par l’économie elle-même comme le confirment certains experts du secteur bancaire camerounais à l’instar de Tiani Kéou Francois (ex directeur du crédit à la CBC BANK) et Tangakou (expert en banque). Ainsi, non seulement les banques doivent gérer au mieux le risque de crédit (c’est-à-dire ne pas être adverse au risque au point de s’éloigner de leur objectif de financement de l’économie) et non se contenter des commissions et agios prélevés sur les comptes des clients et sur les autres produits et services accessoires (banque assurance, transfert d’argent, cartes bancaires, etc) au détriment des intérêts débiteurs qui constituent la source par excellence de la rentabilité bancaire. Mais aussi l’économie doit véritablement décoller avec les projets sur le moyen et le long terme et génératrice de revenus.

CHAPITRE IV : METHODOLOGIE DE LA RECHERCHE

Le chapitre précédent a consisté à faire une présentation de l’activité d’intermédiation financière au Cameroun. Le présent chapitre traitera de la méthodologie de la recherche. Il sera question d’une part de faire une présentation de la source de données et de la méthodologie d’estimation du modèle d’analyse économétrique utilisée dans ce travail d’autre part.

IV.1 – LA SOURCE DES DONNEES

La source des données utilisées dans ce travail est de type secondaire. Les données proviennent pour certaines des rapports de la banque de France sur la zone Franc et pour d’autres des rapports COBAC et de la BEAC. Les données couvrent une période annuelle allant de 2000 à 2010. Compte tenu de cette période courte du fait de la difficulté d’accès au données dans le secteur bancaire de la zone CEMAC, ces données ont été trimestrialisées par la méthode de chow et lin (1971) à l’aide du logiciel rats 5.00 avec comme allocateur de trimestrialisation les tendances antérieures sur 10 ans au seuil de signification de 5%.

IV.2 – METHODE DE L’ANALYSE ECONOMETRIQUE

Dans cette partie, nous présenterons le modèle théorique et le modèle empirique de l’analyse

IV.2.1- Modèle théorique

Ce paragraphe met en exergue les variables explicatives de la rentabilité des banques commerciales au Cameroun sur la période de l’étude à travers une analyse économétrique. Pour y parvenir, nous estimerons un modèle linéaire multiple ayant comme variable dépendante la rentabilité qui sera captée par la rentabilité par rapport au fond propre et la rentabilité par rapport à l’actif du bilan des banques.

IV.2.2 – Choix du modèle

Le modèle théorique qui est utilisé dans ce travail est emprunté à Goddard et al (2004), Athanasoglou et al (2008) et Garcia-Herrero et al (2009)5. Ce modèle est formulé comme suit :

Choix du modèle

Avec Choix du modèle est la rentabilité des banques à l’instant t, mesurée par le ROAt ou
encore ROEt avec t=1……T ;

β0 étant un terme constant fixe pour toutes les banques et à travers toutes les périodes ;
βt est le vecteur de coefficients constants à travers les banques, Xt est le vecteur des variables explicatives

Pour faire notre étude, nous adopterons une approche économétrique en utilisant la méthode des moindres carrés généralisés (MCG) qui sera basée sur un modèle de régression linéaire multiple mettant en relation la rentabilité des banques commerciales qui est la variable à expliquer et d’autres variables explicatives.

IV.2.3 – Spécification du modèle

Les modèles retenus dans le cadre de cette étude sont des modèles linéaires multiples dont la forme est la suivante :

Yt = β0 + β1 X1t + β2 X2t + β3 X3t +…+βk Xkt + εt

Où Y représente le vecteur de la rentabilité des banques commerciales.

X1t, X2t, X 3t, …, Xkt représentent les K variables explicatives de la rentabilité des banques.

Les βt représentent les paramètres du modèle à estimer ;

εt est le terme d’erreur.

La spécification du modèle empirique d’estimation de la rentabilité des banques commerciales au Cameroun sera constituée de deux modèles : l’un mesurant la rentabilité bancaire par rapport aux fonds propres ou return on equity (ROE) et l’autre la rentabilité bancaire par rapport à l’actif ou return on asset (ROA).

IV.2.4 – Phase analytique et modèle empirique

IV.2.4.1 – Phase d’analyse

Cette phase nous permettra de décrire l’échantillon de l’étude, puis la présentation du modèle empirique.

II.2.4.2 – Description de l’échantillon

Cette étude repose sur un échantillon constitué de toutes les 13 banques commerciales dont est doté le secteur bancaire camerounais et dont l’activité principale est la collecte des dépôts et l’octroi de crédit.

IV.2.5 – Modèle empirique

Le cadre de la recherche empirique nous permet de définir les différentes variables clés utilisées dans cette recherche.

IV.2.5.1 – Description et mesure des variables

Il sera question dans cette section d’expliquer les différentes variables utilisées.

IV.2.5.2 – Variables expliquées : La rentabilité

La mesure de la rentabilité est réalisée dans cette étude, par le moyen des méthodes de l’analyse économétrique. Dans la littérature plusieurs auteurs ont mesuré la rentabilité des banques en utilisant cette méthode : Arshadi et Lawrence (1987), BOUKE (1989), NEMBOT et NINGAYE (2007), Raoudha (2008). Puisque nous cherchons l’impact de l’intermédiation financière sur la rentabilité des banques commerciales, alors, la détermination de la rentabilité se fera à partir de l’estimation de deux modèles de régression multiple avec des variables spécifiques:

* La rentabilité des capitaux propres (Return on equity) définie par le rapport entre le bénéfice net et les capitaux propres. Ce ratio est appelé aussi la rentabilité des actionnaires avant impôt qui permet d’évaluer le rendement des fonds investis par ceux-ci dans la banque.

* La rentabilité par rapport aux actifs (Return on assets) : définie comme étant le bénéfice net divisé par le total des actifs. C’est le ratio le plus utilisé pour comparer la rentabilité des banques puisqu’il indique les revenus générés par les actifs financés

IV.2.5.3 – Variables explicatives et signe attendus

IV.2.5.3.1 – Variables explicatives

Dans cette étude, nous avons retenu quelques variables explicatives qui semblent mieux capter la rentabilité bancaire, à savoir : les dépôts bancaires, les crédits bancaires, les fonds propres sur actif, le ratio des réserves liquides sur actif, les dépôts privés par rapport au total dépôt, la taille de dépenses ou total actif, ratio de crédit sur dépôt, le ratio crédits bancaire sur les dépôts bancaires et l’écart des taux d’intérêt.

Tableau 3 : tableau d’abréviation des variables utilisées

Variables utilisées Abréviations Mesure
Crédits bancaires CBanc Total crédit de chaque trimestre
Dépôts bancaires DBanc Total tous les dépôts de chaque trimestre
Ecart des taux d’intérêt ETI Différence entre le taux de prêts et le taux de rémunération des dépôts
fonds propres sur actif FPSA Fonds propre/total actif
Ratio réserve liquide RRSA Réserve liquide/ total actif
Part dépôts privés DPSDT Dépôts privés / total dépôt
Total actif TA Les actifs totaux
Ratio crédit par les dépôts CSD Crédit / dépôts
Rentabilité par raport au fond propre ROE Résultat net /fonds propres
Rentabilité par rapport au total actif ROA Résultat net / total actif
Fonds propre net FPN Capitaux propres

Source : à partir d’une revue exhaustive de la littérature

* Les dépôts bancaires : Ils constituent l’ensemble des dépôts de la clientèle des banques et qui permettent le financement de l’économie par les banques. Comme le note Kamgna, (2009), la progression des dépôts augmente le bilan cumulé des banques et dans une moindre mesure le crédit à la clientèle. Les dépôts bancaires vont constituer un élément positif quant à la rentabilité bancaire, car comme le soulignent certains auteurs, ce sont les dépôts qui font les crédits. On s’attend à un signe positif

* Crédits bancaires : ils sont constitués de l’ensemble de crédits octroyés par les banques commerciales au Cameroun aux agents économiques en besoin de financement. Il doit influencer positivement la rentabilité (Raoudha, 2008).

* Ratio des réserves liquides sur l’actif des banques : le ratio des réserves liquides par rapport à l’actif des banques est le ratio des positions en devises locales et de dépôts bancaires auprès des autorités monétaires par rapport aux créances sur les autres gouvernements, les entreprises publiques non financières. elle doit agir négativement ou positivement sur la productivité et la rentabilité bancaire selon son évolution, car ce ratio montre le niveau de liquidité des banques après financement de l’économie. On s’attend à un signe positif ou négatif (Nasser, 2003).

* Fonds propres sur total actifs : ce ratio mesure le poids du capital de la banque. Il détermine la répartition des sources de financement de la banque entre endettement et capitaux propres. Ainsi, un ratio adéquation du capital élevé est un indicateur d’endettement faible et par conséquent d’un risque de solvabilité plus faible. Toutefois, pour ce qui est de la rentabilité, la relation conventionnelle risque- rentabilité implique un lien négatif entre ce ratio et la performance bancaire (Raoudha et al, 2008). On s’attend à un signe positif.

* Écart des taux d’intérêt : c’est la différence entre le taux perçu par les banques sur les crédits octroyés à la clientèle et le taux que les banques payent sur les dépôts de la clientèle. Cette variable positivement liée à la rentabilité.

* Total crédit sur total dépôt : ce ratio mesure l’importance des crédits consentis par la banque par rapport à la principale source de financement de ses crédits. C’est une mesure de la liquidité de la banque, puisqu’il relie la gestion de la liquidité à la performance bancaire. Ce ratio compare les actifs illiquides (les crédits) à la principale source de financement stable (les dépôts). Ainsi, plus ce ratio est faible, plus la banque est considérée liquide et inversement (Jasim, 1994). Il doit avoir un signe positif ou négatif (Nasser, 2003) selon son évolution

* Dépôts privés sur total dépôts : ce ratio permet de mesurer la structure des dépôts bancaires (Jasim, 1994). Si ce ratio est élevé alors la rentabilité l’est aussi et s’il est plutôt faible, la rentabilité est faible.

* Total actif : cette variable mesure la taille des dépenses, elles sont mesurées par le logarithme décimal du total actif parce que la relation entre la taille et la profitabilité (rentabilité) est supposée être non linéaire (Athanasoglou et al (2008)). On attend un signe positif.

* Fonds propre net : ils sont constitués des capitaux propres. On s’attend à un signe positif car c’est la source par excellence de la rentabilité bancaire.

Tableau 4: récapitulatif des signes attendus

VARIABLES SIGNES ATTENDUS
YX Rentabilité par rapport aux fonds propres (ROE) Rentabilité par rapport aux actifs (ROA)
DBanc + +
CBanc + +
ETI + +
FPSA + +
RRSA +/- +/-
DPSDT +/- +/-
TA + +
FPN + +

Source : conçu à partir de la revue exhaustive de la littérature.

Lire le mémoire complet ==> (Octroi de crédit et rentabilité des banques commerciales au Cameroun)
Thèse présentée en vue de l’obtention du diplôme de Master of science (M. Sc) en Sciences Economiques.
UNIVERSITE DE DSCHANG – ECOLE DOCTORALE
Unité de Formation Doctorale des Sciences – Economiques et de Gestion