La littérature – l’intermédiation financière et l’économie

By 18 January 2014

II.3 – REVUE DES TRAVAUX EMPIRIQUES DE LA LITTERATURE

La revue empirique nous permettra de donner les conclusions obtenues par nos prédécesseurs ayant travaillé sur l’intermédiation en relation avec les grandeurs économiques.

II.3.1 – Intermédiation financière et économie

Le manque du système financier efficient est la cause principale des mauvaises performances économiques de la plupart des pays en développement. C’est en effet à l’intermédiation financière que revient le rôle de mobiliser et allouer les capitaux, et de contrôler l’utilisation (Stiglitz, 1989). Le système financier joue un rôle important dans la formation du capital, l’accroissement de la productivité, et par conséquent dans le développement économique.

Moez (2011) dans sa thèse de doctorat cite Bencivenga et Smith (1991). Ces auteurs proposent un modèle dans lequel les intermédiaires financiers compétitifs (les banques) affectent l’allocation des ressources ayant une implication pour le taux de croissance réel. Pour ces auteurs, les économies possédant des intermédiaires financiers compétitifs croissent plus vite que les économies sans intermédiation financière. L’industrie d’intermédiation financière permet à l’économie de réduire la fraction de son épargne détenue sous forme d’actifs liquides non productifs et permet de prévenir les allocations non optimales des ressources. De même il cite les travaux de Gregorio et Guidotti (1995) qui utilisent un cadre d’analyse à la Barro. Ils trouvent un effet positif du développement financier sur la croissance du PIB réel par tête à long terme. Cet effet est particulièrement fort dans les pays à faible et moyen revenu, mais il est faible dans le cas des pays à revenu élevé. Ils argumentent que ce faible effet est dû au fait que la part la plus importante des opérations du système financier se passe en dehors du système bancaire. Ils trouvent que la relation est plus forte durant les années 1960 que durant les années 1970 et 1980. Ils trouvent aussi que l’effet de l’intermédiation financière sur la croissance est dû principalement à son impact sur l’efficacité des investissements plus que son impact sur leur volume. Lorsqu’ils explorent la relation entre leur mesure de l’intermédiation financière et la croissance économique dans les pays de l’Amérique Latine, ils trouvent une corrélation robuste et négative. Cela peut s’expliquer par la libéralisation financière à outrance (non prudente) des années 1970 et 1980 et qui a capoté et s’est transformée en crise financière sévère.

Piffaretti (2000) montre dans sa thèse que l’intermédiation financière est une opération de transmission de pouvoir d’achat. L’idée de création monétaire par le crédit postule que le pouvoir d’achat peut être créé dans l’opération même d’intermédiation financière ; d’après cette idée l’opération de paiement n’a pas d’incidence sur la création de pouvoir d’achat. De ce fait, le paiement est hiérarchiquement subalterne (secondaire) à la création de pouvoir d’achat, puisque le paiement est considéré comme l’utilisation d’un pouvoir d’achat. De ce point de vue, l’intermédiation financière est l’activité primordiale, le paiement n’étant qu’une conséquence. La clé de l’identification de la spécificité de l’activité bancaire par rapport à l’activité d’intermédiation financière se trouve dans le rapport entre paiement et activité financière.

Labye et Renversez (2000) dans leurs travaux montrent que grâce à un processus d’adaptation de l’offre à la demande de capitaux, en transformant à la fois les échéances et la dimension des ressources qu’ils collectent pour les rendre compatibles avec les besoins des emprunteurs, les IF contribuent en offrant des titres de la dette secondaire, placements liquides, titres négociables, à accroître les services rendus aux prêteurs et à favoriser ainsi le financement de l’activité et plus particulièrement de l’investissement. Avec les ressources dégagées, les intermédiaires financiers non seulement distribuent des crédits mais aussi acquièrent les titres (dits titres de la dette primaire) émis par les emprunteurs sur les marchés qu’il s’agisse d’actions, d’obligations, ou de titres hypothécaires.

Cette analyse leur permet de conclure que les IF interviennent sur les marchés de capitaux à la fois comme acquéreurs de titres négociables et comme émetteurs de ces mêmes titres, ainsi qu’en distribuant du crédit. Ils précisent que L’effort de mesure de l’intermédiation financière s’inscrit dans ce cadre. La difficulté tient à la prise en compte de l’activité des intermédiaires financiers sur les marchés.

Ngono (2007) dans son mémoire portant sur intermédiation bancaire et croissance économique au Cameroun démontre que l’intermédiation financière de part ses fonctions que sont : la fonction monétaire, la fonction de transformation et les fonctions de placement et de négociation est un élément fondamental du processus de croissance économique et de développement. L’auteur arrive à la conclusion qu’il existe un lien positif entre l’intermédiation financière et la croissance économique.

II.3.2 – Les résultats sur l’intermédiation financière et rentabilité

Nasser, (2003) en s’inspirant des travaux de Demirgüç-Kunt et Huizinga (1999), propose dans son article une analyse empirique de la marge bancaire et des déterminants de la profitabilité des banques dans l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) depuis la libéralisation financière de 1989. Les principaux résultats qu’il a obtenus sont: d’une part l’accroissement de la marge bancaire dans tous les pays de l’Union et d’autre part, la politique de détente monétaire et la baisse du crédit comme déterminants significatifs de la profitabilité.

Après une étude menée sur les déterminants de l’efficacité des banques commerciales de la communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, les auteurs Kamgna et Dimou (2009), ayant utilisé la méthode DEA, ont conclut en termes d’intermédiation, que les banques de la CEMAC ne sont pas assez performantes avec un niveau d’inefficacité avoisinant les 30%. Il y a une forte disparité entre les banques de la CEMAC en termes d’efficacité d’intermédiation et ces disparités ce sont accentuées ces dernières années. L’efficacité selon l’optique d’intermédiation est déterminée positivement par le niveau de solvabilité, de couverture des immobilisations et par la couverture géographique à travers le nombre de guichets. Une liquidité abondante est synonyme d’inefficacité selon cette approche. Ces auteurs auraient dû utiliser aussi des variables telles que les fonds propres /total actif, total crédits/total dépôts, total bilan, etc pour mieux mesurer le niveau d’efficacité et par là celui de la rentabilité bancaire

De même au terme du travail portant sur les effets de la libéralisation financière sur la productivité des banques commerciales camerounaises, Takoutio, (2008) en utilisant la méthode DEA montre que les banques tendent à être efficace du fait de la libéralisation financière et que cette même libéralisation financière a eu un effet positif sur la productivité des banques commerciales camerounaise.

Stintzy (2003) dans son travail arrive à conclure qu’une tendance à la baisse du ratio d’intermédiation étroit s’analyse comme le recul de la part du crédit bancaire dans le financement des Agents Non Financiers : cette tendance est clairement affichée par l’analyse en flux qui ne doit pas masquer l’importance des crédits présents aux bilans des banques. Cette évolution précise-t-il, ne peut cependant pas être interprétée comme un phénomène de désintermédiation et les taux d’intermédiation large (en cours) sont encore importants : d’une part, les portefeuilles financiers des Investisseurs Institutionnels sont en constante augmentation et sont particulièrement développés en République tchèque (et plus timidement en Hongrie) : la Pologne semble à ce niveau plus en retrait ; d’autre part, la finance directe (émission d’actions principalement) ainsi que la capitalisation boursière restent très faibles. On comprend ici que si les banques commerciales ne développent pas d’autres techniques et produits pour faire face à la baisse du ratio d’intermédiation, alors leur rentabilité sera vue à la baisse.

Cetorelli, (2012), Concluent dans leurs travaux portant sur l’évolution des banques et intermédiation financière, que l’habilité de régulariser les institutions financières s’adaptent au changement de l’environnement, en suggérant qu’il ya peut être beaucoup à apprendre au sujet de l’évolution future de l’intermédiation financière eu-égard à l’observation des banques. Les risques sont encore probablement concentrés dans les autres parties du système. Ils suggèrent également que l’intermédiation financière est devenue très complexe et la balance des banques est maintenant réflexive à l’activité actuelle d’intermédiation.

Après l’étude sur l’analyse empirique des déterminants de la profitabilité des banques, proposée par Demirguç-Kunt et Huizinga4 (1999) portant sur 80 pays développés et en développement, sur la période 1989 à 1995. Ils mettent en évidence une corrélation positive entre la capitalisation et la profitabilité des banques, ainsi qu’une relation négative entre cette dernière et les réserves constituées par les banques. Ils trouvent, entre autres, que les banques étrangères réalisent de meilleures performances que les banques nationales dans les pays en développement, tandis que c’est plutôt le contraire qui est observé dans les pays développés. En outre, leurs résultats montrent que le ratio de concentration bancaire est lié positivement à la profitabilité des banques.

Raoudha et al, (2008), dans leur travail empirique qui visait à identifier les déterminants internes de la rentabilité bancaire qui différencient les banques domestiques des banques étrangères en France, ils arrivent à conclure que Tous les déterminants affectent significativement la rentabilité bancaire, à l’exception du ratio de liquidité, qui indique une relation positive entre la liquidité et la rentabilité de l’ensemble des banques, ce qui montre que le levier financier joue un rôle déterminant de différentiation entre les deux catégories de banques. Enfin, les banques étrangères ont un impact significatif et négatif sur la profitabilité bancaire et c’est en les comparants à la performance des banques domestiques qui présentent une rentabilité plus élevée. Ainsi, les banques domestiques françaises sont plus rentables que les banques étrangères opérant en France. Bien que nous nous inspirions de ce travail, on peut quand même noter que les auteurs ne s’intéressent qu’à la comparaison entre rentabilité des banques domestiques et celle des banques étrangères. Or dans notre travail, nous examinons la rentabilité de l’ensemble des banques qui constituent le système bancaire camerounais.

Nembot et Ningaye, 2007 concluent au terme de leur article sur la réforme financière et la rentabilité du système bancaire des Etats de la CEMAC, en utilisant la méthode structure-comportement-performance que le système bancaire des États de la CEMAC a connu une crise au milieu des années80, qui de par son ampleur a compromis le processus d’intermédiation financière et paralysé, handicapé le financement interne des investissements. Mais ils montrent à travers leurs résultats que les reformes du système bancaire de la CEMAC ont contribué à l’amélioration de la rentabilité bancaire. Plus le capital social est détenu par les acteurs privés, plus les banques sont rentables. Cependant, le ratio de dépenses d’exploitation, le taux de dégradation des crédits sont inversement liés aux mesures de rentabilité bancaire.

Yusuf (1994) cité par Nembot et al ayant mené une étude sur la performance des banques commerciales au Bahrain, utilise la méthode de panel dans un échantillon de 6 banques. Sa vérification s’est faite à travers deux modèles de régression avec les deux variables expliquées suivantes :

– Rendement sur l’actif (ROA)
– Rendement sur le Capital (ROE)

En utilisant 10 variables explicatives, il arrive à la conclusion selon laquelle avec la crise du Golfe, le rapport prêts/dépôts, les dépenses d’exploitation et la taille des banques sont inversement liés aux deux mesures de performance. En revanche, la concentration du ratio prêts/total actif, du ratio dépôts individuels/total dépôts, le ratio actions/actif total et la part des actions du gouvernement dans le capital sont directement liés à la profitabilité des banques. Dans ce travail, il faut relever que l’auteur n’utilise pas certaines variables importantes pour la rentabilité telles que les fonds propres/total actif.

Lire le mémoire complet ==> (Octroi de crédit et rentabilité des banques commerciales au Cameroun)
Thèse présentée en vue de l’obtention du diplôme de Master of science (M. Sc) en Sciences Economiques.
UNIVERSITE DE DSCHANG – ECOLE DOCTORALE
Unité de Formation Doctorale des Sciences – Economiques et de Gestion