Etude structurale du conte et les différentes étapes du chantier

By 31 January 2014

LA MISE EN OEUVRE – DEUXIEME PARTIE :
1. DE L’ANALYSE D’UNE STRUCTURE AUX OPERATIONS DE PLANIFICATION

1.1. Etude structurale du conte

Mon thème d’étude choisi, il m’était indispensable, pour bâtir ma séquence, de connaître le point de vue théorique de différents auteurs.

De nombreux travaux ont été réalisés sur la structure narrative du conte, travaux visant à établir une grille de lecture et/ou d’écriture simple de leur mode de construction et leurs éléments traditionnels de fabrication.

1.1.1. Le modèle de Propp.

Folkloriste russe et théoricien du récit, Vladimir Propp est le premier à analyser le conte merveilleux d’un point de vue morphologique. Son étude s’applique à un corpus très spécifique puisqu’il s’agit des cent contes merveilleux russes publiés par le folkloriste Afanassiev.

Dans son ouvrage, Morphologie du conte 5 , V. Propp a pu dégager 31 ‘’fonctions’’ (c’est-à-dire ‘’l’action des personnages définie du point de vue de sa signification pour le déroulement de l’action considérée comme un tout’’ ) principales.

Ces 31 fonctions sont difficilement utilisables pour tous les contes, mais on peut dégager 7 pôles autour desquels elles s’articulent :

LE HEROS part en quête, réagit positivement aux épreuves du donateur, gagne l’objet de la quête ou répare le méfait et il est récompensé.

L’OBJET DE LA QUETE ( princesse, trésor, objet de valeur,….)

LE MANDATAIRE qui envoie le héros en quête, donne les épreuves.

L’AGRESSEUR qui commet le méfait, combat le héros et le poursuit après sa défaite.

LE DONATEUR qui aide le héros mais après l’avoir soumis à des épreuves. Il lui remet l’auxiliaire magique

L’AUXILIAIRE MAGIQUE est remis par le donateur au héros. Il l’aide à déplacer rapidement, à remporter la victoire ou réparer le méfait, à se sauver de l’agresseur qui le poursuit, à accomplir la tâche difficile.

– LE FAUX HEROS poursuit une quête parallèle à celle du vrai héros, mais il échoue quand le héros réussit ou essaie d’obtenir la récompense à sa place. Il est spécifiquement caractérisé par ses prétentions mensongères.

Ces 7 ‘’personnages ‘’ correspondent à 7 sphères d’action qui ne se retrouvent pas forcément dans tous les contes.

5 V.PROPP, Morphologie du conte, Le Seuil, 1928.

1.1.2. Le modèle de Greimas.

A. Greimas dans son ouvrage, Sémantique Structurale6, à la suite des travaux de Propp a essayé de décrire l’organisation narrative en introduisant la notion d’actant : dans tous les récits, il y a des rôles très profonds et qui doivent s’articuler entre eux pour qu’il y ait une histoire. L’actant se définit par son rôle dans la syntaxe du récit.

Les sphères d’action de Propp se trouvent réduites chez Greimas à 6 actants.

C’est le deuxième modèle d’analyse qui peut servir à étudier un conte : il s’agit du SCHEMA ACTANCIEL. Prenons un exemple tiré de Textes et documents pour la classe. ‘’Les contes, une initiation jubilatoire ‘’ 7 :

Un roi (destinateur : motivateur de la quête ) offre sa fille (OBJET de la quête ) à celui (destinataire : bénéficiaire de la quête ) qui saura la délivrer d’un dragon (OPPOSANT ). Dans sa quête, le chevalier (SUJET : personnage central ) est aidé par sa bravoure et ceux qu’il a éventuellement rencontrés en chemin et auxquels il a rendu service (adjuvants ).

Cela peut être schématisé sous cette forme

Le modèle de Greimas

ADJUVANTS DESTINATEUR
SUJET OBJETS
OPPOSANTS DESTINATAIRE

6 A . GREIMAS, Sémantique Structurale, Larousse
7 Textes et documents pour la classe; “Les contes, une initiation jubilatoire” ; CNDP; 1993.

1.1.3. Le modèle de Larivaille

Le dernier schéma dont nous parlerons dans ce dossier est le SCHEMA QUINAIRE de Larivaille. Ce dernier propose de découper le récit en séquences. La séquence élémentaire (unité de base de tout récit ) est constituée de cinq phases, d’où le terme de QUINAIRE.

AVANT :état initial, équilibre PENDANT : transformation, processus dynamique APRES : état final, équilibre
Force perturbatrice action Force équilibrante
1 2 3 4 5

Certaines séquences ne sont pas toujours perçues par les enfants, mais l’important est qu’ils sachent repérer l’élément de déséquilibre qui va provoquer la transformation de l’état initial à l’état final. On saura si les enfants maîtrisent la structure narrative d’un conte s’ils arrivent à percevoir quand une situation initiale (phase 1) se modifie (phases 2 et 3) et comment cela se finit (phases 4 et 5). Il est essentiel que les élèves possèdent ces trois grands éléments, car quand ils ont leur propre conte à inventer, il leur arrive parfois d’oublier une de ces phases charnières.

1.2. Les différentes étapes du chantier

Il m’a semblé difficile de bâtir une séquence en ne respectant que l’un ou l’autre des points de vue théoriques évoqués ci-dessus. Les séances que j’ai mises en place ont pour objectif premier de rendre l’élève capable de rédiger un récit en en respectant la logique interne ; il fallait donc lui donner des structures narratives facilement repérables et assimilables qui puissent être réinvesties.

Pour atteindre l’objectif que je me suis fixé, j’ai ainsi décidé de travailler à partir d’une démarche pédagogique souple (issue de l’étude de Michel Sanz9), construite autour de trois axes : IMPREGNATION, ANALYSE, CREATION.

* L’IMPREGNATION : elle se fera à partir de contes populaires ou traditionnels venant d’horizons différents. En racontant plusieurs fois par semaine un conte aux enfants, le maître crée une habitude mêlée de plaisir permettant de nourrir leur imaginaire mais aussi d’amener peu à peu à une analyse approfondie de la structure des contes et de leur fonctionnement. Une longue imprégnation est nécessaire pour qu’en lisant ou écoutant des contes, les enfants ‘’absorbent ‘’ une quantité d’images et d’informations qui les aideront à enrichir leur imaginaire.

8 Schéma quinaire rapporté dans « Lire des ouvrages entiers en classe », CRDP, Toulouse, et Michel SANZ « Lire et écrire des contes », tome 2, Bordas, 1992.

9 Michel SANZ, Lire et écrire des contes au cycle des approfondissements, livre du maître, Bordas, 1992.

* L’ANALYSE : pour que les élèves puissent passer plus tard à la phase de production, il est essentiel qu’ils sachent isoler la structure narrative des contes. L’ imprégnation ainsi que l’analyse du fonctionnement des contes donneront aux enfants des éléments et des cadres qui les aideront à écrire eux-mêmes des contes, sachant qu’ils connaîtront les ‘’règles ‘’ qui régissent l’écriture de ce type de récits. J’ai donc essayé de travailler avec les enfants sur un modèle simplifié du schéma QUINAIRE de Larivaille. Nous avons isolé trois grands éléments.

LA SITUATION INITIALE :présentation des lieux et des personnages, cadre de l’action.

ACTION CENTRALE : – déclenchement : élément perturbateur.

– déséquilibre : les péripéties et les épreuves qui surviennent, rencontre des ‘’amis ‘’ (adjuvants ) et des ennemis ( opposants ) —
– résultat : mérite, récompense ou châtiment.

LA SITUATION FINALE : retour à une situation stable, fin de l’histoire.

Il m’a surtout semblé important que les enfants puissent repérer ces trois grandes phases.

* LA CREATION : les résultats du travail d’imprégnation et d’analyse sont des créations partielles ou intégrales de contes. Les enfants devront mettre en place un canevas narratif semblable à celui du conte et qui les aidera dans leur rédaction. Une fois la trame du conte mise en place, ils rédigeront leur propre conte en s’aidant d’une grille élaborée collectivement à partir du travail d’analyse. Leurs productions pourront être lues devant la classe, ou même réunies sous forme de ‘’livre de contes de la classe ‘’ : cela stimulera leur désir de créer, d’imaginer, d’inventer et facilitera donc le rapport des enfants à l’écrit.

Il est important que ces trois grands axes (imprégnation, analyse, création ) soient menés en parallèle.

Le conte : motivation pour l’écriture ?
Mémoire de fin d’étuds
I .U.F.M. de MONTPELLIER

Sommaire :
Introduction
Première partie : le projet
1. Contraintes et justifications d’un projet d’écriture
2. Un conte mis en chantier
Deuxième partie : la mise en oeuvre
1. De l’analyse d’une structure aux opérations de planification
2. La rèalisation du projet
Troisième partie : bilan et analyse
1. Quelles conclusions tirer de ce projet
2. Analyse succinte et globale des productions
3. Prolongements possibles et autres jeux d’écrits sur le conte
Conclusion