Une expérience de relaxation dans un service de psychiatrie adulte

By 3 September 2013

“…le travail clinique commencé cette année durant mon stage, et dans une dernière partie j’amorcerai un débat sur l’intérêt de la relaxation en psychomotricité, sur la place de la psychomotricité en milieu psychiatrique et enfin je tenterai de démontrer comment la relaxation peut être une excellente introduction aux techniques d’expression corporelle… ”

Université Pierre Et Marie Curie – Paris VI
Faculté de Médecine Pitié-Salpêtrière

Centre de formation en Psychomotricité

Mémoire de fin d’études

A propos d’une expérience de relaxation dans un service de psychiatrie adulte

présenté par Miron Cusa

En vue de l’obtention du Diplôme d’Etat de Psychomotricien

Référent : Thierry BENAVIDES

Session de juin 2001

A la mémoire du docteur Jean-Claude Carric
et du docteur Jean-François Espinas

Je remercie particulièrement mon référent de mémoire pour avoir suivi ce travail.
Je remercie également tous mes maîtres de stage qui m’ont initiés à cette profession, en particulier Marie-Thérèse.
Je remercie aussi l’ensemble de l’équipe du service de psychiatrie qui m’a accueilli, ainsi que les patients qui m’ont accepté.

Merci aussi à l’ensemble des enseignants de l’école de psychomotricité, qui m’ont tout appris.
Je tiens enfin à remercier les membres de ma famille et les proches qui se sont intéressés à ce travail.

«  La réalité du corps est l’une des plus effroyables qui soient.
Comment peut-on concevoir la vie en l’absence du corps,
comment peut-on envisager une existence autonome et
originelle de l’esprit ? 
»
Cioran

Résumé

La relaxation n’est pas qu’un simple moyen de détente. Au delà du contrôle tonique son utilisation permet en effet d’agir sur la personnalité des sujets qui la pratiquent.

En psychiatrie adulte elle constitue un excellent moyen d’entrer en relation avec des patients agressifs par exemple. En posant un cadre clair mais souple, on peut aider le sujet à mieux se connaître, à exprimer ses émotions et découvrir le plaisir par le corps.

La relaxation est également une excellente introduction aux techniques d’expression corporelle.

Mots-clés : Relaxation dynamique, Psychiatrie, Agressivité, Image du corps, Expression corporelle

1 Introduction générale

Le corps a été trop longtemps négligé en occident. Jugé impur, il a fait l’objet pendant des siècles de nombreux tabous. Pour de multiples raisons (stress de la vie quotidienne, libération sexuelle des années soixante…) il réapparaît aujourd’hui dans nos sociétés, d’une façon parfois anarchique, à travers des pratiques psychocorporelles variées et dirigées par des personnes pas toujours qualifiées.

Les techniques corporelles sont également réapparues peu à peu au 20 ème siècle dans le milieu médical, en particulier en psychiatrie. Les médicaments, espoirs des années cinquante, ont certes révolutionnés les prises en charge, notamment des patients schizophrènes, mais ils restent insuffisants pour des malades, par exemple agressifs, dont l’origine des troubles reste discutable.

La relaxation, qui est une des techniques principales du psychomotricen, est dès lors de plus en plus utilisée en complément dans les centres hospitaliers spécialisés.

Pour ma part j’ai découvert la relaxation, à travers des techniques comme le Yoga et le Tai chi chuan, avant d’entrer à l’école de psychomotricité. C’est ce lien entre le corps et l’esprit, au cœur de ces pratiques, qui m’a en fait conduit vers cette formation. Au delà d’une réflexion théorico-clinique par rapport à mon stage de troisième année en psychiatrie adulte, ce mémoire se veut aussi une élaboration générale et personnelle sur cette pratique particulière qu’est la relaxation. On ne peut demander à un patient ce que l’on n’a pas expérimenté soi-même. Je vais à la fois évoquer mon expérience personnelle et mon initiation thérapeutique dans un service de psychiatrie adulte.

Après avoir rappelé les principales notions théoriques relative à la relaxation je retracerai rapidement l’histoire de la psychiatrie, j’évoquerai un trouble particulier du comportement (l’agressivité), puis je décrirai le travail clinique commencé cette année durant mon stage, et dans une dernière partie j’amorcerai un débat sur l’intérêt de la relaxation en psychomotricité, sur la place de la psychomotricité en milieu psychiatrique et enfin je tenterai de démontrer comment la relaxation peut être une excellente introduction aux techniques d’expression corporelle.

2 PARTIE THEORIQUE

2.1 LA RELAXATION

2.1.1 DEFINITIONS

Le mot relaxation vient du latin « relaxatio » qui signifie le repos, la détente. Aujourd’hui il peut s’agir de la décontraction musculaire elle-même ou des méthodes pour y accéder.

Bien que dans le langage populaire elle soit synonyme de technique anti-stress de détente elle recouvre pour le thérapeute médical et paramédical une dimension psychologique plus complexe: elle met en effet en jeu l’ensemble de la personnalité du sujet et est donc en lien avec son affectivité et son psychisme.

M. Sapir définit comme relaxation « toute technique s’exerçant sur le tonus musculaire et visant à son relâchement. Il va de soi que toutes réagissent sur la personnalité dans sa totalité, provoquant des positions affectives et libidinales » CARRIC J.C (1998, p.157).

2.1.2 LES METHODES

Du yoga à la sophrologie

Les relaxations font partie de l’histoire de l’humanité et des religions. Elles sont une composante majeure des mystiques chamanique, hindouiste, bouddhiste (Yoga), soufiste et des méditations des chrétiens d’orient. De même dans le taoïsme, les « gymnastique de l’esprit » font partie intégrante de la vie quotidienne. Il s’agit toujours d’un moyen d’expression corporelle et d’harmonisation du corps et de l’esprit , tout en travaillant, à partir de la concentration, la maîtrise de Soi (pulsions, émotions, pensées …).

Durant des siècles l’occident s’est méfié du corps (devenu même impur pour certains chrétiens). Cependant au 19ième siècle l’hypnose fut utilisée en neuro-psychiatrie par Charcot à la Salpêtrière, et pendant un temps, par Freud lui-même comme traitement de l’hystérie, avant d’être abandonnée par la psychanalyse pour ses effets de suggestion et de dépendance.

L’hypnose est avant tout une capacité biopsychologique d’atteindre un état proche du sommeil ( et donc d’approcher l’inconscient ), provoquée par des paroles ou des gestes. Durant les années 1970 Milton Erickson renouvellera l’expérience mais en favorisant un nouveau fonctionnement mental pour le sujet et en réduisant la part de suggestion ( hypnose sans transe). En fait de nombreuses méthodes de relaxation s’en sont inspirées, même le training-autogène de Schultz à un certain niveau.

Cependant la sophrologie qui intéresse aujourd’hui beaucoup, médecins, sages-femmes, infirmiers, psychomotriciens et kinésithérapeutes, dérive en grande partie de l’hypnose, bien que le sujet soit peu soumis au thérapeute. Il s’agit d’une étude de l’harmonie de l’esprit: après une détente musculaire induite par la parole, puis une « sophroacceptation de réalités externes, les sujets sont invités à réfléchir à des questions existentielles.

Schultz et Bergès

Le training-autogène du psychiatre Schultz est également basé sur la suggestion. C’est une technique mère qui en inspirera beaucoup d’autres ( Ajuriaguerra, méthode psychanalytique de M. Sapir …. ). Le but de la méthode est d’obtenir une déconnexion psychique (état autogène). Le point de départ est psychique puisque c’est par l’esprit que l’on va obtenir l’état de bien-être et de détente. Le sujet peut être assis ou couché. Une séance du cycle inférieur dure de cinq à vingt minutes et comprend en général une formule d’induction au calme, suivie d’un exercice spécifique ( six au total ) et enfin un temps de reprise tonique. Les six exercices sont dans l’ordre les suggestions d’une sensation de chaleur et de pesanteur dans le bras; la concentration sur les battements « calmes et forts » du cœur et sur la respiration ralentie et enfin les suggestions d’une sensation de chaleur du ventre et celle de fraîcheur du front.

Une preuve de l’impact du psychisme sur le somatique est le changement réel de température observé par Schultz lui même : « l’établissement d’une sensation de chaleur, d’abord localisée, puis de plus en plus généralisée est susceptible de provoquer un effet calmant que l’on peut comparer au phénomène d ‘endormissement (…) cette sensation de chaleur s’accompagnait de modifications objectives de la température » ( SCHULTZ J.H, 1987, p.32). Le cycle supérieur constitue quant à lui une psychothérapie où les défenses psychiques peuvent être analysées. On sort là du cadre strict de la relaxation (en tout cas en psychomotricité).

Jean Bergès a eu l’idée d’appliquer cette méthode aux enfants dès 5 ans, en y introduisant le toucher accompagné d’une verbalisation et d’une mobilisation des différentes parties du corps, ainsi que la remémoration ( toujours sous forme suggestive ) d’images et de souvenirs très plaisant ( le soleil, la plage, la mer … ).

Jacobson et Wintrebert

Jacobson est la deuxième grande technique qui a eu une influence considérable sur beaucoup d’autres. Le point de départ est ici physiologique et non plus psychologique bien que la décontraction musculaire intéresse les centres supérieurs.

Les exercices sont relativement simples mais longs : ils consistent à se concentrer sur la différence entre la tension musculaire (obtenue par la forte contraction d’un segment musculaire) et le relâchement . Entre chaque contactions (dites « de repérage ») le temps est suffisamment long pour ressentir l’état de bien-être qui s’installe. Une progression a lieu durant la séance et d’une séance à l’autre puisque le sujet appréciera des degrés de tensions de plus en plus faibles. On a reproché à cette technique son côté rééducatif et le manque de relation poussée entre le praticien et le patient. Ceux sont les psychothérapeutes qui l’ont surtout critiqué : « ces praticiens n’apprécient pas la lenteur de la progression, le côté obsédant des répétitions qui se retrouvent inéluctablement à chaque séance. La directivité qu’impliquent les consignes n’est pas approuvée non plus. L’aspect musculaire offusque le cérébral ». ( DUPONT R., 1998, p.11).

Par la suite Wintrebert élaborera une méthode dite « activo-passive ». Dans un premier temps elle vise à obtenir une régulation du tonus par mobilisation passive des membres et dans un deuxième temps à associer les mouvements et attitudes de la vie quotidienne à ces nouveaux états de relaxation.

De Ajuriaguerra

Julian de Ajuriaguerra a établi une méthode originale de relaxation à la fois psychologique et physiologique, qu’il appelle « réeducation psychotonique ». Elle est basée sur la régression, le déconditionnement et l’écoute du corps par le dialogue tonico-émotionnel . Pour cet auteur l’état de nos émotions et notre tension mentale se retrouvent dans le tonus musculaire. Les résistances à la détente sont rapprochées des mécanismes de défenses psychologiques et le travail d’élaboration qui en découle aiderait à la résolution tonique.

Le but central de la méthode est de permettre au sujet une meilleure utilisation de ses tensions pour arriver à l’autonomie.

Les relaxations dynamiques

Très utilisées en psychomotricité elles mettent en jeu le mouvement lent et global du corps, synchronisé avec la respiration. Par la coordination entre la partie supérieure et inférieure du corps et la concentration qu’elles nécessitent, elles aboutissent à l’élaboration d’une harmonie entre le corps et la pensée. L’ expression de toute la personnalité est en jeu au niveau supérieur.

Le Taï chi chuan est une des plus anciennes méthodes. A un haut niveau c’est une philosophie de vie utilisée en Chine ( dans le taoïsme ) pour harmoniser nos forces psychiques opposées (qualifiée de yin et yang). « Les mouvements du tai chi sont supposés suivre ces principes. Tout le long des exercices, les contraires se succèdent ; ainsi la main qui est au-dessus descend en bas ; la jambe qui est en avant et supporte le corps se déplace sur l’autre jambe. » MASSON S (1983, p.88). En occident on l’utilise plus comme une gymnastique de l’esprit. Le corps s’engage dans l’espace au moyen d’une série de mouvements lents synchronisés. La maîtrise des séquences motrices nécessite une bonne mémorisation et une utilisation adéquate de la respiration.

Le Yoga est également une méthode traditionnelle utilisée depuis des millénaires comme art de vivre et façon d’être aboutissant au dernier degré à la libération spirituelle. Le Hatha-Yoga est le plus connu en occident , il s’agit d’un ensemble de postures à réaliser en synchronie avec la respiration , accompagnées d’un travail de fixation de l’attention et de mentalisation.

Moshe Feldenkrais a élaboré une méthode de prise de conscience du corps et de contrôle harmonieux et global de toute l’activité corporelle. Après un temps de repos au sol avec prise de conscience des appuis la méthode consiste à s’imaginer mentalement et en temps réel un mouvement donné puis à le réaliser ensuite très lentement : grâce à la mise en jeu successive des muscles agonistes et antagonistes nous obtenons un étirement passif des segments musculaires et donc une détente profonde. Les mouvements peuvent être par exemple: étendu sur le sol relever doucement les jambes ou les bras, rotations de la tête, élévation du bassin, bascule du tronc d’un côté et de l’autre…

Plus proche de nous Madame Orlic a enseigné à la Salpêtrière son «  éducation gestuelle  ». Elle se base sur la prise de conscience du corps à travers des mouvements d’abord dissociés, en visant le relâchement musculaire. Le but ultime est la régulation des affects par l’expression d’un corps réunifié, libre d’entrer dans un processus de communication avec le monde. La technique est ainsi de plus en plus expressive comme nous le verrons en troisième partie.

Sommaire :
1. Introduction générale
2. Partie théorique
2.1 La relaxation
2.2 La psychiatrie
2.3 L’agressivité
3. Partie Clinique
3.1 Présentation du centre hospitalier spécialisé et du service
3.2 La psychomotricité dans le service
3.3 Etude de cas
4. Partie Discussion
4.1 Intérêt de la relaxation en psychomotricité
4.2 La psychomotricité en psychiatrie
4.3 De la relaxation à l’expression corporelle
5. Conclusion générale

  1. La psychiatrie : Historique, l’hospitalisation et la sectorisation
  2. L’agressivité : Manifestations et Hypothèse frustration-agression
  3. Présentation de l’hôpital psychiatrique et de l’équipe du service
  4. La psychomotricité dans le service : la salle et le matériel
  5. La séance de psychomotricité : un bilan psychomoteur
  6. Intérêt de la relaxation en psychomotricité : Schéma corporel
  7. La psychomotricité en psychiatrie : le rôle du psychomotricien
  8. De la relaxation à l’expression corporelle : progression logique
  9. Projet thérapeutique général en psychiatrie adulte