Perspectives du livre numérique dans l’édition professionnelle

By 7 September 2013

6 – L’ePub dans l’EPUR

6.1 – Perspectives du livre numérique dans l’édition professionnelle, universitaire et de recherche

Le groupe de travail consacré au livre numérique au sein du GFII a mis en ligne en mars 2012 le livre blanc L’ebook dans l’EPUR qui regroupe les recommandations, réflexions et retours d’expériences de ses membres, acteurs dans le marché de l’information et de la connaissance1. L’EPUR est composée de l’édition universitaire‐ recherche et de l’édition professionnelle, la première visant la diffusion des résultats de la recherche à un public académique, la seconde la « diffusion des informations spécialisées auprès des professionnels » [GFII, 2012]. Nous nous baserons sur cet ouvrage pour annoncer quelques perspectives sur la situation du livre numérique dans l’EPUR, l’édition professionnelle, universitaire et de recherche.

En 2011, la part du numérique dans les ventes de l’édition scientifique de recherche est supérieure à celle du papier, notamment grâce aux abonnements des revues en ligne. Ceci n’est pas encore le cas pour l’édition universitaire et professionnelle mais selon le rapport du GFII, cette part du numérique est amenée à augmenter, notamment avec le développement de la production de livres numériques dans ces secteurs. Mais pour l’instant et pendant encore quelques années, les livres numériques vont cohabiter avec les livres imprimés et tous deux sont actuellement fortement liés. Deux exemples sont donnés par le GFII ; dans le premier, un livre numérique qui se vendait peu lors de sa mise sur le marché a vu ses ventes multipliées dès lors que la version papier a été publiée ; le second cas fait part d’une librairie traditionnelle de livres papiers remplacée par une librairie en ligne qui a ainsi développé la visibilité des ouvrages et amené une forte croissance du volume de vente de livres imprimés. Ces deux exemples corroborent l’importance pour les éditeurs scientifiques de garder les deux versions du livre qui seront difficilement dissociables pendant une certaine durée, tout au moins le temps que le marché du livre numérique se soit correctement implanté en France et que les usages de cette nouvelle forme de diffusion soient ancrés chez les lecteurs. Ces lecteurs qui joueront un rôle important dans l’édition d’ouvrages scientifiques par leurs commentaires et les données « user generated » qu’ils marquent sur les livres tels que le nombre de téléchargements, les passages les lus ou les plus téléchargés.

1. Vous pouvez télécharger cet ouvrage en format ePub, PDF et Mobi à cette adresse : <www.gfii.fr/fr/document/l‐ebook‐dans‐l‐epur‐le‐livre‐numerique‐dans‐l‐edition‐professionnelle‐universitaire‐et‐de‐recherche>

Les modes de diffusion des livres numériques tendent à se diversifier pour l’EPUR. En effet, les éditeurs peuvent actuellement décider de créer leur site pour vendre directement leurs ouvrages ou passer par des plates‐formes à accès payant ou gratuit et ayant déjà fait leurs preuves dans la diffusion de revues. En effet, la plate‐ forme de publication en SHS Cairn.info propose en accès payant des revues, mais également 1 925 ouvrages en août 20122. De même, Revues.org met à disposition des internautes 22 collections de livres3 et son programme 15 000 livres d’Open Edition Books pourrait d’ailleurs amener des éditeurs scientifiques à y diffuser leurs livres numériques. Les plates‐formes thématiques de diffusion de revues s’ouvrent désormais aux livres, ce qui peut être pour les éditeurs une manière de garder un lectorat spécialisé.

Malgré cet engouement pour le livre, qu’il soit imprimé ou numérique, le GFII a cependant mis en avant la place du livre scientifique qui, selon certains auteurs et ce jusque 2011, était amené à disparaître. En effet, jugé trop long à lire et à écrire pour les chercheurs qui n’ont pas beaucoup de disponibilité, il pourrait être dépassé par les articles de revues en ligne grâce à leur aspect court et régulièrement mis à jour. Mais les équipes de recherche et institutions françaises étant basées sur la pluridisciplinarité, cela implique pour les futurs chercheurs une formation « aux concepts, méthodes, pensées d’autres disciplines et donc à l’usage de livres, plus pédagogiques, que des articles » [GFII, 2012]. De plus, l’éditeur américain Thomson Reuters va lancer le Book citation Index pour répertorier les citations des ouvrages entre eux et montrer ainsi le « facteur d’impact » de chaque ouvrage. Ceci pourrait pousser les auteurs à écrire des livres plutôt que des articles afin d’améliorer leur présence et leur notoriété sur le Web. Tout d’abord destiné aux ouvrages en langue anglaise, cet index nous amène à évoquer le cas de l’édition scientifique en langue française qui risque peu à peu de se transformer pour privilégier les ouvrages en langue anglaise plus utilisée pour la communication scientifique et comme c’est le cas dans le secteur Sciences, Techniques et Médecine.

2. Tous les ouvrages diffusés par Carin.info sont accessibles via ce lien : <www.cairn.info/ouvrages.php>
3. La liste des éditeurs permet à chacun de développer sa propre plate‐forme où les livres numériques sont diffusés. <www.openedition.org/5862>

Sans ouvrages électroniques nativement français, Sans édition, il n’y aura plus d’école de pensée française en SHS car la langue structure et façonne la pensée et le discours. [GFII, 2012]

C’est donc la langue française qui doit être protégée avec l’arrivée du livre numérique dans l’édition scientifique, plus particulièrement dans les ouvrages de Sciences Humaines et Sociales où l’anglais n’est pas encore prédominant.

En mars 2012, la situation n’a pas encore été clarifiée concernant le prix même du livre numérique, bien que son prix de vente soit légalement fixé par l’éditeur en vertu du décret du 10 novembre 2011. À l’inverse de la loi Lang sur le prix unique du livre imprimé, l’éditeur peut décider de modifier ses tarifs de vente selon l’offre qu’il propose, sur support ou en streaming, durée d’accès au fichier, et selon les usages, individuel ou collectif. Lié au prix du livre, ce sont donc également les modalités de vente qu’il faut prendre en compte, notamment les ventes aux institutions qui passent actuellement par des abonnements pour l’accès aux revues en ligne. Le GFII privilégie une pluralité des services et des modes d’accès et de tarifs, notamment pour satisfaire les différents types d’usagers. Mais même si le livre scientifique est présent sur le marché, tous les éditeurs publics de l’EPUR ne sont pas encore à même de produire ou de vendre des livres numériques, cette mise en place d’une nouvelle chaîne du livre nécessitant du temps, de l’argent et de l’engagement. Certains acteurs de l’EPUR pourront d’ailleurs se mettre en lien avec des entreprises spécialisées pour développer de tels contenus numériques, comme certains éditeurs scientifiques l’ont déjà fait. Les droits des auteurs sur leurs livres numériques ainsi que les taux de TVA à appliquer entre les différents états voisins sont également à définir4 et le GFII va mener des travaux sur ces sujets pour aider au bon développement de l’EPUR dans l’édition et la diffusion électronique.

4. La France applique, depuis le 1er janvier 2012, le même taux réduit de TVA sur les livres imprimés et numériques, ce qui est mal perçu par la Commission Européenne en vertu des règles communautaires de la TVA et peut entraîner la France dans une procédure de recours en manquement [SNE, 2012].

Après avoir légalisé les éléments de diffusion du livre numérique tels que nous les avons vus, l’édition professionnelle, universitaire et de recherche est donc lancée pour améliorer ses ventes de livres numériques et de livres papiers dans les années à venir. Le e‐learning5 amène d’ailleurs les éditeurs universitaires et professionnels à développer leurs ouvrages sous version numérique.

Lire le mémoire complet ==> (Publication numérique dans l’édition scientifique : Presses universitaires du Septentrion)
Mémoire de stage Master 2, Mention Ingénierie documentaire, édition et médiation multimédia IDEMM
Université Charles de Gaulle, Lille 3 – Unité de Formation et de Recherche IDIST