L’agressivité : Manifestations et Hypothèse frustration-agression

By 3 September 2013

2.3 L’AGRESSIVITE

2.3.1) Définitions et généralités

L’agressivité est selon ANDRE P. (1997, p.234 ) une « composante fondamentale de tout être humain, elle s’exprime à travers l’affirmation de soi, la tendance à la survie, à un degré de plus elle devient hostilité à l’égard de l’autre, humiliation, attaque et destruction d’autrui ».

Le manuel alphabétique de psychiatrie nous dit que « l’agressivité, au sens biologique le plus fondamental, se définit dans le cadre des interactions entre un être vivant et son environnement, c’est la force instinctuelle (instinct agressif) qui permet à l’individu d’imposer la satisfaction de ses exigences territoriales ou pulsionnelles élémentaires ». (POROT A., 1996, p.34).

Alors que dans leur vocabulaire de la psychanalyse LAPLANCHE J. et PONTALIS J.B ( 1998, p.13) définissent l’agressivité comme « tendance ou ensemble de tendances qui s’actualisent dans des conduites réelles ou fantasmatiques, celles-ci visant à nuire à autrui, le détruire, le contraindre, l’humilié, etc. »

Nous allons présenter les différents modèles et théories qui ont tenté d’expliquer l’agressivité (pulsionnels, biologiques, comportementaux…), mais il est important de préciser d’abord que ce phénomène est toujours à replacer dans le contexte environnemental et social.

Il est également important de remarquer que la violence n’est pas propre à la psychiatrie, d’ailleurs elle n’est statistiquement pas plus présente chez les malades mentaux que dans la population générale. « La dangerosité en psychiatrie ne représente qu’une très faible partie de la totalité des comportements dangereux en général (…) la dangerosité ne concerne qu’une infime partie des malades mentaux (…). Ainsi, la proportion des malades mentaux avérés parmi les délinquants ne paraît pas dépasser 5 % ». (FONTAA V., SENNINGER J.C, 1994, p.61-62).

2.3.2) Les différentes manifestations de l’agressivité

L’agressivité, qu’elle soit physique ou verbale, est toujours liée au manque d’élaboration mentale et à un accès difficile à la représentation: c’est une forme assez archaïque d’expressivité.

Dans son excellent « que sais-je » sur l’agressivité MOSER G. (1987) reprend les travaux de Buss et de Feshbach.

Pour Buss l’agression peut être active ou passive, physique ou verbale, directe ou indirecte.

Ce qui nous donne:

a) agression active

physique : . directe: coups et blessures

. indirecte: coups envers un substitut de la victime

verbale : . directe: insultes

. indirecte: médisance

b) agression passive

physique : . directe: empêcher un comportement de la victime

. indirecte: refus de s’engager dans un comportement

-: verbale . directe: refus de parler

. indirecte: refus d’acquiescer

Feshbach différencie lui trois types d’agressions:

a) hostile: le but est d’infliger souffrance, causer tort à autrui

b) instrumentale: le but est non agressif mais un moyen pour atteindre un autre but (gain, contrainte,…)

c) expressive: agression en soi, désir de s’exprimer par la violence

L’agressivité permet souvent de résoudre certaines tensions internes, qu‘elles soient mentales ou physiques . Son expression s’appelle la catharsis, c’est une décharge émotionnelle qui permet de faire baisser cette tension.

« Cette libération soudaine de violence et d’agressivité a un effet cathartique. Il s ‘agit d’une décharge énergétique qui procure un soulagement émotionnel, qui entraîne une résolution des tensions corporelles en particulier musculo-toniques (…) On peut parler d’un déplacement du psychique vers le soma, en particulier vers la motricité, avec troubles aigus du comportement. » ( VAYSSE J., 1997, p.129).

2.3.3) Les modèles pulsionnels

Approche psychanalytique

Freud a établi deux modèles explicatifs. Dans le premier(1905) il stipule que l’agression est une réaction aux frustrations qui empêchent la satisfaction de désirs libidinaux. Dans le deuxième(1920) il individualise une nouvelle énergie pulsionnelle (l’instinct de mort thanatos) qui se dirige vers le soi, ou lorsqu’elle se confronte à l’énergie libidinale, vers autrui sous forme d’agression.

Modèle éthologique

Lorenz et Ebesfeld considérait l’agressivité comme un instinct universel qui s’est développé au cours de l’évolution grâce à sa fonction adaptatrice (sélection naturelle du plus fort, mise en place de la hiérarchie des sociétés…). « En résumé nous constatons que l’agression intra-espèce (…) est indubitablement une partie essentielle de l’organisation des instincts pour la protection de la vie. » ( LORENZ K., 1969, p.58).

2.3.4) L’hypothèse frustration – agression

Dollard et coll ( école de Yale aux Etats-Unis en 1939) ont établis un lien direct entre la frustration (blocage qui empêche l’individu d’atteindre un but qu’il s’est fixé) et l’agressivité. Berkowitz pense quand à lui que la frustration n’est pas suffisante mais produit une réaction émotionnelle (la colère) qui est un état de disponibilité à s’engager dans un comportement agressif.

2.3.5) Théories de l’apprentissage

Les mécanisme de conditionnement de Pavlov et d’apprentissage instrumentale de Skinner peuvent s’appliquer à la violence: un comportement violent peut s’apprendre par imitation et persister s’il n’est pas réprimé (ou même valorisé). C’est la cas par exemple de l’exposition à la violence familiale ou sociale (dans certains milieux). A ce propos SENNINGER J.L et FONTAA V. (1994, p.78) disent qu’« un comportement agressif ayant des conséquences favorables se trouve renforcé dans les futurs schémas d’action possible. Ce comportement est consolidé par un renforcement positif. Inversement l’échec ou la punition, résultant d’un comportement, vont inhiber celui-ci. »

2.3.6) Aspects biologiques

On a parlé dans les années soixante de “chromosome du crime” ( Y surnuméraire sur la paire 23 ), mais ces études n’ont jamais été validées car le rôle de l’environnement reste fondamental.

Toutes les structures cérébrales sont impliquées dans le déclenchement de l’agressivité mais des structures comme l’hypothalamus, l’amygdale, l’hippocampe et le système limbique semblent jouer davantage de rôle. Une forte activité cholinergique associée à un bas niveau d’activité sérotinergique favoriserait l’impulsivité.

Des expérimentations ont fait apparaître le rôle complexe joué par certaines hormones stéroïdes, gonadiques et cortico-surrénaliennes : le taux de testostérone est élevé dans les réponses agressives.

Enfin des rapprochements ont été évoqué entre épilepsie et agressivité, mais là non plus aucune preuve n’a pu être apportée et cela reste contestable. On parle dans ce cas de constitution épileptique (avec lenteur, instabilité, adhésivité, explosivité ) .

2.3.7) Conclusion

L’agressivité est une force naturelle, qui, si elle est modérée et bien utilisée peut devenir un élément de défense de l’homme pour sa survie. Elle devient pathologique quand le sujet ne l’a contrôle plus, lorsque le sujet n’est plus adapté aux exigences sociales.

Elle doit être comprise dans son contexte environnemental. Aucune théorie ne peut l’expliquer à elle seule, elle serait donc plutôt multifactorielle. Elle survient toujours lorsqu’il y a difficulté à verbaliser et lorsqu’il y a absence d’élaboration mentale.

Lire le mémoire complet ==> (A propos d’une expérience de relaxation dans un service de psychiatrie adulte)
Mémoire de fin d’études – Centre de formation en Psychomotricité
Université Pierre Et Marie Curie – Paris VI – Faculté de Médecine Pitié-Salpêtrière