L’adaptation des distributeurs à la vente de livres numériques

By 7 September 2013

5.2 – L’adaptation des distributeurs à la vente de livres numériques

L’un des rôles de l’éditeur est de gérer la vente d’ouvrages par le choix de distributeurs compétents et de diffuseurs en lien avec son domaine. Les Presses universitaires du Septentrion assurent la vente directe et font également appel à la Sodis qui est leur distributeur. Mais avec l’arrivée prochaine du livre numérique sur le marché, il faut que chacun puisse en proposer la vente aux internautes et informer correctement les métadonnées des ouvrages pour en assurer la diffusion sur le Web. Nous retrouvons ici l’aspect essentiel de l’interopérabilité des données pour en favoriser le transfert entre plates‐formes. En août 2012, les Presses universitaires du Septentrion passent par leur site Internet pour la diffusion des métadonnées. Leur présence sur Google Livres permet de diffuser les versions numériques des ouvrages sur les autres plates‐formes telles que le LCDPU, le comptoir des presses d’universités qui est un catalogue commun aux presses universitaires4.

Christian Robin fait mention de l’importance du nombre de titres présents dans les catalogues comme facteur de réussite des distributeurs de livres numériques [Robin, 2011]. Selon lui, cette affluence de titres serait pour le lecteur signe d’exhaustivité et cela l’amènerait à rester fidèle au site. Les Presses universitaires du Septentrion qui gèrent la vente d’ouvrages imprimés sur leur site vont donc pouvoir intégrer de tels fichiers, après avoir défini les termes contractuels de la diffusion numérique, et mettre en valeur la vente de livres numériques. Mais le site et la Sodis ne sont pas les seuls vecteurs de vente de cet éditeur, il y a également beaucoup de librairies. Un point est d’ailleurs souligné sur le portail IDBOOX5 à propos de la visibilité des librairies sur le Web. Selon l’article, une librairie peut‐être un grand organisme de ventes papiers, mais si elle n’est pas développée sur Internet, sa vente de livres numériques risque d’être compromise. Ceci est corroboré par Pierre Mounier qui pense que « les librairies ont très mal pris le tournant du numérique »6. Les librairies vont donc devoir s’adapter à ce nouveau format de diffusion, quitte pour certaines à vendre également les supports dédiés, donc des liseuses ou à offrir un nouveau service pour les impressions à la demande.

Certains éditeurs ont fait le choix, pour la vente de leurs livres numériques, de ne pas passer par des distributeurs traditionnels, mais de rentrer directement en contact avec des plates‐formes de ventes telles qu’iBookstore d’Apple. Ainsi, ils économisent la commission des distributeurs. IBookstore protège d’office les ePub qui lui sont transmis en leur appliquant son propre DRM, ce qui permet un contrôle de leur diffusion. Mais Adobe oblige du même coup les distributeurs à payer un forfait qui peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros pour appliquer ces DRM sur les titres de leur catalogue.

4. Vous trouverez en annexe le schéma organisationnel 2012 des Presses universitaires du Septentrion dans lequel le schéma de diffusion‐distribution est développé.
5. Le portail IDBOOX traite de « l’actualité du livre numérique en France et à l’étranger ». Le lien suivant pointe sur l’article France : Les ebooks devraient représenter 6% du marché du livre en 2015. <www.idboox.com/economie‐du‐livre/france‐les‐ebooks‐devraient‐representer‐6‐du‐marche‐du‐livre‐en‐2015/>
6. Propos recueillis lors de la réunion de l’AEDRES sur l’édition numérique du 18 juin 2012.

En mai 2008, les Presses universitaires du Septentrion ont signé le programme Google Livres qui rend possible le feuilletage de la version PDF des ouvrages à hauteur de 20 % au total. Le 18 juillet 2012, Google a lancé Google Play, sa plate‐ forme de vente de livres numériques, d’applications et de location de films7. C’est une bonne alternative pour les éditeurs désireux de rester en accord avec Google, mais sans proposer l’Open Acces intégral. Cependant, Google ne met pas en place une sélection éditoriale. Les livres scientifiques publiés par de grands éditeurs peuvent ainsi se retrouver à côté d’ouvrages n’ayant pas fait l’objet d’une sélection éditoriale ou auto édités. Face à cette offre hétérogène, l’internaute peut alors décider de se rendre sur un site de librairie en ligne pour trouver des contenus avec une réelle expertise scientifique. L’éditeur a donc tout intérêt à varier ses plates‐formes de diffusion généralistes pour être visible par le plus grand nombre d’internautes, et professionnelles pour montrer la qualité de ses ouvrages.

Mais les liens entre éditeur et plate‐forme de diffusion ne sont parfois pas si simples. Prenons l’exemple de la maison d’édition Hachette qui avait acheté la librairie en ligne de livres numériques Numilog en mai 2008. Le but était d’en faire « la plate‐forme commune de l’édition française » en proposant des services aux éditeurs et en étant en relation avec des distributeurs8. En avril 2012, Hachette a dû rendre son indépendance à Numilog car les autres éditeurs ne souhaitaient pas être distribués sur une plate‐forme détenue par une maison d’édition.

Les plates‐formes de diffusion du livre numérique se multiplient, autant pour les ouvrages provenant d’éditeurs professionnels que de particuliers. La plate‐forme Smashwords en est d’ailleurs un exemple9. Il s’agit, selon le site, du plus grand distributeur au monde d’ouvrages auto édités. Lancé en 2008, son catalogue contient en 2012 près de 140 000 titres. Les auteurs deviennent leur propre éditeur et distributeur sur cette plate‐forme où chacun peut créer son compte et diffuser son ou ses livres gratuitement ou non. L’internaute a donc le choix entre des librairies professionnelles en ligne avec des ouvrages de maisons d’édition et des plates‐formes sans sélection des ouvrages d’auteurs anonymes. Aux États‐Unis, la polémique de l’utilité des maisons d’édition et des distributeurs est d’ailleurs lancée et certains auteurs prônent de telles plates‐formes d’auto‐édition et de diffusion, notamment vis‐à‐vis de leurs droits financiers10.

7. Accessible via le lien suivant <play.google.com/store/books>. Cette « librairie numérique francophone » réunit plusieurs éditeurs tels que Hachette, Editis, Gallimard et Média participations. Elle souhaite concurrencer Amazon et Apple et a été lancée dans plusieurs pays européens tels que l’Angleterre, l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne [Le Monde, 2012]. Google Play Books est également présent aux États‐Unis, au Canada et en Australie.
8. Cet exemple est basé sur l’article Hachette revend Numilog, qui retrouve son indépendance, paru sur le blog ActuaLitté <www.actualitte.com/economie/hachette‐revend‐numilog‐qui‐retrouve‐son‐ independance‐33530.htm>
9. <www.smashwords.com/>

Les Presses universitaires du Septentrion éditent des livres ayant une valeur scientifique et doivent, notamment par leur distribution, mettre en avant cette qualité des ouvrages face aux plates‐formes d’auto‐édition qui se développent de plus en plus. Le schéma traditionnel du marché du livre papier11 est d’ailleurs remis en cause par le livre numérique. Les éditeurs ne passent plus par des distributeurs pour stocker et approvisionner les points de vente étant donné que les fichiers circulent sur le Web. Les distributeurs ne sont donc pas reliés aux diffuseurs pour les livres numériques et comme nous l’avons vu, certains éditeurs ne passent plus par des diffuseurs, mais se mettent directement en lien avec librairies en ligne et autres plates‐formes de diffusion, voire gèrent directement la vente depuis leur propre site Web.

10. Dans cet article, M. Konrad, auteur auto‐édité réputé, explique ses choix pour l’auto‐édition, en réaction au point de vue d’Hachette. <www.actualitte.com/societe/l‐edition‐traditionnelle‐est‐elle‐encore‐viable‐face‐a‐l‐autoedition‐35835.htm>
11. Auteur ‐ éditeur – diffuseur – distributeur – librairie/bibliothèque – lecteur.

Lire le mémoire complet ==> (Publication numérique dans l’édition scientifique : Presses universitaires du Septentrion)
Mémoire de stage Master 2, Mention Ingénierie documentaire, édition et médiation multimédia IDEMM
Université Charles de Gaulle, Lille 3 – Unité de Formation et de Recherche IDIST