L’adaptation de l’éditeur des livres numériques aux lecteurs

By 7 September 2013

5.3 – Adaptation de l’éditeur aux lecteurs

L’éditeur doit également se soucier des pratiques des lecteurs, autant pour la composition de ses livres numériques que pour leur diffusion. Comme nous l’avons remarqué plus tôt, différents types de ventes sont proposés sur le marché des livres numériques. L’éditeur a donc tout intérêt à sélectionner la modalité de vente qui correspond aux habitudes de ses lecteurs, tout en gardant un modèle basé sur le profit.

Avec le livre numérique, le lecteur devient actif. Il peut enrichir l’ouvrage directement ou le commenter sur des réseaux sociaux avec d’autres lecteurs. L’éditeur doit prendre en compte cette participation du lecteur et favoriser les commentaires, notamment sur son site, car c’est également de cette manière que les autres internautes vont être intéressés par l’ouvrage et l’acheter. Sur les sites des Presses universitaires du Septentrion, le lecteur a la possibilité de s’inscrire à une liste de diffusion thématique afin d’être mis au courant des nouveautés. Ce service permet de fidéliser les lecteurs en gardant contact avec eux. Cet éditeur a également décidé, en septembre 2011, de créer sa page sur le réseau social Facebook12. Depuis, les argumentaires présentant les nouveautés y sont mis en ligne ainsi que des ressources liées au livre. Les Presses universitaires du Septentrion rentrent donc dans la sphère privée de ses lecteurs et établissent une relation privilégiée avec ces derniers grâce à sa présence sur ce réseau social. Les commentaires des lecteurs sont importants pour la notoriété du livre et selon Lorenzo Soccavo,

Demain chaque e‐book pourra ainsi être enrichi d’une table des commentaires, exactement sur le modèle classique des tables des matières, index, glossaires, etc. p. 134 [Soccavo, 2008]

Ceci est dû au Web 2.0 où l’interaction prédomine et où les relations entre auteurs et lecteurs permettront des « Works in progress » comme le suggère M. Soccavo. Les lecteurs pourront donc être de plus en plus impliqués dans l’édition des livres numériques, ce qui doit pousser les éditeurs à faire le lien avec leur lectorat et à lui donner de nouvelles responsabilités comme celles concernant la diffusion.

Ainsi, MM. Dacos et Mounier mentionnent les blogs de lecteurs pour la promotion des ouvrages.

La pratique de l’envoi d’ouvrages à des blogueurs en service de presse est désormais généralisée et fait éventuellement l’objet d’une organisation collective et événe‐ mentielle avec des communautés constituées de blogueurs. p. 103 [Dacos, Mounier, 2010]

En effet, certains blogueurs peuvent être très influents et « pousser » les autres internautes, ses followers comme on dit sur Twitter, à l’achat ou non d’un produit. Cette « expertise » de l’ouvrage par un lecteur est un autre moyen de rentrer en confiance avec le lectorat car cela montre que leur avis est important pour l’éditeur. De plus, cette implication du lectorat permet de le fidéliser. Pour Charlotte Nikitenko,

Cette écoute du lecteur est un privilège qui tend à désacraliser la lecture et partant, à la promouvoir de façon plus large. p. 34 [Nikitenko, Stockinger, 2001]

Mais cette promotion autour des livres ne peut se faire correctement que si les ouvrages sont bien accessibles sur le Web. Les livres numériques ne sont connus sur le Web que grâce à leurs métadonnées et aux articles qui y font référence. Par conséquent, il est important pour les éditeurs que des internautes, qu’ils soient nombreux et/ou réputés, parlent de ces ouvrages pour les diffuser au maximum. Cette dématérialisation du livre peut d’ailleurs être un facteur d’augmentation du nombre de lecteurs qui ne lisaient pas de livres imprimés, mais qui, grâce à leur smartphone ou leur ordinateur, se sont mis à lire des textes sur des sites web puis des ouvrages.

12. Retrouvez la page Facebook des Presses universitaires du Septentrion à cette adresse : <www.facebook.com/pages/Presses‐Universitaires‐du‐Septentrion/249561455086982>

Afin de ne pas perdre des lecteurs habitués à la version papier, les éditeurs peuvent également montrer quel est l’intérêt de la version numérique sur la version papier. Les usages ne sont pas les mêmes entre ces formes de diffusion et l’éditeur peut attirer l’attention des lecteurs sur les changements des finalités de la version numérique. L’un des atouts du livre numérique est l’interactivité qu’il permet dans l’ouvrage lui‐même et avec le Web. Sur un livre faisant référence à de nombreuses sources, le lecteur pourra cliquer sur les liens pour les analyser de plus près. Un livre d’art permettra l’agrandissement des images pour montrer au lecteur des détails qu’il n’aurait pas vu sur la version papier.

Les Digital Rights Management seront à prendre en compte pour la protection des fichiers ePub. Ces DRM sont d’ailleurs au centre de débats selon lesquels ils empêchent des usages comme le prêt entre lecteurs. Il faut noter que les DRM ne sont pas supportés par toutes les liseuses et un lecteur qui achète un ePub avec DRM sur l’iBookstore ne pourra pas le lire sur la liseuse Reader de Sony, bien que celle‐ci supporte ce format. Pierre Mounier considère également les DRM comme des instruments de lutte contre les usages car ils interdisent le partage13.

En dotant le fichier d’un verrou, ils fournissent un service plus complexe et limité que l’offre de contenus piratés. Par ailleurs, ils mettent en place une relation de méfiance avec leur lectorat. p. 77 [Dacos, Mounier, 2010]

Face à cette barrière, les lecteurs ont d’ailleurs trouvé le moyen de supprimer les DRM d’un livre numérique et ils le font savoir sur le Web. Les internautes voient donc d’un mauvais œil les ePub avec DRM, préférant le libre accès, ce qui ne va pas forcément dans le sens des éditeurs.

Les Presses universitaires du Septentrion ont donc déjà mis en place une relation avec ses lecteurs, par le biais de leur page Facebook ou par la possibilité de laisser des commentaires sur le site de l’éditeur. Cependant, les modalités d’accès ainsi que la protection des livres numériques restent encore à définir.

13. Propos de la journée de travail AEDRES sur l’édition numérique du 18 juin 2012. Sur la plate‐forme Open Edition Books développée par le Cléo, les livres diffusés en ligne n’auront d’ailleurs pas de DRM.

Lire le mémoire complet ==> (Publication numérique dans l’édition scientifique : Presses universitaires du Septentrion)
Mémoire de stage Master 2, Mention Ingénierie documentaire, édition et médiation multimédia IDEMM
Université Charles de Gaulle, Lille 3 – Unité de Formation et de Recherche IDIST