La réalité de l’accès à Internet des Français en fonction du lieu

By 7 September 2013

La réalité de l’accès à Internet des Français selon le lieu de consultation

Dans les lignes qui vont suivre, nous nous appuierons essentiellement sur l’étude du CRÉDOC sur la diffusion des technologies de l’information dans la société française33. Nous allons suivre cette étude dans la démarche qui consiste à distinguer la réalité de l’accès à Internet en fonction du lieu : domicile, lieu de travail, école, lieu public.

AU DOMICILE

Au domicile, la première ligne de fracture est celle qui sépare les quelques 31 % de Français qui ont accès à Internet à leur domicile des autres. Avoir accès à Internet à domicile reste, aujourd’hui encore en France, un fait minoritaire. Toutefois, la situation change rapidement.

Aujourd’hui, plus d’une personne sur trois dispose d’une connexion à Internet à domicile. Parmi la population adulte, le taux d’équipement est passé de 30% à 35% en un an. Rappelons qu’il y a cinq ans seulement, seuls 6% des plus de 18 ans étaient équipés34.

La deuxième ligne de fracture est celle qui sépare les 54 % de Français qui bénéficient du haut débit et les 46 % qui – volontairement ou involontairement – restent au bas débit. Mais là encore, les choses bougent.

La diffusion d’Internet dans les foyers se fait à grande vitesse… et haut débit, car plus d’une ligne sur deux bénéficie aujourd’hui d’une connexion ADSL ou câble34.

La troisième ligne de fracture est le profil socio-économique des internautes à domicile. Nous y reviendrons plus loin.

LIEU DE TRAVAIL / ÉCOLE

Parmi les actifs, 33 % ont accès à Internet sur leur lieu de travail. Il faut noter par ailleurs que 43 % des actifs travaillent sur un ordinateur. Il s’en suit que les trois quarts des actifs qui utilisent un ordinateur ont également accès à Internet.

Près de trois quarts des adolescents ont accès à Internet sur leur lieu d’études.

En cumulant les deux volets, on parvient au chiffre de 39 % de personnes ayant accès à Internet sur son lieu de travail ou son lieu d’études. Et ce chiffre s’améliore encore.

Près d’un actif ou un étudiant sur deux dispose d’une connexion à Internet sur son lieu de travail : 46% exactement. Ce chiffre est en nette progression depuis un an : + 7 points. En fait, la croissance est même plus rapide que celle enregistrée pour les connexions à domicile (celle-là étant passée dans le même temps de 31 à 36%)34.

Mais un autre fait marquant mérite notre attention : celui des sphères privées et professionnelles. En effet, « 41 % des individus qui disposent d’une connexion à Internet sur leur lieu de travail ou d’études utilisent Internet à des fins personnelles. La proportion est de 37 % chez les adolescents et de 43 % chez les adultes. »33

LIEU PUBLIC

Par lieu public, il faut comprendre cybercafé, bibliothèque, bureau de poste… En 2003, on estimait que 16 % de la population s’était déjà connectée à Internet dans un lieu public. De plus, cette pratique a tendance à se répandre puisque le chiffre n’était que de 11 % en juin 2001.

Toutefois la plupart de ces utilisateurs ne le sont que de façon occasionnelle. Le mode de connexion privilégié reste bel et bien la connexion à domicile. Cependant, il faut noter que sur les 16 % de la population (17 % en 200434) que représentent ces utilisateurs, 5 % de la population ne sont ni équipés ni chez eux ni à leur travail. Ces 5 % représentent tout de même 3 millions de personnes. Le recours aux cybercafés, bibliothèques et autres bureaux de poste permet donc de réduire la fracture numérique54.

Ainsi, entre l’accès à domicile, celui sur le lieu de travail ou le lieu d’études et celui dans les lieux publics, Régis Bigot arrive – après recoupement des 3 ensembles présentés dans le tableau ci-dessous – au chiffre de 49 % d’internautes.

Tableau 3 – Les internautes : pourcentage de personnes disposant d’une connexion chez elles, au travail ou sur leur lieu d’études, ou qui se sont déjà connectées dans un lieu de public (extrait)

Lieu de connexion Juin 2003
Population globale (12 ans et plus)
Connexion à domicile 31 %
Connexion sur le lieu de travail ou d’études 27 %
Connexion dans un lieu public 16 %
Internautes 49 %
Source : Crédoc, enquêtes sur les « Conditions de vie et les Aspirations des Français »

Ce chiffre étonnant de 49 % d’internautes est malheureusement terni par un problème méthodologique grave. À aucun moment, Bigot ne nous explique comment il fait pour additionner ces pourcentages pour finalement atteindre 49 % ; le détail de ses recoupements ne nous est pas donné55. Par conséquent, nous ne pouvons que regarder ce pourcentage de 49 % d’internautes en France en juin 2003 qu’avec circonspection surtout lorsqu’il rentre en contradiction avec les chiffres d’une source autrement plus fiable, Médiamétrie. Pour fin 2003, Médiamétrie donne le chiffre de 42,6 % d’internautes. Médiamétrie ne partage l’optimisme de Bigot que sur un point : la fulgurante augmentation du nombre d’internautes depuis 2001, comme le montre le graphique ci-dessous. En trois ans, le pourcentage d’internautes passe ainsi de 31 % à 46 %, soit 8 millions de nouveaux internautes !

Figure 2 – Au 4ème trimestre 2004, la France compte près de 24 millions d’internautes
Au 4ème trimestre 2004, la France compte près de 24 millions d'internautes
(source : Médiamétrie, 2005). Le nombre d’internautes est exprimé en milliers.

Un communiqué de presse du 22 août 2005 émanant de Médiamétrie56 nous permet de poursuivre d’analyse et de corriger davantage les chiffres donnés par Bigot, sinon par la méthodologie, par leur nouveauté.

Ainsi, en juillet 2005, le pourcentage d’internautes parmi la population des plus de 11 ans s’élève à 46,9 % pour atteindre l’effectif de 24 300 000 Français – soit une évolution de + 8 % par rapport à juillet 2004. Au deuxième trimestre 2005, le nombre de foyers ayant accès à Internet est de 8 705 000 soit 34,4 % des foyers – contre 31,7 % des foyers avec 8 022 000 foyers en juillet 2004, soit le chiffre de Bigot, mais un an plus tard !

Enfin le pourcentage des abonnés haut débit (ADSL ou câble) parmi les abonnés Internet à domicile est, en juillet 2005, de 78,8 % (13 215 000 personnes) – contre 64,2 % avec 9 632 000 abonnés en juillet 2004, soit une évolution de 37 % !

Mais au-delà de ces résultats finalement réjouissants, plus ou tard, selon la méthodologie, une réalité plus inquiétante se cache : la fracture numérique socio-économique de l’accès à Internet.

La fracture numérique en France : définitions, enjeux, défis
Mémoire de fin de master En vue de l’obtention du Diplôme Sup de Co Reims
REIMS Management School Formation Approfondie au Management

Sommaire :
C Introduction
I. Définition
I.1. Approche thématique
Technologique vs. socio-économique
Fracture vs. fossé numérique
I.2. Approche géographique
Au niveau international : la problématique du développement
À l’échelle des pays : les pays développés sont aussi touchés par la fracture numérique
I.3. Le problème de la mesure et le point de vue adopté
Le problème de la mesure
Point de vue adopté
II. Enjeux
II.1. Les infrastructures
Quelles sont les infrastructures qui se cachent derrière le mot « TIC » ?
Radioscopie de l’implantation des normes de connectivité en France
L’ultime alternative ? : la délégation de service public et les réseaux d’initiatives publics
II.2. L’accès
La lente victoire du haut débit sur le bas débit
La réalité de l’accès à Internet des Français selon le lieu de consultation
La fracture socio-économique de l’accès à Internet
II.3. Les usages
La durée et la fréquence d’usage
Les services utilisés
L’intérêt pour ces mêmes services
III. Défis
III. 1. L’aménagement du territoire
III. 2. L’administration en ligne
Donner accès à un maximum de « téléservices »
Développer la satisfaction des usagers
III. 3. La compétitivité
Bref bilan de la compétitivité des équipements en TIC des entreprises françaises
L’usage organisationnel des TIC dans les entreprises
Conclusion