La fracture socio-économique de l’accès à Internet en France

By 8 September 2013

La fracture socio-économique de l’accès à Internet

Lorsque nous abordions plus haut l’approche thématique de la fracture numérique, nous avions vu la mise en garde de Jacques-François Marchandise contre 5 inégalités – rappelons-les :

1. La fracture générationnelle due principalement à l’accélération temporelle provoquée les NTIC : PAO…
2. La fracture culturelle due à l’avènement fulgurant d’une approche textuelle, technique et abstraite de l’information et de la communication
3. La fracture géographique entre Nord et Sud, villes et campagnes
4. La fracture d’accessibilité (handicap, état de santé) en voie de réduction même si les coûts pour y parvenir sont considérables
5. La fracture au sein des corps sociaux due à l’émergence d’une logique horizontale du travail

Nous avons d’ores et déjà abordé la fracture géographique dans la partie consacrée aux infrastructures57. La fracture culturelle et celle survenant au sein des corps sociaux concernent davantage le problème des usages d’Internet. Nous y reviendrons donc plus loin.

Il nous reste donc à aborder ici 2 fractures : la fracture générationnelle et la fracture d’accessibilité, auxquelles nous ajouterons celle des catégories socio-professionnelles.

LA FRACTURE GÉNÉRATIONNELLE

Tableau 4 – France : profil des internautes par âge (en décembre 2004)

Internautes de 11 ans et plus qui se sont connectés au cours du dernier mois, quel que soit le lieu de connexion (travail, domicile, école, etc.)
Âge Pourcentage dans la population d’internautes (décembre 2004) Pourcentage dans la population française (âgée de plus de 11 ans)
11-15 ans 12,7 % 7,2 %
16-24 ans 23,3 % 13,3 %
25-34 ans 19,3 % 15,1 %
35-49 ans 25,7 % 24,7 %
50-64 ans 15,3 % 20,6 %
65 ans et + 3,8 % 19,1 %

Source : Médiamétrie, avril 2005

La fracture générationnelle apparaît lorsque l’on met en relation les deux faits suivants :

1. Les moins de 35 ans représentent la majorité des internautes (55,3 %) alors qu’ils sont largement minoritaires dans la population (35,6 %) – les écarts les plus spectaculaires apparaissant pour les 11-15 ans et les 16-24 ans.

2. À l’inverse les 50 ans et plus représentent près de 40 % de la population mais n’apparaissent qu’à hauteur de 20 % dans la population des internautes.

Comment expliquer ces écarts ? On peut évoquer bien sûr le fait que les jeunes générations sont nées avec l’informatique dans les mains et avec Internet à portée de main. Il est donc logique qu’elles soient davantage technophiles, et ce, d’autant que leur environnement immédiat (amis, école) l’est de plus en plus. Toutefois, Jacques-François Marchandise lui-même limite la portée de cette interprétation première :

Derrière une réalité statistique simple à comprendre (les jeunes générations sont nées « avec » les nouvelles technologies et les appréhendent facilement), plusieurs éléments de complexité sont à intégrer. Tout d’abord, on constate que la fracture numérique peut commencer tôt, dès l’âge scolaire, entre les enfants qui ont accès au Net à l’école ou en famille et les autres, entre les écoles qui réussissent l’intégration des TIC et les autres. Ensuite, on observe l’appropriation progressive des TIC par les jeunes seniors, qui disposent de temps libre et de revenus élevés. Enfin, une lecture moins individuelle des mutations générationnelles est peut-être nécessaire : ce ne sont pas seulement les personnes qui ont du mal à « s’adapter », mais souvent les métiers et les pratiques qui changent ou disparaissent. […] [L]es rédactions de presse, les maisons d’édition, les imprimeries changent de visage depuis la PAO ; le métier de dirigeant de PME ou les pratiques associatives sont profondément modifiées58.

Quand Jacques-François Marchandise parle d’« appropriation progressive des TIC par les jeunes seniors », on peut légitimement penser à une réduction de la fracture générationnelle. Cela n’a, de fait, pas manqué de se produire. Au moment où Marchandise parle, fin 2001, les chiffres étaient autrement plus préoccupants.

Tableau 5 – France : profil des internautes par âge (en décembre 2001)

internautes de 11 ans et plus qui se sont connectés au cours du dernier mois, quel que soit le lieu de connexion (travail, domicile, école, etc.)
Âge Pourcentage dans la population d’internautes (décembre 2001) Pourcentage dans la population française (âgée de plus de 11 ans)
11-15 ans 11,4 % 7,2 %
16-24 ans 28,8 % 13,3 %
25-34 ans 18,3 % 15,1 %
35-49 ans 25,3 % 24,7 %
50-64 ans 13,7 % 20,6 %
65 ans et + 2,5 % 19,1 %
Source : Médiamétrie, avril 2005

1. Les moins de 35 ans représentaient déjà la majorité des internautes – une majorité plus forte (58,3 %) – alors qu’ils sont largement minoritaires dans la population (35,6 %) – les écarts les plus spectaculaires apparaissant pour les 11-15 ans et les 16-24 ans.

2. À l’inverse les 50 ans et plus représentent près de 40 % de la population mais n’apparaissaient qu’à hauteur de 16 % dans la population des internautes.

Marc Coutty développe cette analyse dans un article intitulé « Internet : La fracture numérique entre les générations se réduit ».

Les dernières études montrent que les seniors sont loin d’être imperméables aux nouvelles techniques de l’information.

L’idée reçue selon laquelle les générations les plus anciennes seraient imperméables aux nouvelles techniques d’information et de communication (NTIC), et particulièrement à l’utilisation d’Internet, est battue en brèche par diverses études récentes. Ainsi, celle de Sim Scanner Interdéco Expert, réalisée en 2003 pour le magazine Notre temps, affirme que les 50- 64 ans sont de plus en plus intéressés par la navigation sur la Toile et le courrier électronique. Elle confirme les résultats d’une enquête du CRÉDOC pour l’Autorité de régulation des télécommunications, qui montre que les baby-boomers (de 40 ans à 59 ans) ressemblent beaucoup à leurs cadets de la tranche d’âge entre 25 à 39 ans, du point de vue des comportements de consommation des NTIC.

Le développement d’Internet concerne également les personnes âgées, celles qui ont passé 60 ans, ainsi que le révèle une troisième étude, menée notamment à Parthenay, dans les Deux-Sèvres, où a été développée une politique locale d’expérimentation baptisée « Ville numérisée », dont rend compte un article d’Emmanuel Eveno et Philippe Vidal, « Les personnes âgées face à la société de l’information », publié dans Les Techniques de la vie quotidienne, âges et usages (CNAV, collection “MiRe”, 2002)59.

Cependant, Coutty met deux bémols à ce bel optimisme. Le premier est lié à « la crainte d’une fracture numérique […] réelle pour le moment pour les cohortes les plus âgées » évoquée par le sociologue Jean-Philippe Viriot- Durandal. Le second bémol concerne plus directement les seniors français.

En règle générale, les seniors français utilisent moins Internet que leurs voisins européens, du fait d’un sous-équipement informatique. M. Viriot-Durandal remarque que, « si 36 % des Européens de plus de 50 ans possèdent un ordinateur personnel à la maison, les Français ne sont que 31,5 % dans ce cas, contre 41,4 % des Allemands et 58,1 % des Néerlandais ». Ainsi, dans l’Europe des Quinze, la France est ainsi à la traîne, en onzième position59.

LA FRACTURE D’ACCESSIBILITÉ

Cette fracture concerne les personnes atteints d’un handicap ou affaiblis par leur état. Pourtant, Jacques-François Marchandise n’en fait pas la fracture la plus préoccupante.

Elle recouvre une grande diversité de cas particuliers, dont le moins mal traité est à ce jour celui des mal-voyants ou non-voyants : les responsables de sites Internet ou intranet et les développeurs d’applications peuvent se référer aux recommandations du W3C et, en France, aux synthèses de la MTIC et d’autres organismes, à l’expertise et à l’activité de Braillenet et au modèle de quelques réalisations exemplaires. D’autres initiatives comme Yanous, soutenu par Microsoft, ou comme les projets soutenus par la fondation Groupama, contribuent à réduire un important clivage. À travers des développements particuliers, destinés par exemple à l’accès des enfants hospitalisés à l’éducation, ou adaptant la micro-informatique aux handicapés moteurs, les TIC sont souvent les vecteurs d’une réduction de ce type d’exclusion. Mais les coûts des équipements et des technologies, les possibilités de prise en charge et la formation des accompagnants deviennent dès lors déterminants58.

Lire le mémoire complet ==> (La fracture numérique en France : définitions, enjeux, défis)
Mémoire de fin de master En vue de l’obtention du Diplôme Sup de Co Reims
REIMS Management School Formation Approfondie au Management