L’installation en exploitation bovine Bretonne Pie Noir

By 4 September 2013

“… modèle agricole dominant. Aujourd’hui, les exploitations sont de plus en plus grandes, de plus en plus intégrées, de plus en plus informatisées. Est-ce pour autant que le monde agricole est imperméable aux problématiques des petites structures ? Il appartient à la Société des Eleveurs, si elle veut mener à bien son programme de relance, de cerner et lever les freins à l’installation sur des structures…”

ENESAD
Option Animal Espace Produit

Mémoire de fin d’études

L’installation en exploitation bovine Bretonne Pie Noir :
opportunités, freins et perspectives

L'installation en exploitation bovine Bretonne Pie Noir

Réalisé avec la Société des Eleveurs de la Race Bovine Bretonne Pie Noir

Auteur : Ronan LE PALUD
Ingénieur en Formation Initiale à l’ENESAD Option Animal Espace Produit

Maître de Stage : Pierre QUÉMÉRÉ
Maître de Mémoire : Claire GAILLARD

Promotion 2004 – 2007

Résumé  :

Après être passée par un plan de sauvegarde, mis en place en 1975 avec 311 vaches, la race bovine Bretonne Pie Noir compte aujourd’hui 1 400 femelles. La relance est envisagée par la Société des Eleveurs. Celle-ci est basée sur l’installation de nouveaux agriculteurs professionnels, actuellement au nombre d’une trentaine. Une enquête auprès de 16 d’entre eux permet de caractériser ces exploitations. Deux systèmes principaux existent : “laitier transformateur” et allaitant. Tous les agriculteurs ont des pratiques extensives (1 UGB/ha). Grâce à la vente directe et à la transformation fermière, les structures peuvent être petites (20 000 L de lait / UTH en système laitier transformateur) et rentables (résultat d’exercice de 12 à 15 000 €/UTH). Pour les porteurs de projet, ces systèmes présentent l’avantage de nécessiter peu d’investissements (on peut s’installer avec 40 000 €, hors foncier) et de demander des compétences variées et valorisantes. Mais s’installer avec des Bretonne Pie Noir n’est pas simple. Certes, on dispose maintenant de références technico-économiques et la constitution d’un troupeau ne devrait pas poser de problèmes malgré des effectifs restreints. Mais il reste encore des freins à lever : la réglementation sur la transformation est peu explicite, le foncier difficile d’accès (9 candidats à l’installation ou à l’agrandissement pour un départ en retraite en Ille-et-Vilaine). Heureusement, la position des organismes agricoles vis-à-vis des structures atypiques évolue favorablement, laissant espérer un parcours à l’installation facilité dans les années à venir. La Bretonne Pie Noir trouve, dans le dynamisme de la Société des Eleveurs (communication importante), dans le regain d’intérêt porté aux circuits courts par les consommateurs, un cadre favorable à sa relance, étant donné que les freins extérieurs ne semblent pas insurmontables.

Abstract  :

After its conservation programme started in 1976, with 311 cows, the Breton Black Pied cattle counts 1 400 females today. So the race revival is considered by the Breeders’ Union. The revival plan is based on installation of new professional farmers, currently with the number of about thirty. An investigation at 16 of them give us the principal characters of these farms. Two principal systems exist : “dairy transformer” and “nursing cow”. All farmers have extensive practices (One cow and his calf by ha). Thanks to direct sale and farm transformation, the structures can be both small (20 000 L by person) and profitable (from 12 to 15 000 € by person). For the one who wish to install, these systems have the advantage of requiring few investments (installation is possible with 40 000 €, without land) and developped and varied competences. But to install with Breton Black Pied cattles is not easy. Admittedly, technico-economic references exist and to constitute a herd shouldn’t be a problem in spite of the little population size. But there are still obstacles to be crossed : the regulation about transformation isn’t very clear, and land access is very difficult (there are 9 candidates for installation or enlargement in front of a retirement in Ille-et-Vilaine). Fortunately, the agricultural organizations’ position related with the atypical structures evolves in a good way, which augur easier administrative approches for installations next years. So the obstacles doesn’t seem insurmountable and the new obstruction of the consumers for direct sales and the dynamism of the Breeders’ Union make a favourable context to the Breton Black Pied cattle revival.

Remerciements  :
Je tiens à remercier Pierre QUÉMÉRÉ, mon maître de stage qui m’a non seulement accompagné de façon idéale durant tout mon stage, mais qui m’a aussi passionné pour la “culture générale agricole”.
Je remercie également Claire GAILLARD, ma maître de mémoire, pour ses relectures attentives et sa disponibilité.
J’adresse mes remerciements à toute l’équipe du Parc Naturel Régional d’Armorique, pour leur accueil chaleureux et leur disponibilité. Particulièrement à Jean SERGENT, dont les connaissances et anecdotes en matière de races locales semblent inépuisables…

Les éleveurs et porteurs de projet sont au coeur de mon mémoire. Je les remercie vivement du soutien qu’ils m’ont apporté, de leur accueil, de leur bienveillance. Les discussions ouvertes -et parfois longues !- que j’ai pu avoir avec eux m’ont aidé aussi bien pour mon mémoire que pour mon projet personnel d’installation.
Enfin, il me paraît important de remercier tous les responsables d’organisations agricoles, dont l’accueil a toujours été très sympathique.

Pour conclure, un petit clin d’œil et un grand merci à toute l’équipe de “Pas bête la fête”, association organisatrice de la fête de la vache nantaise et des races locales.

Introduction  :

La Bretonne Pie Noir fait partie du patrimoine génétique français. Elle est originale de par son format (c’est la plus petite vache française), sa rusticité (facilité de vêlage, longévité, résistance aux maladies…) et son caractère affirmé.

Au XIXè siècle, la Bretonne Pie Noir est une grande race laitière, une beurrière réputée. L’agriculture intensive des “trente glorieuses” la condamne en raison de sa productivité jugée insuffisante mais elle est sauvée de justesse dans les années 1970 : un programme de sauvegarde mis en place en 1976 lui permet de voir ses effectifs remonter. Aujourd’hui, 1 400 femelles sont inscrites au plan de sauvegarde.

Si la vache a peu changé, les élevages, eux, ont considérablement évolué. Les élevages livrant le lait en laiterie ont quasiment disparu. Dans les années 1990, de jeunes éleveurs, souvent néo-ruraux, ont remis la transformation et la vente directe au goût du jour. Il s’est avéré que la vache Bretonne est particulièrement bien adaptée à ces systèmes. Elle donne un lait riche, intéressant pour la transformation et ses qualités d’élevage garantissent à l’éleveur une certaine sérénité. Le système allaitant est plus récent. D’après les éleveurs, la viande se valorise très bien en vente directe et sa qualité gustative est jugée excellente. D’autant plus que dans ce système les charges sont minimales : les animaux supportent très bien le plein air intégral et ne sont pas complémentés en concentré.

La vague d’installations observée dans le milieu des années 1990 avec un troupeau de Bretonne Pie Noir a rendu envisageable la relance de cette race. Etudié en 1999, adopté en 2006, le plan de relance est basé sur l’installation de nouveaux agriculteurs.

Mais installer des éleveurs professionnels dans le cadre de petits systèmes originaux n’est pas si simple qu’il n’y paraît. Bien que ces installations présentent l’avantage pour le porteur de projet de nécessiter peu d’investissements, on ne peut ignorer qu’elles doivent trouver leur place à côté d’un certain modèle agricole dominant. Aujourd’hui, les exploitations sont de plus en plus grandes, de plus en plus intégrées, de plus en plus informatisées. Est-ce pour autant que le monde agricole est imperméable aux problématiques des petites structures ? Il appartient à la Société des Eleveurs, si elle veut mener à bien son programme de relance, de cerner et lever les freins à l’installation sur des structures qualifiées “d’atypiques”.

Il convient donc, après s’être familiarisé avec les systèmes Bretonne Pie Noir et leur environnement social, économique et réglementaire, d’identifier les freins possibles à l’installation et d’évaluer si ils sont réellement problématiques. Dans ce cas, des solutions pourront être proposées à la Société des Eleveurs pour faciliter l’installation en Bretonne Pie Noir, point clé de la relance de la race.

Sommaire  :

1 Contexte

1.1 La race bovine Bretonne Pie Noir

1.1.1 Historique

1.1.1.1 L’importance des vaches bretonnes jusqu’au début du XXè siècle

1.1.1.2 La chute des effectifs au cours des trente glorieuses

1.1.1.3 Le programme de sauvegarde de 1975

1.1.1.4 Le bilan de trente ans de sauvegarde

1.1.2 Les petits élevages autonomes d’aujourd’hui

1.1.2.1 Le système “laitier transformateur”

1.1.2.2 Le système allaitant

1.2 Le cadre socio-économique et réglementaire

1.2.1 Les circuits courts, au cœur des systèmes Bretonne Pie Noir

1.2.2 La réglementation en vigueur pour transformer et vendre

1.2.2.1 La réglementation européenne

1.2.2.2 Le Guide des Bonnes Pratiques d’Hygiène

1.2.3 Les aides à l’installation

1.2.3.1 Installation aidée

1.2.3.2 Installation non aidée

1.2.3.3 Autres aides

1.3 De l’opportunité d’une relance

1.3.1 Le souhait de la société des éleveurs

1.3.2 La place des élevages BPN dans l’environnement agricole actuel

3 Résultats

3.1 Spécificités des élevages de Bretonne Pie Noir

3.1.1 Elevages enquêtés

3.1.1.1 Des systèmes très diversifiés

3.1.1.2 Des petites structures rentables

3.1.1.3 Des atouts mais aussi des contraintes

3.1.1.4 Des créations d’exploitations pour pouvoir s’installer

3.1.1.5 Des élevages qui veulent durer

3.1.2 Futures installations en Bretonne Pie Noir

3.1.2.1 Des projets variés

3.1.2.2 Une disponibilité en génisses difficile à appréhender

3.2 Environnement des installations en Bretonne Pie Noir

3.2.1 Avis des DSV de Bretagne

3.2.2 Position des organisations professionnelles

3.2.3 Points déterminants lors de l’installation

3.2.3.1 Une politique départementale variable vis-à-vis des quotas

3.2.3.2 De grosses dificultés pour l’accès au foncier

4 Discussion et propositions

4.1 Des porteurs de projet s’intéressent à la Bretonne Pie Noir

4.2 Les effectifs actuels permettent une certaine disponibilité en animaux

4.3 Les systèmes en Bretonne Pie Noir sont viables économiquement

4.4 Le foncier reste un gros problème pour s’installer

4.5 La réglementation peut devenir un obstacle si les porteurs de projets sont mal informés

4.6 Les organisations agricoles sont plus ouvertes aux petits projets que par le passé

Conclusion