Intérêt de la relaxation en psychomotricité : Schéma corporel

By 4 September 2013

4 La discussion

4.1 Intérêt de la relaxation en psychomotricité

La relaxation fait partie intégrante de la formation du psychomotricien et de ses compétences décrites par le décret d’actes du 6 mai 1988.

Le psychomotricien n’est pas relaxologue, il utilise la relaxation non comme but en soi mais comme moyen d’agir sur la personnalité de son patient. C’est dans la relation avec le sujet que la thérapie psychomotrice prend tout son sens.

Cependant le psychomotricien se doit de travailler sur des troubles spécifiques pour lesquels il est engagé. Je traiterai de la régulation tonique, du travail sur la vigilance et l’attention, des autres effets physiologiques et enfin du travail global sur le schéma corporel et l’image du corps.

4.1.1) La régulation tonique

« Le tonus se définie comme un état de tension permanent des muscles : tension active, involontaire, variable (Foix) dans son intensité selon les diverses actions syncinétiques ou réflexes qui le renforcent ou l’inhibent (Robot). » CARRIC J.C (1998, p.190).

Très tôt l’enfant expérimente le couple tension-détente. Lorsqu’il a faim, il se crispe, pleur, la satisfaction apportée par le biberon sera par contre source de relâchement.

De même plus toutes les frustrations que nous allons éprouvées lors des relations sociales seront source de tension dont l’accumulation provoquera ces fameuses crampes, hypertonies et autres contractures : le corps est bel et bien le lieu de toute les somatisations et il révèle à lui seul toutes nos contradictions.

Le stress aussi, qui est selon Hans Seyle, « la réponse non spécifique de l’organisme à toute demande qui lui est faite » ANDRE P. (1997, p.254), peut entraîner un surcoût de tensions musculaires que le psychomotricien peut contribuer à réguler. En fait le stress n’est ni bon ni mauvais en soi, il s’agit d’une réponse de l’organisme à une situation particulière, les techniques de relaxation pouvant permettre une utilisation adéquate et adapté de ce stress.

Toutes les techniques de relaxation sont efficaces pour réguler le tonus, qu’il s’agisse de la technique de Jacobson (qui travaille particulièrement cette alternance tension-détente) ou des techniques plus dynamiques (où le relâchement se fait plus lentement en synchronie avec l’expiration). On a constaté une influence réciproque entre la détente psychique et la décontraction musculaire, dans un sens comme dans un autre. Les méthodes suggestives types Schultz partent du repos de l’esprit et ont une influence sur le soma, alors que des méthodes plus physiologiques (telles Jacobson) partent des muscles pour atteindre les centre supérieurs grâce à la boucle de régulation tonique gamma (le système gamma fait intervenir les instances anatomiques supérieures du névraxe, il permet de diminuer sensiblement le réflexe tendineux et l’excitabilité des motoneurones.

Enfin n’oublions pas que le tonus se modifie à travers la relation . Wallon parlait de dialogue tonique pour évoquer les influences du changement tonique de la mère sur le bébé (la tendresse et les caresses le détendent alors que la crispation et les craintes se transmettent également à l’enfant) et par extension dans la relation soignant-soigné. On peut également parler de relation tonico-émotionnelle.

4.1.2) Les effets physiologiques

Outre les modifications toniques, la relaxation agit sur l’état de conscience et la vigilance , nous avons pu le constater avec Etienne d’ailleurs.

L’état de conscience correspond à une expérience subjective du sujet, alors qu’au contraire le niveau de vigilance indique un état cortical objectivement mesurable comme nous allons le voir.

Dans l’état d’éveil le rythme éléctro-encéphalographique est rapide, les yeux sont ouverts, c’est un rythme bêta (15 à 18 cycles par secondes). En relaxation, si les yeux sont fermés, ce rythme peut passer de 8 à 12 cycles par secondes : c’est le rythme alpha. C’est la concentration sur une consigne précise et la déconnexion cérébrale (l’esprit se « vide ») qui produisent cette baisse de l’activité corticale). Si un tel travail se poursuit plus longtemps (c’est le cas lors de la méditation transcendantale qui peut durer plusieurs heures dans les siddhis de l’Himalaya) le rythme éléctro-encéphalographique peut même s’exprimer par une activité thêta (4 à 8 cycles par secondes) et même delta (1 à 4 cycles par secondes), qui est le rythme du sommeil profond !

Le docteur J.F Espinas, chargé de l’enseignement de physiologie dans notre école, résumait ainsi les différents états de conscience, du plus éveillé au moins éveillé :

– Etat d’hypervigilance avec hypertonie

– Etat d’éveil actif, yeux ouverts avec production d’ondes bêta

– Etat de calme, yeux fermés avec production d’ondes alpha

– Etat intermédiaire dit de sophrologie

– Etat de relaxation avec production de différents types d’ondes selon les méthodes

– Etat d’hypnose où la suggestibilité est la plus forte

– Enfin les états de sommeil léger puis profond

L’état de vigilance atteint en relaxation va donc dépendre de la méthode utilisée et la manière dont on l’utilise.

« Ce niveau central de vigilance, caractéristique des états de relaxation et commun à toutes les méthodes, semble modulé par des facteurs plus ou moins spécifiques à chaque technique mais surtout caractéristiques de chaque sujet en fonction de sa personnalité, de la période de son existence, de son expérience des relaxations et de l’apprentissages qu’il en a ». BRENOT P. (1998, p.17).

On comprend dès lors que ce type de travail est à utiliser avec prudence. Cette baisse d’attention chez le patient induit donc un certain état de conscience, une diminution du stress, mais aussi un état de disponibilité et de suggestibilité face à un thérapeute qui détient là un certain pouvoir. Nous devons pour cela savoir ce que l’on fait, où l’on va, et réduire notre directivité au fil des séances afin de le rendre maître de son destin.

Enfin la relaxation a aussi des effets bénéfiques sur la tension artérielle, la fréquence cardiaque et la fréquence respiratoire. La température est également diminuée en relaxation, la réponse physiologique générale de l’organisme est donc exactement l’inverse de celle du stress. La relaxation permet ainsi une régulation de toutes ces fonctions, et une meilleur adaptation aux besoins de chacun (qui sont liés aux conditions de vies de chacun).

4.1.3) Schéma corporel et image du corps

Le psychomotricien aide son patient à mieux utiliser son corps, pour cela ce dernier a besoin d’en avoir une connaissance à la fois objective e subjective. On oppose souvent deux concepts pour faire part de cette connaissance : le schéma corporel et l’image du corps.

Pour Pieron, cité par CARRIC J.C (1998, p.168), le schéma corporel est la « représentation que chacun se fait de son corps et qui lui sert de repère dans l’espace ».

C’est une connaissance objective que l’on a de son corps, elle se construit dès la plus jeune enfance grâce aux expériences motrices, kinesthésiques et surtout sensorielles.

« La notion de schéma corporel au sens neuro-physiologique du terme impose l’existence d’une engrammation corticale des sensations de différentes natures nées à la périphérie et projetées au niveau du cortex en respectant avec précision une somatotopie fonctionnelle ». CARRIC J.C ( Education et rééducation, p.98)

Pour DOLTO F. (1984, p.22) le schéma corporel est conscient et « spécifie l’individu en tant que représentant de l’espèce » et est donc en principe le même pour tous les individus de même âge, sous le même climat.

L’image du corps est par contre un concept psychanalytique plus complexe. Il s’agit d’une connaissance du corps plus subjective et plus inconsciente.

Toujours selon DOLTO F. (1984, p.22) elle est « la synthèse vivante de nos expériences émotionnelles (…), elle peut être considérée comme l’incarnation inconsciente du sujet désirant ». Elle se construit donc davantage en rapport avec nos pulsions, nos désirs et leur interdits.

En psychomotricité, et plus particulièrement en relaxation, nous travaillons évidemment sur ces deux notions. Je ne voudrais pas alimenter la polémique actuelle entre les tenants de la rééducation et ceux de la thérapie. En effet notre objectif n’est pas uniquement de faire découvrir au patient son corps d’un point de vue physiologique, ni seulement de décontracter telle ou telle zone du corps, mais également favoriser l’apparition d’éprouvés corporels , de travailler sur l’émergence de sensations de plaisir .

En fait le principe de la relaxation ne favorise pas tellement, en théorie, un travail sur le schéma corporel car il passe par une déconnexion cérébrale, il abaisse le niveau de vigilance. Mais dans la pratique, et c’est surtout le cas avec les méthodes dynamiques nécessitant un certain maintien de l’attention, le travail se réalise tout de même.

Le schéma corporel se construit en effet à partir de telles expériences sensori-motrices. Dans la méthode Feldenkrais le sujet est invité à se représenter mentalement le mouvement à effectuer avant de le réaliser, cela l’oblige ainsi à s’en faire une image cérébrale. De même dans la plupart des techniques le thérapeute nomme les différentes parties du corps du sujet, un véritable repérage topographique s’opère alors avec un rétablissement des rapports spatiaux entre les différents membres du corps et une reconstruction corporelle peut alors commencer.

Nous pouvons donc dire pour conclure que l’on ne peut pas séparer dans la pratique le travail sur le schéma corporel et celui sur l’image du corps. On va à la fois aider le patient à redécouvrir objectivement et anatomiquement son corps, et travailler avec lui sur son ressenti émotionnel. Le problème est de savoir où s’arrête un travail de psychomotricité et où commence la psychothérapie de relaxation (comme dans la méthode Ajuriaguerra où les sensations sont interprétées). Sans faire de psychothérapie on ne peut éviter le transfert thérapeutique qui s’enclenche dans tout travail relationnelle. C’est ce que nous allons voir à présent.

Lire le mémoire complet ==> (A propos d’une expérience de relaxation dans un service de psychiatrie adulte)
Mémoire de fin d’études – Centre de formation en Psychomotricité
Université Pierre Et Marie Curie – Paris VI – Faculté de Médecine Pitié-Salpêtrière