Implantation de la Boucle Locale Radio et du Wifi en France

By 6 September 2013

BOUCLE LOCALE RADIO ET WIFI

La cartographie de l’implantation des technologies de la BLR et de la Wifi (Figure 9 – Implantation de la Boucle Locale Radio et du Wifi en France (fin 2003)) est plus originale. On retrouve l’implantation – BLR et Wifi – dans les grandes agglomérations comme pour l’ADSL et pour le câble. Mais on peut remarquer, en plus, une myriade d’implantations inédites – dues à de multiples expérimentations Wifi, en particulier dans les zones difficiles d’accès comme les zones de montagne, pas ou peu desservies jusqu’à présent. Il y a là manifestement une démarche de désenclavement des zones exclues des TIC et donc un puissant levier de réduction de la fracture numérique.

Autre élément inédit, la forte présence d’opérateurs alternatifs comme Altitude (le nom n’est pas fortuit), Neuf Telecom (devenu Neuf Cegetel depuis le 11 mai 2005) ou encore l’opérateur réunionnais SRR.

Dans le cas de la BLR, c’est surtout la technologie WiMax qui est en vogue. Après une vague d’expérimentations prometteuses – notamment en Alsace, les institutions officielles poussent à son implantation étendue.

Le 8 juillet 2005, l’ARCEP (Autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes) expliquait la procédure d’attribution des licences en France. Un mois plus tard, elle précisait la marche à suivre pour la présentation des candidatures qui ont jusqu’au 14 octobre 2005 pour se manifester.

Pour le Wifi, la législation précise ceci :

Les implantations ne sont possibles que dans les 58 départements autorisés (des extensions sont prévues pour juillet 2003 et la totalité du territoire en janvier 2004) ; cela est dû à des fréquences qui ne sont pas encore libérées par le ministère de la Défense ;

– Toute installation extérieure est soumise à une autorisation préalable fournie par l’ART. Les opérateurs de télécommunications sont dispensés d’une telle autorisation ;

– Les autorisations sont données à titre d’expérimentation pour une période maximale de 18 mois, elles sont délivrées gratuitement41.

Toutefois le 15 juillet 2005, la Commission Européenne incitait à plus de souplesse en élargissant le spectre des fréquences utilisables par les réseaux sans-fil.

Notons aussi néanmoins que dans le cas des implantations inédites – et contrairement aux hotspots – le Wifi se retrouve souvent couplé au satellite, ce qui résout le problème de l’absence d’infrastructures filaires. De fait, tout transite par le satellite qui fournit la liaison puis la répartition se fait par Wifi dont les bornes servent de relais. Se pose toutefois le problème de la reproductibilité technique à grande échelle de ce genre d’initiative. Le premier obstacle est le coût : 15 000 à 20 000 € pour monter une antenne. Deuxièmement, un obstacle géographique : un mur, des arbres suffisent à barrer le passage au signal. Enfin, technologique : du fait de la mutualisation du débit, il y a un risque de monopolisation de la bande passante42.

Les technologies sans-fil, si elles tiennent leurs promesses – dans le cas du WiMax – ou si elles arrivent à lever les derniers obstacles de leur implantation massive pourraient bien, dans un proche avenir, sinon concurrencer l’ADSL – nous avons vu que ce rôle est plutôt dévolu au câble, qui ne le joue pas en France, compte tenu de sa faiblesse40 – du moins constituer des alternatives viables afin de pallier les insuffisances du roi ADSL. Roi, l’ADSL l’est incontestablement en totalisant à lui seul 93 % des abonnements haut débit. Insuffisant, l’ADSL l’est aussi pour couvrir les derniers 10 %, trop dispersés pour la technologie filaire que reste l’ADSL. Son insuffisance vient aussi de celle de ses débits, qui s’effondrent dès que l’on s’éloigne du central téléphonique ou encore limités, ce qui concerne les débits montants (en upload), et ce, compte tenu de la nature profondément asymétrique de l’ADSL – le a est pour asymetric. Nous avons examiné le Wifi et le WiMax. Que reste-t-il ? Le CPL – Courant Porteur en Ligne – qui permet de remplacer les lignes téléphoniques par les lignes électriques. Avantage, son implantation est équivalente à celle de l’électricité. Autant dire tout le monde, partout. Autre avantage, la symétrie des débits. Expérimental, le CPL ne l’est plus depuis avril 2005, date à laquelle Patrick Devedjian, ministre délégué à l’industrie a levé le caractère expérimental de cette technologie. Seulement, un obstacle demeure et vient ternir ce tableau idyllique : compte tenu des attributions d’EDF – un autre opérateur historique, mais dans l’énergie cette fois – le CPL ne peut donner lieu à la commercialisation d’un accès Internet ; il se retrouve donc cantonné à une utilisation en réseau local. Qu’avons-nous encore ? La fibre optique et les réseaux 3G. La première est une technologie de choix dans le cas de l’ultime recours : les réseaux d’initiatives publics dans le cadre de la délégation de service public par les collectivités territoriales elles-mêmes. Nous y reviendrons (cf. plus loin « L’ultime alternative ? : la délégation de service public et les réseaux d’initiatives publiques »). La deuxième entraîne des prix prohibitifs et un débit insuffisant utilisée conjointement avec un ordinateur ou un changement de terminal – mais dans ce dernier cas, l’obstacle est de taille car l’ordinateur reste, et de loin, le terminal privilégié d’accès à Internet33 et non le téléphone portable.

Enfin le cas du satellite est celui de l’ultima ratio car en plus du coup prohibitif (3 000 à 5 000 € HT pour l’installation et un abonnement d’un an), le temps de réponse (ping) est très élevé, ce qui réduit le champ d’applications d’Internet (vidéo-conférence ou téléphonie par IP). Accordons toutefois à cette technologie le double avantage de la facilité d’installation et son imbattable taux de couverture : 100 % du territoire.

Ainsi entre les promesses du WiMax et les limites – actuelles – du Wifi, la faible implantation du câble, la frustration règlementaire du CPL et le pis- aller du satellite, nous retrouvons l’« e-no man’s land » que nous avions quitté avec l’ADSL. Allant plus loin que la distinction entre les zones desservies par le haut débit et celles qui ne le sont pas, dépassant le débat entre « l’ADSL des villes et l’ADSL des champs », Stéphane Lelux va jusqu’à évoquer la réalité d’une France numérique à 3 vitesses.

1. les pôles privilégiés (ou zones blanches, dans la représentation de l’auteur) regroupant 65 % de la population mais seulement 10 % du territoire ;

Les territoires (communes, zones d’activités…) qui offrent un potentiel économique important et sont situés à proximité immédiate des grands réseaux d’infrastructures nationaux et internationaux :

– Ces territoires bénéficient des investissements spontanés des opérateurs ;

– Les utilisateurs profiteront des effets directs de la concurrence ;

– Les services innovants s’y développeront plus rapidement et inciteront des prestataires de services nouveaux à venir s’y développer (activités liées au secteur des TIC). Bien que ces territoires soient « privilégiés », une intervention des collectivités pour rendre réellement opérationnel le dégroupage ou la diffusion des BLR est utile43.

2. les pôles d’opportunités (ou zones grises) regroupant 10 % de la population et 10 % du territoire ;

Les territoires qui disposent d’un potentiel économique mais qui sont isolés des grandes infrastructures, ou à proximité de celles-ci mais offrant un potentiel trop insuffisant dans l’immédiat pour attirer les investisseurs :

– Ces territoires seront couverts par l’offre de France Télécom (exemple ADSL…), mais ses concurrents investiront très rarement dans la boucle locale (quelques BLR et quelques réseaux câblés) ;

– Les utilisateurs disposeront d’une offre de service mais d’une faible dynamique concurrentielle qui ne s’exercera qu’au niveau des services (exemple : choix du fournisseur d’accès Internet) et rarement des réseaux ;

– Dans ces territoires les collectivités peuvent contribuer à la dynamique du marché en agissant notamment par le biais de la « commande publique » (achat de service de type « haut débit ») qui représente dans certains cas près de 50 % du potentiel de marché local.

Les collectivités pourraient être ainsi un moteur à l’arrivée du haut débit sur la boucle locale sans nécessairement investir dans des infrastructures mais essentiellement par une politique d’achat dynamique et contribuant à la diversité des offres (plusieurs opérateurs)43.

3. les pôles d’exclusion numérique (ou zones noires) regroupant 25 % de la population et 80 % du territoire.

Ces territoires sont les « laissés pour compte » de la vague de développement des réseaux numériques « haut débit » (« vide numérique »).

Il s’agit de la plupart des territoires ruraux, mais aussi de zones peu denses situées en périphérie d’agglomérations.

– France Télécom considère que près de 25% de la population ne sera pas couverte par son offre ADSL et encore moins par ses évolutions futures (DSL…),

– Ces zones sont caractérisées par l’absence de solution technologique « haut débit » de masse à l’exception de l’offre par satellite. Cette dernière n’est absolument pas comparable en termes de qualité de services et de coûts.

– Les utilisateurs seront contraints d’utiliser des technologies « bas débit » (RTC, RNIS). Les plus gros consommateurs (grandes entreprises) devront disposer de solutions dédiées (liaisons louées, accès satellites, faisceau hertzien point à point). Pour les autres utilisateurs, le seul recours sera de se regrouper pour disposer d’un accès partagé.

Sur ces territoires, l’intervention publique est indispensable pour permettre une réelle diffusion des services « haut débit »43.

Le schéma de la Figure 14 – France du haut débit d’ici 2005, vers un territoire à trois vitesses (TACTIS, 2002) résume cette typologie de la France à 3 vitesses.

Outre cette catégorisation, il ressort du propos de Lelux l’émergence des collectivités locales comme le dernier recours. Alors les collectivités locales, l’ultime alternative ? C’est ce que nous allons examiner.

Lire le mémoire complet ==> (La fracture numérique en France : définitions, enjeux, défis)
Mémoire de fin de master En vue de l’obtention du Diplôme Sup de Co Reims
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