De la relaxation à l’expression corporelle : progression logique

By 4 September 2013

4.3 De la relaxation à l’expression corporelle

Je voudrais développer pour finir un thème qui me tient particulièrement à cœur, à savoir le lien et la progression entre les diverses méthodes de relaxation, ainsi que l’excellente introduction qu’elles représentent vers des techniques plus expressives.

Je précise tout de suite que j ‘emploierai ici le terme de relaxation au sens très large, c’est à dire englobant non seulement les techniques classiques mais également des techniques plus anciennes et plus expressives telles le Yoga et le Tai chi chuan (qui est d’ailleurs enseigné dans le module de relaxation en troisième année à la Salpêtrière).

Un mémoire est une occasion aussi d’élaborer une réflexion globale sur les études, la manière dont j’ai vécu l’enseignement et ce que j’en tire pour préparer un projet de pratique pour l’avenir. Je me baserai donc ici à la fois sur mes impressions en rapport avec ma pratique personnelle, et sur un projet thérapeutique général en psychiatrie (que j’ai commencé à élaborer avec Etienne).

4.3.1) Progression logique entre les méthodes

C’est par des cours de Yoga en 1995, puis de Tai chi chuan en 1997 que j’ai commencé ma pratique de relaxation. Ces méthodes demandent une certaine souplesse, une capacité à se détendre. En entrant à l’école de psychomotricité en 1998 et en apprenant les techniques de bases de relaxation (surtout Jacobson) je me suis aperçu qu’un travail musculaire segmentaire en amont pouvait être une bonne introduction aux pratiques plus expressives que j’ai apprise avant. L’apprentissage du contrôle tonique permet d’obtenir, presque d’une façon réflexe, le relâchement ou le tonus nécessaire en fonction de la situation. Pratiquer le Yoga en ayant une expérience préalable est semble t- il plus facile, de même l’harmonie et la beauté des gestes lents du Tai chi chuan seront obtenus plus facilement (réduction des nombreux tremblements du début dus à l’apprentissage).

Deux méthodes de relaxation dynamiques que j’ai ensuite apprises en troisième année constituent un intéressant intermédiaire entre les techniques de base types Jacobson et les techniques expressives.

La première a été élaboré en 1980 par Raoul Dupont, c’est tout simplement « la relaxation dynamique », qui est une adaptation de la méthode Feldenkrais (voir partie théorique) à la psychomotricité. Dupont préconise, avant de réaliser les mouvements synchronisés (qui sont les mêmes que ceux de Feldenkrais), un repérage des points d’appuis du corps sur le sol, puis de visualiser mentalement ces mouvements, et, après leur exécutions réelles, de les synchroniser avec la respiration.

Les gestes lents de la méthode doivent permettre, selon Feldenkrais, d’atteindre « une nouvelle conscience de SOI », pour acquérir des moyens supplémentaires d’évoluer psychologique et de libérer « les énergies créatrices » présentes en nous. FELDENKRAIS M. (1993, p.206).

La relaxation devient donc ici un moyen d’agir sur toute la personnalité.

La deuxième méthode est la méthode Orlic, qui est encore plus remarquable à décrire, car elle possède une troisième et dernière partie appelée « expression de soi – intégration sociale ». Les deux premières parties de cette méthode dynamique consistent en l’exécution de mouvements simples en synchronie avec la respiration, au niveau des jambes, des bras, des épaules et de la tête. Ils peuvent s’exécuter en position debout ou assise, ce qui est intéressant pour les personnes âgées.

Une fois que ces gestes sont maîtrisés, il est proposé aux sujets des mouvements plus expressifs, inspirés de postures pharaoniques, de prières et rituels divers, de gestes mimant l’offrande, l’aspiration, l’extériorisation ou au contraire l’intériorisation.

« Les six mouvements fondamentaux qui composent cette troisième partie sont la base pure de l’expression corporelle (…). Synthèse objective des gestes humains, ils traduisent une expression symbolique ou réelle du Moi, qui se manifeste tant dans des attitudes rituelles, culturelles, au gré des civilisations, que dans des formes artistiques, ou que dans des gestes de la vie quotidienne. Ces diverses positions témoignent non seulement de la personnalité du sujet, mais aussi de son appartenance à la vie et de son adhésion au groupe. » LEANDRI J.F (1999, p.111).

Le Yoga et le Tai chi chuan, que j’ai rapidement présenté dans la partie théorique, vont encore plus loin que ce travail d’expressivité de la personnalité, ils représentent également une véritable philosophie de vie, voir des pratiques spirituelles et mystiques, mais nous dépassons là le cadre de notre propos.

Le psychomotricien connaissant un panel aussi diversifié de pratiques peut s’adapter et proposer à son patient la technique qu’il convient en fonction de la pathologie, des possibilités et des désirs de ce dernier.

Lire le mémoire complet ==> (A propos d’une expérience de relaxation dans un service de psychiatrie adulte)
Mémoire de fin d’études – Centre de formation en Psychomotricité
Université Pierre Et Marie Curie – Paris VI – Faculté de Médecine Pitié-Salpêtrière