Travaux publics réalisés à Drummondville durant la crise de 1930

By 25 August 2013

3.2.2 Les travaux publics

Les premiers travaux publics sont réalisés à Drummondville durant l’été 1930, grâce à un emprunt de 58!000!$67. Il s’agit de la construction de systèmes d’aqueduc et d’égout, de gravelage de rues, etc. Le conseil de ville prévoit alors que si la situation du chômage devient trop sérieuse, des travaux de grande envergure seraient amorcés à l’automne. Ce que craignent les autorités municipales survient effectivement, puisqu’en septembre, un projet de travaux publics évalué à 75!000!$ est élaboré. Le même mois, la ville envoie des délégués à Ottawa et en octobre, à Québec, pour discuter des subsides que Drummondville pourrait obtenir pour ces travaux de chômage68. D’ailleurs, l’emprunt de 50!000!$ pour ce projet ne sera effectué que si les paliers supérieurs de gouvernement accordent des montants satisfaisants69.

Drummondville reçoit d’abord 16 000$ du gouvernement fédéral -au lieu des 25!000!$ demandés70. Une délégation se rend donc à Québec demander un octroi plus élevé71: Drummondville reçoit un montant supplémentaire de 8!000!$, qui lui servira notamment à construire de nouveaux égouts et aqueducs72. Sur les 24!000!$ reçus au total, les deux tiers sont dépensés en salaire73 pour les 220 hommes employés à tour de rôle74. Le choix du type de travaux tient compte de la proportion des montants qui peut être allouée au salaire, et la construction d’égouts est particulièrement avantageuse à ce point de vue75.

68 Procès-verbaux du conseil municipal de Drummondville, séance du 23 septembre 1930.

69 « Les deux règlements d’emprunt approuvés par les propriétaires », La Parole, 23 octobre 1930, 5, 29, p. 1.

70 « Des constructions d’égouts seront entreprises bientôt », La Parole, 27 novembre 1930, 5, 35, p. 1.

71 « Le comité du Chômage offre 16!000$ à Drummondville », La Parole, 20 novembre 1930, 5, 34, p. 1.

72 « Le conseil municipal a fait commencer mardi la construction de nouveaux égouts rue Heriot », La Parole, 11 décembre 1930, 5, 37, p. 1.

Le même processus se répétera d’année en année durant la crise. Les autorités locales évaluent les besoins, c’est-à-dire le nombre de chômeurs et les travaux les plus urgents à entreprendre. Ensuite, un programme de travaux publics est planifié, incluant une estimation des coûts. Puis, la municipalité effectue une demande de subsides auprès des gouvernements fédéral et provincial, le plus souvent par écrit. Certaines années76, toutefois, le conseil de ville envoie des délégations à Québec et/ou Ottawa pour faire valoir l’importance du chômage à Drummondville et obtenir des sommes plus élevées. Pour compléter les montants, la localité emprunte auprès d’institutions bancaires, une fois qu’un règlement en ce sens a été soumis aux propriétaires77, par voie de référendum.

Généralement, les travaux de chômage s’organisent à la fin de l’été ou au début de l’automne en vue de l’hiver suivant. Pour les travaux devant être exécutés durant l’été, les démarches pour l’obtention d’un soutien financier sont entreprises en mars. La longueur du processus décrit plus haut explique ce calendrier. En 1932, par exemple, le conseil de Drummondville fait une première demande en avril78 et les travaux ne sont entrepris qu’en août79. Parfois, le temps de quelques mois, aucun programme de travaux publics ne peut se concrétiser, faute de financement. Dans ces cas-là, la municipalité de Drummondville effectue un emprunt pour entreprendre certains chantiers, sans savoir si les subsides suivront. C’est ce qui se produit en 1939: «!nos chômeurs ne peuvent attendre ces lenteurs et c’est pourquoi le conseil a cru qu’il était sage de commencer sans plus de retard certains travaux qui pourront probablement être compris dans le programme qu’approuveront les gouvernements s’ils se décident un jour à traiter Drummondville comme les autres centres importants où il y a chômage80. »

Un tel reproche est souvent formulé à l’endroit des paliers supérieurs de gouvernement, particulièrement dans la première moitié de la décennie 1930. Au cours de cette période, Drummondville est présentée par le journal local comme la grande oubliée de la province de Québec: « Des travaux urgents s’imposent chez nous comme ailleurs. Nous croyons que nous sommes justifiables de protester énergiquement contre la manière d’agir des autorités fédérales dans la distribution des travaux publics81. » Les besoins sont alors considérables: d’une part, l’accroissement rapide de la population favorise le développement de nouveaux quartiers, pour lesquels il presse de construire égouts et aqueducs; d’autre part, le nombre de chômeurs voulant être embauchés pour ces grands travaux suit également une courbe ascendante -comme nous l’avons vu au chapitre précédent. Les projets élaborés sont par ailleurs de grande envergure et les octrois accordés déçoivent chaque année le conseil de ville, qui doit modifier les programmes pour qu’ils correspondent à un budget plus limité.

73 « Le conseil municipal de cette ville a obtenu 2!000$ de plus pour les chômeurs », La Parole, 19 mars 1931, 5, 51, p. 1.

74 « La question du chômage est encore discutée au Conseil », La Parole, 29 janvier 1931, 5, 44, p. 1.

75 « Le Conseil rend compte de son administration », La Parole, 28 janvier 1932, 6, 44, p. 8.

76 Des délégations sont formées en 1930, 1932, 1937 et 1939.

77 Les propriétaires sont les seuls à pouvoir voter pour les règlements municipaux.

78 Procès-verbaux du conseil municipal de Drummondville, séance du 12 avril 1932.

79 « Les travaux de pavage permanent sur certaines rues de cette ville commenceront d’ici quelques jours », La Parole, 4 août 1932, 7, 19, p. 1.

80 « Un programme de travaux publics sera bientôt soumis à nos contribuables », La Parole, 25 mai 1939,14, 1, p. 1.

81 « Nous a-t-on oubliés!? », La Parole, 28 juin 1934, 9, 11, p. 2.

À partir de 1936, avec l’arrivée au pouvoir de Maurice Duplessis, le gouvernement québécois accepte d’accroître les montants accordés aux travaux publics. Or, ce changement coïncide avec une participation réduite du gouvernement fédéral au financement des programmes de travaux de chômage82. Selon Pelletier et Vaillancourt, les municipalités du Québec ne peuvent assumer qu’une infime partie de ces dépenses, en raison d’une situation financière précaire qui ne leur permet plus d’emprunter auprès des banques83. À Drummondville, la cote de crédit est demeurée relativement bonne durant la crise84 et ce sont les prêts bancaires qui vont permettre la poursuite des travaux de chômage dans la localité, les octrois étant toujours inférieurs à l’aide souhaitée.

En effet, en 1936, 1938 et 1939, les gouvernements provincial et fédéral assument environ le quart du coût des travaux effectués – alors qu’ils devaient payer la moitié de ces grandes constructions!- soit 16!900!$ sur 60!000!$ en 193685 et 17!500!$ sur 80!500!$ en 193886. En 1937 et 1939, la proportion des frais acquittés par la municipalité est encore plus importante. En 1937, les octrois ne représentent pas le vingtième des frais prévus, c’est-à-dire 8!000!$87 pour un projet de 178!382!$88. Deux ans plus tard, les paliers supérieurs de gouvernement ne défraient que le septième des sommes dépensées pour les travaux publics, soit 60 000$ sur 422!633!$89. La différence est chaque fois empruntée par la ville de Drummondville.

82 Michel Pelletier et Yves Vaillancourt, op. cit., p. 227.

83 Ibid.

84 « Ce dont Drummondville a besoin », La Parole, 28 avril 1938, 12, 51, p. 2.

85 La somme provient du gouvernement provincial. « Drummondville reçoit 16!900$ pour des travaux de chômage », La Parole, 29 octobre 1936, 11, 27, p. 1.

86 La somme provient du gouvernement provincial. « Une subvention de 17!500$ pour des travaux de voirie », La Parole, 18 août 1938, 13, 15, p. 1.

Si bien qu’en 1940, le conseil de ville doit envoyer une délégation à Québec, pour discuter avec les membres de la Commission municipale des fonds nécessaires pour assumer les dépenses de la cité90. C’est donc dire que les sommes payées par la municipalité pour les travaux de chômage et les secours directs ont aggravé de façon notable la situation financière de Drummondville.

Malgré les problèmes de financement rencontrés, des travaux de grande envergure sont entrepris durant toute la période. Or, aussi importants puissent-ils être, ces chantiers ne permettent pas d’embaucher tous les chômeurs et, comme pour les secours directs, la municipalité doit élaborer des critères visant à favoriser certains groupes d’individus.

À partir de septembre 1930, la priorité est accordée aux résidents de Drummondville, par rapport à ceux des villages environnants, qui ne paient pas de taxes à la municipalité91. Parmi les Drummondvillois, le gouvernement local veut privilégier les individus, prioritairement les pères de famille, qui habitent la ville depuis plus longtemps92. Selon les années, l’importance accordée à chacun de ces critères varie. Par exemple, pour le début des travaux publics entrepris à l’hiver 1931-1932, seuls les pères ou soutiens de famille pourront être engagés93. Avec des règles aussi précises, une carte d’identité où sont consignées ces informations devient nécessaire. Elle sera exigée sur les chantiers à partir de 193294.

87 Le Ministère du travail donne un premier octroi de 3!000$, puis un montant supplémentaire de 5000$. Procès-verbaux du conseil municipal de Drummondville, séance du 16 décembre 1937 et « Un octroi de 5!000$ pour Drummondville », La Parole, 10 mars 1938, 12, 44, p. 1.

88 « Projet de travaux publics pour un montant de 178!382$ », La Parole, 11 mars 1937, 11, 45, p. 1.

89 Sur un total de 60 000$, 25!000$ est assumé par le gouvernement fédéral et 35!000$ par le gouvernement provincial. « Les travaux », La Parole, 27 avril 1939, 13, 49, p. 1 et Procès-verbaux du conseil municipal, séance du 4 avril 1939.

90 Procès-verbaux du conseil municipal de Drummondville, séance du 4 avril 1940.

Par la suite, le comité chargé de la question du chômage au conseil de ville propose périodiquement des règlements plus restrictifs. Par exemple, en 1936, le comité recommande que des célibataires puissent être engagés pour les travaux publics, seulement s’il s’agit de garçons habitant chez leurs parents et dont la famille est dans le besoin95. Pour les célibataires, la durée de résidence exigée est également plus longue – deux ans et plus en 193796!- et le nombre de journées de travail possible dans une semaine est moindre que celui d’un père de famille, soit trois jours et moins97.

Attardons-nous maintenant davantage aux pièces d’identité qui permettent de contrôler l’emploi des chômeurs pour les travaux publics et dans les usines.

Lire le mémoire complet ==> (Les élites locales et les mesures d’aide aux chômeurs durant la crise des années 1930 à Drummondville)
Mémoire présenté à l’université du Québec à Trois-Rivières comme exigence partielle de la maîtrise en études québécoises
Université Du Québec