L’impact des énergies renouvelables sur le marché du travail

By 24 August 2013

3.2 LITTERATURE SUR L’IMPACT DES ENERGIES RENOUVELABLES SUR LE MARCHE DU TRAVAIL

3.2.1 IMPACTS DIRECTS ET INDIRECTS SELON KAMMEN ET AL. (2006)

D. M. Kammen, K. Kapadia, et M. Fripp passent en revue et comparent les récentes études sur les créations d’emploi potentielles dans l’industrie des énergies renouvelables. Leur publication s’articule autour de plusieurs questions auxquelles elle tâche d’apporter une réponse critique.

Comment peut-on comparer et donner du sens à des résultats calculés selon diverses méthodes ?

Deux grands types de modèles sont mentionnés : les modèles input-output (IO) et les modèles analytiques. Ces derniers calculent en général uniquement les emplois directs, tandis que les modèles I-O font apparaître emplois directs et indirects, induits par des effets multiplicateurs spécifiques à chaque industrie.

Les modèles I-O fournissent l’image la plus complète de l’ensemble de l’économie, mais sont souvent opaques. Ils affichent les effets d’une suite de politiques dont il est impossible de discerner les impacts et proposent un scénario « idéal » rigide. Au contraire, les modèles analytiques sont plus transparents, avec des hypothèses plus claires, et permettent de conduire des analyses de sensibilité.

Les études d’impacts doivent tenir compte des types d’emplois générés. Globalement, l’industrie de carburants fossiles et la biomasse offrent du travail en exploitation, maintenance et préparation des carburants, tandis que la majorité des emplois créés dans l’industrie des énergies renouvelables, biomasse mise à part, concernent la fabrication d’équipements et la construction. Connaître la nature des transferts d’un type d’emploi à un autre est nécessaire pour orienter les politiques de reconversion. Qui plus est, différencier ces deux types d’emplois permet aussi de modéliser, dès lors qu’il s’agit d’exporter par exemple, un changement de proportion en faveur de la fabrication.

Un autre point indispensable pour comparer diverses études concerne la conversion des ‘temps-pleins annuels par MW’ en ’emplois par MW’, en tenant compte de la durée de vie moyenne des installations, ainsi que la conversion des ‘MW en pointe’ (MWp) en ‘MW moyens’ (MWa), dans l’optique d’exprimer l’énergie produite et non la capacité de production. La règle de trois suffit à lever ces obstacles.

Les chiffres des rapports du REPP (Renewable Energy Policy Project, 2001), de Greenpeace (2001) et de Greenpeace / EWEA (European Wind Energy Association) (2003)7 permettent aux auteurs de développer les cinq scénarios et résultats suivants :

Tableau 7 : Comparaison des créations d’emplois estimées pour cinq scénarios permettant de satisfaire 20% de la demande américaine d’électricité
Comparaison des créations d'emplois estimées pour cinq scénarios permettant de satisfaire 20% de la demande américaine d'électricité
Source : Kammen et al. (2006)

Parmi les hypothèses ayant permis cette quantification, les auteurs supposent une production électrique identique en 2020 à celle de 2002, cela étant permis par des gains d’efficacité. De plus, les scénarios ne tiennent pas compte d’éventuels effets d’apprentissage, ou encore d’emplois résultant de la fabrication d’équipements destinés à l’export. Fabriquer à l’export supposerait que l’on produise à un coût compétitif à l’échelle internationale, ce qui serait réalisé sans difficulté si le marché domestique crée une demande suffisante pour descendre rapidement sur la courbe de coût des renouvelables.

Au dépit des scénarios en faveur des énergies fossiles, les résultats montrent que, dans tous les cas, l’atteinte de l’objectif des 20% de renouvelables d’ici 2020 favorise l’emploi dans la fabrication et la construction, ainsi que dans l’exploitation, la maintenance et la transformation des carburants. Au niveau agrégé, les renouvelables créent plus d’emploi par MW installé, par unité produite et par dollar d’investissement, que le secteur de l’énergie fossile.

Quels impacts aurait une croissance à grande échelle dans le secteur des énergies renouvelables, notamment pour les travailleurs du secteur des carburants fossiles ?

En termes d’investissement, l’étude du REPP mentionnée plus haut calcule qu’un million de dollars d’investissement (sur plus de dix ans) génère environ 5,7 équivalents temps-pleins annuels dans l’industrie photovoltaïque ou dans l’éolien et seulement 3,96 dans l’industrie carbonifère.

En outre, le développement des renouvelables bénéficierait à des secteurs de l’économie (construction, agriculture) et à des Etats américains qui souffrent actuellement d’un fort taux de chômage. D’après Greenpeace USA, l’Etat du Dakota du Nord par exemple offre un fort potentiel éolien équivalent à 32% de la consommation électrique totale américaine de 2002.

Les industries d’extraction font état d’une diminution structurelle de leurs emplois. Le Worldwatch Institute explique cela par la mécanisation croissante et les fusions de capital. Il chiffre la réduction d’emplois entre 1980 et 1999 à 40% dans l’industrie du raffinage, et un déclin de 242 000 à 83 000 travailleurs, soit 66%, dans le secteur minier (charbon uniquement) sur la même période. Le Worldwatch Institute prévoit pour ce dernier secteur une réduction de 36 000 travailleurs entre 1985 et 2020.8

L’industrie pétrolifère fournit donc peu d’emplois, et ce indépendamment des réglementations environnementales, mais génère de fortes externalités économiques, via la pollution dont l’industriel ou le consommateur doit payer l’assainissement, ou encore via la perte de journées de travail effectif lors d’arrêts de travail dus à l’exposition des employés.

Quelles mesures politiques maximiseraient le surplus net économique et le bénéfice en termes d’emplois générés par l’industrie des énergies renouvelables ?

Les auteurs privilégient deux domaines d’intervention politique pour maximiser les bénéfices relatifs à l’emploi tout en minimisant les impacts négatifs sur les travailleurs du secteur des carburants fossiles.

Le développement des renouvelables doit être intégré dans un contexte plus large, favorable aux énergies propres, combinant énergies renouvelables, efficacité énergétique et transports durables. Ces divers segments présentent en effet des externalités bénéfiques multilatérales.

Pour éviter les laissés pour compte, la mise en place de programmes de reconversion abordables est nécessaire, via des programmes de formation gratuits en installation et maintenance de systèmes d’énergies renouvelables, via des incitations financières ou fiscales en faveur des entreprises du secteur des renouvelables qui recrutent et forment des sans- emplois, ou encore en soutenant les instituts universitaires techniques qui offrent des formations dans le secteur demandeur de main d’œuvre.

Lire le mémoire complet ==> (Les effets en emploi d’un développement du captage et stockage du CO2 en France)
une étude macroéconomique comparée avec les énergies renouvelables
Mémoire de Master 2 – Analyse économique et gouvernance des risques
Université De Versailles Saint-Quentin-En-Yvelines – Institut national des sciences & techniques nucléaires INSTN