Limites de la filière cacao : Faible prix, Taxation, Qualité…

By 10 August 2013

III-3. LIMITE DE LA FILIÈRE

Faible prix aux producteurs

Le prix aux producteurs pour le cacao était de 353F CFA/kg en 2005/06 et a été augmenté de 415 F CFA/kg en 2006/07, 435 F CFA/kg 2007/08 voire 575 en 2008/09. Néanmoins, malgré cette augmentation en terme nominal, le prix aux producteurs est resté bas du fait des prélèvements sur les prix à l’exportation qui comprime la marge des producteurs.

Problème de contrôle des coûts de production

La grille de rémunération actuelle prévoyait une marge bénéficiaire intermédiaire pour la qualité afin d’inciter à produire des qualités supérieures. Cet objectif malheureusement n’a été respecté au cours des Campagnes Cacao 2006/07, 2007/08 et 2009.

Étant donné la dégradation de la qualité du cacao, les décotes appliquées diminuent considérablement la marge bénéficiaire. Ainsi, les marges autorisées pour les différents intervenants (coopératives, traitants) sont les mêmes quelle que soit la qualité. Ce système ne les incite qu’à faire le strict minimum requis car toute augmentation de leur revenu viendra non pas d’une amélioration de qualité mais d’un accroissement du chiffre d’affaire, donc du volume traité.

De plus, l’organisation actuelle de la filière n’a aucun moyen de contrôler les coûts de production. En effet, le système de rémunération actuelle fixe les marges bénéficiaires des acteurs industriels à un niveau qui couvre les coûts opérationnels. Les acteurs se soucient à produire les qualités qui minimisent les coûts au lieu de raisonner en terme de coût marginal.

C’est l’efficience qui en souffre en plus de la dégradation de la qualité.

Le produit d’exportation mal adapté à la demande

Ce sont les exigences du marché et non la préférence de l’exportateur ou le type d’installation (usines de traitement) qui devraient déterminer la présentation du produit d’exportation. Cependant, les installations dont disposent les unités industrielles en Côte d’Ivoire ne répondent pas à cette norme. Il n’y a aucune souplesse dans la détermination des qualités du cacao par rapport à la demande. La classification du cacao par qualité qui date des années 60 n’a jamais été adaptée aux goûts des consommateurs comme il était prévu dans les clauses de la réforme de la filière.

Taxation du secteur cacao variable

L’un des objectifs de la réforme visait à réduire le rôle joué par l’État dans la filière. Pourtant aujourd’hui, force est de constater que les différents organes de la filière agissent pour le compte de l’État. Pour preuve, l’État a un rôle décisionnel prépondérant et agit indirectement sur l’avenir de la filière. L’exemple typique est la façon aléatoire de fixer les taxes d’exportation sur le cacao. Les taux de taxation à l’exportation qui initialement était fixé à moins de 250 F le kg, a été porté à 313,65 F le kg depuis 2005.

Blocage du processus de privatisation/libéralisation de la filière

Huit ans après l’initiation de la réforme de la filière cacao, le bilan est peu satisfaisant. La privatisation du patrimoine industriel piétine et la libéralisation des prix intermédiaires n’a jamais été initiée.

En effet, la surprise est de constater qu’à l’heure actuelle l’État détient toujours plus de 50% des actifs dans les différents organes de la filière (ARCC, BCC, FDPCC, FRC, FGCC) et c’est une réalité. Il faut noter que la structure actuelle de la filière ne milite pas pour l’entrée d’un grand nombre d’acteurs privés. Ces derniers craignent d’avoir une faible marge de manœuvre face à l’État toujours présent dans la filière.

De même, le système de rémunération n’a pas fondamentalement changé et ressemble beaucoup à l’échelle mobile qui était appliquée avant la réforme. Il procure des rémunérations en fonction des services accomplis au lieu de fournir un prix négocié en fonction de l’évolution du marché mondial.

De plus l’organisation actuelle pose un problème de propriété du cacao le long de la filière. Ce dernier semble être la propriété de tout le monde et de personne à la fois. Tout le long de la filière, il y a transfert de propriété d’un acteur intermédiaire à l’autre jusqu’à la vente.

Les facteurs suivants expliquent ce blocage dans la réforme de la filière :

Manque d’intérêt pour la culture de cacao : malgré le fait que le cacao soit un produit stratégique pour l’économie ivoirienne, peu d’attention lui est accordée ces dernières années.

Aucune formation n’est consacrée à l’étude de cette matière première d’importance capitale pour l’économie ivoirienne.

Rares sont les séminaires ou conférences organisés pour discuter des questions relatives à la gestion du secteur cacao qui fut pendant très longtemps l’affaire de l’État.

Ce manque d’intérêt privé explique pourquoi l’État garde une grande partie des actifs dans les entités industrielles de la filière. Il faut reconnaître qu’un produit qui procure plus de 80% des recettes d’exportations est stratégique. En se mettant d’accord que l’État ne peut pas céder le contrôle à des opérateurs peu fiables, un processus facilitatif devait être initié pour encourager et mieux cibler les acquéreurs potentiels. Soulignons en passant que la fluctuation des cours de cacao ces dernières années n’encourage pas les privés à investir dans un secteur jugé très risqué.

– Problème de compétence : la plupart des personnes qui jouent un rôle décisionnel dans le secteur cacao n’ont aucune formation sur ce produit. La réforme étant en premier lieu, l’œuvre du gouvernement, il manque au niveau de l’autorité des personnes compétentes en la matière. Malgré l’importance économique du cacao, la Côte d’Ivoire ne compte que deux experts en cacao (en la personne de Mr Guy Alain GAUZE et Mr Dagobert BANZIO).

Lire le mémoire complet ==> (La gestion de risque de prix liée à la commercialisation du cacao en Côte d’ivoire)
Mémoire présente pour l’obtention du Diplôme de Master en Négoce des matières premières 4 produits (Café-Cacao, Anacarde, Coton et Pétrole)
Institut Supérieur de Formation Professionnelle et Technique I.S.F.P.T- École Supérieur Internationale des Matières Premières E.S.I.M.P