Les sociétés de bienfaisance à Drummondville

By 25 August 2013

4.1.3 Les sociétés de bienfaisance

En partie financées par la municipalité mais dirigées de façon autonome, les sociétés de bienfaisance que sont la Société Saint-Vincent de Paul (SSVP) et le cercle de couture de l’Amicale de la Présentation font également partie des organisations étudiées. Tel que mentionné dans le chapitre antérieur, la première distribue les secours directs durant près de quatre années et la seconde fournit aux familles pauvres des vivres et des vêtements. Le rôle de ces organismes se situe donc essentiellement au niveau de l’application des mesures d’aide aux chômeurs.

4.1.3.1 Société Saint-Vincent de Paul

Contrairement aux groupes d’intérêts, qui formulent des propositions pour orienter les politiques d’assistance10, cette société de bienfaisance se restreint à un rôle de distributeur, qu’elle abandonne à la fin de l’année 1932 pour des raisons déjà évoquées. Néanmoins, durant les années où la SSVP est chargée de la distribution des bons, l’organisme et ses dirigeants exercent un contrôle certain sur la gestion des secours directs.

10 Nous ne possédons toutefois pas les procès-verbaux des réunions de la SSVP pour attester de l’absence de propositions.

À la différence des chômeurs et chômeuses à qui ils viennent en aide, les responsables de la SSVP se recrutent parmi les couches plus aisées de la population11. En effet, les agents de la petite propriété (industriels et commerçants) et les professions libérales exercent une influence notable au sein de l’organisme (tableau VI). Comme au conseil de ville, les représentants de ces deux groupes professionnels regroupent la moitié des titulaires de fonctions!(57,1%): 38,1% des mandats sont exercés par des avocats et un médecin12 et 19%, par des propriétaires d’entreprises. Par rapport à ces professionnels autonomes, auxquels peuvent s’ajouter par ailleurs les cols blancs – il s’agit dans ce cas-ci d’agents d’assurance (19%) -, les employés et les ouvriers jouent un rôle négligeable. Au total, ces salariés ne fournissent que le cinquième des dirigeants de la SSVP, soit 14,3% des mandats exercés par des cadres et 9,5%, par des ouvriers.

11 D’ailleurs, le statut social des dirigeants de la Société Saint-Vincent de Paul réjouit le président du Conseil supérieur de cette société, qui écrit en 1936 à Joseph Marier: «!Je suis bien aise qu’un homme de votre situation sociale soit actuellement président de la Conférence ». Lettre datant du 30 novembre 1936 et écrite par le Conseil supérieur de la SSVP de Drummondville. Fonds P437, Archives nationales à Québec.

12 À noter le rôle important des frères Marier, Joseph et Marcel, qui exercent respectivement trois et deux mandats comme président, vice-président ou secrétaire.

Tableau VI:

Dirigeants de la Société Saint-Vincent de Paul selon la catégorie socioprofesionnelle,1935-1939

Catégories socioprofessionnelles Individus

n %

Mandats

n %

1. Propriétaires d’entreprises et professions autonomes assimilées industriels commerçants indéterminés

2. Personnel cadre et administratif industries supra-locales industries locales secteur financier

3. Membres des professions libérales droit santé

4. Cols blancs semi et non-spécialisés autonomes

5. Ouvriers semi et non-spécialisés

6. Indéterminés

4 25,0

1 6,3

2 12,5

1 6,3

3 18,8

1 6,3

1 6,3

1 6,3

4 25,0

3 18,8

1 6,3

3 18,8

3 3,6

2 12,5

2 12,5

1

4 19,0

1 4,8

2 9,5

1 4,8

3 14,3

1 4,8

1 4,8

1 4,8

8 38,1

7 33,3

1 4,8

4 19,0

4 19,0

2 9,5

2 9,5

1

Total sans les indéterminés* 16 (100) 21 (100)

* Les chiffres ayant été arrondis, il est possible que les totaux des pourcentages exprimés ne correspondent pas exactement aux nombres qui sont inscrits.

Sources: La Parole et l’Indicateur de Drummondville.

Enfin, il est intéressant de noter que la totalité des dirigeants de la SSVP sont d’origine francophone. Comme le souligne Hugues, la petite bourgeoisie anglophone, même celle de religion catholique, n’a « aucun sens d’identification avec les pauvres de la localité. Les pauvres de Cantonville [Drummondville] ne sont pas les pauvres des Anglais »13. Cela se vérifie d’ailleurs au cercle de couture de l’Amicale de la Présentation, puisque les responsables de l’organisme proviennent d’une origine sociale et linguistique similaire.

4.1.3.2 Amicale de la Présentation

Comme nous l’avons mentionné au chapitre précédent, cette société de bienfaisance formée d’anciennes élèves du couvent de Drummondville organise des activités de financement au profit des pauvres. Elle aide également la Société Saint- Vincent de Paul dans son travail, en distribuant des vêtements aux chômeurs, en effectuant des visites à domicile et des enquêtes sur le bien-fondé des demandes de secours directs. Ainsi, cette association de femmes, grâce à un nombre de membres important – environ 150 -, exerce des responsabilités multiples dans le domaine de l’aide aux nécessiteux.

Au cours des quatre années14 pour lesquelles les annuaires d’adresses révèlent le nom des dirigeantes15 de l’Amicale de la Présentation, neuf femmes différentes exercent entre trois et quatre mandats chacune. Parmi elles, nous pouvons noter la présence de deux rentières, d’une ménagère et d’une institutrice privée. L’occupation des autres responsables n’a pu être repérée dans les sources16. Toutefois, la profession du mari est indiquée. L’un est agent17 (membre de la Chambre de commerce), deux sont médecins (échevins et directeurs de la Ligue des propriétaires), un autre est avocat (directeur de la Chambre de commerce) et le dernier, cordonnier.

De même que les directeurs de la Société Saint-Vincent de Paul, les dirigeantes du cercle de couture se recrutent donc majoritairement parmi la petite bourgeoisie locale,

et exclusivement chez les femmes d’origine francophone. De plus, bien qu’elles ne fassent pas elles-mêmes partie du conseil de ville et des groupes d’intérêts retenus pour cette étude, près de la moitié des directrices de l’Amicale (4 sur 9) sont mariées à des individus qui s’engagent dans ces organisations, à titre de membre ou de dirigeant. Indirectement, les femmes de cette société de bienfaisance s’insèrent donc elles aussi dans des réseaux de relations avec les autres regroupements qui participent à la mise en œuvre des mesures de secours.

14 Il s’agit des années 1935, 1937, 1939 et 1941.

15 Les sources ne révèlent que le nom des présidentes, vice-présidentes et secrétaires de cette organisation. Nous ne possédons pas de renseignements sur les membres.

16 Cela explique l’importance de la catégorie « indéterminés » dans le tableau IX.

17 Dans les annuaires d’adresses, on ne précise pas de quel type d’agent il s’agit.

Intéressons-nous maintenant à ces groupes d’intérêts, dans lesquels une partie des dirigeants du gouvernement local et de la Société Saint-Vincent de Paul cumulent des mandats.

Lire le mémoire complet ==> (Les élites locales et les mesures d’aide aux chômeurs durant la crise des années 1930 à Drummondville)
Mémoire présenté à l’université du Québec à Trois-Rivières comme exigence partielle de la maîtrise en études québécoises
Université Du Québec