Les énergies renouvelables sur le marché du travail allemand

By 24 August 2013

3.2.2 LE CAS DE L’ALLEMAGNE SELON LEHR ET AL. (2007)

Lehr et al. modélisent l’impact net des énergies renouvelables sur le marché du travail allemand.

La méthodologie

Les auteurs ont avant tout sélectionné les industries impliquées dans les ENR à partir du TES national à 59 secteurs. Une étude statistique – élaborée à base de questionnaires précis envoyés à diverses entreprises, principalement des PME, offrant un total de 26 400 emplois – a permis la création d’un secteur « production de systèmes pour l’usage d’ENR ». Une distinction est opérée entre les consommations intermédiaires importées et celles qui sont produites en Allemagne. Personnels qualifié et non qualifié sont aussi distingués (en fonction des besoins des entreprises). Le nouveau vecteur Entrée-Sortie a été construit pour chaque source d’énergie (vent, hydraulique, solaire thermique, photovoltaïque, biomasse géothermique et biogaz) puis agrégé en un secteur unique. Ce vecteur modélise la structure de coût des ENR. La figure 8 présente les consommations intermédiaires du secteur énergétique actuel et de deux secteurs désagrégés : l’éolien et le photovoltaïque.

Figure 8 : Structure de coûts de différents types d’énergie
Structure de coûts de différents types d’énergie
Source : Lehr et al. (2007)

Une seconde étape consiste en la fixation de scénarios prospectifs de développement national et international des ENR, incluant la trajectoire des prix. Deux scénarios sont proposés concernant la politique économique allemande :

– Le scénario de référence (REF) présente une baisse des émissions de 30% ainsi qu’une part des ENR dans l’énergie primaire à hauteur de 10% d’ici 2030.

– Le scénario poursuivant les objectifs nationaux (TOS : « Target-Oriented Scenario ») de baisse des émissions de 40% d’ici 2030 avec une part d’ENR équivalent à 23% de l’énergie primaire employée dans l’économie.

Dans le but de prendre en compte le volume de demande extérieure adressée aux entreprises allemandes, plusieurs scénarios internationaux sont intégrés à l’étude. Les auteurs soulignent l’importance de la position de l’industrie allemande des renouvelables sur le marché international et insistent sur l’apport économique de la position de « lead market ». Beise (2001) identifie cinq facteurs permettant à un marché de devenir un marché leader : un atout sur la demande, un avantage sur les prix et les coûts, un atout sur l’export, un atout sur les transferts et un atout sur la structure du marché. Les auteurs ajoutent des facteurs tels que le cadre institutionnel à l’égard de l’innovation et les effets de clusters et réseaux. Pour le cas des ENR, ils précisent que la disponibilité de personnel qualifié, une bonne infrastructure et un fort niveau de recherche et développement contribuent à se positionner avantageusement à l’échelle internationale. Le marché de l’Union Européenne tient un rôle important à ce niveau puisqu’il fournit les deux tiers des revenus à l’exportation du secteur des renouvelables.

Une troisième étape consiste en l’incrémentation des résultats des deux premières étapes dans le modèle macro-économétrique PANTA RHEI, il s’agit d’un modèle entrée-sortie de type bottom-up. Les scénarios prospectifs fournissent des informations sur l’investissement dans le secteur des ENR et sur le poids financier du développement des filières sous forme d’une hausse des coûts de l’énergie. Le modèle met en avant un certain nombre d’interdépendances : Le niveau de demande finale dépend du revenu disponible des ménages, des taux d’intérêt et de profit, de la dynamique du commerce international et des prix relatifs des biens et services. Production finale et importations sont fonction des niveaux de demandes finale et intermédiaire. Enfin, le niveau d’emploi est déterminé à partir du volume de production et du taux de salaire réel de chaque secteur, le salaire réel variant en fonction des prix et des productivités du travail.

Les résultats

L’effet bénéfique sur l’emploi résulte 1) de la demande causée par l’investissement sur les systèmes liés à l’usage des ENR et réalisés par la production domestique ; 2) de la demande en opération et maintenance dans le secteur de la biomasse ; 3) de la demande en production de biocarburants. La demande internationale intervient dans les premier et troisième types de demande. L’impact sur l’emploi devrait être prépondérant dans un premier temps dans la production de systèmes (deux tiers des emplois créés), tandis qu’il augmentera progressivement en opération et maintenance avec un accroissement des capacités installées.

Une hausse de la productivité, due à un accroissement des capacités, au progrès technique et aux effets d’échelle, peuvent se traduire en une forte baisse de l’emploi dans les secteurs intensifs en travail. En outre, du fait du caractère moderne des technologies et de la croissance future du marché, une hausse rapide de la productivité – principalement due au progrès technique – est attendue dans les industries de production de systèmes destinés à l’usage d’ENR. Quant aux effets d’apprentissage futurs, ils sont fonction de la maturité d’une industrie, une industrie non mature – l’éolien offshore par exemple – jouit de gains de productivité potentiels, et risque donc de voir son contenu en travail diminuer.

Tableau 8 : Développement des coefficients en travail d’ici 2030 (2004 = 100)
Développement des coefficients en travail d’ici 2030
Source : Staiβ et al. (2006)

L’étude projette des scénarios initiaux combinés à des scénarios plus ou moins optimistes quant au développement des exportations :

Tableau 9 : Emploi d’ici 2030 en Allemagne selon les divers scénarios (modèle PANTA RHEI)
Emploi d’ici 2030 en Allemagne selon les divers scénarios
Source : Staiβ et al. (2006)

Plus globalement, l’étude révèle que le marché de l’emploi de l’économie est affecté par les niveaux d’investissements, la réduction d’importation de carburants fossiles, les coûts additionnels de la production de l’énergie issue des renouvelables et les exportations nettes.

Un niveau d’investissement élevé et l’installation de fortes capacités exercent un effet positif sur l’emploi dans les industries concernées. Cet effet est une conséquence de la baisse des importations en matières premières, remplacées par des renouvelables.

Les exportations sont tout aussi essentielles. Sans expansion du marché international, les ENR ne peuvent bénéficier fortement au marché de l’emploi allemand.

Outre une réduction de l’investissement dans les énergies fossiles, les effets bénéfiques sont contrebalancés par une baisse de l’investissement et de la consommation des agents publiques et privés à plus faible budget, qui pâtissent du coût additionnel de la production de l’énergie issue des renouvelables. L’activité économique et par conséquent l’emploi dans les secteurs concernés s’en trouvent ainsi ralentis.

Les approches méthodologiques présentées par ces deux publications sont intéressantes et semblent soutenir la cause des modèles input-output. Les structures de coût des industries allemandes de l’énergie présentées dans le rapport de Lehr et al. fournissent une vision sectorielle intéressante.

Les résultats de ces études tendent sans grande surprise en faveur des énergies renouvelables. Cependant, une originalité de l’étude de Lehr et al. tient au lien négatif qu’il met en valeur entre progrès technique, effets d’apprentissage et économies d’échelle d’une part, et l’emploi d’autre part.

A l’issue de la revue de la littérature, la question des répercussions en termes d’emploi dans le CSC demeure entière. Les modèles qui ont pour vocation d’évaluer un déploiement du CSC dans un contexte de réduction d’émissions de CO2 sont multiples, mais aucune publication n’a placé exclusivement la question de l’emploi sur la borne test. L’état de l’art ouvre quelques pistes, apporte de précieuses informations méthodologiques, mais encore bien peu d’éléments de réponse quant à notre problématique.

4- Conclusion  :

L’analyse macroéconomique établie mène à plusieurs éléments de réponse à la problématique, ainsi qu’à des perspectives de poursuite intéressantes.

Selon l’analyse input-output, l’énergie renouvelable type choisie, l’éolien, semble plus bénéfique en termes d’emplois que la séquestration du CO2. Ce résultat est à observer avec précaution compte tenu de la disponibilité réduite de données sur le CSC.

L’impact du CSC sur l’emploi est négatif selon les résultats préliminaires obtenus avec le modèle d’équilibre général. Cela est, comme on l’a vu, du à un coût. Il n’est pas surprenant qu’une technologie de réduction d’émissions soit coûteuse. La même analyse avec un coût du carbone ou un marché des droits d’émissions pourrait, en fonction du niveau choisi, conclure en un effet net positif sur l’emploi et l’ensemble de l’activité.

La continuité de l’étude serait intéressante, comme on l’explique en dernière partie, pour positionner l’éolien dans le même modèle, et mener une étude à l’horizon 2030. De plus, il serait intéressant de simuler les mêmes scénarios sur un modèle dynamique, notamment le modèle IMACLIM-R, dont la version statique employée ici peut justement servir de calibrage.

Lire le mémoire complet ==> (Les effets en emploi d’un développement du captage et stockage du CO2 en France)
une étude macroéconomique comparée avec les énergies renouvelables
Mémoire de Master 2 – Analyse économique et gouvernance des risques
Université De Versailles Saint-Quentin-En-Yvelines – Institut national des sciences & techniques nucléaires INSTN