Les chiffres de l’actionnariat des salariés en France

By 5 August 2013

2. Les chiffres de l’actionnariat salarié en France

Dans un entretien avec Rhodia Alliance sur le développement de l’actionnariat salarié, Lubomira ROCHET avance que le développement de l’actionnariat salarié en France est essentiellement lié à deux phénomènes : la vague de privatisation qui a eu lieu à partir de 1986 ainsi que la progression et la diversification de l’épargne salariale.

A partir de cette période, nous pouvons collecter de nombreuses données même si celles-ci datent souvent des années précédant 2000.

a. Des chiffres généraux souvent anciens

Les données fournies par Jean-Claude TOURNIER, dans son ouvrage Associer les salariés aux performances , datent de 1999. Il notait qu’en France, au début de l’année 2000, un million de salariés, soit 5% de la population active française, étaient actionnaires. Chacun de ces salariés disposait alors en moyenne de 150 000 F (23 000€), soit un an de salaire. L’actionnariat salarié en France en 1999 représentait donc un total de 150 milliards de francs (soit 2% de la capitalisation boursière).

Ainsi, 4% des ménages détenaient des titres de l’entreprise dont un des membres était salarié.

En 1999, la France était alors au premier rang européen et second rang mondial derrière les Etats- Unis au niveau de la diffusion des stock-options. Celles-ci ne se limitaient plus au top management mais étaient déjà élargies au personnel de l’entreprise même si leur part restait encore faible. Ainsi en 2000, 1% des employés du CAC 40 étaient titulaires de stock-options.

Toutefois, les quantités d’options offertes à chacun restent encore liées au niveau hiérarchique et salarial (cf. I.3.).

Selon une enquête DARES de 1998 :

– deux entreprises sur trois utilisaient des plans d’actionnariat salarié comme complément de salaires;

– ces plans étaient avant tout réservés aux cadres et leur attribution était sélective, même si un changement se faisait déjà sentir;

– et, dans les trois quarts des cas, ces plans restaient un moyen d’attirer et de fidéliser les meilleurs éléments.

En 1999, l’épargne salariale avait encore une part faible mais elle connaissait une progression rapide. Ainsi, elle représentait à cette époque 4% de l’épargne globale en France.

La tendance générale dans l’évolution des actifs des FCPE était de comporter de plus en plus d’actions de l’entreprise employeur (hausse notamment due à l’importance des privatisations).

De 1995 à 1998, l’actionnariat salarié était passé de 26 à 38% du total de l’ensemble de l’épargne salariale et en 1999 et 20% des actions émises en France étaient réservées aux salariés.

Jean CHERIOUX dans son rapport d’information fait au nom de la Commission des Affaires sociales confirme que la progression actuelle de l’actionnariat salarié permet d’identifier plusieurs signes de son développement. Il précise également, en s’appuyant sur l’enquête réalisée par ALTEDIA, que parmi 150 entreprises cotées interrogées, 92 ont un actionnariat salarié. La part du capital social détenu par les salariés représente environ 2 % pour les entreprises du CAC 40.

b. L’actionnariat salarié selon le type d’entreprise

L’actionnariat salarié dans les entreprises du CAC 40 au 31/12/2000

Sur 40 sociétés, 32 disposaient en 2000 d’un actionnariat salarié avec un pourcentage de détention moyen de 3,14%. Ainsi, 42% des salariés des entreprises du CAC 40 étaient actionnaires de leur entreprise (TREBUCQ).

L’actionnariat salarié dans les entreprises du SBF 250 au 31/12/2000

113 sociétés du SBF 250 avaient un actionnariat salarié en 2000, avec un pourcentage de détention moyen de 4%. On remarque que les secteurs de la construction et de l’équipement sont davantage en avance que les autres à ce sujet : en effet, respectivement 67% et 48% de leurs salariés étaient actionnaires et possédaient en moyenne environ 6% de leur entreprise (respectivement 7,4% et 5,5%). Les secteurs les plus en retard restent l’immobilier et les sociétés d’investissement (AUBERT, 2003).

L’actionnariat salarié dans les sociétés cotées des premier, second et nouveau marchés au 31/12/2000

Selon le marché, entre 32 et 44% des entreprises avaient en 2000 plus de 3% d’actionnaires salariés seuil permettant, avec la loi Fabius (2001), que les salariés actionnaires bénéficient d’un représentant au conseil d’administration, même si cette possibilité est rarement appliquée (DESBRIERES, 2002).

TABLEAU RECAPITULATIF au 31/12/2000

Marché (Nombre d’entreprises) % ayant un Actionnariat Salarié Pourcentage de capital détenu par les salariés(moyenne) Nombre de sociétés détenues à plus de 3% par leurs salariés
Premier marché (323entreprises) 31% 3,67% 36
Second marché (338entreprises) 24% 3,54% 24
Nouveau marché (163entreprises) 27% 5,53% 17

Source : DESBRIERES (2002), d’après AUBERT (2003), Observatoire de l’actionnariat salarié en Europe

c. Quand est-il dix ans plus tard ?

La Fédération Française des Associations d’actionnaires salariés et d’anciens salariés (FAS) estime aujourd’hui à 2,5 millions le nombre des actionnaires salariés français. Ils représentent environ 8 % des actifs et un tiers des actionnaires individuels. La FAS a établi ce chiffre par « extrapolation à partir des entreprises connues ». Cela inclut donc les actionnaires salariés qui détiennent des actions de leur entreprise uniquement au travers de la détention de parts de FCPE d’actionnariat salarié.

En termes de masse de capitaux, l’actionnariat salarié pèse 43,2 milliards d’euros (estimation des encours fin 2006) pour la partie correspondant à des mécanismes d’épargne salariale et constitue plus de la moitié des encours totaux de l’épargne salariale (82,4 milliards d’euros). Toutefois, cela ne représente encore qu’environ 2,5 % du montant de la capitalisation boursière des 791 sociétés cotées (Source : site Internet La Finance pour Tous).

Dans son étude « Quel bilan de l’actionnariat salarié ? », NOVETHIC, un centre de ressources et d’expertise sur la responsabilité sociétale des entreprises et l’investissement socialement responsable, indique qu’« un peu plus d’une entreprise cotée française sur trois a des actionnaires salariés ».

La Fédération FO de la métallurgie, dans sa critique de la thèse de Xavier HOLLANDTS, précise que 19% des entreprises de plus de 250 salariés ont développé un actionnariat salarié aujourd’hui tandis que les autres entreprises en ont moins de 5 %.

LES ECHOS, dans un article du 31 janvier 2008, ajoutent que 37 des entreprises du CAC 40 et 145 des membres du SBF 250 ont développé un actionnariat salarié. L’actionnariat salarié représenterait 50 % des encours globaux de l’épargne salariale soit 43 milliards d’euros détenus par 10 % des salariés du pays (2,5 millions).

Aujourd’hui, la France est toujours, avec le Royaume Uni et l’Irlande, le pays d’Europe où l’actionnariat salarié est le plus développé. Il a pris son essor avec les privatisations et bénéficie d’un ensemble de dispositifs incitatifs, développés par les autorités publiques. Ainsi, le TOP 10 des entreprises européennes en matière d’actionnariat salarié (calculé suivant le montant de capitalisation détenue par les salariés de l’entreprise) dénombre six entreprises françaises (Total, SG, BNP Paribas, Crédit Agricole, AXA, Bouygues) tandis que le TOP 100 européen en compte 32.

Mais, la diffusion de l’actionnariat salarié en France est très inégale et reste fonction de la taille des entreprises. En 2002, la répartition par taille d’entreprises indiquait que 19,1 % des entreprises de plus de 1 000 salariés bénéficiaient d’un dispositif collectif d’actionnariat salarié, alors que 11% des entreprises de 500 à 999 salariés en avaient un, contre 0,5% des entreprises de 1 à 9 salariés. Il semble donc que les PME restent, pour la plupart, en marge du mouvement de développement de l’actionnariat salarié (Source : les Echos.fr).

L’actionnariat salarié dans les entreprises du CAC 40

Presque toutes les entreprises du CAC 40 ont des actionnaires salariés, la plupart ayant mis en place des stocks options réservées en général à un petit nombre de cadres dirigeants. Moins nombreuses sont celles qui ont un actionnariat salarié significatif et diffusé plus largement parmi le personnel, notamment au travers de mécanismes d’épargne salariale (www.lafinancepourtous.com).

15 entreprises du CAC 40 ont un actionnariat salarié qui dépasse 3 % du capital, 7 franchissent la barre des 5 % (AXA, BNP Paribas, Bouygues, Crédit Agricole, Essilor, Vinci, Société Générale, Saint- Gobain, Bouygues).

En dehors du CAC 40 et dans la perspective d’une constitution d’un actionnariat stable, quelques autres entreprises dépassent également cette barre (Eiffage, Safran, Auchan, Latécoère…).

Au critère des 3 % du capital détenu, l’indice Euronext FAS IAS ajoute celui d’un minimum de 25 % de salariés, actionnaires de l’entreprise. En 2008, seulement 27 entreprises cumulent ces deux critères. Ces sociétés se caractérisent par une capitalisation boursière importante et des effectifs élevés; elles exercent leur activité principale dans les secteurs de la banque, de l’automobile, de la construction, de l’énergie et des services publics. Mais au delà de cette répartition sectorielle, ce sont les entreprises privatisées qui constituent encore la majeure partie du bataillon des grandes firmes ayant un actionnariat salarié significatif et largement diffusé.

Pour conclure, notons que l’on constate un développement significatif de l’actionnariat salarié dans deux types distincts d’entreprises, à savoir :

– dans les grandes entreprises et notamment celles du CAC 40,

– mais aussi dans certaines PME que l’ont peut qualifier “d’innovantes”.

Ainsi, les PME dites traditionnelles restent à l’écart du mouvement, or ce sont elles qui constituent le cœur du tissu économique en France (Lubomira ROCHET).

3. Explications et observations

Jean-Claude TOURNIER émet quelques observations qui permettent d’expliquer les chiffres obtenus ci-dessus.

On peut noter que les salariés des grandes entreprises sont pour le moment davantage concernés par l’actionnariat que ceux des petites entreprises pour deux raisons principales :

D’une part, les firmes de tailles moyennes ont souvent moins de possibilités d’accorder des avantages financiers à leurs salariés;

Et d’autre part, la plupart du temps, les PME ne sont pas cotées en bourse. Ainsi, la constitution d’une épargne composée au moins partiellement d’actions de l’entreprise employeur est difficile car il existe un réel problème concernant la sortie ultérieure des capitaux investis en actions non cotées devant l’absence notoire de liquidité de ce type de titres.

Jean-Claude TOURNIER fait également remarquer que les entreprises publiques dénationalisées arrivent en tête en termes de développement de l’actionnariat salarié. Ainsi, chez France Télécom, 90% des salariés sont actionnaires, 72% chez Air France.

Sectorisation IAS/SBF250 en nombre d’entreprises et capitalisations (2ème trimestre 2007)
Sectorisation IAS/SBF250 en nombre d’entreprises et capitalisations
Sectorisation IAS/SBF250 en nombre d’entreprises et capitalisations
Source : www.fas.asso.fr (Fédération Française des Actionnaires Salariés et des Anciens Salariés)

L’analyse de la DARES permet également de mettre en évidence deux facteurs d’accès à l’actionnariat qui expliquent eux aussi les chiffres obtenus précédemment :

– l’actionnariat salarié est plus pratiqué dans les grandes entreprises, mais reste fréquent dans les entreprises de moins de 50 salariés, dites de ” matière grise “, à forte croissance;

– l’accès à l’actionnariat est plus élevé lorsque l’entreprise pratique une politique dynamique d’épargne salariale.

Enfin, selon Jean CHERIOUX, l’inégale diffusion de l’actionnariat salarié semble répondre à certains facteurs objectifs :

Au niveau de l’entreprise :

– la probabilité d’un actionnariat salarié est d’autant plus forte qu’il existe déjà une politique d’épargne salariale dans l’entreprise. Or, cette dernière est surtout développée dans les grandes entreprises;

– les PME sont moins menacées par les ” forces centrifuges ” (internationalisation, filialisation, diversification) qui risquent de nuire à la cohésion interne de l’entreprise. Or, l’actionnariat a souvent vocation à renforcer cette cohésion;

– le capital des PME est souvent plus stable que celui des grandes entreprises. Elles n’ont alors pas besoin de chercher à le stabiliser en favorisant l’actionnariat salarié;

– à la différence des entreprises innovantes, les PME n’ont pas nécessairement besoin de compléter leur politique salariale par un actionnariat qui serait avant tout un ” salaire différé “.

Au niveau de la catégorie des salariés (selon un rapport de la Fondation Saint-Simon qui distingue trois types de relations salariales) :

– la ” stabilité polyvalente “, modèle hérité de la relation salariale fordiste, surtout présent dans les grandes entreprises industrielles et de service, dans lequel les salariés doivent être polyvalents et s’adapter rapidement;

– la ” profession “, qui s’appuie sur des individus porteurs d’innovations technologiques ou d’un savoir-faire particulier;

– et la ” flexibilité de marché “, qui regroupe les salariés précaires ou peu qualifiés.

Suivant cette classification, Robert BOYER considère alors que l’actionnariat salarié n’aurait vocation qu’à concerner les seuls salariés relevant des deux premiers modèles. « Cette évolution ne concerne que deux catégories. D’une part, les spécialistes, aux compétences pointues, très mobiles à l’échelle internationale et relevant du ” modèle professionnel “. D’autre part, les salariés qui sont au cœur de la compétence des grandes entreprises appartenant au ” modèle de la stabilité polyvalente “. Soit au total entre 35 % et 45 % des salariés. Mais, à côté, la majorité des salariés, au statut plus précaire, ne participe pas à ce mouvement. Le changement d’emploi et le paiement d’un salaire de marché sont, pour eux, la règle. Elle n’incite pas à la distribution d’actions, instrument de fidélisation des salariés appartenant aux deux autres statuts. »

De même Marc MATHIEU vient compléter cette théorie (dans « Annual Economic Survey of Employee Ownership in European Countries ») en montrant que l’actionnariat salarié se développe par paliers. La première année, seuls les « Top Executives » bénéficient de stock options. Un à deux ans plus tard, c’est au tour du « High Management » qui représente 1% des employés. Puis vient la participation des « middle and low management » (10% des employés). Enfin, encore deux à trois ans plus tard, des plans correspondant à la totalité du personnel sont mis en place.

4. Evolutions et tendances

L’actionnariat salarié a vraiment pris son essor grâce à l’Ordonnance de 1986 et aux privatisations de nombreuses grandes entreprises publiques. Son développement a notamment été encouragé par les gouvernements qui croient en ses effets bénéfiques sur la croissance économique et l’emploi (WEITZMAN, 1985).

Malgré un essor remarquable, son développement reste cependant encore trop lent. Le principal frein est certainement psychologique : les salariés sont encore réticents face à la bourse et ses fluctuations de cours.

Développement de l’actionnariat salarié :

Année 1998 1999 2000 2001 2002 2006
Salariés actionnairesen millions 0,7 0,9 1,2 2 2,3 3

Source : Guide FAS : nombre d’actionnaires salariés en France (en millions) in Les effets de participation des salariés sur la performance de l’entreprise – Tests empiriques et proposition de modèle théorique, Xavier HOLLANDTS, 2007

Si les chiffres sont loin d’être négligeables, ils cachent souvent une situation très contrastée. On peut toutefois souligner qu’ils illustrent un réel phénomène de progression de l’actionnariat salarié (Lubomira ROCHET).

Lire le mémoire complet ==> (L’actionnariat des salariés dans les sociétés françaises : une solution d’avenir ?)
Projet de fin d’études
EMLYON business School