Les assemblées politiques et l’aide aux chômeurs à Drummondville

By 25 August 2013

5.2.2 L’union fait la force

Dans certains cas, le conseil municipal choisit de s’allier à un organisme, pour mieux convaincre une tierce partie. Dans d’autres situations, ce sont des associations qui se regroupent pour avoir plus de poids auprès du conseil de ville. Intéressons-nous d’abord à la première forme d’union mentionnée.

37 Procès-verbaux du conseil municipal de Drummondville, séances du 16 août 1932, du 27 décembre 1932, du 10 avril 1935 et du 21 mai 1935.

Le meilleur exemple est sans doute celui, évoqué précédemment, de l’Association des manufacturiers. Les autorités locales écrivent à quelques reprises37 à des gérants d’usines pour leur rappeler leur entente avec la ville concernant la sélection des futurs ouvriers. Or, certains résidents de longue date dénoncent encore des injustices dans les procédures d’embauche et le conseil de ville demande à l’Association des manufacturiers d’intervenir elle aussi auprès des industriels pour exiger le respect des critères élaborés par le gouvernement local. Puisque l’organisme regroupe plusieurs des gérants d’industries, le conseil de ville sollicite, seul ou avec l’appui de la Ligue des propriétaires38, le soutien de ses dirigeants, avec l’espoir que ces gens du milieu sauront mieux convaincre les manufacturiers de se conformer aux directives municipales dans le choix de leur personnel.

C’est également pour persuader un chef d’entreprise que le conseil de ville, en mars 1931, réclame la collaboration de la Chambre de commerce, afin qu’ensemble, ils convainquent la compagnie d’électricité régionale (Southern Canada Power) de devancer la construction d’un nouveau barrage. Ces travaux, disait-on, allaient donner du travail à des centaines d’ouvriers39.

38 En juillet 1939, la Ligue se joint aux conseils municipaux de Drummondville, Saint-Joseph et Saint- Simon pour demander à l’Association des manufacturiers que l’embauche de la main d’œuvre locale et celle des municipalités environnantes soit privilégiée. « Embauchage de gens de notre ville dans les manufactures », La Parole, 20 juillet 1939, 14, 9, p. 1.

39 « Drummondville va presser la Southern Power de commencer son barrage de 5!000!000$ », L’Union des Cantons de l’Est, 6 mars 1931, 65, 13, p. 3

Bien que l’objet principal de ce chapitre soit la coopération entre les autorités municipales et le monde associatif, mentionnons néanmoins deux exemples de collaboration temporaire entre certains groupes d’intérêts, qui souhaitent ainsi donner de l’importance à leurs requêtes. En décembre 1937, la Ligue des propriétaires s’associe avec le Syndicat des Manœuvres pour demander que les travaux d’égout soient exécutés à la petite pelle et non à la pelle mécanique, ce qui permettrait d’embaucher un plus grand nombre de chômeurs40. Deux ans plus tard, ce sont quatre organismes41 qui se regroupent pour demander au conseil de ville que le système de la carte d’identité soit remis sur pied, pour aider les manufacturiers à appliquer les critères d’embauche42.

Outre la consultation des organismes et les ententes provisoires décrites ci-haut, le conseil de ville suscite également la collaboration du monde associatif en invitant ses dirigeants à participer à des assemblées.

5.2.3 Un droit de parole dans des assemblées politiques

À diverses occasions, les Ligues de propriétaires de Drummondville et du village voisin de Saint-Joseph sont invitées à se joindre aux assemblées qui ont pour objet l’organisation des mesures de secours. Ces réunions inter-municipales, qui regroupent les conseillers municipaux de Drummondville et des localités environnantes, sont importantes: des décisions y sont prises pour uniformiser les pratiques d’assistance, plus particulièrement le système des cartes d’identité.

En effet, une première rencontre, en novembre 1939, vise à réorganiser le bureau de placement et à centraliser l’émission des cartes43. Quelques mois plus tard, les élus municipaux de Drummondville et de localités voisines se réunissent à nouveaux avec les membres des Ligues de propriétaires pour discuter de cas particuliers rencontrés par les conseils municipaux, comme celui des gens qui quittent une ville pour y revenir plus tard44. Enfin, lors de rassemblements subséquents, il est question du droit à la carte d’identité pour les résidents du village Saint-Charles45 et des abus dans la distribution des cartes46.

40 « La Ligue des propriétaires », La Parole, 23 décembre 1937, 12, 34, p. 1.

41 La Chambre de commerce, la Ligue des propriétaires, l’Association des marchands détaillants et l’Association des manufacturiers canadiens.

42 Procès-verbaux de la Ligue des propriétaires de Drummondville, séance du 18 septembre 1939.

43 « Réorganisation du bureau de placement municipal et remise en vigueur de la carte d’identification », La Parole, 23 novembre 1939, 14, 27, p. 1

La présence de directeurs des Ligues de propriétaires dans de pareilles assemblées illustre bien le type de rapports que veulent créer les conseils municipaux avec ces associations. Cette collaboration est toutefois épisodique et concentrée en fin de crise. Voyons maintenant de quelle manière s’organise, plus durablement, la coopération entre ces organisations.

44 « Le problème de la carte d’identité de nouveau à l’étude », La Parole, 18 avril 1940, 14, 48, p. 1.

45 Procès-verbaux du conseil municipal de Drummondville, séance du 14 novembre 1940.

46 Procès-verbaux du conseil municipal de Drummondville, séance du 9 décembre 1941.

Lire le mémoire complet ==> (Les élites locales et les mesures d’aide aux chômeurs durant la crise des années 1930 à Drummondville)
Mémoire présenté à l’université du Québec à Trois-Rivières comme exigence partielle de la maîtrise en études québécoises
Université Du Québec