Le profil des chômeurs et chômeuses à Drummondville

By 25 August 2013

2.4 Le profil des chômeurs et chômeuses

À partir des demandes de cartes d’identité, de paiement de loyer, de secours directs et autres53 qui apparaissent dans les procès-verbaux du conseil de ville, il a été possible de connaître le nom de 342 chômeuses et chômeurs, qui génèrent au total 620 requêtes. La profession et le mode d’occupation (propriétaire ou locataire) de ces réclamant(e)s ont été par la suite repérés dans les annuaires d’adresses.

L’examen des groupes socioprofessionnels, tout type de demandes confondues, révèle une nette prédominance des ouvriers (tableau II). Ces derniers formulent en effet 74,6% des demandes. Les autres catégories socioprofessionnelles sont donc faiblement représentées. Certains groupes de professions démontrent tout de même une présence plus significative, notamment les gens de métier (7,9% des requêtes), les cols blancs (5,8%) -parmi lesquels domine la sous-catégorie des salariés54 (4,7%)- et les ménagères (4,3%).

Concernant le mode d’occupation des bénéficiaires, mentionnons que seulement 1,8% des demandes d’assistance est formulée par des propriétaires. En effet, la majorité des requêtes sont le fait de locataires (57,3%) ou d’individus qui ne sont ni locataires ni propriétaires (40,9%). Ces derniers habitent en fait chez leurs parents ou occupent une pièce dans un logement.

53 Cette catégorie comprend les demandes pour frais de déménagement, pour une aide à la colonisation et pour être recommandé à un employeur.

54 Il s’agit essentiellement de commis. Notons aussi la présence d’un gardien, d’un constable, d’un agent et d’un sapeur-pompier.

Tableau II: Bénéficiaires des mesures d’aide aux chômeurs selon la catégorie socioprofessionnelle

Catégories socioprofessionnelles requêtes

n %

1. Personnel cadre et administratif

2. Cols blancs semi et non-spécialisés salariés autonomes indéterminés

3. Artisans et gens de métier artisans gens de métier

4. Ouvriers

5. Rentiers

6. Ménagères

7. Autres

8. Indéterminés

4 0,9

27 5,8

22 4,7

1 0,2

4 0,9

48 10,3

11 2,4

37 7,9

349 74,6

13 2,8

20 4,3

7 1,1

152

Total sans les indéterminés* 468 (100)

* Les chiffres ayant été arrondis, il est possible que les totaux des pourcentages exprimés ne correspondent pas exactement aux nombres qui sont inscrits.

Sources: Procès-verbaux du conseil de ville et l’Indicateur de Drummondville.

Ces chômeurs dont nous venons d’esquisser le portrait ne se regroupent pas au sein d’une association, comme c’est le cas à Verdun55. Toutefois, ils s’unissent à quelques reprises pour formuler des requêtes collectives. Ces mouvements spontanés, d’après les documents disponibles, s’observent surtout dans la première moitié de la décennie 1930 et portent sur deux éléments principaux: les critères d’embauche et la répartition du travail parmi les chômeurs. Malheureusement, les sources consultées donnent peu de prises sur la réalité et les lieux de mécontentement des sans-travail. Les procès-verbaux du conseil de ville rendent compte seulement des requêtes formulées lors des assemblées municipales, ce qui exclut entre autres les rencontres plus informelles du maire ou de ses conseillers avec des chômeurs. D’ailleurs ces derniers, et plus largement les ouvriers, ont également peu de visibilité dans le journal La Parole. Celui- ci semble plutôt le lieu d’expression privilégié des notables locaux. Comme nous l’avons déjà mentionné, l’hebdomadaire reprend les comptes-rendus des réunions municipales et des activités d’associations; retranscrit et commente des bilans administratifs; etc.

55 Dans cette ville ouvrière en bordure de Montréal, les sans-travail forment à partir de 1932 un mouvement organisé, qui revendique entre autres une hausse des salaires pour les ouvriers engagés pour des travaux publics et une augmentation des allocations de secours. Suzanne Clavette, op. cit., p.!57-61.

Pour ces raisons, le peu de traces laissées par les sans-travail ne permet pas de conclure à l’absence, voire au petit nombre de récriminations du monde ouvrier de Drummondville en cette période de crise. Au même titre que les grèves aux usines Celanese et Dominion Textile révèlent, chez les ouvriers, la présence d’un mouvement d’opposition à certaines conditions de travail, les doléances exprimées par les chômeurs, bien que peu abondantes dans les sources, montrent le type de revendications et l’existence même de celles-ci. Les exemples présentés ci-dessous doivent donc être considérés comme des indicateurs et non pas comme un éventail complet des requêtes collectives soumises par les sans-emplois, qui sont sans doute plus nombreuses.

La première intervention publique date de l’été 1930. En août, « plusieurs » chômeurs réclament que la journée de travail des employés municipaux soit divisée en deux tranches de six heures, pour deux groupes différents d’ouvriers. Cette suggestion est retenue, puis adaptée par le conseil de ville pour en permettre l’application. Étant donné que le nombre d’heures d’ensoleillement décroît, il est privilégié de diviser la semaine de travail en deux sections de trois jours56.

L’année suivante, les chômeurs présentent un grief concernant la distribution du travail. Une quarantaine de personnes sans emploi se rendent à une séance du conseil municipal et se plaignent que certains ouvriers travaillent un plus grand nombre d’heures et qu’il s’agit parfois de membres d’une même famille. À cela, le maire réplique que l’ingénieur de la ville procède avec un souci de justice, mais que la spécialité de quelques travailleurs, comme les poseurs de tuyaux, est davantage prisée pour certains types d’ouvrages57. Néanmoins, la municipalité tient compte de cette critique, puisque les prochains travaux publics s’adressent en priorité aux soutiens de familles de cinq enfants ou plus, auxquels les autorités municipales procurent quatre jours de travail. Les autres chômeurs ne travailleront que trois jours58.

Mentionnons également deux autres requêtes, exprimées en 193259 et en 193460, qui portent sur la sélection des employés dans les manufactures. Cette fois, les chômeurs demandent au conseil de ville de faire pression auprès des gérants d’usines, pour qu’ils donnent priorité aux résidents de longue date et parmi ceux-ci, aux soutiens de famille. Les demandes sont entendues, mais les élus municipaux minimisent les cas d’abus.

56 « Le Conseil fera tout son possible pour aider les ouvriers », La Parole, 28 août 1930, 5, 22, p. 1.

57 « La question du chômage est encore discutée au Conseil », La Parole, 29 janvier 1931, 5, 44, p. 1.

58 « Le Conseil rend compte de son administration », La Parole, 28 janvier 1932, 6, 44, p. 8.

59 « Les citoyens de cette ville ne seraient pas encore protégés suffisamment dans nos usines », La Parole, 18 août 1932, 7, 21, p. 1.

60 Procès-verbaux du conseil municipal de Drummondville, séance du 9 janvier 1934

***

La population de Drummondville ressent donc dès 1930 les effets de la crise. Bien que de nouvelles usines s’établissent dans la localité dans les premières années de cette décennie, on dénote rapidement un surplus de main-d’œuvre. Pour les élus municipaux, le problème du chômage et l’état financier de la ville deviennent des sujets de préoccupation majeurs. Jusqu’à ce que la cité profite enfin de l’essor de l’industrie de guerre, vers 1941, les autorités locales font face à un nombre de sans-emploi grandissant, chez les résidents de longue date et chez les nouveaux venus.

Ces chômeurs, issus principalement du monde ouvrier, ne se donnent pas d’organisme officiel pour les représenter. Néanmoins, ils se rendent en groupe à quelques assemblées et expriment leurs insatisfactions. Examinons maintenant les mesures d’assistance mises en place durant les années 1930 pour venir en aide aux personnes sans travail.

Lire le mémoire complet ==> (Les élites locales et les mesures d’aide aux chômeurs durant la crise des années 1930 à Drummondville)
Mémoire présenté à l’université du Québec à Trois-Rivières comme exigence partielle de la maîtrise en études québécoises
Université Du Québec