Le partage des informations et des savoirs – Développement durable

By 8 August 2013

1.2.3. L’information pour qui ?

Pour entrer réellement en application, les savoirs pour le développement durable doivent être partagés par quatre communautés : la communauté de recherche et de formation, qui joue un rôle central mais pas unique, les entreprises, les collectivités publiques de tous niveaux depuis les organismes internationaux jusqu’aux collectivités locales et la société civile à travers les associations.

Le carré magique de la connaissance pour le développement durable

Le “carré magique” de la connaissance pour le développement durable

Source : Vincent Jay, Agora 21, 2002.

Le principe de la gouvernance que nous avons évoqué plus haut nécessite un partage des informations et des savoirs. Christian Brodhag l’a défini ainsi :

“Dans le contexte du développement durable, on considère que la gouvernance est un processus de décision collectif n’imposant pas systématiquement une situation d’autorité. Dans un système complexe et incertain, pour lequel les différents enjeux sont liés, aucun des acteurs ne dispose de toute l’information et de toute l’autorité pour mener à bien une stratégie d’ensemble inscrite dans le long terme. Cette stratégie ne peut donc émerger que d’une coopération entre les institutions et les différentes parties intéressées, dans laquelle chacune exerce pleinement ses responsabilités et ses compétences”1.

Lors de sa neuvième session, la Commission du développement durable jugeait “essentiel d’investir davantage dans les êtres humains, de reconnaître l’intérêt de points de vue différents et d’estimer la participation de toutes les parties prenantes à sa juste valeur pour permettre aux pays de tirer parti des possibilités qu’offre la nouvelle économie du savoir. Il convient de promouvoir des médias indépendants et objectifs afin de leur permettre d’apporter leur appui au développement durable”2.

Nous pouvons constater qu’ici encore il est question d’interaction, de mise en commun de l’information. Le développement durable fait intervenir une multiplicité d’acteurs tant au niveau de la construction du savoir qu’au niveau de son échange, ce qui implique la gestion d’informations nombreuses, variées et hétérogènes. Nous pouvons alors nous poser la question suivante : comment gérer toute cette information ? Comment mettre en place ce nécessaire partage des connaissances ? Et comment va circuler l’information entre ces différents acteurs ?

1.2.4. Le partage des informations et des savoirs

Dans les 22 premiers chapitres thématiques de l’Agenda 21, 185 articles citent le mot information. Christian Brodhag les a analysés en identifiant les acteurs sources d’informations, les cibles et les organisations responsables de leur traitement :

Les flux d’information dans l’Agenda 21
Les flux d’information dans l’Agenda 21
Source : Christian Brodhag, 1999

Selon l’auteur, une part faible détaille les méthodes de traitement et de stockage de l’information, et les rédacteurs de ces chapitres conçoivent principalement une information internationale et nationale diffusée vers le bas avec une vision normative.

L’introduction de la section III renforcement du rôle des principaux groupes évoque la nécessité d’informer ceux qui forment les 9 catégories identifiées dans les chapitres 24 à 42 de l’Agenda 21 pour participer au développement durable : femmes, enfants et jeunes, autochtones, ONG, collectivités locales, syndicats, commerce et industrie, scientifiques et agriculteurs. “Les particuliers, les groupes et les organisations doivent avoir accès à l’information se rapportant à l’environnement et au développement que détiennent les pouvoirs publics, y compris des informations sur les produits et les activités qui ont ou sont susceptibles d’avoir des incidences sensibles sur l’environnement, ainsi que des informations sur les mesures de protection de l’environnement”1. Cela définit un véritable droit à l’information lié à l’exercice de la démocratie, mais aussi les besoins d’information d’acteurs qui participent directement à la mise en œuvre du développement durable.

Mais dans le chapitre 40, dernier chapitre de l’Agenda 21 [17], qui traite spécifiquement de l’information pour la prise de décision, la vision donnée de l’information est différente : “chacun est un utilisateur et un fournisseur d’informations, au sens large”1. Il s’agit là d’une vision où l’information nourrit un débat beaucoup plus complexe entre les parties intéressées chacun étant fournisseur et consommateur d’informations au sein de réseaux (échanges d’expérience, bonnes pratiques). Christian Brodhag a représenté schématiquement ces différentes conceptions de circulation de l’information :

Statut de l’information dans l’Agenda 21
Statut de l'information dans l'Agenda 21
Source : Source : Christian Brodhag, 1999

Comme on peut le constater, l’Agenda 21 hésite entre trois visions de la circulation de l’information : descendante (top down), ascendante (bottom up) et celle qui circule au sein des réseaux.

C’est cette dernière vision qui a été retenu dans le texte de Rio qui propose la mise en place de structures de coordination nationale (les commissions nationales du développement durable) : “Les Etats jugeront peut-être utile de mettre en place un mécanisme de coordination nationale chargé de veiller à l’application du programme Action 21. Mettant à profit dans ce contexte les compétences spécialisées des organisations non gouvernementales”2. Dans ce dernier cas les ONG par exemple sont supposées apporter des informations dont ne disposeraient pas les Etats.

De même, il propose la mise en place de programmes Action 21 à l’échelon des collectivités appelés aussi Agendas 21 locaux qui introduisent des processus d’échange d’information et de savoirs. “La concertation et la recherche d’un consensus permettraient aux collectivités locales de s’instruire au contact des habitants et des associations locales, civiques, communautaires, commerciales et industrielles, et d’obtenir l’information nécessaire à l’élaboration des stratégies les plus appropriées. Grâce au processus de concertation, les ménages prendraient davantage conscience des questions liées au développement durable”3.

Tous ces éléments impliquent donc la mise en œuvre d’informations spécifiques à destination de chacun des acteurs. Il ne s’agit pas d’opposer des approches ascendantes (bottom up) ou descendantes (top down) mais de proposer une combinaison des deux. La communication horizontale, les réseaux d’échange d’expérience, doivent compléter ce dispositif.

Lire le mémoire complet ==> (L’information au service du développement durable dans l’espace francophone)
Mémoire DESS en Sciences de L’information et de la Documentation Spécialisées
Conservatoire National Des Arts Et Métiers – Institut National des Techniques de la Documentation