La valeur boursière de l’entreprise et l’actionnariat salarié

By 6 August 2013

c. Le cas particulier des entreprises familiales

Selon TREBUCQ (2002), la présence d’un actionnariat salarié dans le capital d’une entreprise familiale ne semble pas déterminante de la création de valeur de celle-ci. Mais celui-ci admet que ce n’est peut être que le fait de la période qu’il a étudié. De plus, en favorisant l’enracinement de la famille, l’actionnariat salarié participe sans doute à la conservation de l’aspect familial de l’entreprise et donc à la continuation de sa surperformance par rapport aux entreprises non familiales.

d. L’actionnariat salarié, une source de fonds pour l’entreprise

Dans son rapport, Jean CHERIOUX rappelle que l’actionnariat salarié a de multiples avantages pour l’entreprise, en matière de structure bilancielle et de financements. En effet, il permet de renforcer les fonds propres de l’entreprise et de soutenir les sociétés en croissance.

Renforcer les fonds propres

Les entreprises françaises souffrent toujours d’une insuffisance de fonds propres, qui fragilise leur croissance. Pour remédier à cette carence, il est nécessaire de favoriser l’épargne à long terme, investie en actions.

L’actionnariat salarié est en mesure d’apporter des réponses à cette situation. Il fournit d’abord un actionnariat nouveau et stable. De plus, il peut constituer un moyen d’inciter les entreprises non cotées à entrer sur le marché. L’actionnariat salarié est en effet plus facile à mettre en œuvre dans les sociétés cotées car il assure au salarié une réelle liquidité des titres. On constate d’ailleurs que la mise en place de telles opérations s’accompagne fréquemment d’une inscription à la cote. Dès lors, les entreprises peuvent accéder plus facilement aux capitaux et renforcer leurs fonds propres.

Soutenir les entreprises de croissance

L’innovation technologique est aujourd´hui un moteur essentiel de la croissance donc de l’emploi. La création d’entreprises innovantes devient donc une nécessité.

Mais les PME innovantes rencontrent des difficultés de financement, liées au faible développement du capital risque en France et à la difficulté d’accéder au marché du crédit et à celui des capitaux, et des difficultés de recrutement liées à la fragilité des entreprises naissantes et à leurs rémunérations rarement compétitives.

L’actionnariat salarié peut apporter des éléments de réponse à ces difficultés :

– il peut constituer un ” salaire différé ” susceptible de compenser la faiblesse initiale des rémunérations. En redistribuant des actions à ses salariés, une entreprise naissante peut ainsi attirer un personnel de qualité, sensible aux perspectives de plus-values ultérieures;

– il peut également constituer un moyen de financement complémentaire pour ces entreprises. Face aux réticences des investisseurs extérieurs, les salariés, s’ils ont confiance en l’avenir de leur entreprise, peuvent choisir d’acquérir des actions de cette dernière et contribuer ainsi à son financement et à son développement.

e. L’actionnariat salarié et son impact sur la valeur boursière de l’entreprise

En dépit des effets positifs que l’on a remarqués ci-dessus, l’actionnariat salarié ne semble pas être créateur de valeur boursière (D’ARCIMOLES et TREBUCQ, 2003). En effet, les coûts d’information, de gestion et de rémunération engagés par ce dispositif absorbent la totalité des gains de productivité. De plus, en favorisant l’enracinement des dirigeants et des managers (cf. graphique ci-après), l’actionnariat semble n’être qu’un outil de défense de la direction en place et non un outil de création de valeur.

En outre, les études présentent des résultats peu significatifs du fait de leurs résultats contradictoires.

Certes, l’indice américain ACAS des 350 entreprises américaines possédées à plus de 10% par leurs salariés indique que celles-ci sont bien plus performantes que la moyenne du marché (170% entre 1992 et 1998 pour l’indice ACAS contre 143% pour le Dow Jones et 152% pour le SP 500). De la même manière, l’indice français IAS a progressé, entre 1990 et 2001, de 227% contre 177% pour l’indice SBF 250. Mais le lien de causalité n’est nullement prouvé : en effet, c’est peut-être le fait d’être performante qui incite une entreprise à mettre en place un actionnariat salarié comme protection.

La valeur boursière de l’entreprise et l’actionnariat salarié
Source : www.fas.asso.fr (Fédération Française des Actionnaires Salariés et des Anciens Salariés)

MEHRAN (1999) observe cependant une réaction positive de la part des marchés à l’annonce de la mise en place d’un plan d’actionnariat salarié (ESOP dans son étude) : en effet, il note que 60% des entreprises dotées d’un PAS enregistre une augmentation de leur cours boursier dans les deux jours suivant l’annonce de la mise en place du plan, pour un gain moyen de 1,6%.

La peur de l’enracinement des dirigeants conduit cependant à un chute du cours des entreprises au capital dispersé et pouvant faire l’objet d’OPA (CHANG, 1990; COLLAT, 1988).

Ainsi, l’impact de l’actionnariat salarié semble positivement corrélé à la présence d’actionnaires extérieurs tels que des individuels ou institutionnels (possédants plus de 5% du capital) qui permettent de contrer l’enracinement des managers car ces firmes paraissent mieux contrôlées (WINTER, 1995).

Enfin, DAVIDSON et WORELL (1994) montrent que l’effet positif créé par la mise en place du plan se nivelle avec le temps : en moyenne, l’entreprise met environ 2 ans pour que l’effet de la mise en place du plan devienne nul.

Ainsi, D’ARCIMOLES et TREBUCQ montre que les effets de l’actionnariat salarié sur le cours de bourse sont mitigés du fait de deux principales causes :

– Les entreprises cotées conçoivent l’actionnariat salarié comme un partage du profit plutôt que comme un dispositif managérial;

– La part de capital détenu y est souvent faible, diminuant les possibles effets positifs de ces plans.

Lire le mémoire complet ==> (L’actionnariat des salariés dans les sociétés françaises : une solution d’avenir ?)
Projet de fin d’études
EMLYON business School