La gestion de risque de prix dans un environnement libéralisé

By 10 August 2013

IV- GESTION DE RISQUE DE PRIX DANS UN ENVIRONNEMENT LIBERALISE

a) Le contenu de la libéralisation

En application des engagements pris par l’État ivoirien dans le cadre du PFP du 17 mars 1998, la filière cacao est totalement libéralisée en août 1999. A partir de cette date, le mécanisme de régulation des ventes est abandonné et le prix payé aux producteurs devient totalement libre : le système des “déblocages” (autorisations préalables d’exportation) est supprimé ainsi que le barème et le prix minimum garanti au producteur. En accompagnement de la libéralisation des filières café et cacao, une société d’économie mixte, la nouvelle Caisse de stabilisation, est mise en place en janvier 1999. Il s’agit d’une agence de régulation, et non plus d’une agence commerciale, dont les missions relèvent à la fois du service public et du secteur privé. Un Conseil Interprofessionnel du café et du cacao est également mis en place en mars 1999.

b) cadre contextuel

Alors que la libéralisation de la filière a augmenté le prix aux producteurs dans plusieurs pays, elle a augmenté en même temps la volatilité des prix. En effet, les producteurs qui attendent une production future, les exportateurs qui achètent les matières premières brutes pour les revendre ainsi que les négociants qui fixent un prix pour une livraison différée font face à un risque permanent lié à l’incertitude quant à l’avenir.

La production est toujours menacée par les intempéries ou tout autre changement brusque des conditions climatiques. Avant la récolte, le prix auquel le produit sera vendu est inconnu.

Entre la date d’achat des matières premières et la fin du processus de traitement de cacao (conditionnement, séchage et ensachage en lot export ), le prix du produit fini aura changé pouvant occasionner des profits ou des pertes. Les exportateurs, qui prennent des engagements sur un produit qu’ils n’ont pas encore, espèrent que les prix vont baisser au moment de l’achat pour les revendre ensuite au plus haut. Le risque de prix est le facteur important que les opérateurs doivent gérer afin de maintenir leurs marges. Tout le long de la filière, de la production à la vente, des risques persistent même s’ils ne se présentent pas de la même façon.

IV.I. L’EXPOSITION DES AGRICULTEURS AU RISQUE DE PRIX

Deux ans après la libéralisation, la question posée ici est de savoir si le désengagement de l’État ivoirien de la filière cacao a conduit à une amélioration du bien-être des planteurs, et plus particulièrement des pauvres, dans une économie où les défaillances de marché sont nombreuses.

Nous montrons qu’une conséquence importante de la libéralisation est d’avoir entraîné la quasi-disparition de toutes transactions en différé, sur le marché international d’une part, et entre planteurs et opérateurs commerciaux d’autre part. Les paysans sont aujourd’hui plus exposés au risque et leurs moyens de protection sont très limités. Du fait de leur faible capacité d’épargne et en l’absence de mécanisme d’assurance et d’un système de crédit développé, les planteurs ont été contraints de réduire leurs dépenses. Ainsi, les dépenses de scolarité qui interviennent avant le début de la campagne sont particulièrement réduites.

Pour être plus précis les planteurs de cacao en Côte d’Ivoire, au nombre assez élevé, disposent de petites exploitations (environ 1 ha). Les fluctuations de prix, si elles se répercutaient sur les revenus des producteurs, auraient un impact sur le bien être d’un grand nombre de personnes, étant donné que tous les membres de la famille participent aux activités d’entretien et de récolte.

Des études ont montré que les planteurs de cacao ne sont pas en mesure de supporter le risque de prix en plus du risque agronomique lié à l’alternance entre les années de bonnes récoltes et les années de mauvaises récoltes. C’est ainsi que le prix minimum garanti, annoncé au début de la campagne, reste en vigueur malgré la libéralisation de la filière. D’un côté, ce dernier devrait réellement être un prix plancher pour permettre de gérer le risque de prix, et tenir compte ne serait-ce que de l’inflation. De l’autre côté, les producteurs devraient bénéficier de la meilleure évolution des cours, ce qui n’est pas le cas jusque maintenant.

Un petit exploitant (qui n’a pas accès au crédit formel) est contraint, soit d’obtenir des prêts auprès des collecteurs à des taux usuraires, soit de récolter et de vendre son cacao prématurément. Ainsi, les prix officiels à la production, annoncés par la voix des ondes, le sont à titre purement indicatif : pour les raisons citées, les recettes nettes des planteurs sont fréquemment plus faibles que prévu et correspondent parfois à la moitié du prix officiel.

IV.2. LES EXPORTATEURS FACE AU RISQUE DE PRIX

Depuis la campagne de cacao 2000 – 2001, suite au processus de libéralisation des activités de commercialisation, la totalité de la récolte du cacao des paysans est vendue à des traitants et coopératives, qui rassemblent en un seul lieu les ramassages des planteurs pour les vendre aux exportateurs.

Les adjudications permettent d’assurer la transparence des prix. Néanmoins, elles ont comme inconvénient d’empêcher l’exportateur de faire des prévisions sur les quantités. Il ne peut donc pas contracter des engagements sur de long terme. Les exportateurs ignorent le prix auquel ils devront payer le produit qu’ils ont vendu d’avance. Tous ces éléments montrent la nécessité pour l’exportateur de se protéger contre la fluctuation des prix sur le marché mondial. (Propos recueilli à Novel Côte d’Ivoire exportateur agrée).

Les contrats différés continuent à être utilisés par les exportateurs pour protéger leurs recettes futures en négociant d’avance un prix fixe. Avec l’absence de l’utilisation des instruments dérivés, comme la vente des contrats futures, les exportateurs encourent des risques en cas d’évolution défavorable des cours. Ce climat de négoce augmente le risque de contrepartie et les exportateurs à faible surface financière ont des difficultés à honorer leurs engagements.

Pour remédier à ce problème, il est possible de se couvrir au travers de l’acheteur étranger, ce qui est la pratique pour les exportateurs agissant au compte des entreprises étrangères. Mais face à un risque de manquement aux engagements, les acheteurs incorporent une prime de risque dans le prix qu’ils paient aux exportateurs, privant ainsi le pays d’une certaine quantité de recettes. [CNUCED]

Aujourd’hui, les exportateurs ont perdu le bénéfice de coûts et marges stabilisés parce qu’ils se trouvent confronter de jour en jour, à de nouvelles concurrences venues de grandes firmes multinationales.

IV.3. LE RÔLE DE L’ÉTAT ET DES BANQUES DANS LA GESTION DE RISQUE DE PRIX

L’État ivoirien pour prévenir d’éventuel risque de prix lié à la commercialisation du cacao, dans sa libéralisation a crée le Fonds de Régulation et de Contrôle (FRC) pour gérer les prélèvements de la filière en vue d’une stabilisation.

L’expérience montre que sans un système de couverture de risque, les déficits des caisses de stabilisations sont comblés par les prélèvements sur le budget de l’État. [CNUCED]

De plus, l’analyse de la structure de la filière cacao en Côte d’Ivoire montre que les exportateurs privés ont une faible surface financière pour recourir aux instruments dérivés directement.

Pour remédier à ce problème, il est possible de passer par les banques d’affaires locales, régionales ou internationales. Ces dernières peuvent servir d’intermédiaires et ouvrir accès à ces marchés à terme car elles ont l’infrastructure requise.

Lire le mémoire complet ==> (La gestion de risque de prix liée à la commercialisation du cacao en Côte d’ivoire)
Mémoire présente pour l’obtention du Diplôme de Master en Négoce des matières premières 4 produits (Café-Cacao, Anacarde, Coton et Pétrole)
Institut Supérieur de Formation Professionnelle et Technique I.S.F.P.T- École Supérieur Internationale des Matières Premières E.S.I.M.P