La circulation de l’information pour le développement durable

By 8 August 2013

1.2.5. La constitution de réseaux de compétence

La sociologie de l’innovation1 considère que le succès d’une innovation dépend plus de la construction d’un “réseau technico-économique convergent”, en d’autres termes de la convergence, de la rencontre de différents secteurs, que de la performance d’un seul domaine et suivant une planification rationnelle. Ainsi, les auteurs ont décrit la naissance d’Arpanet (le précurseur de l’Internet) comme la coopération des secteurs militaires, universitaires et des entreprises. Ils montrent qu’il ne s’agit pas d’une décision purement militaire et programmée à l’avance2 mais d’un processus complexe.

De la même manière, comme le précise Christian Brodhag, “le développement durable n’est pas une innovation classique, mais un concept qui s’est construit de façon dynamique entre des acteurs d’origines différentes”. L’auteur explique que ces réseaux d’acteurs (associations, scientifiques, entreprises, syndicats, collectivités locales, représentants des Etats…) convergent au sein de réseaux hybrides3*4. La mise en réseau des acteurs est en effet un moyen de faciliter la diffusion des innovations et des pratiques liées au développement durable. Il s’agit de la confrontation et de l’articulation des savoir-faire des praticiens de terrain et des connaissances techniques et scientifiques. Mais comment mobiliser des expériences et des savoirs et organiser les échanges d’informations dans des réseaux hybrides ?

Christian Brodhag propose un schéma des différentes structures de réseaux [20]:

Typologie du fonctionnement des réseaux
Typologie du fonctionnement des réseaux
Source : Christian Brodhag, 2003.

Examinons maintenant ces différents schémas. La question de l’échelle est fondamentale. La première possibilité favorise un type d’approche descendante qui distribue l’information d’origine centrale (a). Or, on a pu constater que si le processus global a permis de forger certains concepts, sa traduction locale et opérationnelle tarde du fait de difficultés à établir le lien entre global et local.

La seconde approche est ascendante : l’information remonte du terrain (b). Cette dernière approche est souvent valorisée pour sa pertinence et sa légitimité. Or “le problème de Hume, selon Popper, montre qu’il est impossible d’inférer des normes générales à partir du comportement particulier des individus, c’est-à-dire que malgré les approches ascendantes les niveaux supérieurs (états ou organes internationaux), disposent d’un avantage pour sélectionner ce qu’ils jugent comme pertinent”.

Voilà pourquoi on privilégie ici la troisième architecture : une communication horizontale avec des échanges de connaissances et d’expériences au sein de réseaux (c). L’avantage de ce processus est qu’il permet de valider des expériences qui ne sont pas comprises par les niveaux supérieurs ou qui n’entrent pas dans leur logique.

Dans cette architecture, le noyau du réseau n’a plus à traiter l’information mais il joue un rôle d’animateur et de facilitateur qui contribue au renforcement des capacités des membres du réseau.

Cette partie nous a permis de remonter à la source de la connaissance pour le développement durable. Nous avons pu découvrir comment est apparu la notion d’information pour le développement, comprendre sa production et connaître ses utilisateurs et son mode de circulation. La diffusion de l’information sur l’environnement et le développement durable ainsi que son accessibilité au plus large public possible, notamment grâce à Internet, doivent être vues comme faisant partie de toute stratégie de développement durable. Mais pour traiter et échanger les informations, il faut nécessairement des ordinateurs, des lignes Internet et des logiciels. Or, les pays en développement qui ne possèdent pas ces systèmes d’information*1 restent à l’écart de cette société d’information.

1.3. Les obstacles à la circulation de l’information pour le développement durable

L’analyse de la progression d’Internet dans le monde a montré que la planète est encore loin d’être câblée. Pour preuve, lors de la conférence du G7 à Bruxelles en février 1995, Thabo Mbeki, alors vice-président de l’Afrique du Sud affirmait que “plus de la moitié du genre humain n’a jamais composé un numéro de téléphone [et qu’] il y a plus de lignes téléphoniques à Manhattan que dans toute l’Afrique subsaharienne”2.

Si la mondialisation des marchés de l’information et l’extension des réseaux de communication sont à priori une chance pour que les pays du Tiers monde sortent de leur isolement, il n’en demeure pas moins que le déséquilibre Nord-Sud de l’accès à l’information reste une question préoccupante. Sous le terme générique d’accès à l’information, il convient de distinguer l’accès aux infrastructures physiques, l’accès au contenu et l’accès aux mécanismes de production.

1.3.1. Inégalité d’accès aux infrastructures physiques

L’accès aux infrastructures physiques demeure très inégal. En effet, les projections effectuées par l’Union Internationale des Télécommunications (UIT)1 confirment que les pays à haut revenu disposent d’une part écrasante des infrastructures de base, qu’il s’agisse de lignes téléphoniques, de satellites de communications ou de câbles transocéaniques.

Lignes téléphoniques pour 100 habitants par groupes de revenu (1995-2000)
Lignes téléphoniques pour 100 habitants par groupes de revenu (1995-2000)
Source : Union Internationale des Télécommunications

Les infrastructures des technologies de l’information et de la communication en Afrique sont insuffisantes, de même que les cadres politiques et réglementaires et les ressources humaines requises dans ce domaine. De ce fait, l’accès à des services abordables en fait de téléphone, de radio-télédiffusion, d’ordinateurs et de l’Internet est inadéquat. La densité de lignes téléphoniques y reste inférieure à une ligne pour 100 personnes. Les coûts des services sont élevés puisqu’une connexion coûte en moyenne en Afrique 20 % du PIB par habitant par rapport à une moyenne mondiale de 9 % et à 1 % les pays à revenus élevés. L’Afrique n’a pas encore pu tirer parti de l’outil que constitue informatique et télématique pour améliorer les conditions de vie des populations et créer de nouvelles possibilités d’affaires. Les liaisons entre les pays du continent et avec les marchés mondiaux en souffrent. Quoique de nombreux pays d’Afrique aient engagé des réformes politiques dans ce domaine, ni la pénétration des services, ni leur qualité, ni leurs tarifs ne se sont encore améliorés.

Lire le mémoire complet ==> (L’information au service du développement durable dans l’espace francophone)
Mémoire DESS en Sciences de L’information et de la Documentation Spécialisées
Conservatoire National Des Arts Et Métiers – Institut National des Techniques de la Documentation