Impact de l’actionnariat salarié sur la performance de l’entreprise

By 6 August 2013

b. Impact de l’actionnariat salarié sur la performance globale de l’entreprise

L’actionnariat salarié, un type de propriété créateur de performance ?

D’après HOLLANDTS, le degré d’efficacité d’une entreprise dépend de la forme de la propriété :

– la plus efficiente semble être la propriété privée, associée à l’entreprise individuelle dirigée par le fondateur (BAUDRY, 2003), ce qui exclut a priori les entreprises avec actionnariat salarié;

– la moins efficiente semble être la propriété publique (l’Etat).

Ainsi, l’impact de l’actionnariat salarié en tant que forme de propriété sur le niveau d’efficience de l’entreprise semble ambigu.

L’actionnariat salarié et son impact sur les performances comptables

L’actionnariat salarié est lié négativement à la performance de l’entreprise

Le tableau ci-dessous résume deux théories fondées sur des études qui soutiennent cette thèse.

LIVINGSTON et HENRI (1980) Etude menée sur la période 1967-1976; lesratios de profitabilité de 51 entreprises avec un ESOP sont inférieurs à ceux du groupe de contrôle.
FALEYE et ALII (2006) Etude menée sur la période 1995-2001; 226entreprises avec plus de 5% de capital détenu par les salariés ont été comparées à 188 entreprises en ayant moins de 5%.

Au-delà de 5%, l’entreprise est moins performante.

L’actionnariat salarié n’a pas d’effet sur la performance

Peu d’études ont été réalisées en France et les résultats obtenus par VAUGHAN-WHITEHEAD (1992) n’ont pas montré d’incidence significative de l’actionnariat salarié sur la rentabilité financière et le chiffre d’affaires.

Synthèse des thèses soulignant ce résultat :

“General Accounting Office” américain (GAO, 1987) Aucun effet n’a été observé sur la profitabilité des entreprises, quels que soient la taille et le type de plan instauré.
BORSTADT et ZWIRLEIN (1995) Etude menée sur la période 1973-1986; 85 entreprises ayant mis en place un ESOP ont été comparées à un échantillon de contrôle.
BLASI et ALII (1996) 562 entreprises américaines avec plus de 5% du capital détenu par les salariés ont été comparées à un échantillon de contrôle de 4 716 entreprises. Les niveaux de profitabilité sont semblables mais la rentabilité est supérieure pour les plus petites entreprises.
LOUGEE (1999) Aucune différence n’a été observée entre les entreprises avec actionnariat salarié et celles sans.

L’actionnariat salarié est lié positivement à la performance de l’entreprise

Si l’on retient les indicateurs usuels de rentabilité économique ou de productivité du personnel (valeur ajoutée ou chiffre d’affaires par employé), les gains observés sont en moyenne de 3 à 6% par an (ESTRIN et al, 1987; KAUFMAN, 1992; KRUSE, 1993).

CONTE et TANNENBAUM (1978) ont été les premiers à souligner l’existence d’un lien entre actionnariat salarié et résultat avant impôt. D’après eux, les firmes dotées d’un actionnariat salarié sont une fois et demie plus rentables que les autres.

WAGNER et ROSEN (1985) ont d’ailleurs confirmé cette corrélation en montrant que les entreprises ayant des actionnaires salariés dépassaient les autres entreprises en termes de croissance des ventes, de marge opérationnelle et de rentabilité financière.

De la même manière, D’ARCIMOLES et TREBUCQ (2003) ont constaté une amélioration de la performance des entreprises dotées d’actionnariat salarié, en matière de ROE et ROI, ainsi qu’une variabilité moins forte de leur rentabilité financière.

La thèse de VAUGHAN-WHITEHEAD (1992) a souligné que l’actionnariat salarié en France avait une influence positive sur la valeur ajoutée dégagée par chaque employé.

Enfin, certaines études montreraient une plus grande résistance des entreprises ayant un plan d’actionnariat salarié aux aléas de la conjoncture. D’après BLAIR et al. (2000), ces firmes avaient 20 % de chances supplémentaires de survivre sur la période 1983-1995. BLASI et KRUSE ont confirmé ces résultats pour la période 1988-1999.

Synthèses des thèses soulignant ce résultat :

CONTE et TANNENBAUM (1978) Le niveau de profitabilité croît avec le niveau d’actionnariat salarié.
MARSH et MAC ALLISTER (1981) Sur un échantillon de 229 entreprises, la productivité des entreprises avec actionnariat salarié croît de 0.75% par an tandis que celles sans ont une productivité décroissante.
FITZROY et KRAFT (1987) La productivité et la performance financière sont améliorées.
OSWALD et JAHERA (1991) Il existe une corrélation positive entre « actionnariat interne » et performance financière.
KUMBHALAR et DUNBAR (1993) Etude menée sur la période 1982-1987; sur 123 entreprises, les auteurs ont constaté un accroissement des ventes.
PARK et SONG (1995) Le ratio ROA est amélioré au cours des trois années suivant la mise en place d’un plan d’actionnariat salarié.
MEHRAN (1999) Etude menée sur la période 1971-1995; sur 382 entreprises, celles dotées d’un ESOP observent une performance boursière cumulée de 7% supérieure à celles sans ESOP.
WELBOURN et CYR (1999) L’actionnariat salarié réservé seulement aux dirigeants est corrélé négativement à la performance alors que lorsqu’il est généralisé, les effets sur la performance sont positifs.
IQBAL et HAMID (2000) L’étude de l’évolution du cours de bourse d’entreprises avec et sans ESOP montre que celui-ci augmente ou baisse fortement, la performance de l’entreprise croit de manière conséquente.
DONDI (1992) Existence d’un effet de seuil (10% de capital détenu par les salariés).
TREBUCQ et D’ARCIMOLES (2002) Etude menée sur un échantillon d’entreprises françaises cotées.

Mais, l’impact de l’actionnariat salarié semble temporaire. PUGH et al. (2000) observent une influence limitée et de court terme de l’actionnariat salarié sur les rentabilités économique et financière ainsi que sur le résultat net.

D’après DONDI (1992), la rentabilité financière évoluerait jusqu’à ce que le pourcentage de capital détenu par les salariés atteigne 10 %. A partir de ce seuil, elle décroîtrait. De même, HOLLANDTS souligne que JONES et KATO (1993, 1995) ainsi que FROHLICH et ALII (1998) ont admis une amélioration de la productivité entre 4 et 5%, mais cela uniquement pendant les trois années qui suivent la mise en place d’un plan d’actionnariat salarié.

L’actionnariat salarié et performance : synthèse

Ainsi, on peut souligner que l’actionnariat salarié ne semble efficace que lorsqu’il est intégré dans une politique active de participation. Il ne semble en effet pas avoir d’impact s’il est instauré isolément . Cela a d’ailleurs été confirmé par le General Accounting Office (GAO) américain (1987) puis par WINTHER et al. HOLLANDTS synthétise ces analyses en soulignant que les entreprises à actionnariat salarié :

– semblent plus performantes, pérennes et en mesure de rester indépendantes plus longtemps;

– valorisent les ressources humaines (emploi et stabilité) qui s’apparentent à un « moteur organisationnel » stabilisateur, contribuant ainsi à la pérennité de l’organisation;

– observent l’instauration d’une dynamique vertueuse en matière de performance.

Actionnariat salarié et productivité

Yves DE KERDREL, dans son travail universitaire mené outre-Atlantique sur un échantillon de 343 paires d’entreprises (dont certaines avaient mis en place un actionnariat salarié et d’autres non) a montré que les premières voyaient leur productivité par employé augmenter immédiatement de 2,3%.

Dans leur étude réalisée sur les entreprises américaines ayant un plan d’actionnariat salarié, KRUSE et BLASI (1997) constatent qu’il existe un écart moyen de productivité de 6,2 % entre celles-ci et les firmes qui n’ont de tels plans. Mais ces auteurs ont également démontré dans une seconde étude que le lien entre actionnariat salarié et productivité n’était pas si naturel : il existerait en effet dans les firmes japonaises et dans les petites sociétés américaines mais il ne serait plus présent dans les entreprises où il est en place depuis de nombreuses années. De tels résultats s’expliquent par la culture d’entreprise japonaise qui tend à créer un environnement participatif où l’actionnariat salarié s’accompagne d’autres pratiques de participation aux décisions. De plus, en tant qu’incitation collective, l’actionnariat salarié apparaît plus efficace lorsqu’il est appliqué dans de petites structures.

Toutefois, la grande majorité des études ne permettent pas de dégager de tendances marquées. C’est pourquoi, KRUSE et BLASI ont finalement conclu qu’il n’existait pas de lien automatique entre actionnariat salarié et productivité même si peu d’études constatent que l’actionnariat salarié aurait effectivement un impact négatif sur la productivité.

La thèse de Xavier HOLLANDTS

Xavier HOLLANDTS présente, dans sa thèse intitulée Leseffetsdelaparticipationdessalariéssurla performance des entreprises – Tests empiriques et proposition de modèle théorique, l’idée d’une représentation curvilinéaire de la performance des entreprises en fonction de la participation des salariés.

Cette courbe en U inversé connaît un point d’inflexion de la courbe se situant à 28 % de participation des salariés au capital.
Impact de l’actionnariat salarié sur la performance de l’entreprise

Ainsi, selon Xavier HOLLANDTS :

jusqu’à 28 %, la performance de l’entreprise croîtrait avec l’actionnariat salarié, au-delà de 28 %, la performance de l’entreprise serait pénalisée par l’actionnariat salarié.

Ce taux est une valeur empirique. En outre, il varie selon la forme juridique de l’entreprise, la répartition de son capital (flottant/noyau dur) et la concentration de l’actionnariat salarié (plus ou moins grand nombre de salariés pour une même pénétration du capital).

En phase ascendante :

L’actionnariat salarié répond à un sentiment psychologique de l’actionnaire salarié qui provient du besoin de posséder un territoire ainsi qu’à un effet d’attachement, vraisemblablement développé par l’intérêt porté au cours de l’action détenue.

Le conflit d’intérêt entre salariés, actionnaires non salariés et dirigeants est faible. Il y a un intérêt commun à la réussite de l’entreprise qui renforce la cohésion sociale en créant un but commun. L’actionnaire salarié a peu d’attente en termes de contrôle de l’entreprise. En outre, il ne croit pas en sa capacité à peser sur les décisions. Ainsi, plus de 90% des salariés n’exercent pas leur droit de vote aux Assemblées Générales.

Les placements sur un PEE, souvent abondés, sans droit d’entrée et sans frais de gestion, apparaissent largement plus attractifs que l’offre du marché (banques, assureurs).

L’absentéisme et le turnover baissent significativement et la productivité s’accroît de 4 à 5%.

En cas de baisse du cours de l’action, jusqu’à un effet de seuil de 10 % du capital, les salariés réagissent en effectuant davantage de travail.

A partir du seuil de 10 %, l’effet positif de l’actionnariat salarié sur la performance de l’entreprise augmente avec l’ancienneté des adhérents.

En phase descendante :

L’actionnariat salarié, mieux informé grâce à sa participation au Conseil de l’entreprise, peut agir de façon opportuniste au détriment des autres intervenants et, à terme, de l’entreprise et de sa pérennité.

A titre personnel, l’actionnaire salarié souhaite des retombées rapides de son investissement. Toutefois, il peut se comporter en passager clandestin, en se reposant sur les efforts des autres salariés.

Les décisions de l’actionnaire salarié, prises dans une optique court-termiste et parfois malgré des compétences limitées, peuvent déstabiliser la direction des entreprises et rendre la position des dirigeants instable, ce qui n’est pas toujours positif.

L’actionnariat salarié réduit le pouvoir de coercition des dirigeants envers les salariés qui, s’il n’est pas compensé notamment par plus de transparence de l’information et de communication, peut réduire la motivation au travail.

Ainsi, la Fédération européenne de l’actionnariat salarié annonce que l’impact de ce type de participation sur la performance de l’entreprise est désormais « mesurable et fort » : les résultats de la firme augmentent alors de 2% par an. Mais, toujours selon la Fédération européenne de l’actionnariat salarié, il faut pour cela, combiner actionnariat salarié et management participatif, l’actionnariat salarié à lui seul ne suffisant pas.

Actionnariat salarié et dynamique organisationnelle : les conditions de la performance économique

L’étude du NCEO (ROSEN et al, 1996) met en relief l’éventail des possibilités de motivation de l’actionnariat salarié. Elles seraient de trois sortes : financières, participatives et managériales. Ainsi, le seul statut d’actionnaire ne serait pas suffisant pour améliorer la performance des salariés. L’actionnariat salarié est perçu comme un instrument de cohésion et de stabilité et peut être considéré comme un déterminant du capital social, suivant le modèle de capital organisationnel de LEANA et VAN BUREN (1999). Ces derniers soulignent l’existence d’une relation significative et positive entre le capital social et l’aptitude de l’organisation à faciliter l’engagement et l’implication des employés, à gérer l’action collective et à développer le capital social. Ainsi, cette théorie mettrait en avant la contribution économique de l’actionnariat salarié accompagné d’une dynamique organisationnelle.

De plus, du fait de la poursuite d’intérêts communs, on a tendance à observer une amélioration de la réactivité des salariés favorisant une plus grande stabilité de la performance économique et financière. Cependant, cette diminution du risque global de l’entreprise se fait malgré l’absence d’une nécessaire diminution du risque de marché. (D’ARCIMOLES et TREBUCQ, 2003).

Enfin, HOLLANDTS note que, lorsque les intérêts des actionnaires salariés sont alignés sur ceux des autres actionnaires, on observe alors une amélioration de la performance tant financière qu’organisationnelle.

Lire le mémoire complet ==> (L’actionnariat des salariés dans les sociétés françaises : une solution d’avenir ?)
Projet de fin d’études
EMLYON business School