Etude auprès des gérants et des associations d’actionnariat salarié

By 6 August 2013

2. Aspect qualitatifs

a. Etude auprès des gérants

Nous avons mené une enquête auprès de gérants et de directeurs financiers. Il importe toutefois de noter que les réponses apportées varient d’une entreprise à l’autre et sont souvent fonctions de la taille des entités interrogées.

Il convient également de mentionner que sur l’ensemble des entreprises sondées, l’absence de réponse en concerne environ la moitié. De plus, une grande partie des sociétés qui ont répondu ne disposent d’aucun dispositif d’actionnariat salarié.

A partir de notre questionnaire, nous avons pu déduire quelques premières conclusions.

La motivation des salariés et la protection du capital

Toutes les entreprises disposant d’un plan d’actionnariat salarié (PAS) s’accordent pour dire que la principale intention des dirigeants pour la mise en place de ce PAS demeure incontestablement la motivation des salariés. D’ailleurs, le comportement des salariés dans leur travail s’en est ressenti puisque tous les dirigeants ont constaté une augmentation de la motivation de leurs employés, ainsi qu’une légère réduction du turn-over pour certains (20%). Cette première conclusion trouve un écho dans l’étude de D’ARCIMOLES & TREBUCQ qui ont observé que leurs résultats étaient majoritairement en accord avec la théorie de l’agence : ainsi, l’actionnariat salarié engendre une réduction des conflits et des coûts d’agence qui sont source d’amélioration de la performance et confirment donc la thèse de Klein (1987).

Les réponses apportées à notre questionnaire ont continué à aller dans ce sens : ainsi, les gérants et directeurs financiers ont admis que la mise en œuvre d’un PAS est généralement envisagée d’un point de vue humain, le PAS s’apparentant à un très bon levier de management, stimulant l’intégration, la fidélisation et l’implication des équipes. Parmi les dirigeants d’entreprises ne disposant pour l’instant d’aucun actionnariat salarié, nombreux sont ceux qui partagent cet avis et souhaiteraient voir se développer une telle initiative au sein de leur société.

Notons que 75% des entreprises sondées ne conçoivent pas l’actionnariat salarié comme étant un moyen de protéger le capital.

Ces deux premiers points corroborent avec l’étude de POUTSMA sur les états membres de l’Union Européenne. Cette étude récapitule dans un tableau (ci-après), par type de plan d’actionnariat salarié, si les entreprises considèrent que leurs objectifs lors de la mise en place d’un PAS ont été atteints.

Nous retrouvons dans l’analyse de leurs résultats des conclusions similaires à nos deux affirmations précédentes.

Ce tableau ci-dessous présente ainsi les scores obtenus par POUTSMA pour chaque objectif et par type de plan.

Etude auprès des gérants et des associations d’actionnariat salarié
Source : Evolution de la participation financière des salariés en Europe, Enquête sur des entreprises répertoriées dans Six Etats Membres Européens, Erik Poutsma

D’après le tableau, l’intéressement est mieux placé pour atteindre les objectifs que les plans d’achat d’options et de stock-options.

En général, les objectifs principalement atteints avec les plans d’actionnariats salariés sont :

– l’amélioration de la motivation au travail

– la favorisation de l’identification avec l’entreprise

– la valorisation du salarié par l’entreprise

– l’attraction de recrues à fort potentiel

En revanche, plusieurs objectifs nécessaires à l’amélioration des performances de l’entreprise ne sont pas atteints :

– la réduction du taux de turnover

– le gain de retraite complémentaire

Plus spécifiquement aux plans d’achat d’options et de stock-options, les objectifs de levée de capital et d’empêchements des OPA ne sont véritablement pas atteints.

Les performances économiques

En matière de performances économiques, l’impact du PAS est mitigé. En effet, si pour 25% des entreprises, les performances économiques n’ont pas été affectées par sa mise en place, 50% des directeurs financiers interrogés considèrent que ses effets sur le chiffre d’affaires (CA) ou l’excédent brut d’exploitation (EBE) existent mais demeurent limités à moins de 5%. Seules 25% des entreprises sondées observent une évolution favorable du CA, de plus de 10%.

Cela va dans le même sens que la thèse d’HOLLANDTS qui valide qu’il existe un lien positif entre la présence d’un actionnariat salarié et la performance de l’entreprise. Mais celui-ci ajoute qu’il faut prendre en compte un effet de seuil dans la relation entre actionnariat salarié et performance. Selon lui, plus la part de capital détenue par les actionnaires salariés est importante, plu cet impact augmente. Son résultat s’oppose cependant aux précédents résultats empiriques sur la question.

Dans tous les cas, les directeurs financiers s’accordent avec l’étude RUTGERS dont la principale conclusion est que ces plans augmentent la production, l’emploi et la productivité de 2.3% à 2.4% par an, par rapport à ce qui aurait été enregistré en absence de plan.

La gouvernance d’entreprise

Au niveau de la gouvernance d’entreprise, les avis sont partagés : 50% des directeurs financiers interrogés ont perçu un changement mais ils ne savent pas le définir précisément. Pour l’autre moitié des sondés, aucune modification n’a été observée à ce niveau.

Le financement de projet et la valorisation de l’entreprise

Globalement, l’argent frais apporté par ce mécanisme constitue un soutien actif à la croissance pour la moitié des répondants, en favorisant notamment le financement d’investissements. Pour l’autre moitié des sondés, le PAS représente un moyen de consolider le passif de l’entreprise en renforçant ses fonds propres et/ou en réduisant sa dette.

POUTSMA remarque pourtant dans son étude que l’actionnariat salarié n’est pas un moyen de financement de projet.

Pour ce qui est de la valorisation de l’entreprise, seules 25% des directeurs financiers interrogés s’accordent pour reconnaître que leur société a effectivement pris de la valeur.

b. Etude auprès des associations d’actionnariat salarié

Nous avons demandé à deux représentants d’associations de salariés actionnaires de répondre à quelques questions afin de mieux cerner leur opinion à ce sujet.

Jean René MARABELLE de Total (AVAS) et Michel RIOUAL d’EDF (EDF EAS) ont eu l’amabilité de nous répondre.

Les salariés actionnaires veulent-ils vraiment prendre part à la gestion de l’entreprise ?

Jean René MARABELLE, Président de l’AVAS (Association Volontaire des Actionnaires Salariés et anciens de Total) ne pense pas que les salariés actionnaires sont actifs dans la gestion de l’entreprise car, selon lui, ils restent avant tout des épargnants. De plus, ils n’ont pas de formation à la Gouvernance de l’entreprise.

M. MARABELLE explique que chez Total seul le bureau de l’AVAS (membre de la fédération des associations d’actionnariat salarié) s’intéresse à la gestion de l’actionnariat salarié et en fait part dans son magazine trimestriel (« Avascope »).

Au contraire, pour Michel RIOUAL, de l’association des actionnaires salariés d’EDF (EDF EAS), les actionnaires salariés contribuent à aider la Direction de l’Entreprise sur un certain nombre de sujets, via notamment une participation, lorsque c’est possible au Conseil d’Administration de l’Entreprise. Ainsi, ils prennent part à la gestion dans une certaine mesure et garantissent, en tant que salariés, les fondamentaux dans l’entreprise, les investissements, etc. Selon lui, les salariés sont véritablement une force de proposition. (Cependant, rappelons que l’actionnariat salarié chez EDF reste à un niveau bien plus élevé que la moyenne nationale).

Pensez-vous que l’actionnariat salarié soit véritablement vecteur de changement dans la gouvernance de l’entreprise?

Jean René MARABELLE rappelle qu’il n’y a qu’un seul représentant des actionnaires salariés au conseil d’administration de Total; de plus, M. MARABELLE précise que ce représentant est (selon ses dires) « soumis » et n’intervient quasiment pas, probablement par « peur ».

Michel RIOUAL est encore d’un avis opposé; ainsi, il souligne que l’actionnariat salarié apporte un éclairage nouveau, essentiellement au travers des associations individuelles et de la FAS (Fédération des Associations d’Actionnaires) : celles-ci ont d’ailleurs un groupe de travail sur la Gouvernance. Il rappelle aussi qu’une association d’actionnaires s’est même déjà opposée à une OPA, insistant donc encore sur le rôle primordial de l’actionnariat salarié. Michel RIOUAL ajoute enfin que l’actionnariat salarié est vecteur de changement à des degrés divers, selon le type d’entreprise et l’histoire de cette dernière.

Pensez-vous que les entreprises ayant un actionnariat salarié sont plus performantes?

Jean René MARABELLE affirme que si l’actionnariat est fort (comme chez Vinci ou Renault) et que plusieurs représentants des actionnaires salariés sont présents au conseil d’administration, alors celui-ci est source d’amélioration des performances de l’entreprise.

Michel RIOUAL reprend les principales théories sur l’actionnariat salarié et s’appuie sur l’indice IAS pour indiquer que les sociétés dotées d’actionnariat salarié sont plus performantes du fait d’une plus grande motivation et d’une plus grande attention à la stratégie d’entreprise. De plus, l’actionnariat salarié est différent de l’actionnariat extérieur dans le sens où il reste bien moins orienté vers les gains à court terme : de ce fait, il contribue à l’amélioration des performances des entreprises.

Enfin Michel RIOUAL a tenu à préciser l’importance de l’Actionnariat Salarié en soulignant ses trois principaux effets :

l’argent investi dans l’entreprise par les salariés les pousse à un suivi plus rigoureux de l’évolution de l’entreprise et de sa stratégie industrielle afin de servir au mieux leurs intérêts;

la participation des salariés au plus haut niveau de l’entreprise est source de dynamisme;

leur participation à différentes commissions (Réunions de l’Association d’Actionnaires, discussions sur des sujets de fond/stratégie, rencontre de personnes représentant l’AS dans d’autres Entreprises, articles et interviews dans la presse -La vie Financière et Les Echos-) et la possibilité de vote influe sur la gouvernance de l’entreprise.

Cependant, concernant la gouvernance de l’entreprise, il nous parait bon d’expliquer ici un point que HOLLANDTS a su mettre en évidence. Pour lui, la question n’est pas de connaitre ou non l’impact du salarié actionnaire sur la gouvernance mais sur la performance de l’entreprise. Ainsi, le débat qui opposait Jean René MARABELLE et Michel RIOUAL au niveau de la gouvernance n’est peut-être pas le bon débat : en effet, selon HOLLANDTS, la présence d’administrateurs actionnaires salariés modère de manière systématique et négative l’impact positif de l’actionnariat salarié sur la performance de l’entreprise. C’est pourquoi HOLLANDTS remarque une relation en forme de U inversé dont le point d’inflexion est à 28% de capital possédé par les salariés.

Les principales conclusions de HOLLANDTS sur ce point sont :

– la représentation des salariés, la présence d’un administrateur ‘actionnaire salarié’ syndicaliste et celle d’un administrateur interne non-dirigeant dans un comité modèrent négativement la relation entre actionnariat salarié et performance de l’entreprise.

– la nomination au poste d’administrateur représentant les administrateurs salariés modère positivement la relation entre actionnariat salarié et performance de l’entreprise.

– la présence d’un administrateur ‘actionnaire salarié’ représentant uniquement les actionnaires salariés modère positivement la relation entre le taux relatif d’actionnariat salarié et la performance de l’entreprise.

Pour résumer, HOLLANDTS conclue que si aucune modération conséquente de la performance de l’entreprise n’est liée à la présence d’administrateurs salariés, on observe un impact négatif important de leur présence lorsque ceux-ci sont en plus actionnaires.

Ainsi, HOLLANDTS admet un impact des représentants d’actionnaires salariés sur la gouvernance de l’entreprise mais cela n’est peut-être pas un avantage dans la recherche de la performance financière.

Lire le mémoire complet ==> (L’actionnariat des salariés dans les sociétés françaises : une solution d’avenir ?)
Projet de fin d’études
EMLYON business School