Equilibre entre les intérêts de la municipalité et des associations

By 26 August 2013

5.3 Une collaboration intéressée

5.3.1 Une juste représentation des groupes sociaux

Selon le sociologue Jacques Palard, qui a étudié les enjeux de l’intégration des associations au système politico-administratif local, les relations de coopération que favorisent les élus municipaux constituent un élément stratégique, puisque cette collaboration leur permet de « s’attirer les faveurs des diverses catégories sociales63!» qui sont représentées dans les associations. Les autorités municipales montrent ainsi qu’elles tiennent compte du point de vue de plusieurs groupes sociaux localisés. D’ailleurs, l’éditorialiste du journal de Drummondville, Adélard Rivard, fait remarquer que les directeurs de la Chambre de commerce proviennent de «!différentes classes […] [, ce qui] permettra de mieux connaître l’opinion de chacun des groupements qui composent la société, sur les différentes questions qui seront mises à l’étude64. » Ce commentaire s’applique d’autant mieux à la Ligue des propriétaires, qui représente somme toute un plus large éventail de la population que la Chambre de commerce. Ainsi, le rôle important que la municipalité laisse jouer à la Ligue dans la mise en place des mesures d’assistance est en partie légitimé par les bases sociales relativement diversifiées de l’organisme65. En donnant droit de parole aux dirigeants de la Ligue, qui sont majoritairement commerçants et rentiers mais aussi artisans et ouvriers, les autorités locales paraissent en effet donner la parole à une diversité de couches sociales.

Aussi plausible que soit cette interprétation, celle-ci n’explique que partiellement les relations de collaboration que tend à développer le conseil municipal avec certains organismes. Fondamentalement, ces rapports se maintiennent grâce aux avantages que retirent les élus, de même que les associations à qui ils demandent concours et recommandations.

64 « La Chambre de commerce », La Parole, 18 janvier 1940, 14, 35, p. 2.

65 Comme nous l’avons mentionné au chapitre précédent, les liens privilégiés qu’entretient le conseil de ville avec la Ligue s’expliquent également dans une large mesure par des raisons d’ordre politique (les propriétaires étant les seuls électeurs) et financier (les propriétaires étant, comme payeurs de taxes, les principaux concernés par les dépenses municipales en faveur des chômeurs).

5.3.2 Un équilibre entre les intérêts de la municipalité et des associations

Un partage essentiellement non-conflictuel des rôles entre le monde associatif et les conseillers municipaux, dans le cadre de la mise en œuvre des politiques d’assistance, permet de « renforcer les pouvoirs de chacun des groupes d’acteurs66. » En effet, ce « jeu de légitimités réciproques67 », pour reprendre l’expression de Jacques Palard, est profitable à la fois aux organismes, qui participent ainsi à des prises de décisions politiques importantes en cette période de crise, et aux autorités locales, qui peuvent mieux justifier le choix des mesures d’assistance et leurs modalités d’application en raison de l’appui de ces groupes d’intérêts. Par exemple, le soutien que donne la Chambre de commerce au conseil de ville pour divers projets facilite l’approbation, par les propriétaires, des règlements d’emprunt pour les mesures de secours68.

Dans le cas des liens étroits que tissent les autorités municipales et les dirigeants de la Ligue, l’équilibre décrit plus haut est favorisé par un élément digne de mention:

«!le maire et les échevins sont tous des propriétaires et ils ne sont pas désireux de travailler contre leurs intérêts69. » La collaboration entre les organisations repose donc non seulement sur le respect d’intérêts respectifs, mais sur des visées communes s’expliquant par l’appartenance à une même catégorie de résidents. Ainsi, les autorités politiques locales gagnent à tenir compte des avis d’une association qui défend les contribuables dont elles font également partie. D’ailleurs, le maire Moisan n’hésite pas à promettre, lors de sa campagne électorale de 1934, que son «!programme sera celui des propriétaires. Ce que les propriétaires désireront obtenir le conseil le leur donnera70.!» Notons que la Ligue n’exige rien de moins. En effet, le vice-président de l’organisme compare la ville à une grosse compagnie que les contribuables confient à des directeurs! – les élus municipaux!-, lesquels sont appelés à suivre les directives des plus hauts dirigeants: les propriétaires71.

66 Jacques Palard, loc. cit., p. 330.

67 Idem.

68 « On effectuerait le pavage permanent sur plusieurs de nos rues », La Parole, 9 avril 1931, 6, 2, p.!1.

69 « Le conseil refuse de changer le mode d’élections municipales », La Parole, 23 août 1934, 9, 19, p. 1.

70 « Le conseil municipal a rendu compte de son administration dimanche dernier au Rialto », La Parole, 25 janvier 1934, 8, 42, p. 1.

71 « Élections à la ligue des propriétaires », La Parole, 2 décembre 1937, 12, 31, p. 1.

Si chacune des organisations tire profit, pour elle-même, de ces rapports de coopération, ce type de rapports est motivé également par une volonté commune, en cette période de crise, de donner bonne impression aux investisseurs potentiels.

Lire le mémoire complet ==> (Les élites locales et les mesures d’aide aux chômeurs durant la crise des années 1930 à Drummondville)
Mémoire présenté à l’université du Québec à Trois-Rivières comme exigence partielle de la maîtrise en études québécoises
Université Du Québec