Chambre de commerce et Ligue des propriétaires à Drummondville

By 25 August 2013

4.1.4.2 Chambre de commerce

Fondée en 1901 et presque inactive à partir de 192429, la Chambre de commerce de Drummondville renaît en 1931 sur des bases plus solides30. D’ailleurs, la majorité des interventions de la Chambre sur les mesures d’aide aux chômeurs se concentrent cette année-là. Toutefois, dès l’année suivante (1932), l’organisme paraît réduire ses activités. Ses réunions se font de plus en plus rares, jusqu’à ce qu’une réorganisation soit de nouveau nécessaire en 1935. Néanmoins, en 1931 et 1939 – !année où la Chambre de commerce connaît un véritable regain de vie!-, ce groupe d’intérêts émet de nombreuses suggestions sur les façons d’aider les sans-travail. Il s’avérait donc important d’étudier les dirigeants qui oeuvrent dans l’organisation au cours des années 1930.

Comme le note Hugues dans son ouvrage, la Chambre de commerce est l’unique association réellement mixte de Drummondville sur le plan linguistique. En effet, on y retrouve un nombre significatif d’hommes non francophones (36,8% des mandats). Ce sont, pour l’essentiel, le groupe de cadres anglophones dont il a été question précédemment. En effet, les dirigeants de l’Association des manufacturiers canadiens investissent massivement la direction de la Chambre de commerce31: ils y occupent le quart des mandats (25,6%). Les autres directeurs non francophones de cette dernière association se recrutent essentiellement dans le domaine financier (gérants de banques nationales et internationales) et le secteur des transports (chefs de gare pour le Canadien national et le Canadien Pacifique).

29 La Chambre de commerce de Drummondville a également connu une période d’inactivité entre 1910 et 1914. Jean-Pierre Bélanger, op. cit., p. 173.

30 L’organisme tient alors des réunions mensuelles

Au total, toutes origines confondues, le personnel cadre (tableau VIII) comble en fait la moitié des mandats de direction à la Chambre de commerce (54,1%). Les autres postes se répartissent entre les propriétaires d’entreprises (30,3%), les cols blancs autonomes32 (9%) et les membres des professions libérales33 (6,6%). Les représentants de ces trois catégories socioprofessionnelles se caractérisent par leur autonomie professionnelle et l’importance relative des propriétaires (17 propriétaires contre trois locataires), les cabinets ou commerces de ces individus étant possiblement dans l’immeuble où ils résident. Pour les mêmes motifs évoqués plus haut, il en va autrement des différents types de cadres qui dirigent l’organisme. En effet, ces derniers se retrouvent majoritairement parmi les locataires (13 locataires contre 5 propriétaires). Dans l’ensemble, toutefois, le nombre de mandats exercés par des locataires (43,6%) est presque le même que ceux remplis par des propriétaires (45,9%).

31 Comme nous le verrons dans la seconde partie du chapitre, 12 des 13 cadres d’entreprises supra-locales présents à l’Associations des manufacturiers dirigent également la Chambre de commerce.

32 Il s’agit de deux agents d’assurance et d’un agent de la compagnie Canadien national express.

33 Il s’agit de deux avocats et d’un médecin.

Tableau VIII: Dirigeants de la Chambre de commerce selon la catégorie socioprofesionnelle, 1931-1942

Catégories socioprofessionnelles Individus

n %

Mandats

n %

1. Propriétaires d’entreprises et professions autonomes assimilées industriels commerçants entrepreneurs, contracteurs et assimilés indéterminés

2. Personnel cadre et administratif industries supra-locales industries locales secteur financier autres

3. Membres des professions libérales droit santé

4. Cols blancs semi et non-spécialisés autonomes

5. Indéterminés

12 30,0

2 5,0

9 22,5

1 2,5

1 2,5

22 55,0

12 30,0

1 2,5

6 15,0

3 7,5

3 7,5

2 5,0

1 2,5

3 7,5

3 3,6

11

37 30,3

5 4,1

29 23,8

2 1,6

1 0,8

66 54,1

34 27,9

1 0,8

18 14,8

13 10,7

8 6,6

5 4,1

3 2,5

11 9,0

11 9,0

11

Total sans les indéterminés* 40 (100) 122 (100)

* Les chiffres ayant été arrondis, il est possible que les totaux des pourcentages exprimés ne correspondent pas exactement aux nombres qui sont inscrits.

Sources: Procès-verbaux du conseil de ville et de la Chambre de commerce, La Parole et l’Indicateur de Drummondville.

Pour des raisons évidentes, le profil des dirigeants de la Ligue des propriétaires est à cet égard différent. D’ailleurs, cette association se distingue également par la diversité de ses bases sociales et l’origine de ses directeurs.

4.1.4.3 Ligue des propriétaires

À Drummondville, la fondation de la Ligue des propriétaires, en 1932, semble étroitement liée au contexte général de crise économique et plus précisément, à la question très controversée des logements ouvriers. En effet, en 1931, les débats sur l’augmentation des loyers sont au cœur des assemblées municipales34. Après de vives discussions, la question se règle en faveur des locataires. C’est à la suite de cette mésentente que les propriétaires se regroupent pour défendre leurs intérêts.

La participation de la Ligue des propriétaires à l’élaboration des mesures d’aide aux pauvres s’explique de deux façons. D’abord, les taxes payées par les propriétaires servent à financer ces mesures d’aide: ils considèrent donc avoir un mot à dire dans la mise sur pied des politiques sociales. Par exemple, il s’avère préférable, dans l’esprit des contribuables35, de faire construire par les chômeurs des infrastructures – tels que des égouts et des aqueducs!- qui constituent un actif pour la ville, plutôt que d’accorder des secours directs sans exiger de travaux compensatoires. De plus, en cette période de crise, nombreux sont les locataires qui ont de la difficulté à payer leur loyer. Il est donc primordial, dans l’intérêt des propriétaires, que le plus grand nombre de chômeurs – qui sont majoritairement des locataires!- trouve du travail et que la ville assume le paiement des loyers pour les familles bénéficiaires de secours directs.

34 Nous aborderons ce conflit plus en détail dans le prochain chapitre.

35 Seuls les propriétaires font partie de cette catégorie.

Constituée exclusivement de propriétaires, la Ligue compte, de plus, surtout des hommes francophones. Ces derniers exercent 93,7% des mandats. Voici l’explication qu’en donne Everett C. Hugues:

Les petits propriétaires de Cantonville ont la conviction que ce sont eux qui paient de leurs poches ce que les industries “millionnaires” épargnent grâce à des sous-évaluations de leurs propriétés et des exemptions injustes de taxes municipales. Les quelques Anglais qui possèdent leurs maisons n’ont pas le goût de faire partie d’un groupement qui, en définissant ses intérêts, s’installe en conflit avec l’industrie. De très rares Anglais en dehors de l’industrie en font partie36.

Comme nous l’avons mentionné plus haut, l’importance qu’accorde la Ligue au dossier des politiques d’assistance doit être reliée à cette question primordiale des taxes municipales, qui servent à financer les mesures. L’enjeu, pour les propriétaires, est d’assumer une part plus mince de ces coûts et de céder une portion grandissante de la responsabilité financière à d’autres, notamment aux établissements industriels exemptés du paiement de ces taxes. Nous y reviendrons dans le prochain chapitre.

Si la Ligue des propriétaires présente une composition homogène aux points de vue du mode d’occupation et de l’origine linguistique de ses dirigeants, le profil socioprofessionnel de ceux-ci s’avère plus diversifié. En effet, les cols blancs salariés, les gens de métier et les ouvriers (particulièrement les ouvriers qualifiés37) sont représentés de façon plus significative que dans les autres associations étudiées38. Cela est possiblement dû à la définition assez lâche39 du groupe cible – les propriétaires!- que défend l’organisme. Néanmoins, les rentiers, les cadres de l’administration publique et les professionnels autonomes (propriétaires d’entreprises, membres des professions libérales et artisans) exercent plus de la moitié (60,2%) des mandats de direction (tableau IX). La petite bourgeoisie joue donc une fois de plus un rôle prépondérant.

Tableau IX: Dirigeants de la Ligue des propriétaires selon la catégorie socioprofesionnelle, 1932-1942

Catégories socioprofessionnelles Individus

n %

Mandats

n %

1. Propriétaires d’entreprises et professions autonomes assimilées industriels commerçants entrepreneurs, contracteurs et assimilés

2. Personnel cadre et administratif administration publique

3. Membres des professions libérales droit santé

4. Cols blancs semi et non-spécialisés salariés

5. Artisans et gens de métier artisans gens de métier

6. Ouvriers

7. Rentiers

8. Autres

9. Indéterminés

13 26,5

1 2,0

8 16,3

4 8,2

3 6,1

3 6,1

5 10,2

2 4,1

3 6,1

2 4,1

2 4,1

6 12,2

4 8,2

2 4,1

10 20,4

9 18,4

1 2,0

6

23 20,0

1 0,9

10 8,7

12 10,4

9 7,8

9 7,8

8 6,4

3 2,6

5 4,3

9 7,8

9 7,8

11 9,6

2 1,7

9 7,8

24 20,9

28 24,3

3 2,6

11

Total sans les indéterminés* 49 (100) 115 (100)

* Les chiffres ayant été arrondis, il est possible que les totaux des pourcentages exprimés ne correspondent pas exactement aux nombres qui sont inscrits.

Sources: Procès-verbaux de la Ligue des propriétaires, La Parole et l’Indicateur de Drummondville.

36 Everett C. Hugues, op. cit., p. 239.

37 Dans le cas présent, il s’agit de contremaîtres. Ces derniers exercent près de la moitié (11 sur 24) des mandats parmi les ouvriers.

38 Revoir la figure V.

39 Contrairement à l’Association des manufacturiers, qui se recrutent essentiellement parmi les cadres de la grande entreprise, les propriétaires ne sont pas issus d’un milieu professionnel particulier.

Le profil des dirigeants de la Ligue des propriétaires présente plusieurs similitudes avec celui du conseil de ville. Cette parenté s’explique dans une large mesure par le nombre important d’individus qui ont occupé des postes, simultanément ou successivement, dans l’une et l’autre des organisations. Cela nous amène à traiter des réseaux qui se forment entre les différents groupements et qui éclairent les rapports de coopération qu’ils entretiennent au sujet des politiques d’aide aux chômeurs.

Lire le mémoire complet ==> (Les élites locales et les mesures d’aide aux chômeurs durant la crise des années 1930 à Drummondville)
Mémoire présenté à l’université du Québec à Trois-Rivières comme exigence partielle de la maîtrise en études québécoises
Université Du Québec