Assurer un environnement durable – TIC et Développement durable

By 9 August 2013

3.2.5. Assurer un environnement durable

Le pilier environnemental du développement durable implique la saine gestion des ressources naturelles à long terme dans la limite de la capacité de charge des écosystèmes. Cette “saine gestion” demande de disposer des systèmes d’information géographique et de cartographie pour collecter et traiter l’information.

Un des moyens les plus efficaces d’observer la Terre dans son ensemble et de mieux comprendre le changement climatique et d’autres enjeux planétaires vitaux consiste à surveiller l’environnement de la Terre depuis l’espace. C’est un moyen d’étudier les dynamiques de l’atmosphère, la couche d’ozone, les gaz à effet de serre et d’autres phénomènes mondiaux de changement climatique. Les technologies aérospatiales vont permettre l’étude de la cryosphère, la surveillance du développement durable des forêts, la compréhension de l’interaction entre les écosystèmes terrestres et le changement climatique ; les changements cartographiques du littoral et l’étude de l’évolution des zones côtières avec leurs écosystèmes et la surveillance de l’environnement marin.

Les technologies de télédétection, y compris le radar servent également d’appui au développement durable. C’est un domaine nouveau et en croissance intensive dans l’industrie géomatique qui offre des applications spécifiques d’imagerie à haute définition dans les domaines suivants : enquêtes environnementales de base, évaluation de l’incidence des activités humaines et des catastrophes naturelles, atténuation des risques et projection de l’incidence, ainsi que surveillance de l’environnement et détection du changement.

A titre d’exemple, un satellite radar comme le satellite canadien RADARSAT mesure le retour vers le satellite d’une onde qu’il envoie lui-même vers la surface de la Terre. Cette onde de retour est sensible à la rugosité de surface des sols et à leur humidité, qui sont des paramètres importants pour la prévision du ruissellement et de l’érosion. De plus, le signal radar peut traverser les nuages et permet ainsi une observation par tous les temps, ce qui est particulièrement utile pour l’observation des zones tropicales humides.

Le développement des outils récents d’observation de la Terre permet également d’aider les scientifiques à poser un diagnostic approprié pour comprendre le degré de dégradation des sols. Ces outils ne remplacent pas les observations de terrain et de laboratoire, mais viennent surtout les compléter et leur permettre d’être plus efficaces en collectant de l’information pour les secteurs situés entre les points d’observation sur le terrain, pouvant ainsi cartographier les problèmes pour mieux orienter les interventions correctrices. Tout comme l’utilisation de l’échographie ou de la radiographie en médecine, la télédétection ne donne pas toutes les réponses, mais elle permet de poser un diagnostic plus sûr.

Un autre moyen efficace consiste à combiner les connaissances traditionnelles et les savoirs locaux avec des données obtenues avec les méthodes scientifiques conventionnelles et les systèmes d’observation les plus modernes. Un tel exemple a été mis en œuvre pour la gestion des terres en zone soudanosahélienne [77]. La connaissance des populations rurales africaines, notamment sur les catégories de terres et les unités de paysage ou sur la gestion conservatoire des eaux et la fertilité des sols, a pu être valorisée avec des connaissances scientifiques modernes. Une méthode comprenant des enquêtes auprès des paysans, des caractérisations pédologiques classiques sur le terrain et des analyses conventionnelles de laboratoire permet une double lecture du milieu physique (lecture paysanne, lecture scientifique). Les bases de données ainsi constituées utilisent comme mots clés les termes traditionnels utilisés par les populations pour caractériser les sols.

L’Office National pour l’Environnement (ONE) de Madagascar a mis en place un système d’information environnementale [78]. Conçu comme l’outil de suivi de l’état de l’environnement et de son évolution, il devra permettre une plus grande sensibilisation des acteurs de la vie économique aux questions environnementales, d’évaluer les impacts environnementaux des différentes politiques et activités économiques, et d’orienter la politique des décideurs et les activités des différents acteurs dans tous les domaines.

Le système consiste à :

– rassembler les informations sur l’environnement à travers un réseau thématique et/ou régional constitué avec les divers organismes et institutions oeuvrant dans le domaine de l’environnement et des autres domaines connexes ainsi que les acteurs sur le terrain et autres opérateurs économiques ;

– concevoir et développer les indicateurs permettant un meilleur suivi de l’environnement ;

– diffuser les informations auprès des décideurs, des opérateurs et du public par l’édition, entre autres, de rapports périodiques sur l’état de l’environnement ainsi que d’autres publications présentées sous différentes formes (lettres d’information, fiches pédagogiques, affiches, etc.) ;

– gérer les observatoires sectoriels et les bases de données afférentes ;

– produire des informations et analyses géospatiales concernant l’état des écosystèmes naturels à partir de l’exploitation des images satellite.

A Madagascar, les feux de brousse constituent une des causes de dégradation de l’environnement, la DGEF (Direction Générale des Eaux et Forêts) estime à 650.000 ha par an la superficie ravagée par les feux. Les feux sont essentiellement dus au renouvellement de pâturage, à des opérations de nettoiement incontrôlées et d’extraction minière, au mécontentement populaire, à de purs vandalismes ou à des raisons liées au vol de bétail. Dans le but de diminuer les feux de forêt, trois types d’activités sont menés : la sensibilisation et la motivation de la population à lutter contre les feux de brousse ; le renforcement de l’application des lois contre les feux de brousse et le suivi satellitaire des feux.

Le rôle de l’ONE est de fournir des informations fiables et objectives basées sur les images satellite et à partir du recoupement des Coefficients d’Activité de Feux de Nuits (CAFN) et l’évolution de la couverture végétale. L’objectif est d’établir un système de suivi permettant aux divers intervenants et décideurs (communautés, acteurs régionaux,…) de mieux comprendre la dynamique spatio-temporelle des feux de brousse et d’orienter/réorienter les stratégies sur la réduction des feux dans la politique de gestion de l’environnement. L’acquisition des données feux et nuages, couvrant le territoire national, se fait par l’observation par satellite NOAA/NGDC (National Oceanic and Atmospheric Administration/ National Geophysical Data Center). Ces données sont prises toutes les nuits entre le mois d’août et décembre depuis l’année 1992. Elles sont d’abord pré-traitées et contrôlées par l’United States Geological Survey (USGS) avant d’être envoyées à Madagascar. Les tâches effectuées localement consistent à traiter, structurer et à procéder à des analyses spatio-temporelles de ces données.

Le système présenté ici s’avère être un outil incitatif indispensable pour l’éradication des feux de brousse et contribue fortement à la promotion du développement durable.

L’utilisation du SIG (système d’information géographique) permet également l’élaboration de cartes thématiques pour spatialiser les indicateurs suscités. De plus, l’interprétation des images satellites permet d’actualiser les cartes numériques obsolètes et d’avoir une cartographie des régions peu ou non cartographiées. Le processus permet par exemple de suivre l’évolution de la superficie des écosystèmes naturels (végétation, zones aquatiques, mangroves, récifs, etc.) ainsi que l’évolution et les impacts de l’érosion (surface ensablée, changement de lit, etc.).

Cette troisième partie nous aura permis, à travers ces différents exemples, de constater l’appui efficace des TIC dans la mise en œuvre du développement durable. Les initiatives présentées ici peuvent paraître insignifiantes à l’échelle de la planète et anodines face au défi du développement durable, mais elles contribuent pourtant, à leur façon et à leur niveau, à la construction du développement durable. Il nous a donc paru important de souligner leur rôle dans ce travail :

* Les logiciels libres, le “m” commerce et les cybercentres sont des exemples d’aide à la lutte contre la pauvreté.

* La radio communautaire ou la mise en réseau sur Internet constituent des outils pédagogiques majeurs permettant de transmettre à tout moment des programmes scolaires ou éducatifs.

* Les femmes utilisent les TIC et plus particulièrement Internet pour faire entendre leurs voix, militer pour l’égalité des sexes, partager leurs connaissances et leurs expériences.

* Des expériences encourageantes dans le domaine de la santé comme la télémédecine ou les services de radios communautaires qui véhiculent des messages de sensibilisation autour de maladies comme le SIDA, ont démontré l’utilité des TIC.

* Enfin, nous avons découvert les technologies spatiales et de télédétection qui sont de nouveaux outils dans l’univers de la gestion environnementale. Leur incroyable potentiel technologique nous laisse entrevoir des avancées prometteuses pour les années qui viennent pour la mise en place d’un environnement durable.

Un consensus émerge peu à peu quant au fait que, appliquées correctement, les TIC peuvent aider à résorber les inégalités économiques et sociales et à soutenir la création de richesses.

L’Assemblée générale des Nations unies, à l’occasion de sa session du Millénaire, s’est montrée particulièrement attentive aux TIC.

Lors du Sommet d’Okinawa de juillet 2000, les membres du G8 ont adopté la Charte d’Okinawa sur la société de l’information. Ce document traite de la fracture numérique entre le Nord et le Sud et préconise une participation mondiale à cette évolution. Il a créé également un groupe d’experts sur l’accès aux nouvelles technologies. Appelé “GEANT”, ce groupe a rédigé un rapport intitulé : ” Digital Opportunities for all : meeting the challenge” qui est le fruit d’une collaboration internationale unique en son genre, étalée sur plusieurs mois, à laquelle ont participé des représentants des pays du G8, de la Commission européenne, de pays en développement, d’organisations multilatérales, d’ONG et du secteur privé. Le rapport énumère les devoirs et les missions des différents acteurs – gouvernements nationaux, secteur privé, organisations de la société civile, organisations internationales – en vue de favoriser l’accès universel aux nouvelles technologies.

D’autres agences des Nations unies sont actives sur ce terrain, notamment l’Union internationale des télécommunications (UIT), par le biais des Conférences mondiales sur le développement des télécommunications, dont la dernière en date s’est tenue du 18 au 27 mars 2002 à Istanbul.

L’UNESCO et l’OMS étudient pour leur part le rôle des TIC dans le monde de l’éducation et de la santé.

La Commission économique pour l’Afrique, l’une des commissions économiques des Nations unies, s’est montrée particulièrement dynamique dans le domaine du travail analytique et de la formulation de stratégies dans le contexte de l’initiative “Société africaine à l’ère de l’information”.

Plusieurs études économiques l’ont démontré : les technologies de l’information et de la communication jouent un rôle clé dans l’amélioration de la productivité, de la croissance et de la compétitivité. Les nouvelles technologies ouvrent des perspectives inédites, surtout dans les endroits où les moyens sont rares et où la topographie constitue une entrave à la communication.

Conclusion  :

La notion de développement durable que le rapport Brundtland définit comme “répond[ant] aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs” implique la participation de nombreux acteurs et s’articule autour de trois piliers majeurs et interdépendants : l’économie, le social et l’environnement.

Les premiers besoins d’informations pour le développement durable ont été soulignés lors de rencontres internationales. La construction de la connaissance dans ce domaine impose un travail collectif mobilisant des acteurs de disciplines variées. Cette connaissance va ensuite être partagées entre les membres de différentes communautés, chacun étant à la fois “utilisateur et fournisseur d’information”. Une communication horizontale au sein de réseaux d’échange d’expériences va alors permettre la confrontation et l’articulation des savoir-faire des praticiens de terrain et des connaissances techniques et scientifiques.

Malheureusement, le déséquilibre Nord-Sud de l’accès à l’information empêche un grand nombre de pays en développement de participer à ces échanges. L’accès aux infrastructures physiques est inégal de part le monde et on constate un déficit d’information liée au développement durable sur la toile francophone ainsi qu’une faible capacité de publication des pays francophones en développement.

L’ensemble des ces considérations a servi de point d’ancrage à l’élaboration du projet Médiaterre – système d’information mondial francophone pour le développement durable. Cette initiative, définie à l’occasion du Sommet de Johannesburg a pour but de réduire la fracture numérique Nord/Sud, de contribuer à la promotion de la diversité linguistique sur la toile mondiale et de renforcer les capacités des acteurs du développement durable dans les domaines des Technologies de l’Information et de la Communication et du développement durable. Il s’adresse essentiellement à la communauté francophone mais reste ouvert aux relations avec d’autres langues.

L’observation de Médiaterre nous aura permis de nous faire un idée plus précise du fonctionnement d’un système d’information pour le développement durable. C’est un exemple d’outil concret contribuant à la mise en œuvre du développement durable dans l’espace francophone. L’étude de son fonctionnement met en exergue quelques points forts : la simplicité d’usage (robustesse et rapidité de téléchargement), une entrée géographique et par acteurs, une interface dynamique et personnalisée. Mais cette analyse nous révèle aussi quelques faiblesses : ce jeune réseau manque de partenaires pour s’élargir, il devrait améliorer les outils existants et s’enrichir de plus d’outils documentaires.

Présenté au Sommet Mondial de la Société de l’Information de Genève 2003 comme “une contribution originale des Technologies de l’Information et de la Communication pour le développement durable”, Médiaterre démontre l’intérêt et l’apport de ce type d’initiatives.

Et les exemples sont multiples pour illustrer l’intervention efficace des TIC dans divers domaines. L’examen de ces différentes initiatives nous a permis de démontrer que les TIC peuvent apporter, à leur niveau, leur contribution aux Objectifs du Millénaire pour le développement.

Dans la lutte contre la pauvreté, le concept de “logiciel libre” offre aux utilisateurs l’avantage d’exécuter, de copier, de distribuer, d’étudier, de modifier et d’améliorer librement le logiciel. Adapté sur place, il est créateur de plus d’emplois locaux que le logiciel propriétaire et l’absence ou le faible niveau des coûts des licences génère une marge supplémentaire qui peut être réinvestie dans du matériel. Les systèmes de paiement mobiles et les cybercentres assurent à la fois rentabilité économique et progrès social dans les villages les plus reculés.

Dans le domaine de l’éducation, la radio communautaire ou la mise en réseau sur Internet constituent des outils pédagogiques majeurs. Ils peuvent à tout moment transmettre des programmes scolaires ou éducatifs.

En dépit d’un accès inégalitaire à la société de l’information, les femmes ont compris l’intérêt des TIC et certaines organisations les utilisent pour partager leurs connaissances et leurs expériences, faire connaître leurs préoccupations et atteindre leurs objectifs. Pour beaucoup on l’a vu, les résultats ont été convaincants.

La santé offre un champ privilégié d’expériences encourageantes comme la télémédecine ou les services de radio communautaire, indispensables à la lutte contre les maladies.

Enfin, une savante combinaison entre connaissances traditionnelles et savoirs locaux, données scientifiques traditionnelles et systèmes d’observation les plus modernes (comme les technologies spatiales et de télédétection) permet d’assurer une saine gestion des ressources naturelles à long terme.

Le rôle des nouvelles technologies dans le processus de développement est donc tout a fait essentiel et fait d’ailleurs l’objet d’un consensus international qui va s’élargissant. Il convient cependant d’être prudent car pour atteindre le statut de “société de l’information durable”, il ne s’agit pas de s’incliner devant toutes les avancées technologiques en espérant qu’elles assurent d’elles-mêmes la survie du genre humain. Si les développements technologiques ne sont pas accompagnés, de façon concomitante à leur implantation de leur maîtrise, par des changements réels dans les habitudes de consommation, ils risquent plutôt d’accélérer la course vers le précipice environnemental. Il faut donc en arriver à modifier nos façons de penser, de concevoir notre style de vie et d’aborder le développement de nos sociétés et de la société planétaire.

En début d’analyse nous nous étions fixés comme objectif de mettre en lumière et de comprendre le rôle de l’information dans la mise en œuvre du développement durable dans l’espace francophone. Nous avons, semble-t-il atteint cet objectif en dégageant les grands axes liés à cette problématique. Nous espérons que ce travail aura permis au lecteur de se faire une idée plus précise sur ce sujet et surtout qu’il lui aura donner envie d’aller encore plus loin et de s’investir en participant, à son niveau, à la construction du développement durable.

Cette étude pourrait éventuellement servir de base à une réflexion plus poussée et plus ciblée sur la place, le rôle des métiers de l’information-documentation dans la mise en œuvre du développement durable. Cette problématique va, selon toutes vraisemblances, prendre de plus en plus d’ampleur dans les années à venir. Des réflexions sont déjà en cours (le congrès de l’IFLA pour la préparation au SMSI en 2003, le séminaire de Ouagadougou sur la problématique “développement durable et bibliothèques” en septembre 2005…) et il reste, semble-t-il, encore beaucoup de chemin à parcourir…

Cette idée de développement durable qui pouvait, au commencement, paraître un peu abstraite, peut bel et bien devenir une réalité si chacun de nous participe chaque jour à sa mise en œuvre. Nous conclurons sur ces mots porteurs d’espoir de Justin VIEYRA, de Radio Femmes Solidarité (Côte d’Ivoire) :

“Pas à pas, sans se voiler la face et sans se nourrir de pessimisme, nous parviendrons, avec les appuis politiques nécessaires, dans la solidarité et l’amitié internationales, à enregistrer des avancées encourageantes sur la voie du développement durable”.

Lire le mémoire complet ==> (L’information au service du développement durable dans l’espace francophone)
Mémoire DESS en Sciences de L’information et de la Documentation Spécialisées
Conservatoire National Des Arts Et Métiers – Institut National des Techniques de la Documentation

Sommaire :
Introduction
1. Information et développement durable
1.1. Qu’est ce que le développement durable ?
1.2. Les savoirs nécessaires au développement durable
1.3. Les obstacles à la circulation de l’information pour le développement durable
2. Médiaterre : un outil d’information pour le développement durable
2.1. Présentation de Médiaterre
2.2. Le fonctionnement de Médiaterre
2.3. Utilisation de Médiaterre
2.4. Bilan et perspectives
3. La contribution des technologies de l’information et de la communication (TIC) au développement durable
3.1. Problématique de la société de l’information
3.2. La contribution des TIC aux Objectifs du Millénaire pour le développement durable
Conclusion